Le Sénégal en route vers l’effondrement ?

Faisant partie des pays les plus pauvres au monde, le Sénégal affiche un taux de pauvreté avoisinant 47 % et ce taux est plus élevé en milieu rural, allant jusqu’à 61 %. Ajouté à cela, il faut noter la faible rémunération, le manque de logements sociaux, l’accès difficile aux soins primaires et un taux d’alphabétisation très faible malgré un taux de scolarisation très élevé.

Une personne est en situation de pauvreté quand elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour faire face à ses besoins vitaux. C’est quand la personne ne gagne pas assez pour lui permettre de vivre dignement selon les droits fondamentaux de la personne, et non de survivre péniblement au jour le jour. Cette survie fait que la personne reste en vie malgré un risque élevé de mort ou une situation précaire.

Le niveau des salaires

Presque 50 % de la population travaille dans le secteur informel avec un revenu annuel net d’environ 500 000 FCFA, soit 42 000 FCFA par mois.

Dans le secteur formel, on note de plus en plus de CDD (contrats à Durée déterminée), l’intérim, et le travail à temps partiel, qui touche tous les secteurs et tous les Sénégalais. Ces derniers vivent dans la peur de perdre leur travail, ils sont des travailleurs obéissants, qui ne cherchent qu’à être embauchés de façon définitive.

Ils perdent leur estime en eux, ils se sentent dévaloriser, ils font un travail en deçà de leurs compétences, car ils n’ont pas le choix. Cela est la raison principale qu’ils ont un problème à avoir une vie sociale, tout cela résultera facilement à la dégradation de la santé mentale.

À ceux-là, il faut ajouter les enfants de la rue et les talibés, les ex-détenus qui ne sont pas réinsérés dans la société, les malades mentaux qui ne sont pas pris en charge, les handicapés, les mendiants et les retraités qui ne disposent pas d’une pension de retraite.

Toutes ces personnes, qui ne disposent d’aucun soutien financier, risquent de sombrer dans le banditisme, la non-scolarisation des enfants par faute de moyen, les vols, les crimes, l’insécurité, le manque de logements décents et le suicide. On remarque une récurrence de tous ces fléaux au Sénégal et rien n’est en train d’être fait pour y remédier.

Au Sénégal, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) est de 317,313 FCFA par heure, soit près de 50 770 FCFA par mois à compter du 1er janvier 2019 et de 333,808 FCFA par heure, soit près de 53 409 FCFA à partir du 1er décembre 2019.

L’effectif de la fonction publique a accru à cause de la démographie et son nombre est passé de 66 000 en l’an 2000 à 130 000 en 2018 et le salaire a aussi augmenté de 173 milliards FCFA à 683 milliards de FCFA entre ces deux années, soit une augmentation en moyenne de 28 milliards par année.

Selon l’ANSD, le salaire moyen mensuel d’un salarié est estimé à 96 206 FCFA. Il est de 107 074 FCFA pour les hommes contre 68 078 FCFA pour les femmes. Il varie aussi en fonction du milieu de résidence. Un salarié en milieu urbain gagne en moyenne 104 869 FCFA contre 75 564 FCFA en milieu rural.

La proportion de salariés qui ont un salaire mensuel supérieur ou égal à 111 000 FCFA est estimée à 26,6 %. Par ailleurs, le salaire médian est de 54 000 FCFA et 30,4 % ont gagné moins de 37 000 FCFA par mois. Le taux de chômage des personnes âgées de 15 ans ou plus est estimé à 15,7 %.

Il est légèrement plus élevé en milieu urbain où 18,6 % de la population active est au chômage contre 13,1 % en zone rurale. Selon le sexe, le chômage touche davantage les femmes (22,1 %) que les hommes. (9,6 %)

Comprendre la règlementation des prix

Le Sénégal a une économie de marché où le gouvernement est juste arbitre et les consommateurs ont le choix face à la concurrence qui y règne. Il faut comprendre comment les prix sont fixés au Sénégal pour pouvoir mieux comprendre notre analyse. Pour le comprendre, il faut faire appel à la loi N° 94-63 sur les prix, la concurrence et le contentieux économique.

Pour le riz local, le prix est fixé de manière consensuelle par les acteurs de ce secteur. Son prix varie selon la production, le stockage et le transport.

La tomate par contre obéit à une double contrainte, il y a la norme NS 03 036 qui a pour objectif de donner les caractéristiques de qualité du concentré de tomates destiné à la consommation humaine et l’intervention de l’Administration pour fixer les prix planchers. La tomate est très protégée et seule l’importation du concentré de tomates est libéralisée.

Pour la carotte, le régime est libéral et le prix est dicté par le marché et l’Administration n’intervient qu’en cas de besoin. Pour les oignons, il y a des restrictions d’importation saisonnière pour préserver la production locale. S’il n’y a pas pénurie d’oignons, les importations sont interdites du début d’année jusqu’en fin août.

Pour le lait en poudre, son importation est libre, par contre son prix est réglementé par un arrêté qui fixe son prix plafond et le dépassement représente une infraction. Malheureusement, nos commerçants appliquent toujours le prix maximal.

Pour le riz brisé importé, il bénéficie du régime de fixation autoritaire, à cause de son importance dans notre diète. Un arrêté détermine le prix maximal et il change souvent selon les cours mondiaux pour aider les ménages. Les prix du pain et la farine sont aussi fixés par un arrêté, étant donné que la farine de blé est principalement importée, son prix dépend largement des cours mondiaux. En cas de chute, les prix devraient baisser, mais l’Administration préfère fixer les prix au cas où les cours montent.

C’est le régime de l’homologation. L’importation du sucre est libre avec la libéralisation du marché, il est assujetti aussi au régime de l’homologation. L’importation de l’huile est libre, cependant les prix sont fixés par arrêté selon les niveaux de la chaîne de distribution.

Approximation du coût de la vie
On entendait souvent nos adultes dire, qu’à l’époque de Senghor, il faisait bon vivre au Sénégal, car même s’il n’y avait pas assez de ressources, les prix des denrées étaient relativement bas. Par contre entre 2007 et 2008, les prix ont grimpé de manière vertigineuse dus à plusieurs facteurs.

On note une montée de prix des prix de denrées entre 2007 et 2008, le kilogramme de riz qui coûtait 140 FCFA est monté à 240 FCFA en 2008. Le kilogramme de viande de mouton qui coûtait 1200 FCFA en 2000 coûtait 2580 FCFA en 2007.

La bouteille de gaz de 6 kilogrammes qui coûtait 1495 FCFA en 2004 coûtait 3109 en 2007 et celle de 12 kilogrammes qui coûtait 3615 FCFA en 2004 est passée à 7165 FCFA en 2007. Le prix du sac de riz de 50 kilogrammes est passé de 9 500 FCFA à 17.000 FCFA à Dakar et 20.000 FCFA dans les autres régions du pays. Cependant, il faut noter que le 3 janvier 2008, le seuil des 100 dollars par baril avait été atteint et la crise financière voyait le jour.

De nos jours, le kilogramme de viande de mouton varie entre 2 800 FCFA et 3 500 FCFA. Le sachet de Laicran peut aller jusqu’à 1700 FCFA, le kilogramme de viande de bœuf coûte environ 2 800 le kilogramme. Le poisson Thiof, qui se fait rare, peut atteindre 5 000 FCFA le kilogramme, le litre d’huile est d’environ 1 200 FCFA. Le poulet coûte entre 2 500 et 3 500 FCFA. L’abonnement internet varie entre 10 000 et 30 000 par mois et l’abonnement à la télévision (Canal Horizons ou TV Orange) varie entre 5 000 FCFA par mois jusqu’à 40 000 par mois sauf si vous êtes illégalement branché (3 000 à 5 000 FCFA par mois). La scolarité des enfants au privé se situe entre 15 000 et 100 000 FCFA. Le KW d’électricité est de 130 FCFA et le prix du litre d’essence est de 695 FCFA.

Après avoir visité quelques sites du pays, nous avons trouvé quelques exemples sur la location d’appartements de trois chambres au Sénégal. C’est ainsi que nous avons vu un appartement de trois chambres à Keur Massar, dans la banlieue, est d’environ 150 000 FCFA par mois. Un appartement en ville et aux Almadies est d’environ 1 000 000 FCFA par mois. Un appartement à Mermoz et à Sacré Cœur est d’environ 500 000 FCFA par mois. Un appartement à Scat Urbam est d’environ 200 000 FCFA par mois. Un appartement aux Maristes est d’environ 175 000 FCFA par mois. Un appartement aux Mamelles est d’environ 200 000 FCFA par mois. Un appartement à Ouest Foire est d’environ 250 000 FCFA par mois. Un appartement à la Sicap liberté est entre 200 000 et 300 000 FCFA dépendant du quartier désiré. En quelque sorte, pour avoir son appartement à Dakar ou presque 3 000 000 de personnes habitent, il faut au moins 175 000 FCFA par mois. Vous pouvez trouve un appartement moins cher, mais notre recherche est basée sur un appartement décent de trois chambres. Pour l’achat de biens immobiliers, il faut compter au moins 15 000 000 FCFA pour les logements sociaux jusqu’à plus de 1 milliard de FCFA dans certains quartiers. Le taux d’intérêt reste très élevé pour ceux qui peuvent bénéficier de prêts immobiliers.

Restons sereins !

Selon les données dont nous disposons, c’est impossible de survivre au Sénégal sans aide.

Il faut noter que la diaspora sénégalaise qui représente moins de 5 % de la population, contribue à hauteur de 1 110 milliards FCFA, soit presque 15 % du PIB. Cette diaspora contribue essentiellement à la consommation des ménages et elle reste faible dans l’investissement économique. Hormis la diaspora sénégalaise, comment est-ce que les Sénégalais arrivent-ils à survivre face à des salaires très faibles et un niveau de vie très élevé ?

Il y a des corps au Sénégal qui sont dans de bonnes conditions, mais tout le monde n’a pas la chance d’y appartenir. Il y a des indemnités qui sont mises en place ou qui sont revalorisées, c’est ainsi qu’on peut noter une indemnité de 500 000 FCFA accordées aux épouses ou époux des ambassadeurs allant jusqu’à 1 000 000 de FCFA en faveur d’autres fonctionnaires. Cette indemnité, accordée aux épouses et époux des ambassadeurs, a dû provoquer le mécontentement des enseignants. Pendant que tout le monde pensait qu’on allait vers une année blanche, suite à des négociations, on a noté une augmentation de l’indemnité de logement allant de 60 000 FCFA à 100 000 FCFA de manière progressive.

Avec les reformes budgétaires en place, l’Etat ne sera pas en mesure d’augmenter les salaires, on doit se sentit chanceux si les salaires ne sont pas diminués. Les choix politiques entre 2012 et 2019 n’ont pas été les meilleurs et nous devons en payer les prix. L’électricité et l’essence n’ont pas connu de hausse de prix depuis 2017 malgré la hausse des prix du pétrole, et aussi de l’appréciation du dollar par rapport au FCFA. Pour accélérer les chantiers et faire face aux charges, en mars 2018, l’état du Sénégal était dans l’obligation d’émettre des euro bonds pour un financement budgétaire, c’était la deuxième année consécutive que le Sénégal émettait des euro bonds. En 2017, le Sénégal a émis des euro bonds pour un montant de 1,2 milliards et de 2,2 milliards en 2018. Nous avons émis des euro bonds tous les trois ans depuis 2011.

Une partie des euro bonds reçus a été mise de côté pour les besoins de l’année en cours, mais, avec toutes les dépenses qui sont devant nous, est-ce que cela sera suffisant pour boucler les fins d’années. Notre déficit budgétaire risque de dépasser 6 % de notre PIB à cause des mauvais choix politiques. Ces mauvais choix vont créer des choix durs dans les cinq prochaines années, car nous serons dans l’obligation d’afficher les vrais prix de l’énergie et aussi d’augmenter les prix des denrées de première nécessité, et même de diminuer l’effectif de la fonction publique.

Nous devons nous rappeler que le Sénégal nous appartient tous, il n’appartient pas seulement aux hommes politiques. Nous devons mettre ensemble toutes nos forces pour essayer de voir comment nous pourrons sortir notre pays de ce trou pour le mettre sur la voie du développement. Ce ne sera pas facile, mais nous pouvons commencer par dialoguer d’abord puis mettre en place des reformes.

Pensons aux générations futures !

Mohamed Dia

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