Naissance au forceps d’une victoire conçue in vitro (Amadou Tidiane Wone)


« En politique, rien n’arrive par hasard. Chaque fois qu’un événement survient, on peut être certain qu’il était prévu pour se dérouler ainsi. »

Franklin ROOSEVELT Ancien Président des États-Unis

L’enfant est né : il s’appelle Victoire 2019. Sa venue a été préparée durant un septennat qui était promis par le chirurgien en chef à un quinquennat. Les prémisses des difficultés prénatales de Victoire s’amoncelaient déjà. Mais n’en parlons plus. La page est tournée.

Revenons à la naissance de Victoire 2019. La délivrance est survenue le 24 février. Douloureusement. Et c’est pour cela que le cœur n’est pas à la fête. L’heure est plutôt à panser les plaies béantes laissées par les bistouris des spécialistes en chirurgie constitutionnelle et en transferts rapides d’argent et… d’électeurs… Dans ce contexte, il vaut mieux garder son self control et sa… bonne humeur, malgré l’ambiance traumatique post opératoire.

Car, et il faut le dire franchement, il y a eu des manipulations maladroites durant la gestation de Victoire. Mais aussi des manœuvres, parfois d’une navrante grossièreté. L’enfant Victoire 2019 est en conséquence, sujet à des tares congénitales et à certaines malformations…électorales. Le baptême a donc été « suspendu » et les festivités renvoyées à plus tard.

Et c’est pour cette raison que le fait de ne déposer aucun recours est, au final, la meilleure décision prise par l’opposition depuis fort longtemps. Elle perturbe le plan initial conçu par le pouvoir, axé dans la perspective de l’adversité et de la violence.

Ce cas de figure inattendu, de calme plat, force les chars de combats au repos. Il n’y a rien de plus inutile qu’un char de combat…au repos. Et les grenades lacrymogènes qui ne font couler aucune larme perdant du coup leur vocation …Bien joué !

Cela dit, ils doivent être bien ennuyés aussi les Juges du Conseil Constitutionnel ! Privés de recours ! En chômage technique ! Privés des lumières et des spots de l’actualité. Condamnés à rester coi et à confirmer les résultats lus, péniblement, par le Juge Kandji qui aura, tout de même eu son moment de gloire, ses minutes d’exclusivité cathodique.

Et vlan ! Les sept Sages paient, au prix fort, la perte de confiance consécutive à leur partialité manifeste dans la conduite des opérations du parrainage, suite à une loi votée dans les conditions que l’on sait, par une Assemblée Nationale dont la configuration n’est plus d’époque.

Retournons au bloc…pardon…au mode opératoire…

On aurait pu s’attendre à du raffinement dans la mise en œuvre des opérations du processus électoral. Même si le chirurgien en chef est un géologue … Car la gestation avait été minutieusement suivie par des experts en la matière depuis que la décision de poursuivre le mandat de 5 à 7 ans avait été actée. Toutes les dispositions, conventionnelles et surtout non conventionnelles, avaient été prises pour assurer une délivrance sans encombre au soir du 24 février. Les violences verbales et physiques auraient pu être évitées.

Les pertes en vies humaines aussi. Les forces de régulation sociale n’ont eu de cesse pourtant d’appeler à la raison. Inaudibles dans la furie électorale des acteurs politiques. Le peuple sénégalais a, quant à lui, fait la démonstration de sa maturité et de son avance sur la classe politique qui peine à le mériter.

Il a voté et, semble t- il, jeté une gêne inexprimable dans le landerneau politique. Ceux qui ont gagné comme ceux qui ont perdu sont perplexes, hagards, désorientés par le vote si subtil des sénégalais. Et ceux-ci vaquent à leurs occupations. Sans se retourner. Méfions-nous quand même de l’eau qui dort…

Retournons au bloc cette fois-ci, car il faut surveiller le nouveau-né, ses premiers jours, ses premiers pas… Il va falloir, en effet, tâter régulièrement le pouls de Victoire 2019 pour sonder ses chances de survie ou de handicap sérieux. Deviendra-t-il au bout de cinq ans un mandat vigoureux qui fera la fierté de ses géniteurs ou sera-t-il cet attardé définitif dont personne ne revendiquera jamais la paternité ? Time will tell…

Sortons de la parabole…

Le Président Macky Sall saura t-il lire correctement les résultats du 24 février 2019 ? Saura t-il les interpréter comme il se doit et en tirer toutes les conséquences ? Saura t- il et voudra t-il corriger les malformations congénitales de Victoire 2019 par des interventions chirurgicales urgentes ? Au besoin par des amputations si nécessaires ?

A lui de jauger, de juger, et de décider ! Nos félicitations resteront suspendues au succès des premières interventions qui annonceront une rémission certaine du corps de la mère, le Sénégal, fortement éprouvé depuis sept ans…Il faut que cela change !

Quant à l’opposition, elle aura joué le jeu démocratique jusqu’au bout. Plus que de raison, pensent certains. L’urgence est à l’évaluation des erreurs commises, ainsi qu’à la mise en route d’une nouvelle stratégie pour les échéances à venir. Analyser en profondeur les points « gagnants » du Président Macky Sall et les neutraliser pour les élections législatives et locales à venir. Pour cela une analyse fine des résultats, tenant en compte les impacts du PUDC, du PUMA, de la DER, des bourses familiales, de la CMU et des transferts d’électeurs, ainsi que de l’activisme souterrain d’un nouveau type de « chefs religieux », en plus du cas des deux K : khalifa Sall et Karim Wade très tôt neutralisés, devrait donner une certaine lecture des résultats du 24 février 2019. De plus, implanter des leaders locaux forts, dotés de moyens logistiques conséquents, est un impératif pour qui veut gagner au niveau national.

Enfin, la pauvreté est telle dans les zones périphériques que le mot WARI qui signifie en pulaar « a tué » a fait des ravages…si l’on y ajoute joni-joni, l’autre opérateur de transfert rapide d’argent, et qui veut dire « immédiatement », on voit le résultat : A WARI JONI JONI…imparable ! Sauf que, maintenir la cadence pendant cinq ans est impossible !

Amadou Tidiane Wone

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