De l’anarchie dans les mosquées : le cas des appels à la prière (nodd)

Tout ce que nous faisons comme remarque voire critique se veut constructif comme nous y invite le hadith authentique: « La religion, c’est le bon conseil… »

Ce hadith indique bien qu’il existe en islam des possibilités de discussion sur tout ce qui concerne la vie de la communauté à travers la notion coranique de « Choura » (concertation) et dans ce cadre, le verset dit : « Et ils discutent de leurs affaires ».

Avant de revenir sur le fond relativement aux pratiques dominantes en matière d’appel dans les mosquées du Sénégal, il est important de rappeler que dans le culte musulman, la connaissance précède l’intention qui, elle, se traduit après par l’action prescrite.

Pour dire qu’il n’est pas question de justifier le désordre par la bonne intention supposée (« ils veulent bien faire ») ni par la fameuse expression (« c’est ce qu’on a trouvé ici »).

En d’autres termes, il s’agit, comme le dit le traité de Fiqh relatif aux règles des pratiques cultuelles très connu au Sénégal « Lakhdari », de savoir qu’il est obligatoire pour le majeur (moukallaf), de connaitre le jugement de la Loi de Dieu avant d’initier une quelconque action cultuelle.

Cela étant dit, voilà des constats clés sur cette question :

Si on prend le cas de l’heure de prière du fajar (matin), elle se fait actuellement vers 06h30. A noter que pour des mosquées éloignées de quelques dizaines de mètres, ce ne sont pas les mêmes heures !!!

Il se trouve qu’on entend des appels pour certaines mosquées dès 04h 30 mn voir 04h du matin. Puis, c’est une succession d’appels selon une fréquence dont bien malin qui pourra comprendre la justification, jusqu’au « salatou » (appel qui annonce la prière de deux rakkas de fajr).

Question : sur quoi se base le muezzin qui fait l’appel à 04h 30 mn, c’est-à-dire, 02h 30 mn avant le « salatou » ? Et la question corollaire est : « sur quoi se basent les muezzins des autres mosquées qui font l’appel plus tard ? »

Pour certaines mosquées, on entend des appels presque toutes les 15 minutes. Sur quelle base ?
Aussi, vu que pour des mosquées situées à des dizaines de mètres de distance des fois, les horaires de prières sont différents, le résultat est qu’on se retrouve avec des appels qui se succèdent et interfèrent dans un vacarme assourdissant.

Tout cela sur quelle base, quels sont les versets, les hadiths, les avis de l’école malékite qui autorisent ce qui est bel et bien de l’anarchie ?

De plus, la sonorisation mal maîtrisée fait que pour certaines maisons où sont dirigés des haut-parleurs, on sursaute à la résonance de l’appel mal fait avec un micro qui grince.

Puis, dans la plupart des mosquées, la prière est suivie d’une pratique qui « oblige » à éteindre les lampes et à utiliser le micro pour au moins 45 min !!!

Voilà quelques facettes de l’anarchie dont j’ai parlé dans mon post Facebook d’il y a quelques jours.

Aucune base sérieuse à ces appels désordonnés, aucun respect au droit au repos et au sommeil, qu’on soit musulman ou non.

Il est clair que tout musulman instruit et tout esprit raisonnable sera d’accord pour dire qu’il urge pour l’image de l’islam et la quiétude dans nos quartiers, de remédier à cette anarchie.

Cependant, il reste entendu que les « chants religieux » sont concernés par cette nécessaire réglementation.

J’invite à cette fin, les musulmans de toutes les sensibilités à se saisir de cette question pour engager des discussions de fond aux fins de lui trouver des solutions idoines.

Ces discussions devraient commencer au sein des mosquées dans nos quartiers : il faut interpeller avec toute la courtoisie qu’il faut (yar ak teeguin) les imams, les muezzins et autres notables afin de susciter ces discussions.

Si la communauté ne parvient pas à le faire pour je ne sais quelles (dé)raisons, il revient à l’autorité publique de pendre ses responsabilités.

Imam Ahmadou Makhtar Kanté
Paix sur vous
Vous pourrez retrouver ce texte sur mon Portail : www.tibiane.com

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