Pénurie d’eau : macky sall, vrai responsable, jamais cité !

Les sénégalais ont-il déjà oublié que Macky Sall a été, de mai 2001 à novembre 2002, Ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Hydraulique et de novembre 2002 à août 2003, Ministre d’État, ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Hydraulique ? La politique politicienne aura longue vie au Sénégal tant nous sommes amnésiques au point d’oublier que le calvaire que nous vivons, trouve ses origines, en partie, dans les scandales et mauvais choix intervenus dans le domaine de l’hydraulique entre 2001 et 2003. Ce qui correspond la période où, un certain Macky Sall, était Ministre, puis Ministre d’État en charge de l’Hydraulique.

Erreurs et scandales d’hier, sources de difficultés aujourd’hui

Dans un quotidien de la place, Abdou Ball, Directeur général de Société des Eaux (SDE), vient de livrer la vraie raison de la pénurie d’eau que vivent les populations dakaroises en affirmant : « la principale usine qui alimente Dakar ne fonctionne pas à sa pleine capacité depuis le 15 mai dernier parce que la SONES avait entrepris des travaux de réhabilitation du système anti-béliers. Les travaux en question ont pris plus de temps que prévu ».

Ces propos du DG de la SDE remet au-devant de l’actualité les conditions dans lesquelles la station de Keur Momar Sarr 2 a été construite par la société Degrémont-Suez, le contrôle technique fait lors de la phase de réalisation et la réception de l’ouvrage par la SONES, en sa qualité de Maître d’œuvre délégué pour l’État, avant de le mettre à la disposition de la SDE pour exploitation. Pour rappel c’était un certain Macky Sall, Ministre d’État, ministre de l’Hydraulique, qui avait présidé à la mise en service de Keur Momar Sarr 2. Il s’est plu à le rappeler, en décembre 2017, lors de la cérémonie de pose de la première pierre de Keur Momar Sarr 3. En sa qualité de Ministre d’État, ministre de l’hydraulique, Macky Sall assurait la tutelle sur la SONES avec à sa tête un Directeur général au nom de Mamadou Samb Delco, finalement limogé, en juillet 2004, par le Président Abdoulaye Wade.

Le caractère brusque du limogeage de Mamadou Samb Delco et les conditions nébuleuses qui avaient entouré cette décision restent toujours d’actualité et continuent de faire jaser dans certains milieux avertis. En passant, il importe de souligner les liens particuliers et forts, voire de complicité que ces 2 hommes avaient tissés entre eux lorsqu’ils étaient respectivement Ministre de l’hydraulique et DG de la SONES.

S’agissant de Keur Momar Sarr 2, tout porte à croire que, lorsque Macky Sall présidait à sa mise en service, l’ouvrage réceptionné n’était pas conforme au cahier de charges comme semble le prouver les nombreux défauts techniques survenus 9 ans après sa mise en service (à l’intérieur de la période de garantie décennale, soit 10 ans !) alors que la durée de vie des conduites d’eau en fonte et en acier est de 50 ans ! En effet, lorsque les populations dakaroises s’étaient retrouvées, durant 3 semaines, sans une goutte d’eau, en septembre 2013, jusqu’à nécessiter le déplacement, sur place, du Président Macky Sall en tenue militaire, c’était suite à la rupture d’une conduite d’eau en acier.

L’explosion de cette conduite d’eau était causée par l’inefficacité des systèmes anti-béliers mis en place lors de la construction de l’ouvrage. La conséquence de l’inefficacité des systèmes anti-béliers est l’apparition de fissures au niveau des conduites d’eau sous l’effet de la pression. Ce sont ces défauts que l’on tente aujourd’hui de réparer lorsque l’actuel DG de la SDE parle de « réhabilitation du système anti-béliers ».

Si nous en sommes là, c’est parce que le contrôle technique rigoureux que devait faire la SONES et son ministère de tutelle (dirigé alors par Macky Sall) lors de la construction et de la réception de l’ouvrage s’était avéré défaillant. Avant de parler du futur, des nombreux chantiers ouverts ici et là pour résorber le déficit en eau à Dakar d’ici 2020, il faut avoir le courage de faire l’inventaire des responsabilités et, s’il le faut, prendre de sévères sanctions à l’encontre des fautifs identifiés.

Malheureusement, nous continuons de souffrir des maux qui ont pour nom le laxisme, le manque de rigueur, le manque de patriotisme (aucun agent ou représentant de l’État ayant un minimum de sens des responsabilités ne devrait accepter de réceptionner un ouvrage non conforme, surtout lorsqu’il constitue un risque pour la population) et l’impunité (l’explosion d’une conduite d’eau à l’intérieur de la garantie décennale et ayant causé 6 blessés était un motif suffisant pour ouvrir une information judiciaire sur les conditions de construction et de réception de KMS2).

Hydraulique et assainissement : secteur le plus choyé depuis la nomination du beau frère

Macky Sall est aussi responsable de ce qui se passe actuellement en mettant à la tête du ministère de l’hydraulique son beau-frère, un novice, qui, manifestement est dépassé par les évènements ! Outre des considérations bassement partisanes, il paraît clair que Macky Sall a voulu octroyer un fromage à son beau-frère en le mettant à la tête d’un secteur, qui n’attire pas beaucoup l’attention (on s’intéresse plus aux ministères régaliens et au ministère des finances), alors qu’il est bénéficiaire d’une très grande partie des investissements décidés par le gouvernement au cours des 3 dernières années.

Selon les propos de Mansour Faye, tenus au cours d’un point de presse portant sur le bilan des activités de son Département pour l’année 2016, « le gouvernement a consenti de gros efforts au profit du secteur de l’hydraulique et de l’assainissement entre 2015 et 2016, avec des investissements de l’ordre de 427 milliards de francs CFA ». Pour se faire une idée sur le caractère faramineux du fromage octroyé à Mansour Faye, il est important de savoir que le montant des investissements mobilisés par ce secteur en 20 ans (1995 – 2015) s’élève à 266 milliards FCFA !

C’est bien d’investir dans le secteur de l’hydraulique et de l’assainissement, car cela constitue un besoin, voire une nécessité. Par conséquent, Macky Sall n’est pas à blâmer pour sa décision de consacrer une enveloppe de 427 milliards, en 2 ans, à ce secteur. Bien au contraire, il mérite d’être félicité pour cela étant donné que l’accès à l’eau potable pour tous ainsi que le fait de vivre dans un environnement assaini constituent des préalables au développement. Toutefois, là il doit être vigoureusement condamné, c’est lorsqu’il prend la décision de confier la conduite de ces importants investissements à des mains inexpertes, novices et incompétentes de son beau-frère en sus de lui conférer le 7e rang dans l’ordre protocolaire gouvernemental.

En effet, même s’il se déclare ingénieur et titulaire d’un MBA, l’examen du CV de Mansour Faye montre qu’il n’a jamais travaillé dans un domaine en lien avec l’hydraulique et l’assainissement et que ce ministère constitue sa première fonction gouvernementale. En quittant la Délégation générale à la protection sociale et à la solidarité (DGPS), il aurait été plus logique et plus cohérent de le nommer à la tête d’un Département qui aurait regroupé l’action sociale, la solidarité nationale, la protection de l’enfance, etc.

Cela lui aurait permis de capitaliser ses expériences à la tête de la DGPS et d’apprendre la fonction ministérielle. Que nenni ! Macky Sall tient à son beau-frère et l’onctueux fromage de l’hydraulique et de l’assainissement se partage en famille en outre d’être un excellent levier de recrutements politiques clientélistes au regard du nombreux incalculable de contrats à distribuer. L’affaire des 600 marchés fictifs survenus récemment au sein de ce ministère et ayant causé un préjudice de plus 2 milliards de francs CFA à l’État est là pour nous rappeler cette triste réalité.

Ibrahima Sadikh NDour

ibasadikh@gmail.com

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