Le prix du politicien sénégalais (Mame Birame Wathie)

Il n’y a pas de doute possible. Si le scrutin du 24 février prochain est transparent, Macky SALL ne peut le remporter. Il n’est guère besoin de sondages pour se rendre compte de son impopularité.

Pour avoir renié, à de nombreuses reprises, sa parole et déchiré le pacte de confiance qu’il avait signé avec le Peuple sénégalais au soir du 25 mars 2012, le voilà, pour s’assurer d’un second mandat, contraint de torpiller les règles démocratiques et de vaporiser le peu de crédibilité qui reste aux hommes politiques sénégalais.

« Toute Nation a le gouvernement qu’elle mérite ». C’est, notamment, sur cette assertion de Joseph de Maistre que se sont fondés de nombreux néo-colonialistes, pour justifier les coups tordus des dirigeants africains.

Ces Peuples déchirés par les conflits, tenaillés par la faim, laissés pour compte un système qui a fini de les écarteler, ne seraient donc pas à plaindre. Leur situation serait la résultante même de leur nature plus encline à l’égocentrisme.

Ainsi, tout le monde comprend, accepte que, malgré leurs richesses qui servent à développer d’autres pays, les Africains continuent à se vautrer dans la misère sous les coups de butoir des politiciens affabulateurs et tordus.

Dans une chronique précédente, nous parlions de l’idéologie alimentaire avait, au Sénégal, fini de supplanter tous les autres courants idéologique pour imposer son hégémonie dans le landerneau politique.

« Le mercato politique est ouvert », avait lancé Abdoulaye BALDE qui a fini par se vendre lui également tel un avant-centre qui s’en va renforcer une autre équipe.

Seulement, contrairement à celui du football, le marché politique sénégalais ne se ferme pas. Il devient plutôt plus achalandé au fur et à mesure que s’approche la date du 24 février 2019. Macky SALL l’a annoncé.

Ses émissaires sont lâchés. Certains des candidats recalés ne tarderaient pas à le rejoindre. Ceux qu’il présentait jadis comme des « rats », sont la bienvenue dans son camp.

Mais, dans ce contexte précis, en allant à la pêche de ses adversaires politiques qui ont été parmi les plus virulents avec lui, Macky SALL cherche à faire croire aux Sénégalais qu’il a été façonné à leur image.

La transhumance d’Ousmane NGOM, comme celle de Moussa SY, n’a guère ébranlé l’opinion sénégalaise, les deux hommes étant connus pour changer de camp selon la direction du pouvoir.

Le premier avait lâché Me Abdoulaye WADE, en créant en 1998 le Parti libéral sénégalais (PLS) qui soutint Abdou DIOUF à la présidentielle de 2000.

Trois ans plus tard, il dissolvait celui-ci dans le PDS. Celle qui a plutôt secoué les Sénégalais, c’est la transhumance d’Aissata TALL SALL.

Tout le monde était attendu chez Macky SALL sauf elle qui s’est, jusque-là,, distinguée par la constance pour avoir, pendant douze ans, refusé de répondre aux clins d’œil de Me WADE.

En outre, ne ratant pas une occasion pour tirer sur le régime de Macky SALL, elle n’a cessé de reprocher à Ousmane Tanor DIENG et à Abdou DIOUF leur proximité avec le leader de l’APR.

Et pour rompre avec la gouvernance qu’elle a présentée, elle aussi, comme sombre, elle s’est posée en alternative crédible pour un changement réel.

En tentant et en réussissant à débaucher Aissata TALL SALL, Macky SALL n’a pas uniquement porté un sacré coup à la réputation déjà ternie des hommes politiques sénégalais. En l’enrôlant, le leader de l’APR transmet également un retentissant message : « nous sommes tous pareils ».

Cela pourrait contenter les observateurs loin du Sénégal qui tenteraient de penser, qu’à l’image d’Aissata TALL SALL, les opposants à Macky SALL, les Sénégalais de manière générale, ne sont intéressés que par les prébendes, le pouvoir.

La levée de boucliers que cette transhumance a suscitée tend à renseigner que les Sénégalais dans leur majorité n’ont rien à voir avec cette race de politiciens. Seulement, le poisson pourrit par la tête. A force de voir des personnalités de la trempe d’Aissata TALL SALL valser au rythme des mensonges, les Sénégalais pourraient davantage être amenés à désacraliser la parole, à cautionner la tortuosité et à faire de la morale un papier toilette.

C’est aussi l’enjeu du scrutin du 24 février prochain, débarrasser le Sénégal de ces marchands d’illusions ambulants qui se sont regroupés et laisser sauves ces valeurs qui ont distingué les anciens.

Mame Birame WATHIE

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