La démocratie sénégalaise régresse pour la 3ème année consécutive

Dans son dernier rapport 2019 intitulé «la démocratie en retraite», compilant les données recueillies dans 195 pays, l’Ong américaine Freedom House a exprimé ses inquiétudes concernant le recul démocratique dans le monde. Et le Sénégal n’a pas échappé à cette dégringolade.

Notre pays poursuit, en effet, sa chute. De 78 points en 2016 puis 75 points en 2017, le Sénégal a encore perdu trois points cette année en obtenant 72 points dans ce dernier classement de l’Ong de défense des droits humains publié le 7 février dernier.

A l’échelle mondiale, l’Ong constate un recul des libertés en 2018 pour la 13e année d’affilée. Sur les 195 pays évalués, 68 ont connu une régression des droits politiques et des libertés civiques, contre 50 seulement qui ont enregistré une progression.

L’Ong américaine Freedom House a rendu public son rapport 2019 sur la liberté dans le monde intitulé «la démocratie en retraite».

En 2018, l’Ong américaine a enregistré la 13e année consécutive de déclin de la liberté globale. Le renversement a touché divers pays de toutes les régions, des démocraties anciennes comme les États-Unis aux régimes autoritaires consolidés comme la Chine et la Russie.

Les pertes globales sont encore faibles, comparées aux gains de la fin du 20ème siècle, mais la tendance est constante et inquiétante : la démocratie est en recul.

Dans les États qui étaient déjà autoritaires et qui ont obtenu les désignations «Non libre» de Freedom House, les gouvernements ont progressivement abandonné le voile sur la pratique démocratique qu’ils avaient instaurée au cours des décennies précédentes, alors que les incitations internationales et les pressions en faveur d’une réforme étaient plus fortes.

De plus en plus de pouvoirs autoritaires interdisent désormais les groupes d’opposition ou emprisonnent leurs dirigeants, éliminent les limitations de mandat et resserrent les vis sur les médias indépendants qui restent.

Entre-temps, de nombreux pays qui se sont démocratisés après la fin de la guerre froide ont régressé, face à une corruption généralisée, à des mouvements populistes antilibéraux et à des violations de l’Etat de droit.

De manière troublante, même des démocraties de longue date ont été ébranlées par des forces politiques populistes, qui rejettent des principes fondamentaux tels que la séparation des pouvoirs et les minorités visées à des fins de traitement discriminatoire.

Le Sénégal laissé à la traîne par le Cap vert, le Bénin, l’Afrique du Sud, le Ghana…

Et malheureusement, le Sénégal n’a pas échappé à cette dégringolade qui semble devenir mondiale. En effet, les libertés poursuivent leur chute au niveau de notre pays. Avec 78 sur 100 points en 2016, le Sénégal avait enregistré 75 points en 2017, avant de descendre encore en perdant trois points cette année, obtenant 72 points dans ce dernier classement de l’Ong de défense des droits humains.

Une mauvaise performance du Sénégal, d’autant que les autres démocraties du continent ont tous ou presque conservé leur note. Le Cap-Vert avec 90 points a maintenu sa note, le Ghana également avec 83 points.

L’Afrique du Sud et le Benin ont d’ailleurs fait mieux que l’an dernier en gagnant chacun un point de plus par rapport au dernier classement. Le pays des Bafana-Bafana est passé de 78 à 79 points alors que le Benin est passé de 82 à 83 points.

Des améliorations surprenantes en Angola et en Éthiopie

Toutefois, malgré les mauvaises performances au niveau général, une lumière a traversé ces nuages ​​en 2018. Des améliorations surprenantes dans certains pays, notamment en Afrique, avec l’Angola et l’Éthiopie, montrent que la démocratie a toujours été un appel pour responsabiliser les dirigeants et créer les conditions d’une vie meilleure.

Même dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord, où les institutions démocratiques sont sous pression, des mouvements civiques dynamiques en faveur de la justice et de l’inclusion continuent de s’appuyer sur les réalisations de leurs prédécesseurs, élargissant ainsi la portée de ce que les citoyens peuvent et doivent attendre de la démocratie.

La promesse de la démocratie reste réelle et puissante. Non seulement la défendre, mais en élargir la portée est l’une des grandes causes de notre époque.

La Serbie dans la fosse

En Europe, pour la première fois depuis 15 ans, la Serbie n’est plus considérée comme une démocratie par l’Organisation d’observation de la démocratie Freedom House. Le niveau de démocratie était en baisse depuis 2014 en Serbie, mais, cette année la baisse a fait basculer le pays dans la liste peu enviable des États partiellement libres.

La démocratie se détériore en Serbie depuis bientôt cinq ans selon l’Ong américaine Freedom House. Cette Ong lie cette dégradation à l’arrivée au pouvoir, d’abord en tant que Premier ministre, puis à la fonction présidentielle, d’Aleksandar Vucic, un ancien leader nationaliste reconverti en «pro-européen».

Depuis son arrivée au pouvoir, la liberté de la presse est en baisse constante et le nombre des attaques contre les journalistes est en augmentation. La société civile a aussi perdu de l’influence dans le débat public.

Par ailleurs, la qualité de la gouvernance, aussi bien au niveau national que local, s’est détériorée. Les campagnes de diffamation contre les opposants sont régulières dans une partie de la presse contrôlée par le régime. La Serbie reste un relatif bon élève dans les Balkans, mais surtout parce que les autres pays de la région n’étaient pas pour la plupart considérés comme complètement démocratiques. Le rapport de l’Ong décrit une politique gouvernementale à tendance autoritaire, destinée avant tout à renforcer le pouvoir du parti du président Vucic, le Parti progressiste serbe.

Ça tombe au mauvais moment pour le Sénégal

Pour le Sénégal, ce dernier rapport de l’Ong américain Freedom House intervient dans un moment crucial. En effet, pour être tombé quatre jours après le début de la campagne d’une élection à tension, le classement de l’Ong, avec la mauvaise note du Sénégal, ne fait pas l’affaire des gouvernants actuels. Et en attendant les résultats du scrutin du 24 février prochain, une chose est sûre, le prochain régime, qu’il soit celui de la continuité ou d’une alternance, devra travailler, beaucoup travailler, pour redresser cette situation qui n’honore pas l’image de la démocratie sénégalaise.

Fondée en octobre 1941, Freedom House est une organisation non gouvernementale basée aux États-Unis, financée par le gouvernement et qui mène des activités de recherche et de plaidoyer en faveur de la démocratie, des libertés politiques et des droits humains. Il se décrit comme «une voix claire pour la démocratie et la liberté dans le monde», bien que les critiques aient déclaré que l’organisation était biaisée en faveur des intérêts américains.

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