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L’hypocrisie, notre première richesse (Serigne Saliou Guèye)


Aujourd’hui, tous ces pseudo-guides religieux qui délivrent des messages de paix, maquillant un soutien électoral à Macky, l’ont fait pour Diouf en 2000 et pour Wade en 2012

Depuis que le Conseil constitutionnel a écarté illégalement 22 des 27 candidatures présentées pour la présidentielle de février 2019, les discours et actes de violence commencent à faire florès.

Déjà les scènes de violences ont commencé depuis que les « sages » du Conseil constitutionnel ont éliminé provisoirement Khalifa Sall et Karim Wade le 14 janvier dernier.

Les Khalifistes dépités par l’élimination provisoire de leur mentor ont manifesté dans leur fief tout leur mécontentement, la soldatesque d’Ali Ngouille Ndiaye a déversé sa bile sur le siège de Taxawu Dakar en l’arrosant de bombes lacrymogènes.

Et cette tension s’est accentuée quand les Juges constitutionnels ont porté l’estocade sur les candidats de Taxawu Dakar et du PDS le 21 janvier dernier. Les Karimistes et Khalifistes ont remis cela.

Des bus Dakar Dem Dikk saccagés, des pneus brûlés dans la zone de Grand-Yoff, des affrontements entre policiers et militants de Khalifa et Karim, tel était le triste décor de ce tragique jour où deux citoyens sénégalais jouissant de leurs droits électoraux ont été écartés de la course à la présidentielle, selon le bon vouloir du Prince.

Et les violences ont continué le lendemain puisque de jeunes Khalifistes ont été kidnappés dès potron-minet avant d’être embastillés.

Et la série des arrestations a continué dans la banlieue de Pikine et de Guédiawaye sous le pseudo-prétexte que des jeunes se réclamant de Karim Wade ont voulu saboter la venue du président Macky Sall à Pikine alors qu’il était dans leurs intentions de lui rappeler que ses promesses faites en banlieue lors des conseils des ministres décentralisés ne se résumaient pas à la construction d’un lieu de culte.

Les batailles pour les libertés enclenchées dans les années 60 et 80 n’ont rien à envier à celle que les Sénégalais mènent aujourd’hui.

Pourtant l’alternance de 2012 faisait espérer qu’on n’avancerait plus à reculons pour la conquête de certains droits démocratiques au Sénégal. Et c’est une honte aujourd’hui de voir que la police sénégalaise qui doit être au service des citoyens soit instrumentalisée par une oligarchie dont l’unique objectif est de se maintenir au pouvoir au mépris de tous droits démocratiques.

Elle est devenue le bouclier et l’épée du parti au pouvoir imposant une « terreur marron » au lieu d’être au service exclusif des citoyens. La police sénégalaise ne doit pas être un pantin malléable et manipulable par n’importe quel régime en place quand on sait que la République est par essence l’émanation de la volonté de la majorité des citoyens.

Son rôle n’est pas de verser dans la surenchère de la répression aveugle et de la violence irrationnelle commanditée, exercée sur des opposants qui ont le droit de jouir des libertés que leur offre la Loi fondamentale. Aujourd’hui, la voie de la répression au détriment du respect des libertés que le ministre Ngouille semble privilégier mène à l’impasse.

Il serait peut-être temps, pour la police sénégalaise de relire l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. »

Aujourd’hui, face à l’oppression, la résistance devient un droit, droit consacré d’ailleurs dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et c’est dans cette optique que s’inscrit la rhétorique guerrière du C-25 le 21 janvier, assimilable à une déclaration de guerre contre les oppresseurs.

Dès lors toutes les colombes du pays ont déployé le drapeau blanc pour appeler à la paix et à la sérénité. ONG, société civile, politiciens, ulémas et imams, prêtres et évêques et familles religieuses et autres démocrates pacifistes ont élevé la voix soit pour condamner hypocritement le casus belli C-25, soit pour prier pour une élection calme.

Le Sénégal est un pays dont la première richesse est l’hypocrisie. Ainsi la démagogie et la tartufferie ont encore de beaux jours devant elles.

Pourquoi soudain, de pseudo-pontifes se lèvent simultanément pour conjurer la paix alors qu’ils ont leur très grande part de responsabilité dans ce qui trouble ce pays ? Que vaut la parole des imams et ulémas qui ont fait allégeance au souverain Sall et le soutiennent pour sa réélection ?

A l’occasion de l’atelier de partage du bilan de la mise en œuvre du PSE tenu le mardi 27 novembre 2018 à Fatick, voilà ce que les imams et ulémas de Bennoo Bokk Yaakaar disaient sans vergogne : « Macky Sall est un homme sociable qui a beaucoup fait pour les foyers religieux. Ses réalisations sont visibles partout.

Nous sommes reconnaissants pour tout ce qu’il a fait pour les différents foyers religieux du pays. C’est son devoir, mais il pouvait faire comme ses prédécesseurs. Macky Sall est le président des imams du Sénégal… Le Sénégal ne cesse de progresser.

Nous prions pour Macky Sall afin qu’il sorte victorieux de la présidentielle de 2019 et on a bon espoir qu’il gagnera, car il n’a pas d’égal sur la liste des prétendants au fauteuil présidentiel…

Macky Sall mérite d’être réélu et il a notre soutien, car le monde rural est bien pris en compte dans sa politique. On n’entend plus parler de bons impayés et, malgré les difficultés, les productions des paysans sont écoulées. En plus, les bourses sociales font énormément de biens aux bénéficiaires ».

Discours ne peut être plus faux que celui des imams de Macky. Dire que le monde rural, qui peine à écouler ses stocks d’arachides, est pris en compte par le président dans sa politique relève simplement de l’ignorance ou de la pure démagogie.

Dire qu’il n’y a plus de bons impayés prouve que ces imams qui roulent carrosse et se calfeutrent dans des mosquées ou centres islamiques douillettement climatisés, sont loin de la chaude réalité du monde rural. Allez demander aux paysans du Saloum et du Ndoucoumane qui disent que ce sont plus des bons mais des carnets entiers de bons qui sont impayés.

Certes ces imams peuvent jouer de la cithare pour plaire au Prince mais il est de leur devoir de dire la vérité en méditant sur la sourate 9 « le Repentir », verset 119 qui dit : « Ô vous qui croyez ! Craignez Dieu et soyez avec les véridiques. » Mais la plaie du Sénégal, c’est de consacrer la flagornerie mensongère plutôt que de dire la vérité nue à sa Majesté.

Où étaient ces imams quand le régime actuel zigouillait les étudiants Bassirou Faye et Fallou Sène ? Où étaient ces imams tartuffes quand le rythme endiablé des tams-tams accompagné de « Mbarass » noyait la « salat » lors de l’inauguration de la mosquée de Guédiawaye ? Satan devait être ravi ce jour-là pour avoir ravi la vedette aux hommes de Dieu.

N’est-ce pas ces mêmes imams, ulémas et familles religieuses qui ont été reçus un vendredi 19 aout 2011 au palais de la République par l’alors président Abdoulaye Wade pour partager un « Ndogou » sucré de 50 Millions FCFA ?

Où étaient ces soi-disant hommes de Dieu quand le pouvoir qu’ils soutiennent aujourd’hui exerçait toute une violence politico-juridique sur Khalifa Sall et Karim Wade au point de leur priver de libertés de mouvement et d’exercice d’un droit civique et politique fondamental qui est celui de se présenter à une compétition électorale démocratique ?

Ont-ils une seule fois dénoncé la série des arrestations dont le PDS est victime depuis 2012 ? Ces religieux combattent-ils le « bon combat » comme le disait saint Paul ?

Que nenni ! Ils ont opté pour le mauvais qui est celui de tourner toujours le dos à la masse populaire en souffrance, laquelle n’a pas le privilège de bénéficier des libéralités présidentielles. « La paix est œuvre de justice », dit le prophète Isaïe, et il est normal, quand on refuse ce combat pour la justice, que cette paix factice nous saute en pleine figure. Il est avéré qu’au Sénégal, on ne veut pas la paix qu’on fait, qu’on construit, mais celle qu’on nous fiche.

Peu importe au prix de quelles dévastations, de dégâtscollatéraux et de conséquences désastreuses. La « nuée qui porte l’orage » dont parle Jean Jaurès plane au-dessus du Sénégal en dépit de la politique de l’autruche que mènent Ismaïla Madior Fall et Oumar Youm.

C’est ici le lieu de saluer l’Abbé Thiaw qui disait dans l’émission Jarkarlo du 25 janvier que « l’Eglise préfère toujours se mettre du côté du peuple ».

C’est Il en a toujours été ainsi de l’Eglise catholique. Le cardinal Hyacinthe Thiandoum s’est battu contre le président Léopold Sédar Senghor quand il a arbitrairement incarcéré le président du Conseil gouvernemental Mamadou Dia.

Il a été aussi un acteur central dans l’alternance de 2000 puisqu’il a exhorté Moustapha Niasse à créé ce parti AFP qui atrophia le PS d’Abdou Diouf.

Lors du vote de la loi sur le parrainage, seul le chef de l’Eglise sénégalaise Benjamin Ndiaye avait remis en cause une telle initiative liberticide au moment où les guides religieux musulmans le cautionnaient par leur lâche mutisme.

En 2011, lors de la manifestation du 23 juin, seuls les guides des familles de Léona Niassène et de Serigne Abass Sall avaient osé manifestement demander au président de la République de surseoir à sa candidature, laquelle était à l’origine de toute la flambée de violencemortifère.

Tous les autres marabouts avaient demandé en vain à leurs talibés de ne pas participer au rassemblement des forces citoyennes et démocratiques qui combattaient la dévolution monarchique. Mais ce n’était pas une affaire de talibés mais de citoyens épris de justice et de démocratie.

Aujourd’hui, tous ces pseudo-guides religieux qui délivrent des messages de paix, maquillant un soutien électoral à Macky l’ont fait pour Abdou Diouf en 2000 et pour Abdoulaye Wade en 2012. Leurs prières, incantations et divinations sont inopérantes devant la volonté de changement du peuple.

Serigne Saliou Guèye

Le dialogue de Macky Sall, révélateur de l’hypocrisie élitiste (Ousmane Sonko)

Le Président Macky Sall est libre de convier à un « dialogue » sur tout thème de son choix.
Tout citoyen est également libre, indépendamment de ses condition, fonction, grade et statut, d’y participer ou pas.
Si ces deux constats étaient compris, admis et acceptés par tous, cette publication n’aurait lieu d’être.
Mais depuis quelques jours, une certaine « élite » bien pensante (indépendants, membres de la société civile, employés d’Ong, politiques…) s’est arrogée un droit subit de tirer à boulet rouge sur une opposition « boycotteuse » du dialogue, qualifiée pour la circonstance de non patriotique et peu soucieuse de l’intérêt général.
A ces donneurs de leçon de salon, je pose les questions ci après :

– où étiez vous quand Macky Sall, avec la complicité d’Aly Ngouye Ndiaye, et pour les bénéfice de l’aventurier Frank TIMIS et de son frère Aliou Sall, violait allègrement le code pétrolier et la Constitution pour nous spolier des blocs de Kayar et Saint-Louis et les livrer à la spéculation des derniers cités ?
– où étiez vous quant il récidivait avec les blocs de Casamance et Saloum onshore au profit du repris de justice Ovidiu TENDER
Vous avez t-il consulté si bruyamment ?
– où étiez vous, chers « dialogueurs », lorsqu’il signait des contrats léonins pour TOTAL, lui attribuant en superficie et en clé de partage les blocs les plus importants et les plus prometteurs, dans le déni total de l’intérêt national que vous invoquez aujourd’hui pour justifier votre promenade au CCIAD ?
– vous avait-il consulté avant de consentir à un partage à parts égales et sur des bases forfaitaires de notre gaz avec la Mauritanie ?
– Saviez vous qu’on gagnera quatre fois moins du produit de nos propres ressources à cause de ces actes graves posés par ce régime ?
– avez vous seulement osé soulever ces questions lors de votre « khawaré » de Diamniadio, assurément non ! parce que le « maître » Macky en avait décidé ainsi dès l’annonce de son dialogue : « on ne parle pas de ça ici, haram ! on ne parle que de partage des revenus un point c’est tout !

Épargnez-nous de grâce vos hypocrites leçons de patriotisme. Nous n’avons pas attendu l’appel au dialogue du fossoyeur de l’intérêt national dans tout l’amont du pétrole pour nous ériger en bouclier de celui ci.

– où étiez vous, lorsque des Sénégalais bénévoles dénonçaient tout cela et subissaient les affres du Macky et de ses complices multinationales, se faisant radier, éjecter du gouvernement, menacer de plaintes, cambrioler dans leurs locaux de travail… ?
Vous étiez où,
– lorsque des Sénégalais, conscients des actes graves commis dans la gestion des attributions et des contrats en amont, se pourvoyaient en collectif citoyen pour porter ces affaires devant les justices américaine, britannique et australienne ?
Certains que j’entends jacasser depuis quelques jours avaient pourtant été approchés pour la cause, ils n’ont jamais daigné lever le petit doigt.

A défaut d’avoir le courage de poser ces vrais débats, vous cautionnez simplement l’entreprise de blanchiment de mal gouvernance des ressources à laquelle Macky Sall et ses acolytes s’emploient depuis quelque temps.

A ces donneurs de leçon je dis ceci : par votre duplicité, vous abandonnez la proie pour l’ombre.
Quelle priorité y a t’il en effet à déblatérer sur le partage des ressources du Sénégal tirées de l’exploitation du pétrole et du gaz ?
– le cumul des trois sources de revenus issues de cette exploitation (part dans l’activité – part dans la production – recettes fiscales) ne fera pas le dixième des ressources fiscales budgétaires : vous a t-on jamais convié à un dialogue pour le partage des recettes fiscales ?
– pendant que vous y êtes, pourquoi pas un dialogue sur le partage des revenus tirés de notre or, pillé à Sabodala, de notre Zircon, pillé à Diogo, de nos ressources halieutiques, livrées aux bateaux étrangers, de notre phosphate, vendangé aux indiens… ?

Tant que l’hypocrisie, la duplicité et la roublardise l’emporteront sur les combats de principe et l’attachement permanent à la vérité, il n’y aura rien à espérer d’un peuple.
Il ne vous reste plus qu’à appeler à la réélection de Macky SALL, chantre du « dialogue national », pendant que vous y êtes.

Quant à nous, nous connaissons le sens de notre engagement et ne serons jamais des cautions au banditisme d’État. A chacun sa conscience !
Le seul combat qui vaille, c’est d’en finir avec ce régime corrompu et de renégocier tous ces contrats en 2019, c’est notre message au peuple souverain du Sénégal.
Déwénati et bonne fête de KORITÉ à tous

Ousmane Sonko

Exit le scrutin, place à l’hypocrisie post-électorale (Par Bayaliou)

Les rideaux sont tombés sur le élections législatives, treizième du genre depuis que le Sénégal a commencé à hisser son propre drapeau. L’heure est maintenant au dispatching des sièges parlementaires et à la recherche d’alliances pour la formation des groupes parlementaires et la mise en place du nouveau bureau de l’Assemblée nationale. Mais ce contexte post électoral est vicié par une hypocrisie qui pue à cent lieux. Et ceci est du fait de certains responsables de la mouvance présidentielle qui revendiquent la victoire dans leurs bureaux de vote, leurs départements ou leurs régions respectifs.

Les élections qui se sont déroulées le dimanche 30 juillet 2017 n’étaient pas un scrutin local encore moins uninominal. Donc, il n’est guère compréhensible qu’on puisse se bomber le torse et dire que j’ai gagné dans mon bureau de vote. D’autant plus qu’on a pas choisi les électeurs  qui ont déposé leurs bulletins dans l’urne de ce bureau.

Les électeurs s’inscrivent en masse dans dans les différentes circonscriptions électorales et sont régulièrement listés dans des registres par ordre alphabétique et orientés dans les différents bureaux établis selon la taille de chaque circonscription. Et avec la migration des électeurs surtout en zone urbaine, il n’y a aucun responsable politique capable d’identifier le tiers des votants avec qui il partage un même bureau. Alors comment un politicien X votant dans un bureau Y  où son nom suit l’ordre alphabétique des autres votants, peut-il se targuer de la victoire de sa coalition dans le bureau?

Le vote du citoyen ne saurait appartenir à aucun leader et au delà même de l’hypocrisie qui enveloppe de telles fanfaronnades, il y a un manque de respect notoire vis à vis des électeurs. Ainsi l’autosatisfaction des uns et uns et cette gloriole vaniteuse affichée à gauche et à droite n’est rien d’autre qu’une dissimulation de la vérité dans le vil dessein de se positionner devant le Prince qui, hélas, tombe dans ce jeu de dupes. Puisque promettant la promotion à ces faux vainqueurs et la potence aux éventuels faux perdants. Le mode de scrutin est dit universel car il émane du peuple et donc ne saurait appartenir à aucun leader. Les politiques doivent être plus consistants et plus conséquents avec eux-mêmes. Il y va de leur crédibilité.

Bayaliou

bayaliou@yahoo.fr

« L’envie, la méchanceté et l’hypocrisie, les principaux maux de la société sénégalaise », selon l’Imam ratib de Saint-Louis.


"L'envie, la méchanceté et l’hypocrisie, les principaux maux de la société sénégalaise", selon l’Imam ratib de Saint-Louis.
L’Imam ratib de Saint-Louis Cheikh Tidjane DIALLO s’est vertement offusqué, lundi, des tiraillements dévergondés entre acteurs politiques, conduisant certains à exposer la vie privée de leurs semblables aux fins de les diaboliser.

« Ce sont des actes ignobles », a-t-il dit, en rappelant que la divergence des propositions devra aider à instaurer une concertation saine. « C’est dans la diversité qu’om s’enrichit », a-t-il martelé au cours de son sermon de Tabaski.

Le successeur de Cheikh Zeynoul Abidine DIOP note que le développement du pays repose d’abord sur la cohésion des visions et union sincère des cœurs.

«Certains font semblant d’être bons à l’extérieur alors qu’ils sont foncièrement méchants et ingrats de l’intérieur à l’égard de leurs prochains», constate l’Imam qui appelle à un changement de comportements et de mentalités.

Ces pathologies sont morales sont pour lui les causes du manque de fidélité dans l’amitié, de las vantardise débordante et de la banalisation des liens de parenté. « La fréquentation et toutes les relations reposent désormais uniquement sur le profit et le matériel », dénonce Cheikh DIALLO.

ndarinfo

“Inhumation de Muhammad Ali : le dernier salut d’une Amérique hypocrite”

“Inhumation de Muhammad Ali : le dernier salut d’une Amérique hypocrite”, Par Tidiane Kassé

Ali est mort peu à peu, depuis que la maladie de Parkinson a commencé à l’affaiblir à partir de 1984. Il ne disait plus rien, privé de parole par sa santé déficiente. Il n’était plus lui même. Le Système a alors tenté de le récupérer.

I have a dream disait Martin Luther King, Muhammad Ali était un rêve incarné. On se couchait avec lui en dansant comme un papillon et on allait à l’école le matin en traçant des moulinets dans les airs. Directs, crochets, esquives… On se rêvait Ali. Belles années 60. De Muhammad Ali on ne connaissait encore que les photos. Elégant, puissant, déterminé. On a grandi alors qu’il construisait sa légende. Celle d’un être éclairé par sa lucidité, sa pugnacité et sa révolte.

On a découvert le racisme dans les rébellions d’Ali. On a su qu’un système n’est rien devant la détermination d’un homme. On a compris avec lui qu’être Noir est un combat, Césaire et Fanon viendront structurer ces pensées plus tard. Ali a refusé d’aller au Vietnam, son refus a éclairé le côté ignoble de cette guerre impérialiste. Ce que d’autres disaient avec de belles phrases, il l’exprimait simplement : «Les Vietcongs ne m’ont rien fait. Aucun Vietcong ne m’a jamais traité de nègre. Je ne sais pas pourquoi j’irai leur tirer dessus». On était jeune, on était enfant. Mais il n’en faut pas souvent plus pour éveiller des consciences. Malgré la puissance de la propagande américaine, le Vietnam a commencé à devenir une ignominie.

Ce vendredi on enterre donc Muhammad Ali à Louisville, dans le Kentucky. Là où il est né en 1942. Mais ce n’est pas un homme qu’on ensevelit, pas même une légende. On met simplement sous terre une Histoire. Elle continuera de fleurir.

Une histoire…

Ali est une Histoire. Il y a eu un avant et un après Jésus Christ, la boxe aussi s’est écrite avec un avant et un après Muhammad Ali. C’est grâce à lui qu’on a remonté le temps pour voir qui était Joe Louis, qui était Rocky Marciano, etc. Quand il est parti, il n’y a eu plus rien d’aussi beau. Il n’y en aura sans doute jamais d’aussi grand. Chaque époque a ses grandeurs, mais il y a un ordre dans les grandeurs. La sienne fut la seule faite pour défier l’éternité.

On a découvert Muhammad Ali un soir d’octobre 1974, contre George Foreman. Plus que les secondes d’image d’un Journal télévisé naissant, il était là. C’était le troisième événement de portée mondiale qu’apportait la télévision sénégalaise, après les Jo de Munich-1972 et le Mondial de foot Allemagne-1974.

Cette nuit d’octobre fut longue. Pour se mettre sur le prime time américain, il avait fallu programmer le combat à 4 heures du matin dans le lointain Zaïre. Qu’à cela ne tienne. On avait veillé jusqu’à 2 heures du matin à Dakar. A l’heure dite, on était un petit groupe à avoir tenu devant le poste en noir et blanc. Tous pour «le plus grand, le plus beau, le plus fort». Une devise olympique.

Le combat fut difficile. Ali ne dansait pas comme on s’y attendait. Il se réfugiait dans les cordes. C’est plus tard, beaucoup plus tard, au hasard d’une de ses biographies, qu’on a compris sa stratégie.
Ali était arrivé sur le ring longtemps avant Foreman. Le champion du monde l’avait fait poireauter. Il en avait profité pour faire le repérage du terrain. Quand il s’est adossé aux cordes, il a senti qu’elles n’étaient pas aussi fermes que d’habitude. Quand il a essayé de danser, il ne s’est pas senti voler. Le ring n’était pas assez souple. Quand le combat a commencé, il a essayé de garder la distance. Mais il s’est rendu compte que quand il sautillait deux pas en arrière, les grands écarts de Foreman lui faisaient bouffer l’espace. Au mépris des rappels à l’ordre de son coin, Ali a changé de combat.

Réfugié dans les cordes, il profitait de leur élasticité pour des esquives sublimes. Il encaissait les coups dans les gants, ou les recevait sur les côtes. Sans danger. Sept rounds passèrent ainsi à user le «monstre» qui frappait, frappait… Jusqu’à cette sortie sublime du 8e round. Deux coups pour se dégager des cordes et Ali tourna autour de Foreman en le pilonnant. Cinq enchainements de directs. Forman balaya les airs de ses grands bras, le regard vitreux, le souffle court, électrocuté. Dix secondes plus tard, c’était la fin de Rumble in the Jungle.

On n’avait pas dormi du reste de la nuit. Les derniers klaxons qui résonnaient dans la rue s’éteignaient quand sont montés les appels du muezzin. On est allé ainsi au lycée, transporté par ce succès irréel. On pensait Foreman indestructible, notamment après qu’il eut massacré Frazier un an plus tôt, mais un dieu des Olympes l’avait disloqué.

Un visionnaire

Frazier, avec Foreman, fut le troisième élément de la légende des sixties-seventies. Il raconte son premier combat de 1971 contre Ali, quand ce dernier était venu chercher le titre que lui avait retiré la New York State Athletic Commission. Ali frappait en rythmant ses coups par des «Don’t-you-know-I-am-god» (Tu ne sais pas que je suis dieu). La répartie de Frazier fut aussi savoureuse : «Hé bien dieu, tu vas avoir ta raclée». Ali l’avait eue. Mais ce ne fut qu’un détail dans l’Histoire. D’autres l’ont racontée, on n’y revient pas. Ali a essuyé cinq défaites dans sa carrière ; les beaux souvenirs ont fini de les effacer.

Le reste, comme toutes les belles légendes, appartient aussi au cinéma. Ali est le sportif dont la vie a sans doute été le plus portée à l’écran. Plus qu’un boxeur, il était un scénario. Un visionnaire. Allez sur le Hollywood Walk of Fame, à Los Angeles. Tous les monstres sacrés du sport et du cinéma ont leur étoile gravée sur le sol. Il est le seul à avoir le sien sur un mur. «On ne me marche pas dessus», avait-il clamé. L’Amérique l’a toujours su.

Convaincue et abattue, l’Amérique s’était résolue à regarder Ali à hauteur d’Homme. Lui Cassius, devenu Muhammad. Ses contempteurs le raillaient en l’appelant par son nom d’esclave, mais on se rappelle cet adversaire qu’il a pilonné sur le ring en lui criant : «Dis, comment je m’appelle ?… Bim… Dis, comment je m’appelle ? Bim…»

Il était ami de Farakhan et Malcolm. Il était musulman révolutionnaire. Il était ce que l’Amérique ne pouvait accepter. Ils ont cherché à lui fermer sa «grande gueule», il n’a jamais cessé à leur crier sa rage et celle des siens, celles de tous ces Noirs qu’avalait le ghetto.

Une mort lente

Ali est mort peu à peu, depuis que la maladie de Parkinson a commencé à l’affaiblir à partir de 1984. Il ne disait plus rien, privé de parole par sa santé déficiente. Il n’était plus lui même. Le Système a alors tenté de le récupérer. On lui a fait allumer la flamme olympique en 1996, George Bush l’a décoré de la plus haute distinction de l’Amérique, Bill Clinton va prononcer ce vendredi son oraison funèbre… En 1967 pourtant, cette Amérique avait tenté de le «tuer» en le suspendant à vie pour la boxe. Cela lui coûtera trois des plus belles années de sa carrière et des milliards de dollars. Mais il croyait à ce qu’il était.

Aujourd’hui, les grands médias américains n’ont pas trop cherché à savoir ce qu’Ali pensait des policiers Blancs qui continuent de tirer sur les Noirs comme sur des chiens. Cette Amérique hypocrite et raciste qui prétend aujourd’hui respecter ses positions, l’avait qualifié de traitre quand il refusa d’aller combattre au Vietnam. Cette Amérique n’a pas changé. Ali le sait. Le racisme y est toujours institutionnalisé et la suprématie blanche magnifiée. L’oppression des Noirs y est toujours structurelle et l’impérialisme toujours aussi fort.

Ali a condamné le Vietnam comme il aurait condamné les bombardements de la Somalie, d’Irak, ou d’Afghanistan, voire l’assassinat de Khadafi, voire les drones qui bombardent les hôpitaux de Médecins sans frontières à Kunduz. Mais depuis 1984 il n’est plus lui-même. L’Amérique peut mentir autour de son cercueil, ce qui fut son esprit est ailleurs.
Bye Champ…

Tidiane KASSE, journaliste sénégalais, consultant-médias et formateur