Déballages de Khalifa Sall : Le président Macky dans la caisse d’avance*

Khalifa Sall, principal concerné dans l’affaire dite de la caisse d’avance de sa mairie, a comparu à la barre du Tribunal de grande instance de Dakar statuant en matière correctionnelle hier, mercredi 6 février. Balayant toutes les accusations portées contre sa personne et ses co-prévenus, le maire de Dakar a indiqué que le président de la République, Macky Sall, a lui-même sollicité les fonds incriminés en 2012.

Le maire de Dakar, Khalifa Sall, a fait face au tribunal de grande instance de Dakar statuant en matière correctionnelle pour justifier sa gestion jugée nébuleuse de la caisse d’avance. Dans sa réponse, l’édile de la capitale a dit que les fonds en question étaient des fonds politiques et non une caisse d’avance et que plusieurs autorités ont eu à solliciter les fonds en question, y compris le président de la République, Macky Sall. « En 2009 quand je suis élu maire, je m’en suis ouvert au président de la République Abdoulaye Wade sur la question. En 2012, c’est Macky Sall qui a abordé ces fonds. Et c’est lui qui les a sollicités », a dit Khalifa Ababacar Sall.

Dans la foulée, le maire de Dakar a emboité le pas à son directeur administratif et financier, Mbaye Touré, en manifestant toute sa surprise pour les faits à cause desquels ils sont poursuivis. « Après 21 ans d’existence, il est incompréhensible qu’on nous attrait devant votre tribunal pour les faits concernés», a dit Khalifa Sall au président Malick Lamotte. Avant de relever la caractère politique du procès : «Vous allez juger un homme politique. Depuis toujours, j’ai demandé qu’on déclassifie le rapport. L’Inspection générale d’Etat (Ige) est restée 18 mois à la ville de Dakar. Pour ces fonds, nous n’avons jamais fait un usage personnel », s’est défendu le maire de Dakar qui se considère d’ailleurs comme un « otage politique».

Et d’arguer en réfutant les faits : « Je conteste énergiquement les faits. Ceux qui les ont formulés ont eu la main très lourde. Cette affaire est simple. Nous avons été élu maire en 2009, nous avons essayé depuis lors de créer les conditions transparentes et efficaces d’une gestion de la ville de manière participative et inclusive avec le conseil municipal et les Dakarois. Nous avons donné les conditions de participation de toutes les populations. C’est pourquoi nous nous sommes toujours interdits de faire des actes contraires à la normale ».

KHALIFA SALL, AVOCAT DU MAIRE DE DAKAR

Khalifa Sall s’est dit par ailleurs gêné par les déclarations portées contre sa personne et les autres prévenus. « Cette accusation est gênante surtout quand elle concerne des faits que tous les Sénégalais, toute la classe politique, a en connaissance. On nous reproche toujours de faire référence à l’histoire qui nous permet d’expliquer une situation très claire. Il n’y jamais eu de réunion pour faire une quelconque malversation. Je ne me suis jamais réuni avec un percepteur ou un agent de la ville. Aucun des prévenus n’a jamais reçu aucun sou. Ils n’ont pas besoin de jurer », a-t-il déclaré. Pour Khalifa Sall, l’argent incriminé n’a jamais été destiné à la ville de Dakar, mais aux nécessiteux qui viennent solliciter de l’aide auprès de la mairie. Mieux, le fonds existe depuis l’époque coloniale, a-t-il dit. « Ces fonds n’ont jamais été destinés à la ville. La commune de Dakar existe avant la République du Sénégal. Dakar était capitale de l’Afrique occidentale française (Aof). Que ça soit le premier maire africain ou après les indépendances, on a fait de sorte que la ville de Dakar joue un rôle éminent. C’est pourquoi ces fonds ont toujours existé ».

LA CAISSE D’AVANCE N’A JAMAIS FAIT L’OBJET DE JUSTIFICATION

Pour Khalifa Sall, c’est à la suite de la réforme de 1996 que le maire de Dakar a arrêté de rendre compte au ministre en charge des collectivités pour se soumettre à l’arbitraire de son conseil municipal et il n’y a jamais eu de contrôle de la caisse d’avance. « Le maire est responsable devant son conseil municipal. Et il recevait l’argent à travers un mécanisme mis en place par le percepteur ». D’ailleurs, jugera Khalifa Sall, les fonds incriminés n’ont jamais fait l’objet d’une justification. « Nous sommes attrait ici parce qu’on nous accuse de délits graves que je n’ose même pas penser. Il n’y a aucun document d’archives sur ces fonds de 1960 à nos jours. Chaque maire, au terme de son mandat, part avec son cahier. Il n’y a pas une seule autorité dans ce pays qui ne connait pas les fonds politiques. Les fonds n’ont pas vocation à être justifiés. Dans les faits, ce que j’ai constaté, il n’y a pas d’archives. Les fonds politiques ne servent pas au maire. Ils servent aux populations de Dakar ».

Moult propositions pour faire changer Khalifa Sall de position

A la barre, le maire de Dakar a aussi fait part des diverses propositions qui lui ont été faites pour le faire changer de position politique. « Si en mars et juin 2016, j’avais accepté les propositions qui m’ont été faites, je ne serais pas là devant vous. Si durant mon incarcération j’avais accepté un certain nombre d’offres, je ne serais jamais devant vous. Ce qui m’est reproché est éminemment politique », a dit Khalifa Sall au président Malick Lamotte, président de la Cour et à ses assesseurs. Convaincu que l’affaire qui le maintient en détention depuis plus de dix mois n’est juste qu’une cabale politique, Khalifa Sall a réaffirmé par ailleurs sa demande au président de libérer les autres prévenus poursuivis dans la cadre de cette affaire dite de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. « Je continue à vous demander à libérer ces gens. Je suis le seul fautif. Je suis celui qui a dit non. Je suis celui qui a fait état d’une position politique », a-t-il fait remarquer au président du Tribunal de grande instance de Dakar statuant en matière criminelle dans l’affaire dite de la caisse d’avance de la mairie de Dakar.

Khalifa Sall refuse de livrer les noms des bénéficiaires

«Nous n’avons pas voulu donner les noms parce que les fonds sont sollicités par tout le monde. L’argent a servi à aider les nécessiteux. Parfois, ce sont des autorités qui viennent en toute discrétion nous solliciter. On a eu à aider aussi de grands malades. Je refuse de donner leurs noms », a-t-il dit. Le maire de Dakar justifiera son refus de donner les noms des bénéficiaires non pas par absence de preuves, mais par principe. « Ce n’est pas parce que nous ne pouvons pas donner les noms, mais c’est parce que nous ne devons pas donner les noms ». Dans la foulée, a-t-il fait savoir, l’argent de la caisse à l’origine de sa présence au procès a été également distribué à des demandeurs dont l’Etat du Sénégal, des autorités administratives, coutumières et religieuses. « Nous avons plusieurs sollicitations dont celles des populations elles-mêmes, des gens confrontés à des problèmes de vie. Nous avons la sollicitation de personnalités, des leaders d’opinion et des politiques. Ces fonds ont toujours servi aux populations. C’est pourquoi, nous nous sommes inscrits dans cette mouvance. L’Etat du Sénégal aussi nous a sollicités dans beaucoup d’autres manifestations comme le 4 avril et la visite de chefs d’Etat».

Sud quotidien

*Le titre est de la rédaction

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