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Même avec un bilan d’or en bandoulière, cet homme ne devrait pas être réélu. ( Mody Niang)

Ce 31 décembre 2018, nous avons eu le courage – car il en fallait – de l’écouter dérouler son long et parfois lassant message à la Nation, un message à forte allure de discours-bilan, agrémenté de promesses alléchantes et mirobolantes, faites à deux mois de l’élection présidentielle.

De bout en bout, il a insisté sur le niveau de ses réalisations, réalisations sans commune mesure, de son point de vue, avec celles qu’il a trouvées sur place au moment où il accédait à la magistrature suprême.

Quoi de plus normal, serait-on tenté de lui rétorquer ? De Léopold Sédar Senghor au président-politicien, la population a augmenté, passant de trois millions environ à plus de quatorze millions aujourd’hui.

Naturellement, les activités économiques qui alimentent les budgets ont, elles aussi augmenté. Pour ne pas allonger mon texte, je renvoie le lecteur au budget global du Sénégal respectivement des années 1960, 1980, 2000 et 2012.

Il trouvera alors normal, très normal, que le président-politicien qui disposait pour l’année 2018 d’un budget de 3774,8 milliards de francs CFA, construise plus d’infrastructures que ses trois prédécesseurs.

S’il était battu au soir du 24 février 2019 ou après un second tour en mars, son successeur ferait infiniment et rapidement mieux que lui, sans tambour ni trompette.

Naturellement, s’il s’agit d’un ou d’une compatriote digne, à bien des égards, de la fonction présidentielle. Peut-être, en donnerai-je l’illustration dans une prochaine contribution.

Ce bilan que le président-politicien et son camp nous présentent donc avec autant de tintamarre, n’a rien d’exceptionnel. Il est même bien en-deçà des milliards mis à sa disposition depuis le 2 avril 2012. Il doit être notablement relativisé et je m’y suis essayé dans ma contribution du 26 décembre 2018().

SI ce tonitruant bilan faisait l’objet d’un audit sans complaisance qui mette l’accent sur la pertinence, le coût et la qualité des infrastructures, et que les résultats soient rendus publics dans toutes les langues nationales, il serait largement minoré et ferait réfléchir nombre d’électeurs et d’électrices une fois seul(e)s avec DIEU dans l’urne, le 24 février 2019.

Sans doute, hésiteraient-ils alors longuement avant de prendre la lourde responsabilité de voter pour ce grand manipulateur qui, sans état d’âme, nous roule dans la farine depuis bientôt sept ans.

Ils ne feraient surtout pas ce choix périlleux pour notre pays si, en plus, ils considéraient le côté moral de ce bilan. De ce point de vue, l’homme est carrément repoussant, ayant pratiquement renié sans état d’âme tous ses engagement pris avant et après le 25 mars 2012.

Pour permettre au lecteur objectif d’en avoir le cœur net, je vais m’attarder sur quelques-unes de ses réponses lors de la conférence de presse à laquelle il avait convié certains journalistes après son adresse à la Nation, le 31 décembre 2018.

« Je n’ai peur de personne », avait-il notamment déclaré, en réponse à une question.

Naturellement, il ne convainc personne. S’il n’avait vraiment pas peur de Khalifa Ababacar Sall, il n’aurait pas choisi, très tôt, de l’éliminer de la course à l’élection présidentielle du 24 février prochain, après avoir échoué, semble-t-il, de le dissuader de se présenter à cette élection-là.

On n’a vraiment pas besoin d’être juriste pour savoir, qu’avec l’aide de la justice, il cherche manifestement à l’éliminer.

Sinon, qu’est-ce qui justifie la diligence inhabituelle avec laquelle le dossier mettant en cause l’ancien Maire de Dakar a été traité, tant à son niveau qu’à ceux du Procureur de la République, du juge de première instance, de la Cour d’Appel et de la Cour suprême ?

Pendant ce temps, nombre d’autres dossiers, bien plus lourds, dormaient et continuent leur profond sommeil sous son coude comme sur le bureau des magistrats chargés d’expédier cette affaire avant l’élection présidentielle.

S’il n’a peur de personne, pourquoi a-t-il imposé ce parrainage objet, aujourd’hui comme hier, de toutes les suspicions ? La loi qui l’impose est manifestement partisane puisqu’elle privilégie le premier mandataire qui dépose sa liste au Conseil constitutionnel.

Ce n’était un secret pour personne que la mandataire du candidat sortant serait la première. Elle n’est pas plus ponctuelle que les autres, ni plus forte quand il s’agit de se bousculer dans les rangs.

Sa liste a été déposée la première, parce que telle était la volonté du Conseil constitutionnel. C’est, du moins, la forte conviction de tous les autres mandataires. En tout cas, lu xel nangu la, par ces temps de gouvernance du président-politicien.

S’il n’a peur de personne, pourquoi a-t-il catégoriquement rejeté le bulletin unique qui a pourtant pour avantages de faciliter le vote et de le rendre, partant, plus rapide. Il est surtout beaucoup moins cher que le bulletin individuel.

Mais il a pour inconvénient majeur d’être trop large pour les tricheurs qui, le jour J, remettent à leurs militants et sympathisants des enveloppes contenant le bulletin de leur candidat, qu’ils glissent discrètement dans leurs poches. On devine aisément le reste du manège.

Enfin, s’il n’avait réellement peur de personne, il ne ferait pas moins que ses deux prédécesseurs pour l’organisation d’une élection transparente et paisible, sur la base d’un code électoral et d’un fichier consensuels. Faute d’évincer son ministre de l’Intérieur qui a affiché publiquement sa volonté sans équivoque de le faire réélire, il devrait tout au moins l’obliger, avec ses services, de distribuer les cartes électorales à leurs ayant droits.

A propos de la demande unanime de l’opposition de nommer un ministre de l’Intérieur moins partisan que l’actuel, il répondit sans fard : « Je ne vais pas le faire et je ne vois pas pourquoi je devrais confier les élections à un autre. Je ne suis pas là pour satisfaire des désirs d’une tierce personne. »

Et notre président-politicien apparemment sans mémoire, de clore ce débat en ces termes sans équivoque : « Que cela soit clair ! Tant que ce que l’on fait est clair, je ne vois pas pourquoi je changerai de chemin. (…) Le Ministre de l’Intérieur ne peut rien apporter à son président, si le peuple ne vote pas pour ce dernier. C’est un faux débat. »

A un journaliste qui lui rappelait qu’en tant que candidat pour l’élection présidentielle de 2012, il avait formellement récusé le Ministre PDS Ousmane Ngom, il répondit, à la stupeur générale : « Je n’ai jamais récusé Ousmane Ngom. »

Arrêtons-nous quand même sur ces réponses sans équivoque du président-politicien ! D’abord, il prend l’opposition pour moins que rien et la réduit à ‘’une tierce personne’’. Il croit sûrement avoir atteint son objectif de départ publiquement déclaré, et qui était de « réduire l’opposition à sa plus simple expression ».

Ensuite, il trouve que tant que ce qu’ils (lui et les siens) font est clair, il ne voit pas pourquoi il changera de chemin. Nous sommes donc avertis : s’il est réélu, il continuera de mettre en œuvre la même gouvernance. A bon entendeur !

Il nous prend surtout pour des demeurés puisqu’il veut nous faire croire que le Ministre de l’Intérieur ne peut rien lui apporter.

Avec toute l’influence, tout le pouvoir qu’il a sur ses directions comme sur l’administration territoriale, ce Ministre de l’Intérieur ne peut donc rien pour lui !

Ce Ministre-là qui risque d’avoir de gros déboires avec la justice si son candidat est battu ! Même s’il ne pouvait rien lui apporter, il remuerait ciel et terre pour lui être utile.

Notre président-politicien a le courage de regarder ses compatriotes les yeux dans les yeux et d’affirmer qu’il n’a jamais récusé Ousmane Ngom comme membre du PDS en même temps Ministre de l’Intérieur.

Ne lit-il pas la presse ? N’écoute-t-il pas les chroniques hebdomadaires de Papa Alé Niang ? Ne jette-t-il pas de temps en temps un rapide coup d’œil sur WhatsApp ? Reconnaissons-lui que son agenda ne lui laisse guère de temps.

Cependant, avant même la fin de la conférence de presse, des Sénégalais ont tenu à lui rafraîchir la mémoire en faisant circuler une vidéo à travers laquelle le candidat Macky Sall d’alors protestait vivement contre le maintien d’ Ousmane Ngom, à la tête du Ministère de l’Intérieur.

Ce texte étant déjà long, je renvoie le lecteur à la vidéo qui circule à WhatsApp ou à la chronique du 26 décembre 2018 de Papa Alé Niang. Les commentaires auxquelles sa piteuse volte-face a donnés lieu ne l’honorent guère. Des compatriotes se sont permis de le traiter de tous les noms d’oiseaux et personne ne devrait le leur reprocher.

Le Président-politicien est coutumier de tels reniements, comme d’ailleurs nombre de ses opposants qui l’ont rejoint aujourd’hui. J’en donnerai un seul exemple, celui de Me Ousmane Ngom.

On se rappelle que, Ministre de l’Intérieur, il en avait fait voir de toutes les couleurs à Macky Sall pendant sa traversée du désert. Ce dernier, élu Président de la République le 25 mars 2012, n’a pas tardé à lui rendre la monnaie de sa pièce. Me Ngom était en effet suspecté d’enrichissement illicite. Convoqué dans ce cadre par le Procureur de la République de Dakar, il tarda à répondre à la convocation.

Pendant qu’il battait campagne à Kolda en vue des élections législatives du 1er juillet 2012, il est ‘’cueilli manu militari’’ par des éléments de la Brigade d’Intervention polyvalente de la Police (BIP) et conduit à Dakar par hélicoptère. Cette humiliation, qui eut lieu le 20 juin 2012, le renforça dans une opposition farouche au président-politicien, en apparence tout au moins.

Voici d’ailleurs comment, profitant d’un meeting de son camp, il s’adressa en des termes peu amènes à son adversaire d’alors : « (…) Aujourd’hui, d’enrichissement illicite ou de blanchiment d’argent, Macky Sall et son Gouvernement sont au premier rang.

Ce n’est même pas de la délinquance financière, c’est du grand banditisme financier, parce que son Premier Ministre a dépassé toutes les limites. Il a avoué devant tout le Sénégal d’avoir blanchi de l’argent mais au moment où il le faisait, la loi sur l’enrichissement illicite n’existait pas encore. »

Me Ngom poursuivit son réquisitoire sévère en ces termes : « Mais la loi sur le vol existait déjà, la loi sur le recel et la complicité de vol existait déjà. » Et il en tire cette conclusion : « Kon nak,moom (Macky) ndeyi sacc la.

Avant de parler de qui que ce soit, il faut d’abord s’adresser à Macky Sall et à son Premier Ministre qui sont les plus grands blanchisseurs que le Sénégal n’ait jamais connus. »

En mars 2016, Me Ngom perd son grand frère. Le président-politicien va lui présenter ses condoléances et profite de l’opportunité pour l’appeler à venir travailler à ses côtés.

L’appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd : l’accusé d’enrichissement illicite rejoint son ‘’ancien adversaire à mort’’, le blanchisseur d’argent sale, le ‘’ndeyi sacc’’. Tout cela relève désormais du passé, et il appelle à le faire réélire dès le premier tour. Voilà le Sénégal !

Je terminerai par deux questions, l’une concernant la nomination de son frère Aliou Sall à la tête de la Caisse de Dépôt et de Consignation (CDC) et l’autre, l’éventualité d’un troisième mandat.

A la première question, il répond : « Je l’ai à l’œil, s’il commet une faute, il sera sanctionné comme les autres. » Mon œil ! A-t-il à l’œil sur les autres directeurs généraux qui sont des bourreaux connus de deniers publics ?

« S’il commet une faute, il sera sanctionné comme les autres ! » Nous prend-il pour des demeurés, ce président-politicien ? Qui a jamais été sanctionné dans son camp ? A la seconde question, il répond ‘’fermement’’ : « Si je suis réélu, je fais mon second mandat de 5 ans et je pars. » Qui va vraiment le croire, devant le fossé abyssal qui sépare nettement ses engagements d’hier et ses actes d’aujourd’hui ?

Cet homme n’a aucun respect pour la parole donnée et a entraîné dans son sillage de nombreux compatriotes. Heureusement que tous, l’un comme les autres, sont mis à nu par d’authentiques vidéos qui circulent dans les réseaux sociaux.

Nous ne devrions donc pas nous laisser abuser par son tonitruant bilan matériel. Il nous a fait mal, très mal, en souillant les valeurs cardinales qui étaient le fondement de notre société, valeurs que nous avons héritées de références comme Thierno Souleymane Baal, El Hadj Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba, Monseigneur Hyacinthe Thiandoum et bien d’autres encore.

Il nous appartient de travailler dur à la restauration et à la purification de ces valeurs, pour redonner à notre société sa belle image d’antan. Ce noble objectif ne sera jamais atteint, tant que nous ne nous débarrasserons pas du président-politicien et du vieux système qu’il perpétue.

Dakar, le 6 janvier 2019

Mody Niang

5 mois après sa démission-spectacle, Mame Mbaye Niang sort du bois ( Mody Niang)

On se souvient de la démission-cinéma du ministre Mame Mbaye Niang intervenu le 10 juin 2018. C’est au Premier ministre qu’il a remis, nuitamment semble-t-il, sa démission trompe-l’œil, démission «pour convenance personnelle». En réalité, ce serait un rapport de l’Inspection générale des finances (Igf) du ministère de l’Economie, des Finances et du Plan qui l’impliquait, avançait-on çà et là, dans un scandale financier intervenu au Programme de développement des domaines agricoles communautaires (Prodac).

Le rapport révélait, semble-t-il, de fortes surfacturations qui impliquaient l’entreprise israélienne Green 2000, avec des complicités. Et l’Igf de recommander alors «l’ouverture d’une information judiciaire pour des ‘’faits de délinquance’’» contre le coordonnateur du Prodac au moment des faits et son prédécesseur.

M. Mame Mbaye Niang, alors ministre de la Jeunesse et de la Construction citoyenne, assurait la tutelle du Prodac. Le ministre Niang n’avait pas seulement «démissionné», il avait aussi annoncé une plainte contre deux sites, pour «diffamation et diffusion de fausses nouvelles». De plainte, on n’en entend plus parler depuis lors (1).

Le plaignant ne s’y était pas trompé : il savait que, dans notre pays, les plus gros scandales font l’objet de commentaires fugaces et superficiels, avant d’être définitivement enterrés. En «démissionnant» aussi, il savait parfaitement que cette démission trompe-l’œil n’allait durer que le temps d’une rose. Il était sûr en particulier, qu’avec notre président-politicien qui juge les gens plus en fonction de leurs performances politiques et politiciennes que sur celles qu’ils réussissent au niveau des responsabilités administratives qu’ils ont en charge, il se tirerait d’affaire sans encombre. Sa démission-spectacle ne pouvait donc durer que le temps d’une rose et il a retrouvé le plus normalement du monde sa place dans le gouvernement.

Pourtant, selon le rapport supposé de l’Igf, le scandale du Prodac porte sur 29 milliards de francs Cfa. Vrai ou faux ? Je n’en sais rien. Ce dont je suis convaincu, par contre, c’est que si nous avions à la tête de notre pays un homme d’Etat patriote, vertueux, respectueux des deniers publics, de ses compatriotes et de sa conscience, ce supposé scandale du Prodac serait rapidement élucidé et les mesures idoines prises.

Il suffirait de rendre public le rapport de l’Igf et, s’il n’était pas suffisamment convaincant, de donner pour mission à l’Inspection générale d’Etat (Ige) de tirer l’affaire définitivement au clair. Rien de tout cela n’a été fait, et ne sera sûrement jamais fait, en tout cas tant que le président-politicien préside aux destinées de notre pays.

Le ministre Mame Mbaye Niang, alors sûr de toute impunité éventuelle, sort enfin du bois et ne perd pas de temps. Pour gagner plus de galons auprès du président-politicien, il organise, le samedi 3 novembre 2018 à Ngor, une cérémonie de lancement de la Plateforme Sénégal 2035 et profite de l’opportunité pour aborder imprudemment la question relative au contrat passé avec Petro-Tim.

Faisant allusion à «ceux qui s’agitent sur les contrats pétroliers, ceux-là mêmes qui ont avoué avoir parlé avec Karim Wade et promis d’aller rendre visite à son père Abdoulaye Wade», il déclare : «Les gens qui ont écrit sur l’affaire Petrotim ont plagié vos articles de presse (à eux journalistes) pour faire un livre.

Abdoulaye Wade et Karim Wade ont signé le contrat de manière douteuse et celui qui exige toute clarification sur cette affaire se propose d’aller les voir au Qatar.» Et notre très compétent ministre d’ajouter, sûr de lui : «Il n’y a rien d’opaque dans ce contrat. Qu’ils arrêtent d’embrouiller l’opinion. Ils n’ignorent rien que nous ne sachions déjà, car c’est eux qui ont signé.»

«Senegaal daal moo néex ! Lu waay néex wax te dara du ko ca fekk.» Ce ministre ne manque vraiment pas de toupet. Il a en tout cas tout faux, et sur toute la ligne. D’abord, il accuse Sonko (dont il se garde de citer le nom) de plagiat : il ne se serait servi que d’articles de presse pour écrire son livre. Mais, qu’attend-il pour sauter sur l’occasion et le confondre, le ridiculiser en mettant sur la place publique les articles plagiés ?

Evidemment, il se gardera bien de s’y aventurer, car il n’a certainement pas lu le livre. Et puis, à supposer même qu’il l’ait lu, il aurait besoin de beaucoup de place car, le livre fait quand même 233 pages, 233 pages de plagiat.

Notre ministre se goure encore en affirmant que «Abdoulaye Wade et Karim Wade ont signé le contrat de manière douteuse (…)». Vous avez encore tout faux, Monsieur le Ministre : les deux ne signent pas le contrat ; c’est Karim, en sa qualité de ministre de l’Energie qui signe le contrat et le président Abdoulaye Wade le valide par un décret, dont il a l’exclusivité de la signature avec, naturellement, le contreseing de son Premier ministre.

Le proche du couple présidentiel ne s’arrête pas en si bon chemin puisqu’il veut gagner le maximum de galons. Ainsi, affirme-t-il encore : «Celui qui exige toute clarification sur cette affaire (douteuse) se propose d’aller les voir au Qatar». Aller jusqu’au Qatar pour avoir «toute clarification sur cette affaire (douteuse)» ! En a-t-on vraiment besoin ?

Certes, Wade-père et Wade-fils ont entamé la procédure effectivement douteuse, mais ils ne l’ont pas achevée. C’est plutôt, désormais, au président-politicien qu’il faut demander des clarifications car, il a trouvé sur place le dossier douteux : le contrat et un projet de décret.

Projet car, même si le président Wade et son Premier ministre l’avaient signé, il n’avait encore aucune valeur. Il n’avait pas encore d’existence juridique et tout contrat qu’il approuvait était nul et de nuls effets. Il devait être envoyé au Secrétariat général du gouvernement où il serait numéroté, daté, enregistré, puis publié au Journal officiel.

C’est à ce moment-là seulement qu’il pouvait trouver place dans l’ordonnancement juridique et approuver le fameux contrat en faveur de Petro-Tim.

Le président-politicien savait parfaitement que ce dossier en cours n’était pas conforme à la loi. C’est pourquoi il avait saisi – certainement pour la forme – l’Inspection générale d’Etat pour que celle-ci fît des investigations pour lui permettre d’en avoir le cœur net.

En lui remettant le rapport, le Vérificateur général de l’Ige d’alors, Mme Nafy Ngom Keïta, ne manqua pas d’attirer son attention sur toutes les suspicions et incertitudes qui entouraient ce dossier qu’il fallait classer purement et simplement.

Mais, c’était sans compter avec les intentions peu catholiques du président-politicien qui s’en était fait sa propre religion. Son frère étant partie prenante, il signa, à l’insu de l’Ige, un décret pour approuver le contrat douteux. Un décret avec un exposé des motifs basé sur du faux.

Petro-Tim, qui a été créé deux jours après la signature du fameux contrat par le ministre Karim Wade, ne remplissait aucune des conditions liées aux capacités techniques et financières et à l’expérience qu’exigeait le Code minier.

Donc, en attendant demain (en 2019 ou en 2024) pour faire la lumière sur cette affaire nébuleuse, c’est au président-politicien qu’il faut demander des clarifications qu’il ne donnera sûrement pas, tant qu’il sera aux affaires.

Nous n’en avons pas fini avec notre ministre qui poursuit ses certitudes et déclare : «Il n’y a rien d’opaque dans ce contrat. Qu’ils arrêtent d’embrouiller l’opinion. Ils n’ignorent rien que nous ne sachions déjà, car c’est eux qui ont signé.» D’abord, j’ai un problème de compréhension ici. Probablement, c’est le journaliste qui a rapporté la déclaration qui s’est trompé.

Au lieu de «Ils n’ignorent rien», ce devrait être, je crois : «Ils ne savent rien que nous ne sachions déjà». Voilà des gens qui croient tout savoir de tout et pensent, à l’image de leur mentor, que les autres ne savent rien. En effet, on l’entend souvent lancer, en direction de l’opposition, ces mots : «Que ceux qui n’en savent rien aillent s’informer !» Croient-ils vraiment, lui et les siens qui le répètent à longueur de journée, que ce sont eux seulement qui savent tout et que les autres ne savent rien ?

N’est-ce pas l’omniscient ministre Mame Mbaye Niang, encore lui, qui va clore le débat en ces termes tranchants : «Le président Macky Sall a déjà résolu depuis longtemps la question de la gestion du pétrole et du gaz ; tout le reste n’est que pure invention que ce soit sur les déclarations sur la fiscalité ou sur la signature des contrats.»

Et voilà la question définitivement réglée ! Tout ce que diront désormais les Thierno Alassane Sall, Boubacar Camara, Ousmane Sonko, Mamadou Lamine Diallo et tous nos nombreux autres compatriotes dont la compétence dans bien des domaines ne fait point l’ombre d’un doute, ne sera que pure invention. Comment faire une telle déclaration dans ce Sénégal de 2018 ? Waaw ki moom, da fa xamul, walla da fa ñame Yalla, walla nguur gèe naan yuur gi ? Quand même !

Nos ressources naturelles n’appartiennent pas au président-politicien, ni à sa famille ni à sa coalition ! Il ne peut pas les gérer comme il gère ses biens propres. Oublie-t-il déjà son discours, le 7 mars 2016 au Grand Théâtre, quand il y rencontrait sa coalition pour la préparation du référendum de la même année ? C’est donc désormais déjà derrière lui, tout ce qu’il disait sur les droits des citoyens sénégalais, notamment leurs droits sur la gestion de nos ressources naturelles qui leur appartiennent ?

A-t-il déjà oublié qu’il a consigné ces droits dans la Constitution ? Je renvoie le lecteur à ce discours du 16 mars 2016, rappelé par le citoyen-patriote Papa Allé Niang, dans sa chronique du 7 mars 2018. Est-ce vraiment le président-politicien qui a prononcé ce discours avec la passion qu’il laissait entrevoir ?

En tous les cas, nous ne laisserons jamais cet homme, sa famille, son parti-Etat et son clan hétérogène gérer nos ressources naturelles (or, fer, pétrole, zircon, gaz, etc.) à leur convenance. Nous n’accepterons jamais de vivre les malheureux exemples de l’Angola, du Congo Brazzaville, du Gabon, de la Guinée équatoriale, du Nigeria, etc.

Cet homme qui préside aux destinées de notre pays, est incapable de transparence. Les structures trompe-l’œil qu’il met en place, n’y changent rien. En particulier, nous restons réservés, très réservés par rapport à l’efficacité de ce Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Pétrogaz).

Sa composition n’est pas de nature à atteindre l’objectif qui lui est assigné : gérer sainement et de façon durable nos ressources naturelles. Il est composé, en effet, du Premier ministre, du ministre en charge de l’Energie, du ministre de l’Industrie et des Mines, de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie), de représentants d’institutions de la République, ainsi que d’autres structures dans le secteur de l’énergie.

Ce Cos-Pétrogaz a pour Secrétaire permanent M. Ousmane Ndiaye, ingénieur des Mines. Il a pour adjoint M. Mamadou Fall Kane, économiste. M. Ndiaye est Conseiller spécial à la présidence de la République. Il a occupé d’importantes fonctions, notamment celle de Directeur général de Petrosen. C’est lui-même qui aurait recruté Macky Sall pour son premier emploi.

M. Sall en deviendra plus tard le directeur général. M. Kane est aussi Conseiller spécial à la présidence de la République. Ce Cos-Pétrogaz est donc ce qu’on pourrait appeler un «nous dans nous». Tous les membres sont pratiquement des obligés du président-politicien.

C’est pourquoi cette structure fait l’objet de critiques régulières, au point que le président-politicien a annoncé, sûrement le cœur gros et peut-être sans conviction, qu’elle sera ouverte à la société civile. Il a annoncé la nouvelle à Diamniadio où se tenait «Le dialogue national sur l’exploitation des ressources pétrolières et gazières».

Il y a ainsi déclaré : «J’ai (reçu) la demande de la société civile. Elle n’était pas membre du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Pétrogaz). Je suis tout à fait ouvert à ce qu’on ouvre le Cos-Pétrogaz à la société civile.» Il ajoutera que pour la transparence, il n’a aucun problème d’y associer les forces vives de la Nation. Que ne l’avait-il pas fait dès le début de la création de la structure ?

Au moment où j’allais conclure ce texte, mon attention a été attirée par la revue de presse d’une radio qui annonçait notamment la «Une» du quotidien Source A, que j’avais à côté avec d’autres journaux que je n’avais pas encore commencé de lire. La «Une» faisait état, bien mise en évidence, d’une déclaration de notre très sérieux ministre, déclaration que le quotidien qualifie à juste raison de «lourde charge». C’est au cours d’une conférence de presse tenue hier, qu’il accusa «les pourfendeurs de Macky Sall dans la gestion de nos ressources naturelles», d’être «sponsorisés par de puissantes compagnies pétrolières aux élections présidentielles (cherchant) à déstabiliser ce pays par un débat stérile».

Avant de revenir sur sa déclaration, je fais remarquer amicalement à notre très compétent et très sérieux ministre, qu’il a dû se tromper : nous nous acheminons vers une élection présidentielle, et une seule. Il me permettra aussi de lui demander, qu’à force d’organiser des conférences de presse et des cérémonies de lancement de slogans pour défendre son mentor, s’il lui restera suffisamment de temps pour s’occuper de son ministère.

Pour le reste, en se faisant imprudemment «sponsorisés par de puissantes compagnies pétrolières» et en cherchant à «déstabiliser ce pays», les opposants leur offrent du pain béni : si ces graves accusations sont avérées, le président-politicien n’a qu’à envoyer les plus dangereux pour sa réélection à Rebeuss, rejoindre Khalifa Ababacar Sall !

Donc, depuis qu’il est sorti du bois après sa démission-cinéma, le poulain du couple présidentiel tient à l’assurer que la priorité des priorités pour lui, c’est d’assurer sa défense, au quotidien. Dans cette perspective, il lui arrive de faire des déclarations qui en étonnent plus d’un, comme celle-ci : «Si un homme politique aspirant à la gestion de ce pays ne peut pas saluer les actes de transparence posés par le président de la République, il faut arriver à la conclusion qu’il est de mauvaise foi, ou qu’il est manipulé depuis l’extérieur par des forces occultes liées à la puissance des compagnies qui ont longtemps déstabilisé les pays africains ne se soumettant pas à leur diktat.»

Pour seul commentaire, je lui oppose ces engagements du président-politiciens, pris lors du message à la Nation, le 3 avril 2012 : «S’agissant de la gouvernance économique, je serai toujours guidé par le souci de transparence et de responsabilité dans la gestion vertueuse des affaires publiques. Je mets à ma charge l’obligation de dresser les comptes publics de la Nation et d’éclairer l’opinion sur l’état des lieux. Je compte restituer aux organes de vérification et de contrôle de l’Etat la plénitude de leurs attributions. Dans le même sens (…), la lutte contre la corruption et la concussion me tient particulièrement à cœur. A tous ceux qui assument une part de responsabilité dans la gestion des deniers publics, je tiens à préciser que je ne protègerai personne. Je dis bien personne !» Nous sommes le 12 novembre 2018. Je laisse aux lecteurs le soin d’apprécier et de tirer leurs conclusions.

Je ne terminerai pas avec notre ministre, sans lui suggérer amicalement d’être plus modeste, plus humble. Quand, ministre du Tourisme du Sénégal, il ne connaît même pas le nombre de pays de notre sous-région qui composent l’Uemoa, il doit sérieusement envisager de descendre de son olympe et de cesser de distribuer trop facilement des leçons. Pour l’aider à s’y résoudre, je lui conseille, si ce n’est pas trop lui demander, de s’inspirer d’une réflexion du président Nicolas Sarkozy. Interrogé par Laurent Delahousse après la nomination d’un ministre par le président Hollande, Nicolas Sarkozy, son prédécesseur, répondit : «On ne s’invente pas ministre de la République. Un ministre, c’est un long processus.» Il était l’invité du Journal parlé de 20 heures de France 2 du 21 septembre 2014.

Mody NIANG

1 – La plainte annoncée de M. Mamour Diallo est sur le point de connaître le même sort, malgré les accusations graves qui pèsent sur ses épaules.

Mody Niang démolit Soro Diop, le courtisan zélé

Ce Soro Diop-là, est-ce vraiment le même que j’ai connu au journal ‘’Le Quotidien’’ ?
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Dans son édition du vendredi 7 septembre 2018, Soro Diop a vigoureusement réagi à ma contribution parue la veille à ‘’Walfadjri’’. M. Diop n’a pas du tout été tendre avec moi. C’est comme s’il me gardait une dent depuis de longs mois, voire de longues années. Je ne me suis pas indigné de sa diatribe – les Sénégalais étant ce qu’ils sont – mais j’en suis très surpris. La dernière fois que j’ai eu un contact physique avec ce M. Diop, c’était quand il travaillait au journal ‘’Le Quotidien’’. Nos relations étaient alors bonnes, très bonnes, voire excellentes. C’est lui qui m’avait publié de façon magistrale les ‘’Bonnes Feuilles’’ de mon livre « Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ?». Il a ensuite quitté le journal, je ne sais quelle (s) raison (s). Depuis lors, je ne me souviens pas l’avoir rencontré une seule fois ou, si c’est le cas, ne me rappelle plus les circonstances. Pendant un bon moment, je ne savais plus où il était.

J’apprendrai, par la suite, et par hasard, qu’il était dans la mouvance présidentielle et conseiller en communication quelque part. Pour marquer sans équivoque son choix, il lui arrivait, il lui arrive encore – la preuve – de s’attaquer violemment à l’opposition et à toutes autres personnes qui ont seulement des divergences avec le président-politicien et, en particulier, osent les exprimer publiquement. Au début, il m’arrivait de lire quelques-uns de ses articles particulièrement salés. Finalement, je ne les lisais plus. Et j’allais sûrement continuer dans ce choix, si un ami ne m’avait pas signalé sa philippique parue à ‘’Dakaractu’’ du 6 septembre, qui me sort de ma réserve. Et c’est dommage, vraiment dommage !

Le titre de sa diatribe est déjà fort révélateur de sa volonté de me régler mon compte pour de bon. Voici le fameux titre : « Mody Niang et la bien-pensance furieuse ». Ce titre a besoin d’être clarifié pour le commun des mortels, car il n’est pas simple, il pose même problème. D’après le ‘’Petit Larousse illustré 2012’’, la bien-pensance, c’est ‘’l’opinion, le comportement des bien-pensants’’. Quant aux bien-pensants, ce sont des personnes ‘’dont les convictions sont jugées traditionnelles et conformistes’’. C’est cette dernière définition qu’il m’applique certainement, s’attardant sur le côté négatif, si côté négatif il y a. Je lui fais d’abord remarquer que ces convictions ‘’ne sont jugées (que) traditionnelles et conformistes’’.

Elles ne le sont donc pas forcément. Et même si elles l’étaient effectivement, sa position par rapport à mes convictions me laisse absolument indifférent, comme me laissent parfaitement indifférentes les siennes, si toutefois il en a encore. Je lisais avec délectation ses écrits, quand il travaillait au journal ‘Le Quotidien’’. Tous les vices, tous les maux, tous les crimes comme la corruption, la concussion, la fraude, le conflit d’intérêt, le népotisme, les détournements de deniers publics, la détestable transhumance, la mal gouvernance et la mauvaise gestion en général, tous ces maux tremblaient dès que le bon M. Diop se mettait devant son ordinateur.

Il les dénonçait avec une vigueur, une conviction qui pouvaient faire bouger des montagnes. Aujourd’hui, on retrouve exactement les mêmes maux, les mêmes vices, les même crimes dans la gouvernance du président-politicien. Qu’il renonce à ses convictions – s’il en a encore –, qu’il s’adapte à la nauséabonde gouvernance de son mentor, c’est son droit le plus absolu ! Mais, qu’il nous laisse le droit de les dénoncer, nous que le pouvoir et ses ‘’délices’’ fugaces n’ont pas retournés.

Un ami me disait hier, qu’entre la période où M. Diop a été congédié du journal ‘’Le Quotidien’’ et le moment où il a trouvé du travail – et quel travail –, il a traversé péniblement le désert. Aujourd’hui qu’il a bien sa place dans le ‘’paacoo’’’, il se comporte comme un aveugle qui a ramassé deux yeux. Xamatoul lu ko të, dirait le wolof njaay. Qu’il se la coule douce, c’est son droit le plus absolu. Mais, qu’il nous laisse le nôtre, pour que nous en disposions comme nous l’entendons ! Heureusement que DIEU, notre SEIGNEUR, ne nous a jamais privés de nos yeux. Nous les avions toujours rivés sur la nauséabonde gouvernance du vieux président-politicien. Aujourd’hui, nous continuons de les river sur celle de son successeur, qui marche pas à pas sur le chemin tortueux que le vieux prédateur lui a largement ouvert en quittant le pouvoir.

Il n’y a que Soro Diop, et d’autres de son acabit, qui ne s’en rendent pas compte. Il n’y a que lui et nombre d’autres renégats qui, comme lui, ont retourné sans honte leurs vestes et refusent obstinément de savoir que la gouvernance du vieux président-politicien et celle du président-politicien Jr sont parfaitement superposables. Elles traînent les mêmes crimes, les mêmes forfaits, les mêmes délits, les mêmes scandales. M. Diop aura-t-il le courage de nier cette évidence, cette réalité qui crève les yeux. Ah ! J’oubliais qu’il n’en a plus, les ‘’délices’’ du pouvoir étant passés par là !

Notre bon M. Diop me traite aussi de nihiliste. Selon lui, je ferme les yeux sur toutes les réalisations du président-politicien. Pas du tout. Il fait bien des réalisations, mais c’est sur elles que j’ai des problèmes, en particulier sur leur pertinence et leur coût. Et puis, pouvait-il ne pas en faire du tout ? Le 25 mars 2012, nous avons porté 65% de nos suffrages (exprimés) sur sa candidature, sur la base d’engagements solennellement pris et de promesse fermes qu’il nous avait faites qu’il gouvernerait mieux le pays. Annuellement, nous mettons à sa disposition un budget qu’il utilise à sa guise (presque 4000 milliards en 2018). Waaw, il peut s’enrichir, enrichir sa famille et sa belle famille, les hauts responsables du parti-Etat, etc., mais il ne peut pas s’en arrêter là : il faut quand même qu’il fasse quelques réalisations !

Quand ces réalisations sont coûteuses plus que de raison, plus de prestige que de développement, nous avons le droit de protester ! Je ne m’attarderai pas sur des infrastructures comme l’Autoroute ‘’Ila Touba’’, le fameux Train Express régional (TER), le Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), etc. Ni sur nos 6 millions de cartes biométriques qui nous ont coûté 52 milliards de francs CFA, ni sur la réhabilitation du Building administratif qui en est, semble-t-il, à près de 29 milliards (d’autres disent même 40), ni sur la construction des pavillons dans les différentes universités, etc.

Oui, il construit des infrastructures, mais dans quelles conditions les construit-il ? Je ne m’attarderai surtout pas sur elles. Dans nombre de mes contributions, j’ai exprimé sans fard mes réserves (motivées) par rapport aux tonitruantes réalisations que tient à nous vendre coûte que coûte M. DIOP. En outre, son mentor n’avait-il pas déclaré qu’une gouvernance ne se limitait pas à des constructions d’infrastructures, que ce n’était pas l’essentiel : il fallait aussi travailler à bonifier les valeurs, les principes, les bonnes habitudes, etc. Où en est-il avec ce second objectif ? La réponse coule de source : il a travesti le pays, tout le pays qui s’éloigne de plus en plus de nos valeurs cardinales, cédant la place à l’argent et aux ‘’honneurs’’. Le parti-Etat a violemment bousculé la Nation, reléguée au second plan.

Ce bon M. Diop doit beaucoup m’en vouloir et je ne sais vraiment pas pourquoi. Lisons ce qu’il écrit d’entrée de jeu, me concernant : « Et toujours dans un style qui manque d’élégance et de courtoisie envers le Chef de l’Etat, c’est à se demander si les contributions écrites ne sont pas devenues la pension mensuelle du vieil enseignant. ». Ce n’est pas tout. Au milieu du texte, il me pilonne plus fort encore : « Sa fixation morbide, on dirait maladive, sur le Président de la République Macky Sall, assortie d’une arrogance verbale indécente, surtout envers quelqu’un qui a l’âge de son cadet, invalide son objectivité.»

Le pouvoir rend vraiment fou. D’où prend-il cette certitude que le président-politicien a l’âge de mon cadet ? On dit que son mentor est né après l’indépendance. Quant à feu mon frère cadet (que la terre de Touba lui soit légère), il est né dix ans au moins avant. Que voulait-il prouver par un tel mensonge grossier ? Plaire à son bienfaiteur ! Il y a des compatriotes qui sont tombés vraiment bas au Sénégal ! Pour revenir à mon « style qui manque d’élégance et de courtoisie envers le Chef de l’Etat », là, il a peut-être raison : je n’ai vraiment pas beaucoup de respect pour le président-politicien.

Le respect se cultive, se mérite. Quand on renie tous ses engagements, quand on bénit la détestable transhumance ; quand, Président de la République, on est manifestement partisan et injuste, en mettant notamment le coude sur le dossier de Kumba am ndey et en envoyant avec diligence celui de Kumba amul ndey au Parquet ; quand on encourage et entretient la corruption en rendant inoffensifs tous les organes de contrôle et en mettant en hibernation les sanctions négatives ; quand, avec l’argent du contribuable on achète des consciences pour se faire réélire ; quand, Président de la République, on danse publiquement et se fait applaudir par ses courtisans, etc., je ne vois pas comment on peut espérer se faire respecter. En tout cas, ce ne sera par moi.

J’insiste sur la danse du président-politicien. Voilà ce qu’en pense notre Soro national : « Mody Niang et quelques opposants ont poussé des urticaires parce que le Président Macky Sall a dansé. » Je n’ai pas poussé des urticaires mais j’ai été indigné, très indigné. M. DIOP a peut-être raison de le souligner : ce n’est pas maintenant seulement que la danse est tolérée sous nos cieux. Elle l’y a toujours été. Peut-être. Mais elle est fortement condamnable, moralement prohibée quand elle est le fait d’un kilifa, à plus forte raison d’un Président de la République. Il est vrai que les minables courtisans du prince et lui-même pas ne s’en émeuvent pas parce qu’un politicien qui danse ne dérange personne dans leur milieu. Or lui, le mentor de Soro Diop, est un politicien pur et dur qui peut se permettre tous les écarts.

En tout cas moi, citoyen Mody Niang, militant du Parti Sénégal, je n’ai aucun respect pour ce président-là, qui a mis tout le pays sens dessus dessous. Quand j’écris le concernant, je me soucie peu de ‘’style d’élégance et de courtoisie’’. Personne, fût-il le virulent Soro Diop, ne peut m’obliger à aimer ce président-politicien. Pour l’en convaincre, je lui cite Alfred de Vigny qui écrivait : « On ne doit avoir ni amour, ni haine pour les hommes qui gouvernent. On ne leur doit que les sentiments qu’on a pour son cochet : il conduit bien ou il conduit mal. Voilà tout. » Par cette citation, je réponds en même temps aux nombreux autres Soro Diop qui m’accusent de nourrir de la haine pour le vieux président-politicien et son fils biologique.

Soro Diop n’en a pas terminé avec ma pauvre personne. Il me traite de ‘’terroriste intellectuel’’, trouve dans mes ‘’textes industriels’’, une ‘’agressivité manichéenne’’ et me prête une ‘’logique bipolaire’’ qu’il se fait le devoir d’expliquer : « Le pouvoir, chez lui, incarne le camp du Mal. Forcément. L’opposition, c’est le camp du Bien. Absolument. C’est du Mody, tout en brut et en brute. Et ça ose de parler de dictature ! Lui, il est propre comme l’eau de zam-zam. Il est nickel des racines des cheveux aux gros orteils. Mody le béni, quoi ! » Vraiment, à ma très grande surprise, Soro Diop n’a pas beaucoup d’estime pour moi. A la limite, il ne doit pas m’aimer – il n’y est pas obligé d’ailleurs. Ce qui n’a aucune sorte d’importance pour tous les deux.

En tout cas, je ne savais pas que j’étais un terroriste intellectuel. Je ne me savais, non plus agressif. Waaye nak, nit du xam boppam. Je diviserais aussi le pays en deux camps : celui du pouvoir, le camp du mal, et celui de l’opposition, le camp du bien. Tant qu’on est en vie, on peut toujours avoir des surprises. J’en ai abondamment aujourd’hui avec cette ‘’logique bipolaire’ qu’il me prête. Je croyais vraiment que, même autour de la table du ‘’paacoo’’, Soro Diop ne ferait jamais certaines réflexions, ne me prêterait jamais certaines idées saugrenues .

Diviser le pays en camps : celui du bien et celui du mal ! Wolof Njaay néena, ku la xamul éey la lay wooye. Malgré les apparences, Soro Diop ne me connaît point. S’il me connaissait vraiment tant soit peu, il n’aurait jamais écrit ceci, me concernant : « Lui, il est propre comme l’eau de zam-zam. Il est nickel des racines des cheveux aux gros orteils. Mody le béni, quoi ». Je lui lance un défi : où m’a-t-il jamais entendu parler de moi-même, en conversation, dans mes contributions ou dans mes livres ? Je serais « propre comme l’eau de zam-zam (…) et nickel des racines des cheveux aux gros orteils ! ». Je serais même béni ! Quand même ! Heureusement que notre SEIGNEUR ne m‘a jamais associé au pouvoir !

Je lui en sais gré du mieux que je peux.
Je n’aurais jamais cru que l’imagination de notre Soro national était aussi fertile ! Où a-t-il pu inventer tout cela ? Le pouvoir et ses ‘’délices’’ peuvent-il transformer un individu à ce point ? Ce n’est pas tout d’ailleurs : je ferais partie « de ces élites (qui) cherchent à cacher aux Sénégalais les faits(…) terriblement têtus (et) aussi visibles que l’ile de Gorée émergent au large de Dakar. »

Il insiste particulièrement sur la culpabilité « du Maire Sall (qui) s’est fait le khalife de l’argent indu, de près de 1 milliard 800 avancé dans une caisse dont il a noirci la blanche gestion. « C’est ça la vérité », affirme-t-il pour conclure son sévère réquisitoire alors qu’il reste à l’accusé un dernier recours, même si on sait que . . . . D’abord, M. Diop sait que la gestion de cette caisse d’avance n’a jamais été blanche. Depuis des décennies, elle a été gérée de la même manière. Pour revenir à « ces élites (qui) cherchent à cacher aux Sénégalais les faits », j’ai l’impression qu’il ne me lit pas, ou qu’il me lit en diagonale, ou avec distraction.

Je prends toujours le soin de préciser au début de mes contributions ayant trait à l’Affaire Khalifa Sall, que je n’ai jamais lu le Rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) et que, partant, je ne me prononçais pas sur le fond. Je ne m’y aventurerai pas, puisque je ne suis pas juriste. Et, depuis lors, je ne me suis jamais prononcé sur le fond de ce dossier. Ce qui m’a toujours navré par contre, et qui me navre toujours, c’est le système du ‘’deux poids- deux mesures’’ que le président-politicien et la justice lui ont appliqué.

Si Soro Diop me lit régulièrement et avec attention, il sait que j’ai consacré aux moins quatre contributions à l’Affaire, contributions dans lesquelles j’ai largement développé le caractère sélectif et injuste notre justice. Si ce Soro Diop est honnête – j’en doute maintenant – il sait que si le président-politicien avait envoyé dans les mêmes conditions l’lGE fouiller dans la gestion des présidents d’institutions, des ministres, de certains services de la Justice, des directeurs généraux, des directeurs d’agences ou d’autres services, et que les rapports soient traités avec objectivité et surtout avec la même diligence qui a caractérisé le traitement du rapport qui mettait en cause la Maire de Dakar, dix, vingt, trente ou bien plus rejoindraient Khalifa Sall en prison.

Cela, toutes les sénégalaises, tous les Sénégalais de bonne foi le savent. Je suis sûr qu’en lisant ce chapitre, le bon M. Diop se mettra à vérifier s’ils font véritablement trente ou quarante, car il les connaît parfaitement et est au courant de leurs crimes cachés. Ce sont eux qui cachent plutôt des crimes, et non quelque élite que ce soit.

Je précise aussi en direction de la ‘’cuillère’’ du président-politicien, que je ne connais que de loin Khalifa Sall. Nous nous rencontrons rarement, à l’occasion de certaines manifestations publiques. Depuis qu’il a été Premier Magistrat de la ville de Dakar (avril 2009), je n’ai pas mis les pieds dans ‘’sa’’ mairie, sauf pour répondre rarement à des manifestations (extérieures) qui s’organisent dans la cour de ladite mairie. Chaque fois que j’interviens dans l’affaire de la fameuse caisse d’avance, c’est pour m’insurger contre ce que tout le monde sait : le président-politicien s’appuie sur une justice sélective pour sacrifier un adversaire politique potentiel et protège sans état d’âme ses amis dont certains, qui ont fait pire que ‘’Kumba amul Ndey’’ (Khalifa Sall, bien entendu), hument tranquillement l’air de la liberté.

Dans sa furie contre ma modeste personne, M. Diop n’a même pas la décence d’épargner ma maigre pension d’enseignant retraité. Et si c’était pour me lancer, et c’est bien possible, ceci : « Crève avec ta maigre pension ! Quant à moi, je me la coule douce avec mon substantiel salaire actuel ! » Si c’était le cas, je le rassure ou, du moins, je le déçois : je me contente de ma maigre pension, comme je me suis toujours contenté de mon aussi maigre salaire d’enseignant en activité.

Je remercie infiniment notre SEIGNEUR QUI m’a permis d’entretenir et de continuer d’entretenir ma famille avec seulement de l’argent licite, gagné à la sueur de mon front. Je LE remercie encore plus de m’avoir évité la honte de vendre ma conscience, mon honneur et ma dignité, pour des broutilles. J’appelle ‘broutilles’’ ces gros salaires payés à des parasites qui ne sont d’aucune utilité pour le développement du pays. DIEU m’épargne cet argent-poison !

Notre cher M. Diop s’en est même pris, curieusement, à mon âge. Dans son texte, il m’appelle parfois le ‘’vieux Mody Niang’’.Il va plus loin encore dans ce paragraphe : « Le lecteur qui a la téméraire patience de lire les textes industriels produits par Mody Niang subit le supplice de ses longues et parfois ennuyeuses contributions parées de souvenirs et autres rappels, sur fond de fétichisme des chiffres, pour meubler la pauvreté du discours et l’aridité de l’argumentation. Avec parfois, de troubles réminiscences ! Et qui plus est, il constatera que pour le vieux Mody, naufragé comme par son âge dans l’acrimonie, tous sont maudits. Tous maudits, sauf lui Mody ! ». Je suis déjà naufragé, je suis maudit, selon le vuvuzela du président-politicien et de son docile premier ministre.

Je rends grâce à notre SEINEUR de m’avoir laissé vivre jusqu’à la vieillesse. Combien d’hommes et de femmes sont-ils (elles) resté (e)s en chemin, à vingt-cinq, trente, quarante ou cinquante ans, laissant derrière des enfants en très bas âges ? Donc, au contraire de ce que croit Soro DIOP, je ne fais pas de ma vieillesse un naufrage. Au contraire, je m’en réjouis et en remercie encore infiniment notre CRÉATEUR. ET si j’osais, je souhaiterais une très longue vie à mon matraqueur. Mais, comme pour lui la vieillesse est un lourd handicap, je m’en garde sagement.

Je ne terminerai pas sans évoquer le style du défenseur zélé du président-politicien. Son texte est particulièrement lourd, parfois difficile, vraiment difficile à comprendre. Si je n’avais pas peur de pécher, j’aurais affirmé qu’il a longuement consulté le dictionnaire le plus complexe, contenant pour l’essentiel les mots les plus compliqués du monde. Je n’ai vraiment pas reconnu le Soro Diop qui travaillait au journal ‘’Le Quotidien’’.

Que lui est-il arrivé entre temps, à ce Soro-là ? Je ne crois quand même pas que ce soit pour m’impressionner qu’il a opté pour ce choix de la grandiloquence et du pédantisme. Si c’était le cas, il a piteusement raté son objectif. La qualité d’un texte ne se mesure pas au nombre des gros mots, des mots recherchés. On l’apprécie, au contraire, par sa simplicité. C’est cette simplicité qui faisait la force des œuvres comme celles de Birago Diop, d’Abdoulaye Sadji, d’Ousmane Socé Diop, de Laye Camara, de Mariama Ba, etc.

Le paratonnerre du président-politicien a raté une seconde fois son objectif : en écrivant son pamphlet contre ma modeste personne, il visait sûrement un grand nombre de lecteurs. Il avait donc intérêt à se faire plus simple, plus accessible. Or, son texte est pratiquement hermétique et ne comptera sûrement pas beaucoup de lecteurs. A moins qu’ils consentent un lourd sacrifie pour lire intégralement cette piteuse diatribe qui devait en terminer, une fois pour toutes, avoir le trouble-fête que je serais. Peine perdue, vraiment perdue.

Dakar, le 9 septembre 2018
Mody NIANG

La réponse à Mody Niang

Réponse à Mody Niang:  « Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années et aux âmes méchantes le venin ne faiblit point avec l’âge!».
Mody Niang qui s’illustre régulièrement dans ses diatribes haineuses contre le Président Macky pense donner des leçons sur la culture sénégalaise qui n’accepterait pas un chef qui danse. Visiblement, Mody Niang s’étrangle de rage à voir le Président Macky Sall heureux de communier avec ses militants et partenaires politiques.
Des mouvements de danse de notre Président, nous en redemandons! Il est à la tête d’une nation jeune qui vit à l’heure d’une gouvernance ouverte, participative et non guindée. Elle ne perçoit pas son Président comme ce Damel que Mody Niang évoque dans son dernier texte transpirant la rancoeur et la haine. le Président Macky Sall n’en a d’ailleurs que faire car la  bave du crapaud n’atteindra jamais la blanche colombe, dit l’adage.
Mody Niang devrait se rappeler que dans notre culture, les vieux de son âge (plus de 70 ans) ne cultivent  pas la haine, ils savent exprimer leurs avis et divergences avec sagesse, retenue et de manière constructive. Mody Niang a t-il oublié qu’à son âge notre culture n’admet pas qu’il soit ce pyromane qui souhaite que le malheur s’abatte sur le pays. Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années, dixit le Cid de Corneille.
Le Président Macky Sall, né après l’indépendance, en est la preuve par neuf. En étudiant sérieusement le cas «Mody Niang », on peut dire pour paraphraser le Cid « qu’aux âmes méchantes, le venin ne faiblit pas au fil des années ». Laissez-moi vous dire, Mr Niang, que nous avons aimé voir notre Président de Coalition détendu, d’attaque et visionnaire à la fois.  Et son « groove » n’était franchement pas mal.
Mr Niang, je vous recommande de  préserver votre vieux coeur car il va vers une surchauffe certaine. Comme le célèbre boxeur de votre temps Mohamed Ali qui « volait comme un papillon et piquait comme une abeille », le Président Macky Sall va envoyer au tapis dès le premier round vos candidats de l’opposition pour qui vous tenez une plume venimeuse et partagez l’esprit revanchard.

PS : Veuillez noter que désormais je me ferais un plaisir de répondre à chacun de vos brûlots, vains car vous ne pourrez pas arrêter la mer avec vos bras. 

Assane Mbaye Sèye
Jeune enseignant républicain

Président-politicien, messieurs les juges, Khalifa Ababacar Sall a bon dos ! (Mody Niang)

Le Maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall (KAS), croupit en prison depuis le 7 mars 2017. Traduit devant le juge, il a été condamné en première instance à cinq ans de prison ferme et à une amende de cinq millions de francs CFA, pour les délits de « faux et usage de faux » et « escroquerie portant sur des deniers publics », exactement sur un milliard 800 millions de francs CFA. La défense de KAS a naturellement interjeté appel et n’attendra pas longtemps : le Président de la Cour d’Appel fixe le début du procès au 9 juillet 2018, soit seulement un peu plus de trois mois après.

Cette diligence n’a pas échappé aux Sénégalais, même pas au moins avertis d’entre eux. Elle en rappelle d’autres, qui ont caractérisé des décisions antérieures, notamment la transmission du Rapport qui incriminait KAS au Parquet, le traitement du dossier par le Procureur de la République et, immédiatement après lui, par le juge chargé de l’affaire. Le verdict de l’Appel n’attendra pas non plus : il sera rendu le 30 août prochain.

A moins d’un miracle, le jugement de première instance sera confirmé. A la rigueur, la première condamnation pourrait être allégée, en tout cas pas au point de permettre à KAS d’être candidat à l’élection présidentielle du 24 février 2019. C’est mon humble point de vue, celui d’un modeste citoyen qui, n’étant pas juriste et n’ayant pas lu le rapport qui incrimine KAS, ne s’est jamais prononcé sur le fond de l’affaire.

Ce qui me navre, par contre, et que j’ai plusieurs fois crié haut et fort, c’est l’acharnement sur la seule personne de KAS, le traitement de Kumba amul ndey qui lui est réservé. A supposer qu’il soit coupable des différents délits qui lui sont reprochés, notamment de « l’escroquerie portant sur des deniers publics » à hauteur d’un milliard 800 millions ! Combien sont-ils, dont les dossiers beaucoup plus lourds que celui de KAS, dorment sous le coude du président-politicien et sur la table du Procureur de la République de Dakar ?

J’ai passé en revue, dans plusieurs contributions, certains de ses dossiers en me fondant sur des documents officiels, rendus publics pour nombre d’entre eux. Je ne m’attarderai surtout pas sur ceux des deux amis du président-politicien et responsables politiques à Thiès et à Ndioum. Il s’agit naturellement de Cheikh Oumar Hanne et de Ciré Dia. Le président-politicien, les juges et même le commun des mortels savent parfaitement qu’ils ont fait pire que KAS et continuent tranquillement leurs massacres des deniers publics, qui alimentent leurs activités politiciennes et électoralistes, pratiquement au su et au vu de tout le monde.

Je m’appesantirai, par contre, pour rappel, sur l’un des lourds dossiers d’un déjà candidat déclaré à l’élection présidentielle du 24 février 2019. Il a même commencé tranquillement sa campagne électorale alors que, si nous avions à la tête de notre pays un Président de la République digne de ce nom, respectueux de sa fonction comme de l’opinion publique, ce candidat déclaré, Samuel Sarr en l’occurrence, aurait bien d’autres préoccupations aujourd’hui. Entre l’homme et moi, il n’y a aucun contentieux et il ne saurait y avoir d’ailleurs. Nous ne nous connaissons pas, sinon que de nom. Nous avons emprunté, dans la vie, des chemins différents. L’homme me laisse, peut-être même, l’impression d’être courtois et sympathique. Nous avons eu à échanger deux ou trois mails relativement à mes contributions, lui prenant toujours l’initiative.

« Même si je ne suis pas d’accord avec toi, même si nous n’avons pas la même vision (…) », commençait-t-il toujours ses mails, avant de me porter la contradiction sur tel ou tel point, avec une courtoisie que je lui rendais bien. Il comprendra que notre pays traverse un point de non retour et que la langue de bois ne devrait plus y être de mise.

Donc, c’est une injustice et un parti-pris flagrants que M. Sarr hume l’air de la liberté et fasse déjà tranquillement campagne pour une élection présidentielle dont tout est mis en œuvre pour en écarter KAS. Je rappelle que, dès que le Rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) mettant en cause la gestion (de la caisse d’avance) du Maire de Dakar a été transmis au Parquet, j’ai fait publier, notamment au quotidien ‘’Walfadjri’’ du 22 février 2017, une contribution ayant pour titre : « Transmission au Parquet d’un rapport de l’IGE mettant en cause la gestion du Maire de Dakar : une diligence inhabituelle et suspecte. »

Dans la contribution, j’ai donné des exemples concrets tirés du « Rapport public sur l’Etat de la Gouvernance et de la Reddition des Comptes » de l’Inspection générale d‘Etat (IGE), juillet 2013 et juillet 2014. Le lecteur intéressé pourrait se reporter à ces deux rapports, surtout à celui de juillet 2013, qui met en évidence des ‘’cas flagrants de mauvaise gestion’’.

C’est notamment le cas de la gestion catastrophique du Festival mondial des Arts nègres (FESMAN) dont le Rapport est sous le coude du président-politicien qui l’a lui-même reconnu publiquement, justifiant ce choix inédit par le fait qu’il ne peut pas envoyer en même temps en prison le frère (Karim) et la sœur (Sindièly). Le rapport de l’IGE de juillet 2013 met en évidence d’autres actes caractérisés de mal gouvernance financière. Le lecteur qui s’y reporte aura l’embarras du choix. Il pourrait cependant s’arrêter sur le cas flagrant de la Société africaine de Raffinage (SAR), avec les ‘’hauts faits d’armes’’ de Samuel Sarr, ancien Directeur général de la SENELEC et ancien Ministre de l’Energie.

Les contrôleurs de l’IGE rappellent que la SAR importe du pétrole brut en vue de le raffiner pour assurer l’approvisionnement régulier du marché sénégalais en divers produits finis. Leur Rapport précise que la Société a importé en 2008 une cargaison de 122 222 tonnes de pétrole brut auprès du fournisseur Arcadia Petroleum Limited (APL), qui l’a expédié à partir du Nigeria, à bord du « M/T OLINDA ».

On se rappelle que cette cargaison contenait une énorme quantité d’eau mélangée au pétrole et a été, de surcroît, importée par la SAR « dans des conditions marquées par bien des irrégularités, manquements et autres dysfonctionnements », précisent les contrôleurs de l’IGE. Ces irrégularités et autres manquements gravissimes ont été décrits en détail dans le Rapport de 2013, notamment aux pages 116-120.

En particulier, l’importation de la cargaison ‘’Olinda’’ n’avait fait l’objet d’aucun appel d’offres, ni de l’application des dispositions du Code des Marchés publics alors en vigueur, ni de l’application de la procédure interne d’appel à la concurrence de la SAR. Au total, selon l’IGE, quatorze (14) cargaisons (9 en 2008 et 5 en 2009) seront importées exactement dans les mêmes conditions et auprès du même fournisseur, pour une valeur globale de quatre cent quatre-vingt-quinze milliards trois cent soixante-cinq millions (495 365 000 000) de francs CFA. C’est énorme !

Le plus surprenant encore, c’est que le même fournisseur APL avait été choisi « sur simple instruction de l’ancien Ministre de l’Energie adressée à l’ex-Président du Conseil d’Administration de la SAR par lettre confidentielle n° 00159/ME/CAB du 05 mai 2008 ». Ce qui est plus grave encore c’est que, dans sa fameuse lettre, notre ministre demandait que « la SAR ne fasse pas d’appel d’offres pour son approvisionnement en pétrole brut, invoquant un contrat de gouvernement à gouvernement ‘’G to G’’ supposé lier le Nigeria au Sénégal, dans le domaine de la fourniture de pétrole brut ». Or, ce contrat ‘’G to G’’ n’a laissé aucune trace à la SAR, où il était inconnu de tous les responsables de la Société comme du successeur de Samuel Sarr.

Il n’existe donc nulle part ailleurs, et a été sûrement le fruit de sa seule imagination, pour s’enrichir rapidement et largement. Le pétrole était donc importé en l’absence de tout document de commande, sur la base d’un ‘’contrat’’ conclu entre deux parties (le ministre et APL), le 05 juin 2008, et qui fixe un prix comportant un différentiel de 6,15 dollars US par baril. Un « différentiel excessif, comparé aux différentiels négociés avec les ‘’traders’’ à la suite des appels d’offres pour des cargaisons similaires », de l’avis des dirigeants de la SAR.

Pour mieux confondre notre ministre bourreau de deniers publics, le Rapport, révèle ceci : « la Société TOTAL, par la voie d’un de ses anciens administrateurs à la SAR avait même offert de livrer à la raffinerie une cargaison de pétrole brut, moyennant un différentiel d’environ 3 dollars US par baril, ce qui n’avait pas été accepté. Le mémorandum qu’il a établi à ce sujet confirme bien que le différentiel se situait à cette période à 3,30 dollars US par baril ».

Le brigandage organisé par l’ancien Ministre de l’Energie aura donc fait perdre à la SAR, pour chaque baril de brut, la différence entre les 6,15 dollars payés à APL et les 3,3 dollars US de l’offre de vente faite par TOTAL. Cette perte « calculée en appliquant les mêmes paramètres que pour déterminer la valeur-facture de l’ensemble de la cargaison », équivaut à deux milliards cent soixante quatorze millions huit cent soixante quinze mille cent quatre-vingts trois (2 174 875 183) francs CFA. . Combien de milliards ce fameux contrat ‘’G to G’’ lui a-t-il rapportés ? On peut se poser légitimement la question.

Les contrôleurs de l’IGE ne se sont pas arrêtés en si bon chemin : ils ont aussi mis en évidence de nombreuses autres pertes importantes pour la SAR (Rapport du 13 juillet, pp. 119-120). En particulier, en achetant délibérément de l’eau au prix du pétrole brut, la SAR aura perdu un montant d’un milliard cent soixante-quatre millions trois cent six mille neuf cent quarante-huit (1 164 306 948) francs CFA, auquel plus de cinq milliards sont venus s’ajouter, « du fait des retards dans la fabrication de ces produits raffinés et à l’évolution moins favorable de leurs prix de vente ».

En agrégeant les différents manques à gagner, pertes et autres surcoûts, le Rapport de l’IGE estime le préjudice globalement subi par la SAR, pour la seule importation OLINDA, « au moins à neuf milliards sept cent quatre-vintg- seize millions sept cent soixante-neuf mille soixante-dix-sept (9 796 769 077) francs CFA ». Le Rapport relève aussi « la forte présomption de collusion d’intérêts avec le fournisseur APL au préjudice de la SAR, avec la complicité de l’ancien Ministre de l’Energie et de l’ancien Directeur général de la (Société) ». Et, pour ces forfaits cumulés, « l’IGE (proposait) l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre de l’ancien Ministre de l’Energie et de l’ancien Directeur général de la SAR ». Proposition restée jusqu’ici sans suite, malgré la flagrance des crimes mis en évidence.

Voilà, pour résumer les actes de brigandage financier – il y en bien d’autres dans le Rapport de l’IGE – de l’ancien ministre Samuel Sarr ! Combien de milliards a-t-il soustraits à la SAR, donc à toute la collectivité nationale ? Le candidat déclaré à la Présidence de la République est fortement impliqué dans d’autres dossiers aussi sulfureux que celui de la SAR. J’en passerai en revue un dans ma prochaine contribution. On n’oubliera pas, non plus, qu’il figure en bonne place sur la liste des vingt-cinq compatriotes accusés d’enrichissement illicite. Pourtant, il n’est pas inquiété le moins du monde et se la coule douce entre Dakar et Touba, son refuge préféré. Pas seulement d’ailleurs : malgré les nombreux forfaits à son passif, il se porte candidat à l’importante fonction présidentielle et s’est lancé déjà en campagne électorale.

Pendant, ce temps, KAS est en prison et tout est mis en œuvre pour l’y maintenir et l’empêcher de jouir des mêmes droits que ce Samuel Sarr, dont nous venons de passer en revue seulement quelques forfaitures. Amnesty International a-t-elle tort de nous pointer du doigt dans son dernier rapport ? Le président-politicien et les juges qui ont en charge l’affaire du Maire de Dakar ont-ils vraiment la conscience tranquille ? Ne vont-ils pas conforter nombre de Sénégalaises et de Sénégalais dans leur sentiment, peut-être leur conviction, que notre justice devient de plus en plus une justice sélective, manifestement à deux vitesses ? Ces questions, nous ne pouvons pas ne pas nous les poser. Et nous nous les posons avec toute la force dont nous sommes capables.

Dakar le 22 août 2019

Mody Niang

Le candidat Macky Sall avait déjà donné une idée claire de quel président il serait, une fois élu. (Par Mody niang)


Ils prétendaient, son camp et lui, avoir visité sept à huit mille (8000) villages et hameaux et parcouru 80 000 kilomètres. Pas seulement. Ils ont dormi avec les villageois et partagé leurs maigres repas.
Pendant trois ans quelques mois, ils se sont enquis ‘’consciencieusement’’ des besoins et des préoccupations prioritaires de leurs hôtes. Forts de ces précieuses informations, ils ont pris le temps d’élaborer leur programme de campagne électorale : le fameux ‘’Yoonu yokkute’’.

Avec ce programme lourd de promesses alléchantes et d’engagements solennels attractifs, le candidat Macky Sall est admis au second tour puis élu confortablement quatrième Président de la République du Sénégal, au détriment du vieux président-politicien, dont les Sénégalaises et les Sénégalais en avaient vraiment marre des plaies béantes et puantes de sa longue gouvernance meurtrie.

Le 2 avril 2012, le tout nouvel élu était donc officiellement installé dans sa fonction de quatrième Président de la République du Sénégal, et ses compatriotes l’attendaient à l’œuvre, pour nombre d’entre eux avec un grand optimisme. N’était-il pas né après les indépendances, comme le souhaitaient beaucoup de Sénégalaises et de Sénégalais ?
Dans un peu moins de huit (8) mois, il va boucler son mandat de sept (7) ans. Entre-temps, son ‘’Yoonu yokkuté’’, fruit de trois fois le tour du Sénégal, qui n’est donc pas tombé du ciel, a curieusement cédé la place au ‘’Programme Sénégal émergent’’ (PSE). Ce choix singulier était déjà le signe de ce qu’allaient devenir ses promesses et engagements. Ils seront pratiquement tous reniés et sans état d’âme.

Je ne m’y étendrai pas, les reniements étant suffisamment connus, chantés qu’ils sont par les enfants et même par les oiseaux. Pour ne donner qu’un exemple, le reniement le plus insoutenable, c’est qu’il livre sans état d’âme le pays aux pilleurs de deniers publics, aux corrompus et autres fraudeurs de toutes sortes, qui ne se font naturellement pas prier, sûrs qu’ils sont de l’impunité totale. Je passe sur tous les nombreux autres reniements, même sur ce mandat qui devait passer de sept (7) à cinq (5) ans. En tout cas, en matière de wax waxeet, il dépasse d’un bon cran son vieux prédécesseur et ’’ex-père’’. Et ce n’est pas rien.

Aujourd’hui, après plus de six ans de gouvernance tortueuse, on sent donc la déception, la profonde déception chez nombre de compatriotes qui lui avaient donné avec enthousiasme leurs suffrages.

Pour ce qui me concerne, cette déception ne m’a jamais frôlé car je n’attendais rien de lui. Je me suis dit très tôt que celui qui a fréquenté de très près le vieux président-politicien pendant huit ans et quelques mois, exercé à ses côtés de très hautes fonctions, en héritera forcément des tares, celles de son immonde gouvernance qui nous a empesté l’existence pendant douze longues années.

Rappelons-nous que, le samedi 30 mai 2008, veille du lancement officiel des Assises nationales au Sénégal, le Président Wade rentre de voyage du Japon. Dès sa descente d’avion, il préside une réunion dans le Salon d’honneur de l’Aéroport international Léopold-Sédar-Senghor, entouré des principaux ténors de son enclos politique. Il commence par remercier tout ce beau monde pour les différentes initiatives prises, afin de contrer la tenue des importantes rencontres citoyennes qu’allait présider le valeureux Pr Amadou Mahtar Mbow. Après avoir copieusement cloué au pilori ce dernier et ses compagnons, il donne la parole à ses courtisans qui rivalisent d’ardeur à faire état des initiatives prises.

Quand arrive le tour de Macky Sall, alors Président de l’Assemblée nationale, il invite les Libéraux et leurs alliés à rester sereins et à dépassionner le débat, pour éviter surtout les dérapages et les maladresses de langage. Ce serait faire de la publicité gratuite aux Assises, ajoute-t-il, avant de poursuivre son argumentaire en ces termes : « Notre position officielle est qu’on n’y va pas, donc, selon moi, il faut bannir le mot ‘’Assises’’ de notre vocabulaire. En parler, c’est donner l’impression d’être touché par celles-ci. Il faut éviter de leur donner un impact qu’elles ne sauraient avoir. »

Bannir le mot « Assises » de leur vocabulaire, comme si « Assises » était synonyme de peste ! C’est bien Macky Sall, alors au cœur du régime libéral, qui tenait ces propos traduisant sa position par rapport aux Assises nationales, dont en parler seulement devenait un délit passible de la Cour d’Assises.

Rappelons encore que – puisqu’avec cet homme il faut toujours rappeler –, éjecté de la confortable Présidence de l’Assemblée nationale en novembre 2008, il crée son parti et rejoint l’opposition. Sept à huit mois après, le 29 mai 2009 exactement, il vient signer, au siège des Assises nationales, ‘’la Charte de gouvernance démocratique ». Dès le lendemain, il déclare ‘’avoir signé avec réserve’’ la Charte, à la grande surprise des membres du Directoire national des Assises comme des parties prenantes qui étaient présentes au moment de la signature. Il fut formellement démenti par qui de droit. Il le sera encore publiquement à l’occasion de deux événements récents. Le 3 juin 2018, Monsieur Mamadou Lamine Loum, ancien Premier Ministre et vice président des Assises nationales, est l’invité de ‘’Grand Jury’’ de la RFM.

A l’occasion, l’animateur, M. Mamoudou Ibra Kane, revient sur la fameuse réserve de Macky Sall. M. Loum lui fit cette réponse sans équivoque : « Le Président Macky Sall fait partie des premiers signataires de la ‘’Charte de gouvernance démocratique’’ le 29 mai 2009, soit cinq jours après la restitution des travaux des Assisses nationales, soit bien avant l’immense majorité des parties prenantes, associations et personnalités qui étaient membres des Assises. J’étais présent à la séance de signature. » Afin que nul n’en ignore, M. Loum ajouta, formel : « Le protocole de signature n’ouvre pas droit à une possibilité de réserve. »

Environ une semaine après, le 9 juin 2018, se tenait le dixième anniversaire des Assises nationales. Interrogé en marge de cette commémoration sur la supposée réserve de Macky Sall par rapport à sa signature de la ‘’Charte de gouvernance démocratique’’ desdites assises, le Président Mbow répond d’abord que « toutes les parties prenantes avaient approuvé sans réserve les conclusions des Assises nationales ». Il ajoute que la ‘’Charte de gouvernance démocratique’’, elle aussi, « a été adoptée mot à mot (et que) tous ceux qui (y) ont adhéré l’ont signée sans aucune réserve ».

En marge de la présentation du premier tome de ‘’Conviction républicaine’’, le président-politicien revient sur cette fameuse signature de la ‘’Charte’’, comme si elle le suivait pas à pas. Il précise : « En la signant, j’ai dit au Président Mbow que tout ce que la ‘’charte’’ pose m’agrée. Mais il y a un point sur lequel je dois marquer mon désaccord, c’est la nature du régime politique. Si c’est un régime parlementaire, moi, je n’y crois pas et donc, je ne peux signer un régime parlementaire ». Mais, il avait déjà signé ! Et puis, qui lui a jamais demandé de signer un régime parlementaire ? C’est pourquoi, le Président Mbow l’a immédiatement rectifié en lui précisant nettement que la ‘’Charte de gouvernance démocratique ‘’ « ne pose pas le débat ».

Voilà donc quelqu’un qui émet des réserves sur un document qu’il n’a pas auparavant lu, qui manque donc notoirement de rigueur ! C’était quand même grave pour un futur Président de la République ! En outre, tout le monde savait que cet ‘’ex-fils’’ du vieux président-politicien ne pouvait opter en aucun cas pour un régime parlementaire. Un tel régime suppose le partage du pouvoir. Or, lui, c’est connu, n’est point pour le partage du pouvoir. Il en a donné à suffisance la preuve depuis le 2 avril 2012. Il se plaît dans son statut de super président concentrant tous les pouvoirs, un président buur et bummi, un président NINKI NANKA écrasant tous les autres pouvoirs.

On rappellera aussi que, entre les deux tours, il s’est précipitamment rendu chez le Président Amadou Matar Mbow pour solliciter le soutien des Assises nationales contre son engagement formel à en appliquer toutes les conclusions s’il était élu. Le Président Mbow lui fera comprendre alors qu’il ne pouvait pas prendre seul une telle décision et lui proposa de prendre l’engagement devant le Comité national du Pilotage (CNP) des Assises.

Celui-ci est convoqué et le candidat Sall réitère fermement devant ses membres son engagement : s’il est soutenu par les assises nationales et qu’il soit élu, il appliquera lesdites conclusions. Le 25 mars 2012, il est confortablement élu avec 65 % des voix. On connaît la suite : sa gouvernance est tout le contraire des dispositions des conclusions des Assises nationales, tout le contraire des recommandations de la ‘’Charte de gouvernance démocratique’’, à mille lieues du Projet de Constitution de la Commission nationale de Réforme des Institutions (CNRI).

Aujourd’hui, il a le toupet de nous jeter à la figure que « la charte des Assises n’est ni la Bible, ni le Coran, ni la Thora ». Ce n’était pas ce qu’il avait dit devant le Président Mbow, ni devant le Comité national de Pilotage des Assisses entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012. Il n’a jamais cru aux Assises nationales ni à leurs recommandations pertinentes, les observateurs avertis le savaient déjà. Sa ‘Charte’’ ne pouvait donc être, pour lui, « ni la Bible, ni le Coran, ni la Thora ». Sa préoccupation, la seule, c’était de se faire élire, quitte à tromper tout le peuple et il l’a effectivement roulé dans la farine. Il aurait dû, s’il était vraiment honnête, se passer de la mise en place de la CNRI, composée d’éminentes personnalités de divers horizons. Il savait parfaitement qu’il n’appliquerait jamais les recommandations qui allaient lui être proposées.

D’ailleurs, dès qu’il les a reçues, il a déclaré, sans aucun respect pour les auteurs, qu’il en prendrait ce qu’il en jugerait bon, laissant d’emblée de côté des thèmes majeurs comme la nécessaire refondation de l’Etat, la neutralité de l’administration, la nomination aux postes stratégique après appels à candidatures, le patriotisme économique, etc. Il a laissé ensuite son conseiller spécial chargé des questions juridiques – devenu entre-temps Garde des Sceaux Ministre de la justice – et les morveux de l’APR traiter de tous les noms d’oiseaux le Président Mbow et les autres membres de la Commission, alors qu’aucun d’entre eux n’avait même pas encore lu le Rapport. C’est le même jour qu’il lui a été remis, que les premières critiques ont fusé.

En France, le Président Emmanuel Macron a commencé, dès qu’il a été officiellement installé dans sa fonction de Président de la Républiques, à mettre en œuvre les réformes qu’il avait promises. Des réformes sensibles et risquées, que ses prédécesseurs s’étaient bien gardés de mettre en œuvre, ou ont abandonnées en chemin, dès les premières escarmouches des organisations syndicales. Ce Président-là en est vraiment un, un pour lequel la parole donnée et les engagements pris ne sont pas du vent.

Il ne livre pas son pays aux pillards de deniers publics et son épouse ne le tient pas en laisse. Elle connaît parfaitement le rôle protocolaire que lui confère son statut de Première Dame et s’y tient strictement. Le Président français ne perd pas, non plus, son temps précieux dans des bains de foules, des poses de premières pierres et des inaugurations folkloriques d’infrastructures parfois insignifiantes. Il trouve aussi peu honorable pour sa haute fonction, de faire dégager des maires de deux grandes villes pour y faire élire son frère et son oncle (s’il en a).

En particulier, il n’invente pas de vils subterfuges avec la complicité des corps de contrôle de l’Etat et la Justice pour se débarrasser d’adversaires qui pourraient constituer des rivaux sérieux lors de la prochaine élection présidentielle. Lui, comprend que c’est le bilan qui fait la différence et s’emploie à le bonifier de jour en jour, plutôt que de dissoudre son temps précieux dans des manœuvres politiciennes et d’utiliser l’argent du contribuable pour acheter des consciences. Le voudrait-il d’ailleurs, qu’il échouerait lamentablement, car la France est un pays sérieux, une grande Démocratie, avec une opinion forte, vigilante, clairvoyante, qui suit pas à pas et sans concession la mise en œuvre des engagements qu’il avait solennellement pris pendant sa campagne électorale.
Mody Niang
Dakar, le 11 juillet 2018

Mody Niang : Ismaïla Madior Fall s’est renié comme Macky Sall s’est renié

Ismaïla Madior Fall a fortement déçu Mody Niang. L’ancien Inspecteur de l’enseignement élémentaire assure qu’il n’est pas le seul à avoir été déçu par le professeur de droit constitutionnel. Beaucoup de Sénégalais ont été déçus par Ismaïla Madior Fall.

Mody Niang soutient que le caractère de professeur émérite d’Ismaïla Madior Fall faisait qu’il était respecté par tout le monde pour sa science. Mais aujourd’hui, tel n’est plus le cas. La raison est toute simple pour Mody Niang. Ismaïla Madior Fall est en train de défendre l’exact contraire des choses qu’il défendait avant d’avoir rejoint le président Macky Sall.

« Il m’a profondément déçu. Il a déçu beaucoup de Sénégalais. C’est un garçon pour qui j’avais beaucoup de respect, un garçon pour qui j’avais beaucoup d’admiration. C’était normal parce que c’est un professeur émérite de droit constitutionnel, respecté par les étudiants, bénéficiant de considération parmi ses étudiants et ses collèges. Il bénéficiait d’un grand prestige, et même en dehors du Sénégal. Ses interventions, ses conférences étaient suivies massivement par les Sénégalais y compris par moi-même. À chaque fois que, dans mes contributions, je devais aborder une question d’ordre juridique, pour en avoir le cœur net, je l’appelais pour lui demander son avis.

Et il ne tardait pas à me donner son avis très rapidement avec beaucoup de disponibilité. Vraiment, j’ai eu d’excellentes relations avec lui. Mais aujourd’hui, il m’a profondément déçu parce que, pour me résumer, les positions qu’il défend aujourd’hui avec véhémence sont le contraire exactement de toutes les positions qu’il défendait avant de devenir le conseiller spécial de Macky Sall puis son garde des Sceaux, ministre de la Justice. Il s’est renié comme Macky Sall s’est renié. Comme Me Wade s’est renié. Toutes les aptitudes qu’il défendait avec véhémence, avec conviction, au moins une conviction apparente, nous l’entendons aujourd’hui, défendre tout le contraire », analyse Mody Niang.

Sénégal, le pays de Kumba am ndey ak Kumba amul ndey. ( Par Mody Niang)

Dans l’affaire dite de la caisse d’avance de la Mairie de Dakar, le juge Lamotte rendra son verdict le 30 mars prochain. S’il suit le Procureur de la République dans son virulent réquisitoire, Khalifa Ababacar Sall sera sûrement condamné. Rappelons quand même que c’est à la suite de dix-huit mois de fouille dans sa gestion, qu’un inspecteur général d’Etat a déposé son rapport à qui de droit. Rappelons aussi que cet inspecteur général, un certain M. Camara, aurait déjà fait valoir ses droits à une pension de retraite et serait un ami du Président du Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT). Il a été nommé d’ailleurs Secrétaire général de cette institution dès qu’il a bouclé son travail de fouille à la Mairie de Dakar.

Le Rapport de M. Camara n’a pas connu le triste sort de ses nombreux devanciers : souffrir le martyre sous le coude pesant du président-politicien. Il a été transmis, avec une diligence inhabituelle et suspecte au Procureur de la République. Ce dernier, avec la même diligence, le transmet au juge pendant que, sur son bureau, gisent nombre d’autres dossiers qui mettent gravement en cause des proches du président-politicien. Parmi ces dossiers, celui qui accable le Directeur général du COUD. Dans ma précédente contribution, j’ai passé en revue quelques-uns de ses forfaits. Oui, des forfaits, et de très graves, il en a à son compte. Sûr de l’impunité, il continue son pillage systématique du COUD, avec la complicité active de certains de ses collaborateurs. En voici quelques exemples, par de très nombreux autres :

1 – abus de biens sociaux et/ou de détournement d’actifs : personnel du COUD affectés aux domiciles de certains membres de la direction du COUD, notamment du DG et du chef du Département des Ressources humaines ;

2 – abus de biens sociaux et/ou de détournement d’actifs : personnel de sécurité du COUD affecté au domicile de chefs religieux à Dakar et à Louga (on devine aisément qui sont ces chefs religieux).

3 – marché irrégulier octroyé par la Direction du COUD à un ACP sortant : l’ACP entrante a exprimé des réserves sur une somme de 10 millions non justifiés qui ressortait en solde débiteur de la balance des écritures comptables de l’ancien. Pour la rembourser, ou plus exactement pour ‘’boucher le trou’’, un marché juteux de rénovation de 23 millions lui a été attribué de façon irrégulière en guise de cadeau de départ par le DG du COUD et le chef du département des Services Techniques. C’était en 2015. Ils ne pouvaient certainement pas le laisser sombrer seul pour les nombreux manquements soulignés par Madame l’ACP entrante sur la comptabilité de son prédécesseur.

En tous les cas, au-delà des conditions d’attribution du marché (conflit d’intérêt manifeste), les auditeurs de l’OFNAC ont exprimé leur conviction qu’il s’agissait soit d’un marché fictif, soit d’une énorme surfacturation permettant alors de dégager sur un marché de 23 millions un résultat net de 10 millions. Quelle marge bénéficiaire !

4 – décaissements irréguliers et non justifiés autorisés par le DG du COUD : ces décaissements le sont effectivement car l’événement pour lequel ils ont été faits (une course hippique) ne présente aucun lien direct avec l’objet social du COUD, compte tenu des priorités et, en particulier, de la situation de trésorerie très difficile au niveau de l’institution. A cette occasion, 20 millions ont été décaissés et dépensés par le régisseur, incapable de présenter une seule pièce justificative en bonne et due forme.

Ce régisseur est d’ailleurs coutumier des faits. Dans leurs enquêtes, les auditeurs-vérificateurs de l’OFNAC ont constaté qu’il avait acquis une villa à Ngor-Almadies, sans compter une autre en chantier dans sa ville natale. Ils ont relevé aussi des versements suspects d’espèces retrouvés dans son compte personnel à Ecobank à Yoff en Septembre2015, soit plus de 22 Millions de FCFA non justifiés. Lors de son audition devant les vérificateurs de l’OFNAC, il a fait une déclaration surprenante que je ne rapporterai pas ici.

5 – Soirée Doudou Ndiaye MBENGUE :

On sait vraiment gaspiller l’argent du contribuable au COUD. A l’occasion de cette soirée de l’autre ‘’griot’’ du président-politicien, le chef du Département des Ressources humaines a décaissé 3 000 000 FCFA du COUD. Entendue par l’OFNAC, elle n’a pu apporter aucune pièce justificative relative à l’utilisation de ces fonds publics. Elle considère qu’il s’agit d’une dépense souveraine et que, par conséquent, le COUD n’a à la justifier auprès d’aucun corps de contrôle. Ces 3 000 000 sont peut-être des fonds politiques qui échappent à tout contrôle ! L’impunité peut conduire à tout, y compris aux explications les plus rocambolesques.
6 – Le ndogou de Claudel

Ce fameux Ndogou a été organisé en faveur des étudiantes de la Cité Claudel pour un montant de 15 millions de FCFA. Le problème, c’est que La Direction du COUD et l’Agence Comptable ont été incapables de certifier à l’OFNAC le montant dépensé et, encore moins, de lui fournir la moindre pièce justificative relative aux dépenses effectuées. Voilà ce qui se passe au COUD ! On y détourne l’argent du contribuable par tous les moyens. On y recrute à tort et à travers du personnel payé à la tête du client. Les auditeurs de l’OFNAC l’ont constaté et exprimé dans le point suivant :
7 – népotisme et clientélisme politique flagrant dans le recrutement du personnel

On se souvient des 400 jeunes Podor recrutés d’un coup par notre DG. Dans son investigation, l’OFNAC en a relevé plus de 155 natifs de NDIOUM, la commune où le DG surprotégé est le premier magistrat. En voulant leur accorder des niveaux de rémunération supérieurs, il a créé une situation discriminatoire inédite entre agents temporaires. Les nouveaux recrutés, moins expérimentés, mais natifs de Ndioum, étaient mieux rémunérés que les autres qui avaient parfois plus de 10 ans d’expérience. Leur tort, c’est qu’ils étaient originaires des autres coins du Sénégal.

Cette situation discriminatoire devenant de plus en plus intenable, le DG surprotégé a été obligé de relever tous les salaires des travailleurs temporaires de 44 000 FCFA à plus de 70 000 FCFA par mois. L’effectif pléthorique du personnel temporaire conjugué au doublement des salaires a conduit le COUD à des difficultés de trésorerie sans précédent dès le mois d’Avril 2015. Ainsi, constatent les auditeurs-vérificateurs de l’OFNAC, les crédits prévus pour le personnel temporaire, se sont épuisés depuis le mois d’Avril avec des impayés de 6 957 859 FCFA.

A ce titre, la masse salariale mensuelle du personnel temporaire est passé de 154 951 501 FCFA en juin 2014 à 225 653 475 FCFA en juin 2015, soit une hausse de plus de 45% d’une année à l’autre. En guise de comparaison, la masse salariale du personnel temporaire était de 1 575 724 882 FCFA sur l’année 2014, alors que celle du seul premier semestre 2015 avait déjà atteint les 1 308 552 459 FCFA au moment du passage des auditeurs de l’OFNAC. Qu’en serait-il pour le second semestre de l’année 2015, n’ont-ils pas manqué de se demander ?

Ils n’étaient pas d’ailleurs au bout de leur surprise. Poussant plus lin encore le népotisme, notre DG intouchable n’a pas hésité à nommer la petite sœur de son épouse, Chef du Service de Gestion et de Promotion de la restauration Express. Ce cas est particulièrement frappant. N’ayant aucune compétence en restauration et ne bénéficiant d’aucune expérience en matière des œuvres universitaires, elle a été quand même nommée à la tête de ce service qui n’existait d’ailleurs que de nom, et qui se limitait à la seule personne de la demoiselle.

Notre princesse (elle en était une au COUD) se retrouvait avec une indemnité de chef de 130 000 francs, une prime de transport évaluée à 100 000 francs avec un véhicule commandé à la société EMG à hauteur de 12 millions dans le cadre du «car Plan Auto» du COUD. Je n’ai rien inventé : ce sont les constations des vérificateurs de l’OFNAC.

Notre surprotégé DG ne s’arrête pas en si bon chemin : il détourne aussi les actifs du COUD au profit de sa commune de NDIOUM, par l’utilisation de véhicules et du personnel du COUD, avec des frais de mission supportés par l’institution. A titre d’illustration, le montant du seul préjudice en carburant est de 5050 Litres en 10 mois. A ce préjudice, s’ajoutent évidemment les frais de personnel. Au moment où la mission de l’OFNAC était arrêtée net par la volonté du président-politicien, la détermination des frais de déplacement pour le DG, son chauffeur et son garde-corps imputés au COUD était en cours.

Les cas de pillage systématique du COUD qui viennent d’être passés en revue ne sont que quelques exemples parmi de très nombreux autres. On en rencontre qui dépassent carrément l’entendement. On peut ainsi retenir l’exemple frappant de détournement de deniers publics et d’escroquerie sur la vente du matériel réformé par un Commissaire-priseur avec la complicité, précisent les vérificateurs de l’OFNAC, du prédécesseur du DG Cheikhou Oumar Anne, des membres de la Commission de vente aux enchères et de l’Agent Comptable d’alors. Ils estiment le montant du préjudice subi par le COUD dans cette affaire rocambolesque à plus de 124 Millions FCFA (en juillet 2014).

Le Maire de Dakar, en détention provisoire depuis plus d’un an, pour notamment un détournement présumé d’un milliard 800 millions de francs CFA, pourrait être lourdement condamné le 30 mars prochain, pendant que notre surprotégé DG continue de humer tranquillement l’air libre et le pillage systématique du COUD. Il pourrait être condamné pendant que notre président-politicien met rageusement le coude sur ‘’Rapport public sur l’Etat de la gouvernance et de la Reddition des comptes’’ de l’IGE (juillet 2013).

Il ne voulait pas, expliquait-il sans convaincre, envoyer en même temps en prison le frère et la sœur. Et s’ils sont tous les deux coupables ! On se rappelle que lors de la première ‘’Université d’hivernage’’ organisée à Mbodiène par ses jeunes Républicains, notre président-politicien les ‘’mettait en garde’’ en ces termes : « La CRÉI, c’est pour les autres, mais l’OFNAC, c’est pour nous. »

Et il ajoutait avec force, une force feinte : « Je ne protègerai personne. Je dis bien, personne. » Six années sont passées et nous connaissons mieux l’homme. Nous le connaissons bien mieux avec les extraits de ses engagements antérieurs que nous rappelle Papa Alé Niang dans ses excellentes chroniques hebdomadaires. Ses engagements de Mbodiène, comme de nombreux autres, n’étaient pas sincères. Aujourd’hui, les 23 ou 22 de la liste de la CRÉI vaquent tranquillement à leurs occupations.

Ils ne craignent plus rien et tout le monde sait, pourtant, que pendant douze longues années, ils ont contribué au pillage de nos deniers publics. Tout le monde sait aussi que ce président-politicien se dédit sans état d’âme car, il protège, couve ses proches et laisse en prison le seul pauvre Khalifa Ababacar Sall considéré, dit-on, comme son adversaire politique le plus dangereux. Dans une chronique de Papa Alé Niang, nous l’avons entendu dire qu’ « il n’y pas au Sénégal des citoyens de première et de seconde zones et que la justice y est égale à tous ».

Il racontait des histoires et le savait parfaitement. Cheikhou Oumar Anne, Ciré Dia, Syndjéli Wade et consorts sont des citoyens de première zone. Le Maire de Dakar qui croupit en prison depuis plus d’un an et qui a fait bien moins qu’eux – s’il a fait – est bien un citoyen de seconde zone. La justice n’est point égale, point la même pour eux.

Ce serait manifestement injuste de condamner le seul Maire de Dakar et de fermer les yeux sur les graves forfaits dont sont coupables des dizaines de proches du président-politicien. La Justice est un attribut de DIEU. Que nos magistrats se le rappellent ! Qu’ils n’oublient pas cette sentence de Serigne Touba Khadim Rassoul en direction de son père, pour le dissuader d’être kadi d’un prince : « Le juge le plus honnête aura des comptes à rendre à DIEU » ! Qu’adviendra-t-il alors du juge malhonnête, le Jour du Jugement dernier ? Du juge qui condamne ou relaxe en fonction de la volonté du prince ?

Dakar, le 26 mars 2018

Mody Niang

Communiqué de presse du Directeur général du Coud : un tissu de contrevérités


La publication du Rapport  2016 de l’Agence de Régulation des Marchés publics (ARMP) a inspiré au Directeur général du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (COUD) un long communiqué dans un quotidien de la place. Quelles ne furent ma surprise et mon indignation après une première, puis une seconde lecture du texte !
C’est carrément du cinéma et un tissu de contrevérités, surtout pour ce qui concerne la partie où il incrimine l’OFNAC – ce n’est pas la première fois d’ailleurs. Il vise davantage l’OFNAC, son ancienne Présidente et l’auditeur Papa IbraKébé, que le Rapport de l’ARMP. Le Rapport 2014-2015 de l’OFNAC et le dossier que cette institution a déposé auprès du Procureur de la République lui sont restés en travers de la gorge.
Tout était parti d’une dénonciation adressée à l’OFNAC, dénonciation de présumés infractions et dysfonctionnements graves notés dans la gestion du DG du COUD. Une mission d’auditeurs-vérificateurs a été alors envoyée sur le terrain. Après vérification dans les règles de l’art, des faits présumés graves ont été constatés par les enquêteurs.
Les faits retenus font l’objet d’une seconde vérification par la Présidente, le Vice-Président, le Comité de lecture et les douze membres de l’OFNAC. Accompagnés ensuite d’éléments de preuves irréfutables, ils font l’objet d’un rapport d’enquêtes et d’un résumé dans le Rapport public d’activités de l’OFNAC (2014-2015).
Je rappelle que les deux rapports sont examinés, corrigés et approuvés par l’Assemblée des membres de l’OFNAC. C’est après approbation (validation) que ladite Assemblée décide de la transmission du Rapport d’enquêtes au Procureur de la République. Cette décision fait l’objet, à son tour, d’une délibération qui est l’acte juridique qui la matérialise. Toute cette procédure dépasse donc les seules personnes de la Présidente et du vérificateur.
Pour revenir à son communiqué, le DG du COUD y affirme que « le directeur et le personnel du COUD avaient découvert en même temps que l’opinion public (je cite fidèlement) le rapport qui incriminait le COUD sur beaucoup de choses ». Et il ajouta, sûr de lui, que « c’était la première fois dans l’histoire du Sénégal qu’un auditeur publiait un rapport qui n’était pas contradictoire ».
Il raconte manifestement des histoires, par ignorance ou par malhonnêteté. La loi qui crée l’OFNAC ne prévoit pas de rapport contradictoire. Les délinquants présumés sont entendus sur procès-verbal. Comme le prévoit la loi,le DG et ses collaborateurs l’ont tous été, pour leur permettre de donner leur version des faits.
Ce sont ces PV qui sont joints au rapport d’enquêtes destiné au Procureur de la République. Si jamais ils devaient se présenter devant ce magistrat – ce qui est peu probable –, ils auraient l’opportunité de s’expliquer largement. Le DG du COUD fait ensuite état d’une « certaine presse (qui) s’acharne toujours sur ce dossier refusant de faire mention de (leurs) éléments de réponse ».
Dans ce dossier, il n’y a d’éléments de réponses que dans les procès-verbaux désormais entre les mains du Procureur de la République. Il affirme aussi que « toutes les composantes de la Communauté universitaire avaient en son temps montré l’impertinence de ce rapport ».
Où l’ont-elles montré ? Je n’ai jamais lu ou entendu quelque chose de pareil. En outre, se peut-il que toutes les composantes de la Communauté universitaire aient lu ledit rapport pour en démontrer l’impertinence ? Ce DG est vraiment un grand comédien !
On retient une autre contrevérité dans son communiqué, flagrante celle-là. « Le chef de la mission de cet audit en l’occurrence Papa IbraKébé avait fini par être renvoyé de l’OFNAC pour incompétence », a-t-il osé affirmer. Quel mensonge grossier ! Il lui en veut sûrement, mais lui en vouloir devrait-il  l’emmener jusqu’à un certain niveau ?M. Kébé est, en vérité, un éminent professeur de Finance, Contrôle de Gestion et Audit, qui a repris ses enseignements depuis avril 2016 au Groupe Ecole supérieure de Commerce de Clermont-Ferrand. Il y est responsable de plusieurs enseignements.
C’est un Cabinet de recrutement de Ressources humaines qui l’avait recommandé à l’ancienne Présidente de l’OFNAC. Il convient de signaler qu’en acceptant de venir travailler pour son pays, M. Kébé perdait 60% de son salaire. Je le connaissais personnellement et l’ai côtoyé pendant plusieurs mois. Sa compétence ne fait pas l’objet d’un seul doute et le DG en est parfaitement convaincu. Deux raisons ont fondamentalement poussé M. Kébé à proposer à l’ancienne Présidente un départ dans le cadre d’une rupture de contrat à l’amiable.
Ce sont d’abord les insultes grossières dont l’inondait ce DG du COUD et les menaces qu’il proférait régulièrement à son encontre (par téléphone) qu’il ne supportait plus. Il était, en outre, convaincu que ce directeur, comme probablement de nombreux autres, était surprotégé et qu’il ne pouvait pas continuer de travailler dans ces conditions-là.
Revenons aux dysfonctionnements et aux infractions graves notés dans la gestion chaotique du COUD ! Le Rapport de l’OFNAC note d’emblée que Cheikh Oumar Anne, le DG du COUD, a fait l’objet « d’enquêtes et d’investigations menées à la suite d’une dénonciation d’actes de fraude et de corruption ».
Ce rapport qui l’incrimine est « établi conformément aux normes professionnelles, accompagné des éléments probants recueillis » par les enquêteurs de l’OFNAC et « a été transmis à l’Autorité judiciaire compétente pour que les poursuites soient engagées » contre lui. Le Rapport précise que « les investigations se poursuivent sur d’autres aspects de la gestion du Coud et les résultats obtenus feront l’objet d’un second rapport ».
Ce second rapport ne sera jamais produit puisque la Présidente de l’OFNAC sera rapidement relevée de ses fonctions, pour que les investigations ne se poursuivent jamais. Elles allaient mettre en évidence des scandales beaucoup plus graves encore que ceux qui ont été constatés par la première mission dont nous allons passer en revue quelques-uns.
Il y a eu, en particulier, beaucoup d’abus dans les ‘’subventions’’. Ainsi, la somme de 454 millions 476 mille 81 francs Cfa a été versée à divers bénéficiaires en 2014 et 2015 par le COUD. Pour l’essentiel, ont constaté les auditeurs, ces montants importants ont été versés à des agents du COUD ou remis au Régisseur, sans même  préciser leur objet. Or, font-ils remarquer, « les subventions, dans le principe, devraient être versés principalement à des personnes physiques  ou morales extérieures au Coud.»
Il y a eu aussi que le DG du COUD donnait des subventions sans bénéficiaires (connus). Ainsi, d’aprèsle grand livre comptable 2014, un montant de 35 millions 20 mille francs Cfa a été accordé par le DG entre le 1er et le 15 octobre 2014. L’agent comptable a été incapable de dire qui étaient ces ‘’heureux bénéficiaires’’ et de présenter les pièces justificatives à l’appui des paiements. On sait au moins qu’ils étaient au nombre de quatre (4) sans nom.
Ils ont reçu en tout cas, les deux premiers : 8 millions 800 mille francs Cfa et 15 millions 840 mille francs Cfa le 1er octobre 2014, et les deux derniers 6 millions 480 mille francs Cfa et 3 millions 900 mille francs CFA le 15 octobre 2014. L’OFNAC note aussi que ces subventions sans bénéficiaires (connus) ont été accordées par le DG du COUD « en violation de la procédure prévue qui exige l’autorisation du Conseil d’Administration comme préalable ».
Les auditeurs en concluent qu’on « est en présence d’un détournement de deniers publics dont les responsables sont le Directeur du Coud qui a accordé ces subventions en l’absence d’autorisation du Conseil d’administration et le Comptable public qui a accepté de procéder aux décaissements sans les pièces justificatives requises et sans que les personnes bénéficiaires soient connues ».
On retrouve ces mêmes subventions faciles, sources de détournements de deniers publics, avec la visite du président-politicien à l’UCAD le 31 juillet 2015. Dans ce cadre, notre DG a organisé une cérémonie au Campus et en a encore profité pour distribuer des subventions et financer d’autres activités.
Ont été ainsi distribués par le Régisseur : huit (8) millions de francs Cfa aux étudiants de l’UCAD ; 15 millions de francs Cfa pour l’habillement d’accueil pour les étudiants ; 32 millions de francs Cfa pour l’habillement des femmes et des hôtesses du COUD ; 34 millions de francs Cfa pour la confection de t-shirt, body et casquettes pour les étudiants et personnels du COUD. Les vérificateurs se sont trouvés aussi face à une véritable forfaiture : « la décision d’octroi de ces subventions est prise le 13 août 2015, alors que la cérémonie était prévue le 31 juillet 2015 ».
Il y avait donc postérité de la décision par rapport à l’événement que les dépenses sont censées couvrir. Les vérificateurs n’étaient pas au bout de leur surprise : aucune trace de l’effectivité des dépenses, absence de tout PV de réception, pas de matières reçues dans le service.
Plus surprenant encore : « Les habits déclarés avoir été achetés, à savoir 100 costumes, 100 cravates, 100 paires de souliers, les habits d’hôtesse pour les femmes, etc., restaient introuvables lors de la visualisation des films de la cérémonie. »
Les vérificateurs ont reconnu quand même avoir trouvé des éléments attestant de l’effectivité de la subvention de huit (8) millions versée aux étudiants ; mais l’état des paiements indiquait que seuls sept (7) millions ont bien été payés à des étudiants représentant leur structure. Point de trace du reliquat d’un million.
Un montant total de 82 millions a été ainsi payé en l’absence de pièces justificatives requises, notamment de PV de réception nécessaires avant tout paiement pour ce qui concerne les matières à acquérir. Les deux acolytes, le Régisseur et le DG se renvoyaient la balle, aucun d’eux ne voulant assumer la lourde responsabilité de toute la bamboula qui a entouré la visite du président-politicien.
Compte tenu de tous les manquements constatés, les vérificateurs considèrent qu’il y a détournement de deniers publics et en ont identifié les responsables : le Directeur, ordonnateur ayant initié la dépense, le Régisseur qui a encaissé l’argent auprès de l’Agent comptable et l’Agent comptable qui a accepté de payer les montants des subventions au Régisseur, alors que les décisions présentées par le Directeur sont intervenues après l’événement. Cette postérité de la décision par rapport à l’événement que les dépenses sont censées couvrir est la preuve manifeste de leur volonté concertée de détourner l’argent du contribuable.
Les auditeurs ont même constaté le recrutement à titre posthume d’un agent décédé le 8 novembre 2014 dans un accident de la circulation. Il ‘’a reçu’’ un salaire d’un montant de 275 000 francs Cfa en novembre et en décembre 2014.
Le grand frère du disparu interrogé affirme avoir reçu le salaire au titre du Mois d’octobre (qui avait accusé un retard) et celui du Mois de novembre. Il ne manque pas de préciser qu’il recevait 53 000 francs par mois alors que le salaire à titre posthume était de 275000 francs / mois. Voilà des gens qui volent jusqu’aux morts ! Ils ont volé, volé, et encore volé.
Au cours de la première mission consécutive à la dénonciation reçue par l’OFNAC, les auditeurs-vérificateurs ont signalé à la Présidente des faits beaucoup plus graves que ceux dénoncés, faits relatifs notamment à la caisse d’avance, à la restauration et aux investissements. Le DG pompait, tous les dix jours, 150 millions des fonds du COUD pour alimenter ladite caisse.
Ce qui faisait 450 millions par mois pour – attachez vos ceintures –, acheter des légumes. Le KG de niébé – attachez encore vos ceintures –, était acheté à 4500 francs auprès du restaurateur adjudicataire du marché. Une autre grosse forfaiture : l’achat – Tenez-vous bien – de 300 kg de poivre par mois pour la consommation de deux seuls restaurants gérés alors en régie par le COUD, le temps de retrouver un repreneur.
Ce ne sont là trois exemples, parmi de très nombreux autres, du pillage systématique du COUD par son DG, dont fourmille le Rapport de 27  pages de l’auditeur-vérificateur Papa IbraKébé. Ce qu’il y a dans ce rapport dépasse l’entendement. C’est infiniment plus grave que les accusations qui sont portées contre le Maire de Dakar.
En matière de népotisme en particulier, il dame de loin le pion à tous les autres DG et à tous les ministres, lui qui est capable d’enrôler, d’un coup, 400 jeunes de Podor au COUD. J’aurai peut-être l’opportunité de revenir en détail sur le Rapport de l’auditeur Kébé.
Il convient de signaler aussi l’existence d’un projet de construction d’une résidence universitaire d’une capacité de dix huit mille (18000) lits que le président-politicien aurait confié à ce DG pilleur de deniers publics.
Ce projet serait co-piloté par une assurance de la place. Demain, il serait intéressant de jeter un bon coup d’œil sur la construction de pavillons et autres infrastructures dans nos différentes universités, chasse-gardée d’une entreprise appartenant, semble-t-il, à un Américain qui serait ‘’l’ami’’ du président-politicien.

Avec son fameux communiqué donc, le DG fanfaron fait du cinéma, raconte manifestement des contrevérités, sûr qu’il est de l’impunité totale, avec un président-politicien qui met le coude sur les dossiers de ses proches et un Premier Ministre qui minimise la fraude et la corruption, plaies béantes de notre pauvre pays.

Enfin, je lance un défi à ce DG pilleur de deniers publics : si, avec un autre président, un président vertueux et respectueux du bien public, l’Inspection générale d’Etat était envoyée le temps qu’il faut au COUD, il serait convoqué par le Procureur de la République (un autre celui-là) et placé rapidement sous mandat de dépôt, dès le dépôt du rapport auprès de qui de droit.
Je lance ce même défi à Cheikh Kanté, à Ciré Dia et à de nombreux autres DG et ministres du président-politicien. Nombre d’entre eux, qui ont fait pire que le Maire de Dakar, rejoindraient sûrement Reubeuss, le seul séjour qu’ils méritent.

Dakar, le 15 mars 2018

Mody Niang

Système de rémunération des agents de la Fonction publique : tout remettre à plat. (Par Mody Niang)

Dans notre précédente contribution (15 février 2018, mêmes sources), nous nous sommes appesanti sur la prolifération coûteuse des agences nationales, avec leurs contrats spéciaux qui constituent, pour notre pauvre pays, un énorme gouffre financier et un lieu de recyclage de clients politiques. Les résultats d’une étude réalisée sur plus de 50 agences par le FMI à la demande des autorités étatiques en ont administré une parfaite illustration. C’est le Représentant Résident du FMI, M. Boileau Loko, qui a rendu compte de ces résultats lors d’un point de presse donné le mercredi 8 janvier 2014 (voir contribution susmentionnée).

Deux ans après, il revint à la charge pour rappeler au président-politicien sa promesse ‘’de réduire de façon drastique les agences nationales’’. Ayant saisi l’opportunité que lui offrait l’édition d’octobre 2016 des perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne, il eut une rencontre d’échange avec des membres du Collectif des journalistes économiques du Sénégal (Cojes).

Il commença par reconnaître les efforts faits par les autorités étatiques ‘’en matière de rationalisation des dépenses’’. Mais beaucoup reste à faire, poursuivit-il car,  « Nous avons (encore) des agences créées et qui sont inefficientes. Ce sont des doublons. Nous estimons que pour la ‘’soutenabilité’ de la croissance sur une longue période, l’Etat doit supprimer ces doublons et ainsi contribuer à la rationalisation des dépenses fiscales. »

  1. Loko prêche dans le désert : le président-politicien continue d’entretenir une multitude d’agences dont la plupart ne servent à rien, « sauf à payer des salaires doubles de ce qui est payé dans la Fonction publique». Il continue néanmoins de rappeler au président-politicien l’engagement qu’il avait pris à rationaliser ce secteur (des agences). Il poursuit ainsi son explication : « Les ressources des agences peuvent servir à financer le Pse, les dépenses sociales, les universités. Il ne faut pas chercher à protéger trois personnes au détriment de la population. C’est des ressources qui peuvent servir de façon efficace et de créer de la valeur ajoutée. » Il précise davantage sa pensée en ces termes : « On ne dit pas qu’il faut mettre les gens à la porte. On dit que si possible, il faut les réintégrer dans la Fonction publique en fonction de leurs compétences. On va même plus loin. On dit qu’il faut garder le niveau de salaire qu’ils ont dans les agences pour qu’ils ne se sentent pas frustrés». « A mon avis, poursuit-il, c’est important de réformer les agences et de restructurer les entreprises publiques qui ont besoin d’être restructurées. »

Avant d’aller plus loin, j’exprime mon désaccord avec le fonctionnaire international quand il suggère qu’on aille plus loin s’il le faut, « (en gardant) le niveau de salaire qu’ils ont dans les agences pour qu’ils ne se sentent pas frustrés ». Ce ne serait pas juste, ce serait prolonger les inégalités dans la Fonction publique. En évitant ainsi de les frustrer, on en frustre d’autres : les agents qu’ils trouvent sur place.

Leurs salaires devraient être en rapport strict avec leurs compétences, avec leur capacité d’apporter de la valeur ajoutée. Un audit profond devrait déterminer qui doit rester et qui doit partir, en fonction des différents profils. Les nombreux agents qui ‘’n’ont rien dans le ventre’’ et qui sont payés à ne rien faire, devraient être purement et simplement remerciés, après leur avoir payé leurs ‘’droits’’.

Pour revenir à M. Loko, il aborde la question des recettes fiscales que le Sénégal devrait continuer à mobiliser, en élargissant notamment l’assiette ; en d’autres termes, en faisant payer l’impôt à tous les compatriotes qui y sont assujettis. Ce sera très difficile dans notre pays dont les principaux responsables des régies financières se sont jetés sans retenue dans la mare politicienne.

En tous les cas, M. Loko affirme en s’en désolant : « Dans ce pays, il y a plus de gens aisés qui ne s’acquittent pas de leurs fiscalités (impôts) que de gens pauvres. Donc, injustice fiscale ! Parce qu’ils estiment n’avoir pas à payer d’impôts sous prétexte que leurs enfants et femme (s) sont à l’extérieur. Mais ils oublient qu’ils empruntent les routes et autres construites à partir de recettes fiscales. D’où l’importance de dénicher tous ceux-là qui tuent l’impôt (l’Etat). »

Ils n’oublient rien, ces prédateurs. Ils savent parfaitement qu’ils doivent payer l’impôt comme tous les autres, peut-être même avant les autres. Ils refusent de payer car ils connaissent bien ceux qu’ils ont en face. Même s’ils devaient payer, ils bénéficieraient de privilèges énormes, comme des remises et ‘’épongements’’ substantiels qui nous coûtent plusieurs centaines de milliards par an.

Des milliards qui pourraient servir à construire nombre d’infrastructures et à baisser notablement le taux d’endettement qui nous entraîne de plus en plus vers le bas. Rien de vraiment étonnant quand on sait, qu’au  Sénégal, de ‘’gros bonnets’’ du secteur privé sont conseillers spéciaux du président-politicien ; que d’autres sont proches des patrons des impôts et, d’une manière ou d’une autre, du Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan.

Rappelons que, avec l’accession du vieux président-politicien à la magistrature suprême, nous avons fait des pas géants en arrière. Les Socialistes défaits nous avaient laissé trois agences. Avant de quitter le pouvoir, le vieux président les a portés à plus de cinquante (50). Son successeur et sosie qui s’était engagé à les réduire de façon drastique, s’en est plutôt accommodé pour sa politique politicienne et électoraliste. De sorte qu’elles continuent de gonfler la masse salariale plus que de raison. S’y ajoutent des indemnités et autres avantages octroyés à la tête du client et de façon anarchique.

Ce qui a eu pour conséquence de créer des frustrations insoutenables et de détraquer le système de rémunération du Sénégal qui était organisé, de façon stricte, par la Loi n°61-33 du 15 juin 1961 relative au statut général des fonctionnaires, notamment réactualisée en 2005. Cette loi  organisait toute la vie professionnelle du fonctionnaire : recrutement, rémunération, évaluation et avancement, discipline (sanctions, récompenses, etc.), position (détachement, disponibilité, etc.). Elle est, aujourd’hui, royalement ignorée par nos gouvernants.

De nombreuses voix se sont élevées pour attirer l’attention sur la dégradation progressive du système de rémunération des agents de l’Etat. Ainsi, Mr Ali Mansoor qui dirigeait une mission d’inspection du FMI au Sénégal (du 24 avril au 7 mai 2015) faisait remarquer, à propos dudit système : « Le système n’est pas transparent parce qu’il y a un salaire et des indemnités qui ne sont pas fixées selon une règle connue. C’est-à-dire que c’est fort possible que des gens qui font le même travail pour l’Etat aient des rémunérations différentes, ce qui n’est pas juste. Tout le monde devrait avoir le même montant pour le même travail et il faudrait revoir la rémunération pour que le système soit soutenable et permette d’avoir assez d’espace pour le social, l’investissement dans le capital humain. »

D’autres partenaires techniques et financiers, ainsi que des lanceurs d’alertes de l’intérieur attireront l’attention de nos autorités sur ce caractère non transparent et manifestement injuste et inéquitable de notre système de rémunération. Finalement, n’en pouvant plus en particulier devant l’ébullition du front social qui fait rage et dont elles n’ont pas de solutions en vue, elles (nos autorités) finissent par se rendre à l’évidence. C’est d’abord le Ministre de la Fonction publique, du Renouveau du Service public et de la Rationalisation des effectifs (Mme Bompassy) puis celui de l’Economie, des Finances et du plan qui passent à table.

Ce sera au tour de celui qui est buur et bummi de faire son ndëpp, son mea culpa à l’occasion du ‘’Forum national sur l’Administration’’ à Diamniadio. Il y déclarait sans ambages : « L’Etat va harmoniser le système de rémunération de ses employés, dans le souci de corriger les inégalités entre plusieurs secteurs d’activité, en matière de traitement salarial. Une décision sera prise pour tout remettre à plat. A un moment donné, il faudra tout harmoniser pour avoir une administration qui marche à la même vitesse ».

Il reconnaît qu’ « une administration ne peut pas avoir des corps super-privilégiés et d’autres complètement sacrifiés ». Et c’est exactement le cas puisque, poursuit-il, « certaines catégories ont des avantages que d’autres n’ont pas, tout en ayant les mêmes profils et les mêmes ressources ». Cette situation injuste ne pouvant pas continuer, il révèle enfin « l’audit commandité par le Gouvernement dans le but d’équilibrer le système de rémunération des employés du secteur public ».

Cet audit a déjà déposé ses conclusions. Depuis lors, le président-politicien n’en souffle pas un seul mot. Les recommandations qu’il fait exigent, pour leur application, des mesures fortes qu’il n’a pas le courage de prendre. Des mesures fortes qui remettraient en cause les énormes privilèges sur lesquels lui-même, ses parents, ses beaux parents, ses camarades de parti, ses alliés à un moindre degré et nombre d’autres compatriotes accrochés à ses basques, sont confortablement assis.

L’audit et ses recommandations resteront donc dans les tiroirs, comme nombre d’autres dossiers, jusqu’au-delà de février ou de mars 2019. Espérons qu’il revienne à un autre gouvernement, à des hommes et à des femmes neufs, d’en appliquer les recommandations. En attendant, je pense qu’en matière de système de rémunération des employés du secteur public, il faut tout remettre à plat. Et je me permettrai de dire modestement comment, dans ma prochaine et dernière contribution sur la question.

Dakar, le 19 février 2018

Mody Niang

Du bon vin français pour le président Macron ! (Par Mody Niang)

C’est l’ancien ministre Habib Sy qui m’inspire le titre de ma contribution. Dans au moins deux quotidiens, il en a publié une avec pour titre : ‘’Une calebasse de noix de cola pour le Président Macron’’. C’est ce titre, qu’il justifie par la tradition africaine,  qui m’a inspiré le mien. Par respect pour la tradition française donc, nous accueillerons le président Macron avec du bon vin français. Je rassure tout de suite notre M. SY : celle inspiration ne saurait signifier, ni de près, ni de loin, une appréciation (positive ou négative) de sa contribution ou de son titre. Je suis animé par d’autres préoccupations et il le comprendra en me lisant, si toutefois il prendra le temps de me lire.

Ce qui me préoccupe, c’est le ridicule qui tue dans notre pars, le ridicule qui ne tue malheureusement pas nos gouvernants, ni notre président-politicien. Il voyage, voyage beaucoup, en particulier en France, notre ‘’mère-patrie’’. Il y va, son avion bourré d’une forte délégation dont l’écrasante majorité des membres n’ont vraiment rien à faire dans une visite d’Etat, pas même dans une visite simple.

Le ridicule, qui nous fait honte, c’est que chaque fois qu’il va en visite officielle au pays de nos ‘’nos ancêtres les Gaulois’’, il n’est jamais accueilli par le Président de la République, mais plutôt par des ministres au bas fond de l’ordre protocolaire du Gouvernement. Lors de son voyage d’Etat du 19 décembre 2016, il est accueilli à Orly par Mme Annick Girardin, Ministre de la Fonction publique (15ème dans l’ordre protocolaire du Gouvernement français). Ce manque de respect notoire vis-à-vis du président-politicien, et malheureusement aussi du Sénégal, dérange nombre de nos compatriotes.

L’un d’entre eux, Tahirou Sarr (conseiller et analyste politique), lui aussi vraiment outré par l’indifférence notoire dans laquelle les autorités françaises tiennent notre président-politicien publiait, le 3 janvier 2018, une contribution ayant pout titre : ‘’Le Président Macky Sall en France : l’accueil de la honte’’. Dans cette contribution, il rappelle que ‘’Thomas Sankara avait refusé d’être reçu par un ministre et le Président Mitterrand s’était déplacé lui-même pour l’accueillir’’. Ce n’est pas tout : il précise encore que lors de la COP 21, le Roi Mohamed VI a refusé de sortir de sa voiture ‘’tant que le Président Hollande  (ne venait pas) pour le recevoir’’.

Notre président-politicien n’a malheureusement pas cette force de caractère : il se contente de très peu, convaincu qu’il est qu’il se rattrapera largement avec ‘’l’accueil chaleureux’’ que ses nombreux militants  lui réserveront. Il convient de signaler quand même que lors de ses nombreux voyages en France comme dans d’autres pays, les ambassades et les consulats deviennent, pendant tout son séjour, le siège du parti-Etat l’APR. S’y ajoute que les Français ne sont même pas au courant de ses nombreuses visites, même d’Etat. Les principales chaînes de télévision française (France 2, TF1, France 5, etc.,) ne rendent compte de ses visites que le temps d’une rose : rarement plus de 30 secondes.

C’est alors tout le contraire quand le Président français est en visite au Sénégal. Une semaine avant la visite, le pays, tout le pays ne vit que pour l’événement. Le jour de l’arrivée à Dakar, les embouteillages sont multipliés par deux ou trois. Les grandes artères sont formellement interdites au public. Toutes les institutions de la République rivalisent d’ardeur à être parmi les premières arrivées à l’aéroport qui grouille de monde. Des cars transportent des militants des quatre coins du pays, parfois par temps de très grande chaleur. Tous les instruments de musique sont de la fête.

Quand l’avion de notre très respecté Président s’arrête sur le tarmac, notre couple présidentiel l’accueille à la descente. Peut-être qu’un jour, par respect pour son statut et non par notre tradition, leur premier geste sera de lui offrir du bon vin français. Rien ne serait de trop pour faire plaisir à notre illustre hôte, fût-il contraire à nos traditions culturelles et même religieuses. C’est quand même le Président du pays de ‘’nos ancêtres les Gaulois’’.

Le cérémonial commence alors, par des salutations notamment. Le pauvre Président et son épouse passent une épreuve très dure, et dont ils se seraient volontiers passés : serrer toutes les mains. Après, c’est le départ vers Dakar avec les deux présidents debout sur un véhicule décapotable, qui saluent de la main les pauvres populations mobilisées pour la circonstance. En un clin d’œil, le cortège disparaît de leur vue et c’est le retour parfois chaotique. De l’aéroport au palais présidentiel, ce sont les mêmes longues files de ‘’militants’’ applaudissant à tout rompre et criant à tue-tête, parfois sous un soleil de plomb.

Quand il visite la ville ou le pays, c’est le même ridicule et fatigant cérémonial. Ainsi, notre Macron et son épouse vont se rendre samedi à Saint-Louis. Depuis plusieurs jours déjà, le cœur de la ville ne bat que pour la visite de nos distingué hôtes. Le couple n’est pas encore arrivé que c’est déjà la guéguerre entre factions du PDS, les unes ayant choisi de prendre part à l’accueil du couple présidentiel, les autres pas du tout. C’est aussi la guéguerre entre le PDS (hostile à la visite), l’APR et son gouvernement, des militants libéraux ayant décidé d’accueillir le Président Macron avec des brassards rouges.

Ne sommes-nous plus en pays démocratique ? Le port de brassards rouges est quand même un moyen, pour les Libéraux, d’accueillir à leur façon le couple présidentiel ! Les manifestations d’hostilités sont choses banales dans les grandes démocraties. Ne serions-nous qu’une démocratie tropicale, une démocratie formelle, une démocratie de façade ? Certains de nos compatriotes qui se distinguent par leur certitude que nous sommes une grande démocratie répondront à cette question.

Pour revenir à l’accueil de nos illustres hôtes par les Saint-Louisiens, ces derniers s’imaginent-ils un seul instant le président-politicien en visite d’Etat en France, visitant avec son épouse Bordeaux, Montpellier, Lille, Rouen, Caen ou Strasbourg ? Les habitants de ces différentes villes ne se rendraient même pas compte de leur existence. N’est-il quand même pas temps que nous devenions un pays adulte ? Cela va faire 58 ans que nous sommes indépendants, même de façon seulement formelle. Nous en avons vraiment assez de ces accueils folkloriques qui nous dérangent, nous prennent tout notre temps pour rien, ou presque. Ils n’existent dans aucune grande démocratie, dans aucun pays sérieux.

Les Angela Merkel, Emmanuel Macron et autres chefs d’Etat ou de Gouvernement ont vraiment d’autres chats à fouetter que d’organiser des accueils ridiculement folkloriques pour leurs pairs d’autres pays, fussent-ils de très grands pays. Ils consacrent plutôt une partie de leur temps précieux à lutter contre le chômage,  l’inflation, etc., et l’autre partie à faire baisser les différents déficits publics.

Pour terminer, je me demande si le Président Macron, son épouse et sa délégation nous prendront vraiment au sérieux avec nos ‘’thiakhaaneries’’. Je me demande s’ils ne se moqueront pas finalement de nous et peut-être même, s’ils ne seront pas tentés de nous considérer comme ‘’un pays de merde’’. Ne l’aurions-nous pas mérité d’ailleurs, par la faute de l’attachement morbide de nos gouvernants, et du premier d’entre eux, à ces accueils  folkloriques et tonitruants pour rien, qui peut-être même, incommodent  nos hôtes ?

Dakar, le 30 janvier 2018.

Mody Niang

Le front social en ébullition : la solution n’est sûrement pas pour demain (Par Mody Niang)

Nous nous rappelons que la longue gouvernance du vieux président-politicien a été notamment marquée par une générosité déferlante, sélective et manifestement injuste. Cette générosité coupable, insupportable, était à l’origine des différentes tensions qui chauffaient le front social, et que nous traînons encore aujourd’hui, six ans après son départ du pouvoir.

Ces jours derniers, les Ministères de la Santé, de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur sont secoués par une série de grèves auxquelles le Gouvernement aura bien du mal à trouver des solutions. Il lui faudrait, pour satisfaire les revendications qui fusent ça et là, beaucoup de volonté et de détermination.

Pas seulement d’ailleurs. Il lui faudrait surtout faire montre de beaucoup de courage, et accepter des sacrifices dont je ne le crois pas capable. Les tensions vont donc continuer de chauffer le front social pour de longs mois, peut-être pour de longues années encore. Pour expliquer ce pessimisme, il faut interroger le passé, avec notamment comme point de départ le 2 avril 2000.

L’ancien président Senghor aimait cette formule : « Quand on fait l’historique d’un problème, on l’a à moitié résolu. » C’est ce à quoi je vais m’employer, refusant du coup le mépris dans lequel nous tenait le vieux président. Nous serions, à ses yeux, amnésiques et ne croyions qu’à l’argent et aux honneurs.

Fort de cette certitude, le vieux président-politicien passait allègrement d’un scandale à un autre, et se déplaçait intra comme extra muros avec des mallettes bourrées de fric. Tirant bien plus vite que Lucky Luc, il distribuait à tout bout de champ des centaines de millions de francs à une catégorie de Sénégalais bien ciblés, de qui il pouvait attendre un coup de pouce électoral : hauts magistrats, officiers supérieurs et généraux des Forces de Sécurité, ministres, autorités administratives (gouverneurs, préfets), élus locaux et nationaux, chefs religieux, etc. Ces mêmes privilégiés triés sur le volet, bénéficiaient aussi de parcelles de terrain à l’occasion des lotissements dans les zones les plus courues de Dakar : réserves foncières du CICES, du Stade Léopold-Sédar-Senghor, de l’Aéroport international de Dakar, domaine maritime, etc.

Un constat qui crève les yeux : le Sénégalais moyen ne retenait guère l’attention du vieux Crésus sénégalais. Je ne le rappellerai jamais assez.
Sa ‘’générosité’’ ne s’arrêtait pas d’ailleurs en si bon chemin. Je ne m’attarderai pas sur tous les bénéficiaires de cette ‘’générosité’’ inédite que je viens de citer, sinon pour y ajouter les chefs de partis membres de la CAP 21, qui recevaient mensuellement une coquette enveloppe de 400000 francs.

Le vieux politicien accordait aussi, avec une facilité déconcertante, et au détour d’une simple audience ou à l’occasion d’un séminaire, des augmentations de salaires ou d’indemnités à des niveaux qui pouvaient dépasser l’entendement, au profit de la même catégorie de Sénégalais. Pour faire un peu d’histoire, cette ‘’générosité’’ ostentatoire a pour point de départ un séminaire organisé par les Libéraux, en septembre 2004 à la Somone. Nous étions pourtant au beau milieu d’un péril acridien, dont personne ne pouvait encore prévoir les conséquences sur les cultures. Cette menace sérieuse n’empêchait pas notre vieux politicien de présider lui-même ce séminaire.

Entouré de militants bleus et d’autres membres de la mouvance présidentielle chauffés à blanc, il annonce sa décision de porter le salaire mensuel de ses nombreux ministres de 350 000 à deux millions (2 000 000) de francs Cfa. Dans la même période, il décide de régulariser les ‘’dessous de table’’ confortables qu’il accordait mensuellement aux autorités administratives : 500000 francs aux gouverneurs, 300000 aux préfets, 200000 aux sous-préfets. Ces indemnités étaient respectivement de 75000, 35000, 20000 francs.

Leurs adjoints, qui n’étaient pas au courant des ces ‘’dessous de table’’, étaient laissés pour compte. L’Amicale des administrateurs civils saisit alors la balle au bon pour demander au ‘’généreux’’ président d’étendre les ‘’dessous de table’’ désormais officiels aux adjoints. Ce qui fut fait sans difficulté. L’Amicale ne s’arrêta pas en si bon chemin : le gros des administrateurs civils ne pouvaient pas ne pas réclamer leurs parts, et à juste raison. Ils ont vu leur salaire augmenter de 60000 francs en 2004, de 60000 autres en 2005. La même somme leur sera octroyée en 2006.

La ‘’générosité’’ très sélective et très intéressée du vieux président-politicien arrosait également copieusement les maires du Sénégal et leurs adjoints : 900 000 francs d’indemnités mensuelles pour les maires des villes de Pikine, Guédiawaye, Rufisque et des communes chefs-lieux de région (alors onze au total) ; 500 000 pour les maires chefs-lieux de département (33) et les maires d’arrondissement des villes de Dakar, Pikine, Guédiawaye, Rufisque (43) ; 300 000 pour les maires des communes rurales (20 environ).

Sans compter leurs nombreux adjoints et les présidents de conseils ruraux et leurs adjoints qui n’étaient pas laissés en rade. Tout cela faisait beaucoup d’argent pour le Trésor public. Il est vrai que, dans la même période, il déclarait sur tous les toits que la situation économique était excellente, que le pays ployait sous l’argent, à tel point que, disait-il sans gêne, il pouvait se permettre ses largesses.

Certainement, personne ne peut reprocher à un gouvernement d’améliorer les conditions de vie et de travail des agents de l’État, pour qu’ils produisent plus et mieux. Mais en tout, il faut savoir raison garder et éviter les frustrations. Le président Senghor avait constamment l’œil fixé sur les écarts de salaire. Il veillait, pour des raisons de justice sociale, à ce qu’ils ne fussent jamais trop grands. La préoccupation du président-politicien était malheureusement tout autre.

Pour ne prendre que leurs exemples, les maires et présidents de conseils ruraux en particulier sont loin de mériter les privilèges exorbitants qu’il leur avait accordés, avec une facilité déconcertante. Nous vivons quotidiennement avec eux, à côté d’eux. Rien ne justifie, dans leur gestion de tous les jours des collectivités qui leur sont confiées, les grosses augmentations que le président-politicien leur avait accordée.

Pour ne donner qu’un exemple parmi de nombreux autres, le maire de Matam, qui percevait une indemnité mensuelle de 40 000 francs au plus (39 075 exactement), en percevait, avec la folie dépensière du vieux président, 900 000, soit 25 fois le SMIG et 1,5 fois le salaire d’un professeur d’université en fin de carrière, avec le titre de professeur titulaire de classe exceptionnelle de 3e échelon. Au 1er janvier 2003, ce dernier percevait un salaire brut de 649 651 francs. Qui ose comparer le cursus du maire de Matam, de Louga ou de Kolda (de l’époque et d’aujourd’hui) à celui de ce professeur d’université en fin de carrière ?

Avec son Acte III précipité de la Décentralisation, le digne successeur du vieux politicien complique encore plus la situation. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec plus de 500 collectivités locales, dont des communes rurales qui ne le sont que de nom, incapables de se prendre en charge, et comptant exclusivement sur le Trésor public.

Dans ma prochaine contribution (qui sera publiée probablement vendredi), je continuerai de passer en revue les méfaits de la ‘’générosité’’ insouciante du vieux président, responsable pour l’essentiel des tensions sociales que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que du gonflement de plus en plus inquiétant de la masse salariale.

Dakar le 22 janvier 2018
Mody Niang

Président Diouf, faute de reconnaissance, au moins respect ! (Par Mody Niang)


Oui, Monsieur le Président, c’est de reconnaissance que chaque Sénégalais, chaque Sénégalaise était en droit d’attendre de vous. En effet, nous vous avons tout donné. C’est dans nos écoles (primaires, secondaires et supérieures) que vous avez fait toutes vos études, dans d’excellentes conditions.
Après l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (ENFOM), vous rentrez au Sénégal avec le titre prestigieux d’administrateur civil et vous mettez immédiatement au service de votre pays. Vous occupez d’importantes fonctions, notamment celles de : Directeur de la Coopération technique internationale, Gouverneur de la Région du Sine Saloum, Directeur de cabinet du Ministre des Affaires étrangères Doudou Thiam puis du Président Senghor, haute fonction que vous cumulez, quelques mois plus tard, avec celle de Secrétaire général de la Présidence de la République.
En mars 1968, vous entrez pour la première fois dans le Gouvernement en qualité de Ministre du Plan et de l’Industrie. En février 1970, vous êtes nommé Premier Ministre. Vous le restez  pendant dix bonnes années. Le 31 décembre 1980, le président Senghor annonce officiellement son retrait volontaire du pouvoir et présente, dès le lendemain, sa démission au Premier Président de la Cour suprême. Le même jour, 1er janvier 1981, vous prêtez serment et devenez le deuxième Président de la République du Sénégal. Vous le restez jusqu’au 19 mars 2000, date de votre première défaite et de votre départ du pouvoir.
Ayant passé le pouvoir à votre successeur, vous quittez le Sénégal pour la Caire où le tout nouveau Président de la République vous a demandé de le représenter à une rencontre dans la capitale égyptienne. Vous allez ensuite vous installer à Paris, comme Senghor avant vous. Vous vous installez dans un luxueux appartement, situé dans un quartier huppé de la capitale française
Vous ne chômez pas longtemps : grâce au vigoureux appui de votre ami Jacques Chirac, vous êtes élu Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Beyrouth en 2002. Vous êtes réélu deux fois et quittez définitivement l’Organisation en 2014, remplacé par Michaëlle Jean, ancienne Gouverneure générale du Canada. Pendant tout ce temps, vous effacez pratiquement le Sénégal de vos préoccupations. Vous n’y séjournez que très rarement, et brièvement, souvent pour présenter tardivement des condoléances.
Voilà que, tout d’un coup, vous retrouvez de l’intérêt pour le pays, du moins pour son président. Il est vrai que, entre-temps, il a multiplié par plus de trois votre pension d’ancien Président de la République, dont le montant frôle désormais les quatorze (14) millions de francs CFA, avec votre substantielle indemnité de logement de quatre (4) millions. Sans compter, évidemment, les autres avantages : voyages gratuits avec votre famille, gendarmes attachés à votre sécurité, secrétariat, prise en charge totale pendant vos courts séjours au pays – heureusement qu’ils le sont –, etc. Ce n’est pas tout.
Votre président préféré a baptisé le Centre international de Conférences de Diamniadio et lui a donné votre nom. Il devient ainsi le Centre international de Conférences Abdou Diouf (CICAD). Nous sommes tentés de dire : « Seulement ça ! » Oui, nous sommes bien fondés à le dire, même avec indignation, puisque nous avons fait infiniment plus pour vous. Oui, vous avez connu au Sénégal un parcours administratif et politique privilégié, un parcours de quarante (40) ans, sans désemparer. Vous y avez connu tous les honneurs.
Votre naissance serait même le signe d’une certaine prédestination. C’est un de vos biographes, Monsieur Abdoul Magib Sène qui le révèle dans son livre « Abdou Diouf, le destin d’un homme, Editions F Borelli, Paris, 1996 », page 23. Il fait coïncider ainsi votre naissance avec « l’une des années où l’économie du pays connut une ascension exceptionnelle. Les greniers des paysans étaient pleins de mil, de maïs et de niébé sans compter les immenses champs de manioc aux tubercules impressionnants ». M. Sène rapporte que « les vieillards qui se sont penchés sur le nouveau-né pour le bénir le jour de son baptême avaient tous prédit un destin fabuleux à ce bébé déjà plein d’allant dans les bras de sa mère ».
J’ai eu peut-être ce même sentiment, président Diouf, que j’ai exprimé dans mon livre dédié à votre bien longue carrière et qui a pour titre « Abdou Diouf : quarante ans au cœur de l’Etat socialiste au Sénégal », L’Harmattan, Paris, juin 2009. Je m’y exprimais ainsi : « Sans doute, ces propos (ceux de Magib Sène) ne sont-ils pas exempts de relents de flagornerie. Cependant, ce qu’on sait sûrement, c’est qu’Abdou Diouf est bien né sous une belle étoile.
Les wolofs diraient que son épouse ne l’a jamais entendu lui donner l’ordre de fermer la porte au moment du coucher. Cela signifie que Diouf, son épouse et leurs enfants ont toujours vécu dans la plus grande sécurité, au point qu’ils n’avaient pas besoin de fermer la porte de leur chambre à aucun moment de la journée : ils étaient gardés jour et nuit. De mauvaises langues ajouteront que M. Diouf n’a jamais payé une facture d’eau, d’électricité ni de téléphone ; qu’il n’a jamais acheté un seul litre de carburant ni une bonbonne de gaz.
Il a évolué, sans désemparer, au cœur de l’Etat sénégalais pendant quarante ans. »
Que n’avons-nous donc pas fait pour votre famille et pour vous-même ? Waccoo na ñu ak yaw, deseela tu ñu la dara, ba dara boole jeex. C’est vous, au contraire, qui nous devez d’infinis remerciements. Au lieu de cela, vous profitez de condoléances que vous présentez bien tardivement, pour tisser des lauriers au président-politicien et pour nous jeter dans ses bras. Vous plaidez un soutien en sa faveur déclarez : « J’ai été chef d’Etat et je connais bien comment on dirige un pays. Le président Macky Sall incarne toutes les qualités d’un bon chef de l’Etat et il mérite d’être soutenu. »
« Vu les actes qu’il pose, poursuivez-vous, il est sur la bonne voie ». Pour mieux nous convaincre, votre hôte et vous lui trouvez des « vertus cardinales », des « qualités primordiales d’homme d’Etat ». Peut-être, vous entretenez-nous d’un autre Macky Sall que celui qui gouverne le Sénégal depuis le 2 avril 2012. A ce Macky-là, nous ne connaissons pas ces qualités que vous nous vendez. Ce que nous retenons au contraire de lui, c’est qu’il n’est pas un homme de parole, du nitu káddu.
De ce point de vue, il fait presque l’unanimité. On ne peut pas être vertueux en bénissant la détestable transhumance et en l’érigeant en politique pour massifier son parti. La vertu n’est pas, non plus, compatible avec l’achat de consciences auquel lui et son clan s’adonnent le plus clair de leur temps, avec l’argent du contribuable.
Macky Sall, avec des « qualités primordiales d’homme d’Etat » ! Rappelons-nous ces mots célèbres de James Freeman Clarke : « Le politicien pense à la prochaine élection. L’homme d’Etat à la prochaine génération. » Le choix est vraiment facile à faire : Macky Sall n’est point un homme d’Etat ou, du moins, ne se comporte pas comme tel. C’est un politicien pur et dur, qui ne se soucie que de mobilisation et de massification de son parti. Il n’est point un homme d’Etat, étant incapable de se situer au-dessus de la mêlée. Il n’a d’yeux et d’oreilles que pour son parti-Etat, sa famille et, à un moindre degré, ses alliés qui se contentent de la part du gâteau qu’il leur jette. Il n’est pas un homme d’Etat puisque, au lieu de veiller sur nos maigres deniers, il crée les conditions de leur pillage systématique.
De son fait, le Sénégal est devenu, aujourd’hui, l’un des pays les plus corrompus du monde. Il rend inoffensifs les corps de contrôle et protège sans état d’âme ses amis qui, sûrs de l’impunité, dilapident nos maigres ressources. Président Diouf, trouvez donc, avec votre hôte, d’autres arguments plus convaincants pour nous jeter dans les bras de votre champion.
Pour amoindrir ses lourdes responsabilités dans la politique de mal gouvernance qu’il met en œuvre depuis six ans, vous brandissez l’argument éculé de l’entourage. Trop facile ! Qui nomme les hommes et les femmes de son entourage ? Lui, et lui seul, qui n’a rien retenu de ces mots célèbres de Nelson Mandela à son (alors) très probable successeur à la tête de l’ANC : « Ne t’entoure pas d’hommes prompts à dire oui. Entoure-toi, au contraire, de personnalités fortes et indépendantes qui critiquent les décisions prises. »
Le président-politicien est incapable de ce choix. Il ne s’inspire pas, non plus, de ces autres mots célèbres de Bill Clinton qui disait qu’ « il s’inquiéterait le jour où tous ses conseillers auraient un même point de vue sur une question donnée (…) » Autour du président-politicien sénégalais, le seul point de vue qui vaille toujours, c’est le sien. Il est tout sauf un homme d’Etat.
Président Diouf, vous êtes donc libre de nous abandonner à notre sort pendant plus de quinze ans. Vous pouvez faire table rase de tout ce que nous avons fait pour vous mais, au moins, respectez-nous ! Ce que nous n’accepterons jamais de vous, c’est l’idée que le président-politicien « incarne toutes les qualités d’un bon chef de l’Etat et mérite d’être soutenu ».
Pour nous, au contraire, il incarne les pires contre-valeurs qui font que, dans notre pays désormais, les gens courent derrière l’argent, les honneurs, les promotions faciles, au détriment des valeurs cardinales qui étaient, jadis, l’épine dorsale de nos sociétés. Et puis, pour terminer, à quel titre, Président Diouf, vous permettez-vous de juger à notre place l’homme qui nous gouverne ? Ne sommes-nous plus des hommes et des femmes de raison, qui savent faire la part entre la bonne graine et l’ivraie, et choisir le moment venu ? Président Diouf, basta !

Dakar, le 11 janvier 2018
Mody Niang

De nouveau, honte à toi, Sada Ndiaye, et à ceux qui te déroulent le tapis ! (Par Mody Niang)

Donc, c’est avéré, bien avéré : Sada Ndiaye a encore transhumé, cette fois des prairies bleues desséchées vers les prairies marron, luxuriantes et abondantes. On se rappelle que, dès le lendemain de la défaite des Socialistes, et surtout ses déboires avec la justice aidant, il avait quitté sans état d’âme le navire socialiste pour rejoindre les tout nouveaux gouvernants.

Elu plus tard député sur la liste de la ‘’Coalition Sopi’’, il prendra la lourde responsabilité de porter une proposition de loi scélérate, dont la cible était exactement celui chez qui il a déposé aujourd’hui ses baluchons, sans vergogne. Vraiment sans vergogne. Au bord de l’indignation et du dégoût, je faisais alors publier une contribution qui avait pour titre révélateur : « Honte à toi Sada Ndiaye, et aux instigateurs de ta détestable initiative ! » (cf leral.net du 26 septembre 2008, ‘’Walfadjri, ‘’Le Quotidien’’ de la même période). Et j’introduisais mon texte ainsi :

« Nous vivons très mal l’alternance. Nous la vivons péniblement, de plus en plus comme un cauchemar, une énorme désillusion, la pire des calamités. Je n’irai pas cependant, comme certains de mes compatriotes, jusqu’à la regretter. Il fallait bien qu’elle intervînt le 19 mars 2 000, même si elle a vite fait d’accoucher d’un monstre, d’une hydre immonde et hideuse, à l’image de la gouvernance à laquelle elle a donné lieu.

Même trahie, violée, dévoyée et vidée de tout son sens, elle n’aura pas été totalement négative. Elle aura au moins quelque chose de positif qu’elle nous aura révélés à nous-mêmes. Nous savons maintenant qui est qui et qui est capable de faire quoi. De sinistres individus se découvrent chaque jour un peu plus, des individus pour qui le sens de l’honneur et de la dignité n’a plus aucune espèce de valeur, devant l’argent et les promotions faciles du président Wade. Nous nous connaissons désormais mieux et savons faire la part entre la bonne graine et l’ivraie politiques / ou religieuses.

De l’ivraie, il y en a de plus en plus avec la nauséabonde gouvernance libérale. Le pays a de plus en plus mal et est au bord du gouffre moral. Il a honte, quand des hommes et des femmes qui, avant le 19 mars 2 000, préféraient voir leurs boyaux plutôt que Me Wade, deviennent sans vergogne ses courtisans les plus zélés et rivalisent d’ardeur à accomplir pour lui les plus sales besognes. C’est exactement le cas de Sada Ndiaye aujourd’hui, qui fait sans état d’âme un point de presse pour ‘’justifier’’ sa soit disant proposition de loi visant à réduire la durée du mandat du président de l’Assemblée nationale de cinq ans à un an renouvelable. En réalité, c’est un secret de polichinelle, l’objectif de cette scélérate initiative est d’arriver enfin à débarrasser Macky Sall du perchoir. »

Voilà que, neuf ans après, Sada Ndiaye se rappelle tristement à notre souvenir ! Nous allons lui donner un coup de main, afin que nul n’en ignore sur ce transhumant professionnel. Qui est donc Sada Ndiaye, que le président Wade avait utilisé pour déchoir Macky Sall du perchoir ?

L’homme a occupé, entre autres fonctions, celles de Préfet du Département de Nioro, Directeur général du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (Coud), Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (Dage) du Ministère de l’Éducation nationale, Directeur général de la Sicap, député à l’Assemblée nationale. On le présentait comme un mauvais gestionnaire, un mauvais gestionnaire audacieux, ce qu’il était effectivement. Il avait eu d’ailleurs maille à partir avec la Justice, même s’il s’en était sorti sans frais, avec la complicité active de la gouvernance libérale. On se rappelle en particulier que, dans sa gestion catastrophique du Coud, il a été très lourdement épinglé et sévèrement mis en cause par un rapport de la Cour des Comptes.

Rendant compte de ce rapport, le quotidien Walfadjri du 10 avril 2 002 titre à sa « Une » : « Sada Ndiaye ne se refusait rien au Coud. » Et le journal de préciser que, « parmi les best of du rapport de la Cour des Comptes pour la période 1999-2 000, on fait difficilement mieux que Sada Ndiaye. L’ancien directeur du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (Coud) s’est permis des choses inouïes avec l’argent du Coud ». Á l’intérieur du texte, le journal explique que « la Cour des Comptes note ainsi de nombreuses anomalies dans sa gestion. Indemnité de logement dix fois supérieure à la norme, frais médicaux non justifiés, etc. ». « En clair, poursuivait le journal, Sada Ndiaye vivait comme un nabab ».

En vérité, le journal n’avait rien inventé. De nombreux autres quotidiens avaient d’ailleurs rendu compte du rapport qui était particulièrement accablant. Entre autres fautes de gestion graves, on pouvait relever dans le rapport que M. Ndiaye avait pris « illégalement en location une villa en dehors du campus pour un montant dix fois supérieur à son indemnité de logement et son installation a coûté 1,4 million de francs Cfa par mois au budget du Coud sous forme de loyer, d’avantages en nature et en numéraire, sans l’approbation du Conseil d’Administration ».

M. Sada s’offrait aussi à coût de millions des traitements médicaux à l’étranger. Dans ce cadre, il avait fait main basse sur une aide de 20 millions de francs Cfa pour aller subir – du moins c’était le prétexte – une intervention chirurgicale en Suisse, suite à un accident survenu en dehors du service. La Cour des Comptes affirmait dans son rapport que « les investigations menées ont révélé que l’intervention n’a jamais eu lieu et le directeur qui a refusé de communiquer les pièces justificatives de 15,1 millions de francs Cfa, n’a pas reversé cette somme dans le budget du Coud ».

Le rapport révélait également des dépassements budgétaires de 948 millions pour l’exercice 1998, sans compter de nombreuses autres anomalies dans la gestion de la trésorerie. En particulier, « la revue des journaux de l’Agence comptable a révélé de nombreuses insuffisances, notamment l’usage fréquent du correcteur, des soldes journaliers négatifs, des écritures non chronologiques, des doubles encaissements, ainsi qu’un retard dans l’enregistrement des écritures s’étalant sur plusieurs mois ».

Notre transhumant professionnel n’avait non plus cure des règles de procédures d’achat édictées dans le manuel de procédures. Ainsi, les contrôleurs avaient relevé dans la gestion des achats des anomalies ayant trait notamment à « la régularisation à postériori des pièces justificatives, bons de livraison mal établis, manquements sur les procès-verbaux de réception, recours trop fréquents à la procédure d’urgence ou de fractionnement des commandes ainsi que des surfacturations ».

En outre, le rapport de la Cour relevait que « le Coud (entretenait) normalement des relations d’affaires avec des fournisseurs qui (n’étaient) pas en règle avec l’administration et (effectuait) une multitude de commandes de gré à gré ». Sans compter « les cotisations prélevées sur les travailleurs qui (n’étaient) pas reversées aux organismes de sécurité sociale ». On n’oubliera pas, non plus, qu’il travaillait avec de nombreux Groupements d’intérêt économique (Gie) appartenant à des amis et à des cousins.

Ce n’était pas tout. Le Rapport de la Cour des Comptes avait relevé nombres d’autres graves fautes de gestion, dont la présentation allongerait ce texte déjà long. En tout cas, tirant les conséquences de toutes les graves irrégularités constatées, la Cour avait traduit Sada Ndiaye devant la Chambre de discipline financière. Elle avait également entamé contre lui une poursuite pour entrave au contrôle. Suivant les recommandations de la Cour, l’État l’avait traîné devant les juridictions pénales. Pas pour grand-chose malheureusement, on s’en rendra compte. On se rappelle, en effet, que le mauvais gestionnaire avait été entendu, inculpé par le doyen des juges d’instruction du Tribunal régional de Dakar et placé sous mandat de dépôt.

Comme c’était souvent le cas avec l’immonde gouvernance libérale, le délinquant sera, sans autre forme de procès, « élargi quelques semaines après comme par enchantement pour retrouver son poste de Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement au Ministère de l’Éducation nationale ». C’est ce que notait en tout cas, avec dépit, le même Walfadjri du 10 avril 2 002. Tous les observateurs qui avaient suivi cette rocambolesque aventure étaient groggy et indignés. C’est que, entre-temps, l’homme, qui avait été bien inspiré, et peut-être forcé, avait pris la poudre d’escampette et était allé se réfugier sous le paratonnerre bleu.

Nous n’oublions pas que les audits étaient gérés à l’époque, de manière manifestement politicienne par le Ministre d’Etat, Directeur de cabinet du vieux président-politicien. Tous les délinquants présumés et / ou carrément confondus qui avaient accepté de transhumer étaient purement et simplement blanchis. On peut en citer au moins une bonne dizaine, que l’on retrouvait au niveau le plus élevé de l’État et du Pds. Après l’Éducation nationale donc, M. Ndiaye sera nommé Dg de la Sicap, avant d’atterrir à l’Assemblée nationale où il a accepté d’être le bras armé du vieux président, pour arracher à Macky Sall son fauteuil de président de l’Assemblée nationale.

Pour en savoir plus encore sur Sada Ndiaye, nous rappelons, qu’en plus de s’être révélé un véritable bourreau de deniers publics, il s’était singulièrement signalé, pendant la campagne pour l’élection présidentielle de février 2 000, par sa franche hostilité à l’endroit du candidat Wade. Il ne voulait surtout pas en entendre parler. Il en était arrivé, racontait-on, à armer jusqu’aux dents les populations de Nguidjilone, son village natal où il était une sorte de manitou, sa fortune aidant. Il avait carrément interdit au candidat Wade et à son cortège l’accès au village. Il a fallu, à l’époque, toutes sortes de conciliabules pour que des autorités coutumières, religieuses et quelques membres du cortège arrivent à convaincre le candidat Wade de mettre un trait sur Nguidjilone.

C’est ce même Sada Ndiaye qui, à la tête d’une forte délégation, alla s’agenouiller devant le nouveau Chef d’État pour faire piteusement acte d’allégeance et se faire éventuellement pardonner. Une source digne de fois a révélé que le vieux président-politicien a dû couper net son discours long et insipide, pour lui faire remarquer qu’il n’avait vraiment pas besoin de tant parler et qu’il le croyait sincère. « Si aujourd’hui, vous venez en forte délégation pour m’assurer de votre soutien, alors que c’est vous-même qui m’aviez interdit l’accès à votre village il y a seulement quelques mois, je ne peux que vous croire », lui aurait dit ironiquement le vieux président-politicien.

Voilà Sada Ndiaye qui, après tout ce que nous savons désormais sur lui, n’est pas le moins du monde gêné de transhumer vers les prairies du part-Etat, en arguant d’arguments ridicules qui ne convainquent personne ! C’est une honte pour lui, c’en est une autre pour ceux qui vont le recevoir. Notre pays a mal, très mal avec cette détestable transhumance, qui existait certainement du temps des Socialistes, mais qui a été amplifiée plus que de raison par le vieux président-politicien et son digne successeur.

Des Sada Ndiaye, nous en avons beaucoup connu. Quelques-uns d’entre eux retiennent notre attention. C’est le cas, notamment, du député et actuel vice-président de l’Assemblée nationale Allé ou Aly Lo. Il a largement bénéficié des ‘’délices’’ du régime socialiste.

Un peu avant les élections législatives du 29 avril 2001, alors que les listes étaient déjà publiées et que la campagne électorale était pratiquement lancée, il transhume sans état d’âme au PDS et trouve une place confortable sur la liste de la ‘’Coalition Sopi’’, au grand dam des responsables du Parti socialiste. Il brandit alors l’argument éculé que c’est son marabout qui lui en a donné le ndigël (la consigne). Il traverse les douze longues années de la gouvernance du vieux président-politicien, et le voilà vice-président dans l’assemblée nationale du président-politicien Jr !

Un autre, Me Abdoulaye Babou a déclaré, au sortir d’une audience avec le vieux président-politicien, qu’il quittait l’AFP pour travailler avec lui. Lui aussi brandira le ndigël de son marabout, peut-être même du petit fils de ce dernier. En tous les cas, en récompense à sa peu glorieuse transhumance, il sera nommé ministre le temps d’une rose : six mois.

Un troisième, qui sera mon dernier exemple, c’est l’ancien ministre libéral Khourëychi Thiam. Invité de l’Emission ‘’Face 2 Face’’ (RFM) du dimanche 6 avril 2014, il donne l’explication-ci, à sa toute nouvelle transhumance : « Da maa toog ak kilifa yu mag ci rééw mi. Ñune ma demal japple Macky. » Traduit en français, cela signifie simplement que de grands notables, de grands chefs religieux lui ont demandé d’aller appuyer Macky Sall. Le même Khourëichy Thiam expliquera, après les résultats des élections locales de 2009, comment il a fait pour mettre en selle un certain Saliou Baldé, en le faisant élire Président du Conseil régional de Tambacounda (M. Thiam était alors ministre). Il n’a même pas hésité à révéler publiquement comment il s’y était pris. Voici comment : « J’ai acheté des voix, j’ai acheté des consciences pour le faire passer, avec le feu vert du président Wade. L’achat de conscience fait partie de la vie politique. La fin justifie les moyens. »

Voilà le Sénégal ! Voilà ce que nous sommes devenus ! Du moins, ce que nombre d’entre nous sont devenus. La transhumance, qui est de plus en plus tolérée, est détestable. Les arguments derrière lesquels on s’abrite souvent pour la justifier ne tiennent pas la route. C’est exactement le cas des ndigël des chefs religieux. Quand Me Wade et Macky Sall étaient dans l’opposition, aucun chef religieux ne se hasardait à demander à un disciple d’aller travailler avec l’un ou l’autre. D’ailleurs, le talibé ne l’accepterait même pas. Ce n’est que dans le sens du pouvoir que les ndigël sont donnés, et ce sont des ndigël manifestement intéressés.

La détestable transhumance est à bannir de ce pays, s’il le faut avec ceux qui la bénissent, comme notre président-politicien qui, lors de son fameux discours de Kaffrine, disait sans aucune gêne : « La transhumance est un terme péjoratif, qui ne devrait jamais être utilisé en politique parce qu’il est réservé au bétail, qui quitte des prairies moins fournies pour aller vers des prairies plus fournies. (…) Nous avons tous la volonté d’aller et de venir, c’est la Constitution qui nous le garantit. Ensuite, les acteurs politiques ne sont pas nombreux au Sénégal (…).

Lorsque vous avez une majorité et que vous voulez la consolider, si vous n’allez pas pêcher dans le camp adverse, comment allez-vous maintenir votre majorité ? L’opposition fait dans la critique, la désinformation et la surenchère pour décourager des pans entiers du pouvoir et les ramener vers elle. Le pouvoir aussi doit tout faire pour récupérer des gens de l’opposition. C’est un jeu tout à fait normal en politique. Il ne faut pas le dramatiser. Depuis longtemps, ces mouvements existent et ce n’est pas aujourd’hui que nous allons l’arrêter. »

C’est un Président de la République qui tient publiquement ces propos. Comment l’opposition peut-elle lui faire confiance pour engager un dialogue avec lui ? S’y ajoute qu’il fait presque l’unanimité aujourd’hui qu’il n’a aucun respect pour la parole donnée ! Sans compter qu’il a divisé le pays en deux entités opposées : d’un côté son parti-Etat, sa famille, ses alliés dociles, certains chefs religieux qui bénéficient de toutes ses attentions (en particulier de l’impunité) et de l’autre, la grande majorité qui constitue un bétail électoral qu’il faut manipuler par tous les moyens, y compris surtout par la corruption active.

Nous devons en avoir assez de ce président et des contre-valeurs qu’il incarne. Nous devons nous lever comme un seul homme, comme une seule femme pour faire face à sa machine électorale infernale. Nous n’y parviendrons sûrement jamais avec une pléthore de candidats et de candidates qui se retrouveront avec des scores éparpillés et dérisoires.

L’élection présidentielle n’est pas un jeu d’enfants. Nous devrions y aller ensemble avec tout ce que le pays compte encore d’hommes et de femmes dont les qualités humaines, intellectuelles, morales et citoyennes ne font pas l’ombre d’un doute. Des hommes et des femmes indemnes de toute mal gouvernance, de toute mauvaise gestion. Tout le sens du modeste appel que j’ai lancé par voie de presse le 25 septembre 2017.

Dakar, le 1er janvier 2018
Mody Niang

Un procès manifestement injuste (Par Mody Niang)

Un procès manifestement injuste (Par Mody Niang)
Oui, le procès qui s’ouvre demain jeudi 14 décembre 2017, est manifestement injuste, à la limite insupportable pour quelqu’un qui suit régulièrement l’actualité politique et surtout politicienne au Sénégal. Il ne devrait laisser personne indifférent, ni la classe politique, ni la Société civile, ni les autorités religieuses.
Celles-ci en particulier devraient se faire entendre, non pas pour s’immiscer dans une affaire pendante en justice, mais pour jouer le rôle qu’on leur prête : celui de régulateurs sociaux. Ne se réclament-elles pas avec force de deux religions – l’Islam et le Christianisme – qui prêchent pour l’équité, l’égalité de tous les citoyens devant la justice et la loi ? Toutes deux condamnent formellement l’injustice, surtout celle manifestement orientée, à deux poids deux mesures. Du temps du Prophète Mouhammad (PSL) et de ses khalifes après lui, des fondateurs de confréries et de tous les hommes considérés comme de DIEU, la justice à la tête du client était prohibée et combattue.
Or, selon de nombreux observateurs et des plus avertis, le procès qui débute le 14 décembre 2017 a notoirement pour objectif d’éliminer un concurrent politique jugé dangereux. De l’avis des mêmes observateurs et de nombre d’autres compatriotes (votre serviteur y compris), l’homme qui a orchestré sans état d’âme toute cette situation, c’est celui à qui nos chefs religieux déroulent le tapis rouge, qu’ils inondent pour certains d’entre eux d’éloges et de remerciements dithyrambiques.
D’autres, de moins en moins nombreux heureusement, recommandent à leurs disciples de voter pour lui les yeux fermés.  « Il est à la tête du pays par la volonté de DIEU », argumentent-ils. Sans doute, mais DIEU n’est pas descendu sur terre pour l’élire. C’est par nous, hommes et femmes de raison, qu’IL a créés à Son Image, qu’IL est passé pour le porter au pouvoir, sur la base d’engagements fermes à gouverner le pays bien mieux que ses prédécesseurs. Une fois au pouvoir, on ne tarde pas à se rendre compte qu’il n’est pas un homme de parole. Il jette par-dessus bord tous ses engagements, renie toutes ses promesses, et met en œuvre une gouvernance qui rappelle en tous points celle meurtrie de son prédécesseur immédiat. Parfois même, il fait pire.
On peut avancer légitimement que ‘’du nittu káddu’’. Or, Serigne Abdou Lahaat Mbacké, qui ne lésinait pas avec la vérité, disait que « gor dëgg, kaddoom da koy tënk ». Lui, le président-politicien sénégalais, n’a cure de la parole donnée, des engagements pris, y compris des plus solennels. Point n’est besoin de nous attarder à d’illustrer cette affirmation par des exemples. Ils sont légion dans sa piteuse gouvernance au point que, dans une contribution, je lui posais la question-ci : « Monsieur le Président de la République, où trouvez-vous encore la force de regarder vos compatriotes les yeux dans les yeux ? »
C’était dans ‘’Sud quotidien’’ du 17 juin 2016. Rien ne l’arrête celui-là, sa seule préoccupation étant de se faire réélire coûte que coûte. C’est cette préoccupation, et elle seule, qui explique tous les reniements à ses engagements. C’est elle qui explique que, depuis le 2 avril 2012, il nomme sans gêne d’illustres inconnus, des hommes et des femmes souvent venus de nulle part et n’ayant aucun brin de compétence ou d’expérience dans les différents secteurs qui leur sont confiés.
Nombre d’entre eux n’ont jamais traité un dossier administratif. Peu importe pour le politicien pur et dur qu’il est ! Ce qu’il attend d’eux, c’est de s’engager politiquement, ‘’politiciennement’’ si le mot existait, de descendre régulièrement sur le terrain pour mobiliser. Descendre sur le terrain et mobiliser ! Deux expressions à la mode dans sa ruineuse gouvernance. Donc, pratiquement, tous les vendredis, ils descendent sur le terrain et point n’est besoin d’être un génie pour comprendre qu’ils n’y vont pas les mains vides.
Au su et au vu de tout le monde, ils distribuent de l’argent sans compter, manifestement celui du contribuable. Ils rivalisent d’ardeur à mobiliser. L’un d’entre eux, bien connu, a mobilisé jusqu’à Bamako où l’Association des Sénégalais vivant au Mali devait réserver un accueil ‘’chaleureux et enthousiaste’’ au président-politicien qui devait y prendre part à une rencontre sous-régionale. L’ancien Gab (guichet automatique de banque) du Port autonome de Dakar – c’est de lui qu’il s’agit – a dégainé, pour l’occasion, vingt (20) millions de francs CFA.
Sans doute, les inconditionnels du président-politicien me traiteront-ils de nihiliste qui ferme hermétiquement les yeux sur les réalisations de leur champion. Pas du tout. Je suis loin d’être nihiliste : j’ai les yeux rivés sur ses réalisations. Je les ai abordées dans nombre de mes contributions. Cependant, devant elles, je ne suis pas aussi enthousiaste que ses laudateurs. C’est le Président de la République, et un budget est mis naturellement à sa disposition tous les ans.
Que son gouvernement construise des routes, des ponts, des forages, des infrastructures sanitaires, scolaires, sociales, etc., quoi de plus normal ? Le problème, c’est la pertinence et le coût de ces infrastructures. Avec le président-politicien, l’appel d’offre a pratiquement cédé la place à l’entente directe et au gré à gré. Les conséquences directes de ce choix, ce sont, naturellement, les fortes surfacturations qui crèvent les yeux. On n’a vraiment pas besoin d’être un expert pour savoir que l’Autoroute à péage ‘’Ila Touba’’ ne coûtera pas 416 milliards de francs CFA.
On peut en dire autant du coût exorbitant de la réhabilitation du Building administratif, des fameuses cartes biométriques, ainsi que de nombre d’autres infrastructures comme le Centre de Conférences internationales Abdou Diouf (CCIAD), le Train Express régional (TER), le désenclavement de l’Ile à Morphil, etc. Et puis, une gouvernance ne se résume pas à la réalisation d’infrastructures, même pertinentes et dans des conditions transparentes. Le président-politicien le comprend bien ou, du moins, le comprenait bien avant d’être pris dans la tourmente des milliards faciles du budget national.
N’est-ce pas lui qui tenait ce discours fort encourageant : « L’une de mes premières missions, ce n’est pas de construire des routes, des autoroutes et des ponts. La première mission est de construire un Etat de droit. Or l’Etat de droit, ce sont des valeurs, ce sont des principes, c’est l’égalité des citoyens devant la loi, c’est la lutte farouche contre la corruption et le népotisme (…). »
La cause est entendue, vraiment entendue. L’auteur de cette déclaration est-il vraiment l’homme qui gouverne aujourd’hui le Sénégal ? Est-ce lui qui ose parler d’Etat de droit, de valeurs, de principes, d’égalité des citoyens devant la loi, de lutte farouche contre la corruption ? Le procès qui s’ouvre aujourd’hui contredit tous ses engagements.
Déjà, dès que le Rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) mettant en cause la gestion (de la caisse d’avance) du Maire de Dakar a été transmis au Parquet, j’ai fait publier, notamment au quotidien ‘’Walfadjri’’ du 22 février 2017, une contribution ayant pour titre :
« Transmission au Parquet  d’un rapport de l’IGE mettant en cause la gestion du Maire de Dakar : une diligence inhabituelle et suspecte. » Et je l’ai introduite en ces mots: « Ainsi donc, avec diligence, le président-politicien a transmis au Parquet un rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) qui mettrait en cause la gestion du Maire de Dakar. Je me garderai, bien sûr, de me prononcer sur le fond de cette ‘’affaire’’ puisque, n’ayant pas lu ledit rapport, je n’en connais ni les tenants ni les aboutissants.
Je suis fondé, cependant, à me poser des questions sur  cette diligence avec laquelle la transmission a été faite, comme sur le déclenchement immédiat de l’enquête par le Procureur de la République. Oui, nous devons nous poser des questions sur cette diligence manifestement sélective et suspecte du président-politicien. En effet, ce dernier ferme hermétiquement les yeux sur des dizaines de rapports de l’IGE, de la Cour de Comptes, de l’Agence de Régulation des Marchés publics (ARMP), etc., qui s’amoncellent sur son bureau.
Nombre d’entre ces rapports mettent gravement en cause, et depuis plusieurs années, la gestion de ministres, de directeurs généraux, de maires, etc. Ces rapports recommandent souvent l’ouverture d’informations judiciaires contre des délinquants présumés et leur limogeage immédiat. Le président-politicien a toujours fait le mort et voilà que, tout d’un coup, un rapport attire et retient son attention : celui qui met en cause la gestion d’une certaine caisse d’avance de la Mairie de Dakar ».
Dans la contribution, j’ai donné des exemples concrets tirés du « Rapport public sur l’Etat de la Gouvernance et de la Reddition des Comptes » de l’IGE, juillet 2013 et juillet 2014. Je renvoie le lecteur intéressé à ces deux rapports, surtout à celui de juillet 2013, qui met en évidence des cas flagrants de mauvaise gestion. C’est notamment le cas de la gestion catastrophique du Festival mondial des Arts nègres (FESMAN). A propos de cette gestion, Le Rapport de l’IGE révèle :
« Prévu au départ pour cinq milliards au titre de la participation sénégalaise, la troisième édition du FESMAN a finalement coûté plus de quatre-vingt milliards (80 000 000 000) de francs CFA au Trésor public, compte non tenu des six milliards neuf cent quatre-vingt dix-neuf quatre-cent quatre-vingt-quatre mille quatre-vingt trois (6 999 484 083) francs CFA représentant la contribution des autres Etats et organismes. »
Et le Rapport de préciser que « l’essentiel des ressources a été mobilisé par le moyen de décrets d’avance et des ponctions de crédits destinés au financement de programmes et projets sociaux ». Ce n’est pas tout. « Le préjudice financier subi par l’Etat, poursuit le rapport de l’IGE, n’est pas encore totalement circonscrit, des opérateurs économiques réclamant toujours le paiement de leurs créances sur le FESMAN, lesquelles sont provisoirement estimées à plus de trois milliards (3 000 000 000) de francs CFA » (page 115).
Un autre acte de brigandage financier est à signaler, qui a été rendu possible « avec la complicité de l’ancien Ministre de l’Economie et des Finances (Abdoulaye Diop) et, tendant à dessaisir le Trésor public de ses prérogatives naturelles. Un simple particulier, constitué comptable public de fait, a été chargé de manipuler des deniers et de faire des règlements pour le compte de l’Etat. C’est ainsi que quinze (15 000 000 000) de francs CFA empruntés et payés par l’Etat ont été logés dans le compte bancaire de la société de ce particulier, alors que ladite société n’a aucun lien contractuel avec le FESMAN » (page 116).
Le bénéficiaire de ce brigandage est connu. C’est un certain Loum Diagne. Devant l’IGE, il a été incapable de justifier, pour l’essentiel, l’utilisation des fameux quinze milliards. Le moindre petit doigt n’a été levé sur lui. Au contraire, l’Etat  continue de lui donner des marchés. Un autre cas de brigandage financier met en cause l’ancien Ministre de l’Energie (Samuel Sarr pour le nommer) et l’ancien Directeur général de la Société africaine du Raffinage (SAR). Pour ne pas allonger davantage ce texte, je passe sur les différents forfaits.
En tout cas, en agrégeant les différents manques à gagner, pertes et autres surcoûts, les contrôleurs de l’IGE estiment le préjudice globalement subi par la SAR, pour une seule importation (celle de la cargaison ‘’Olinda’’), « au moins à neuf milliards sept cent quatre-vintg- seize millions sept cent soixante-neuf mille soixante-dix-sept (9 796 769 077) francs CFA ». Ils relèvent aussi « la forte présomption de collusion d’intérêts avec le fournisseur APL au préjudice de la SAR, avec la complicité de l’ancien Ministre de l’Energie et de l’ancien Directeur général de la (Société) ».
Et, pour ces forfaits cumulés, « l’IGE (proposait) l’ouverture d’une information judiciaire à l’encontre de l’ancien Ministre de l’Energie et de l’ancien Directeur général de la SAR ».
Plus de neuf milliards de francs CFA, sans compter la forte implication de ce ministre passe-partout dans l’acquisition d’un terrain pour l’édification d’un immeuble à usage multiple de huit étages, devant servir de ‘’Maison du Sénégal à New York ‘’, pour abriter la Chancellerie du Sénégal à New York et le siège de la Représentation permanente du Sénégal auprès des Nations-Unies, ainsi que la résidence de l’Ambassadeur.
Sans compter une autre implication, aussi forte que la première, dans ‘’l’achat’’ d’une quarantaine de véhicules par l’Etat, alors que ces véhicules faisaient partie manifestement d’un lot de 250 véhicules offerts à l’Etat du Sénégal à l’occasion de la tenue du XIème Sommet de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI).
Pour comprendre la gravité des forfaits cumulés dans cette affaire, il faut lire les pages 65-69 du Rapport de l’IGE de juillet 2013. Si j’en étais de taille, j’inviterais les magistrats qui vont juger le Maire de Dakar, à lire les premiers ces pages.
En attendant, pour l’IGE, « il s’est agi, au total, de manœuvres frauduleuses impliquant de très hautes autorités de l’Etat, ayant causé à l’Etat un préjudice financier direct de trois milliards sept cent millions (3 700 000 000) de francs CFA ». Il convient de le rappeler, le Ministre Sarr figure aussi sur la liste des vingt-cinq (25) compatriotes suspectés de s’être enrichis illicitement. Et ils le sont sûrement pour avoir été acteurs pleins dans les sombres douze années de la gouvernance du vieux président-politicien.
Malgré tout, le Ministre Sarr vaque tranquillement à ses occupations. Le président-politicien lui donne une chaleureuse accolade chaque fois que l’opportunité lui est donnée de le rencontrer. Il a une luxueuse résidence à Touba et donne sûrement de substantiels ‘addiya’’ à son marabout.
Le Ministre Sarr est loin d’être seul dans l’impunité. Le président-politicien met le coude sur de nombreux dossiers qui mettent en cause ses amis (nouveaux ou anciens). D’autres dossiers mettant en cause, parfois gravement de gros gestionnaires de deniers publics, dorment sur la table du Procureur de la République.
Deux de ces dossiers pointent le doigt sur la gestion catastrophique du Directeur général du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (COUD) comme de celle de son collège de la Société nationale de la Poste. Des bourreaux de deniers publics sont légion aujourd’hui. Nous sommes un petit pays où tout ou presque se sait. Ce n’est pas juste, ce n’est pas supportable, c’est proprement scandaleux, dans ces conditions-là, de n’avoir l’œil que sur le seul Maire de Dakar, suspecté d’avoir détourné un milliard huit cent millions (1 800 000 000) de francs CFA.
S’il est coupable, il doit certainement être condamné. Mais, il ne pourrait l’être seul pendant que des dizaines, voire des centaines de mauvais gestionnaires qui ont commis des crimes autrement bien plus graves et connus, ne sont pas le moins du monde inquiétés. Le procès qui s’ouvre demain 14 décembre 2017 est donc politique, jusqu’à preuve du contraire.
Une justice doit être neutre, juste et la même pour tous les citoyens. Elle ne l’est sûrement pas pour le Maire de Dakar, un rival politique qu’il faut carrément éliminer, en tout cas jusqu’à preuve du contraire. C’est pourquoi, le président-politicien, son parti et ses dociles alliés exceptés, tout le monde, y compris les autorités religieuses, devrait s’en indigner et le proclamer haut et fort. Je rappelle (encore) cette sentence de Serigne Touba Khadim Rassoul à tous les magistrats, surtout à ceux qui sont chargés de juger le Maire de Dakar : « Le juge le plus honnête aura des comptes à rendre à DIEU. »
Enfin, je suis loin d’être un érudit de l’Islam, encore moins du Christianisme. Je crois savoir cependant, que « buur du jeng, te da fa wara samm alali mbooloo mi ñu ko denk ». Cela, nos autorités religieuses devraient être les premières à le savoir.
Elles ne devraient pas, non plus ignorer que, de ce double point de vue, notre président-politicien n’est pas un modèle, même s’il s’est engagé à leur moderniser leurs cités, à leur offrir à l’occasion des passeports diplomatiques et, peut-être parfois, des enveloppes ou des mallettes bien fournies. Elles ne devraient pas perdre de vue alors, qu’il ne fait rien par conviction, mais plutôt par opportunisme politique, plus exactement politicien. N’est-ce pas lui qui disait d’elles, que c’était des citoyens ordinaires ?

Dakar, le 13 décembre 2017

Mody Niang

L’élection ou la réélection d’un Pr relèvent exclusivement de son peuple (Mody Niang)


Dans un peu moins de deux mois, nous entrerons dans la cinquante-huitième année de notre accession à la souveraineté internationale. Quatre présidents se sont succédé à la tête du pays. Nous avons connu deux alternances démocratiques saluées par la Communauté internationale, même si aucune des deux n’a répondu à nos attentes. Nous sommes malgré tout considérés comme une démocratie, une démocratie avec ses hauts et ses bas.

Or, il convient de le rappeler, l’une des voies respiratoires de la Démocratie et non des moindres, c’est la liberté d’expression, c’est le droit d’avoir son opinion sur la manière dont le pays est gouverné et de l’exprimer s’il y a lieu. C’est ce droit inaliénable, non négociable, que je fais prévaloir dans mes écrits (livres, contributions, quelques interventions aux médias) depuis quarante (40) ans.

Notre pays traverse, avec cette gouvernance du président-politicien, des moments d’incertitudes que tentent vainement de masquer des apparences bavardes et trompeuses. Notre peuple, indifférent à tout, ne s’en aperçoit malheureusement pas le moins du monde. Me revient cet adage wolof selon lequel « Bukki wiiri-wiiri jaari Ndaari ». Cela signifie, en français, que l’hyène a beau faire de grands détours, elle passera forcément par Ndaari ou, peut-être encore, les grands détours que fait l’hyène ne le dispenseront pas de passer par Ndaari. En d’autres termes, le temps est venu, pour votre serviteur, d’entrer dans le vif de son sujet.

Le vendredi 12 mars 2017, un chef religieux, khalife de son état aujourd’hui décédé (DIEU l’accueille au Paradis !), lançait ces propos rapportés par ‘’L’AS’’ du lendemain : « Tout bon musulman qui croit en DIEU doit voter pour le président.» Il ajoutait, pour rassurer encore plus le président-politicien : «Je sais que les talibés vont suivre ma recommandation.

Donc, vous pouvez être tranquille, M. le Président ! » Le chef religieux lui renvoyait ainsi l’ascenseur, pour avoir achevé les travaux de la mosquée de sa localité. C’était son droit et il en a usé. Un peu plus tard, le vendredi 24 mars 2017, je fis publier une contribution dans plusieurs quotidiens de la place, notamment dans ‘’ Walfadjri et ‘’Sud quotidien’’. J’avais choisi pour titre, et pour cause : « Le 30 juillet 2017 et le dernier dimanche de février 2019, je serai un mauvais musulman ».

Ce khalife avait aussi des relations privilégiées, du moins en apparence, avec l’ancien vieux président qui savait, à l’occasion, se montrer particulièrement généreux avec lui. On se rappelle encore sa célèbre formule : « Wade boxe na ma, boxaat na ma ».

En d’autres termes, « Wade m’a boxé et m’a encore boxé ». Le vieux président avait donné une première somme d’argent dont le montant ne répondait certainement pas aux attentes du vieux khalife qui n’avait pas manqué de le faire savoir publiquement. Le vieux président-politicien revint à la charge un peu plus tard, avec en bandoulière sa légendaire ‘’générosité’’. Il avait donc ‘’donné et redonné’’, ‘’boxé et à nouveau boxé’’.

Aujourd’hui, dans la même famille, alors qu’il était venu présenter ses condoléances suite au décès de l’ancien khalife, on l’a menacé publiquement de « lui servir mille plaintes, s’il en portait une seule contre le président du moment (bi xew) ».

Dans sa longue déclaration, il s’était attardé sur l’intention supposée de son successeur de donner son nom à l’Aéroport international de Diass. Et le vieux politicien de menacer de le traîner devant la justice, s’il s’obstinait à réaliser son intention.

On résiste difficilement à la tentation de se poser un certain nombre de questions : mille plaintes, n’est-ce quand même pas trop contre une seule personne, fût-elle le célèbre vieux président ? A quel titre seront-elles servies au vieux président qui ne sert pratiquement plus à rien, il est vrai ? Auront-elles la moindre chance d’être recevables et, si par extraordinaire c’était le cas, où les garderait-on en attendant le jugement ?

Enfin, si le vieux président-politicien était encore au pouvoir et avait fait les pires dérapages, les relèverait-on ? Ces questions méritaient quand même d’être posées, dans ce pays où l’on ne sait plus où donner de la tête.

Le mercredi 22 novembre dernier, une cité religieuse a reçu en grande pompe le président-politicien. Deux jours auparavant, le porte-parole avait invité, au nom du khalife général, « les fidèles à l’accueillir chaleureusement à travers une grande mobilisation ». Ce porte-parole a tenu à se montrer très clair. « C’est par conviction que Tivaouane a choisi d’accompagner la philosophie de Macky Sall. Nous y croyons. »

Il ne croit surtout pas à la neutralité ‘’qui est une absence de courage’’. Sa ville s’assume, « elle n’est pas du genre à lâcher prise au gré des humeurs et des soubresauts. C’est par conviction qu’elle s’engage ». Il se fait plus précis encore, afin que nul n’en ignore : « Il ne s’agit pas d’accueillir à bras ouvert un hôte de marque mais de dérouler les tapis de son cœur à un illustre fils, un de nous, le Président Macky Sall. »

C’est moi qui souligne cette expression, en attendant d’y revenir. Cette ville sainte est libre de son choix, celui d’accompagner sans équivoque le président-politicien jusqu’à sa réélection qui ne fait pas l’ombre d’un doute, selon son khalife. Le nouveau champion de cette cité religieuse a à son compte la réalisation dans la ville sainte l’aménagement de l’esplanade des mosquées avec l’auditorium, la maison des hôtes, la grande salle de réception, la résidence des hôtes qui porte le nom prestigieux du saint homme à qui on doit la propagation de la confrérie au Sénégal et peut-être au-delà de ses frontières.

Le président-politicien n’y est donc pas allé vraiment de main morte. Il a mis le paquet dans la modernisation de cette cité et sent déjà le retour de l’ascenseur, son seul objectif. La déclaration du porte-parole du khalife est sans équivoque à cet égard. Cependant, un passage retient particulièrement notre attention. C’est celui-ci : « Il s’agit de (…) dérouler les tapis de son cœur à un illustre fils, à un de nous (…).
‘’Un illustre fils !’’, ‘’Un de nous !’’

Ces expressions, la seconde en particulier, pourrait bien renvoyer à ‘’un parmi nous’’, à ‘’un membre de la famille, de la confrérie’’. Et, si on a besoin de le rappeler, de rappeler qu’il est d’eux, c’est peut-être qu’il y a un doute. C’est, peut-être, parce qu’on commence à se disputer l’illustre ‘’talibé’’, dont le comportement ambigu n’arrange rien. Une autre confrérie, du moins des membres de cette confrérie font état publiquement de la même prétention.

Et ils n’ont pas tout à fait tort, le président-politicien ne faisant pas mystère, en maintes occasions, de son allégeance à ladite confrérie. On l’a vu, à plusieurs reprises, enlever ses chaussures, sa coiffure, et se prosterner devant son marabout ou celui qui est considéré comme tel. S’il était d’une autre confrérie, surtout de l’autre bien connue, il ne ferait pas le ‘’sujóot’’. On a entendu le vieux président-politicien, dans l’autre ville sainte, exprimer publiquement le souhait que le prochain Président de la République soit un mouride.

Ce qu’il faut retenir et craindre ici, c’est que nos deux plus grandes confréries se disputent le Président de la République. Ce n’est peut-être certainement pas encore le cas, mais il faut l’envisager et le craindre. Sait-on jamais, avec ce Sénégal de 2017 ? Sait-on surtout jamais, avec notre président-politicien qui peut jouer le jeu et entretenir le flou, pour continuer de tirer profit de la rivalité – DIEU nous en garde – entre les deux confréries ?

DIEU nous en garde et nous engage sur le chemin de la lucidité, de la clairvoyance et surtout de la conscience de la primauté de l’intérêt supérieur de la Nation sur tous les autres. Nous devons rester intransigeants sur cette forte conviction que l’appartenance religieuse, confrérique, ethnique ou autre, ne fait pas un bon président de la République.

Un bon président tidiane est de loin préférable à un mauvais président mouride et inversement, comme est préférable un bon président catholique à un mauvais président laayèène et inversement. L’élection d’un président de la République devrait dépendre, en priorité, de ses qualités intrinsèques (intellectuelles, humaines, morales), ainsi que de la pertinence de son programme, et sa réélection du niveau de mise en œuvre de ses engagements, dans le sens attendu des électeurs. Personne, quel que soit son statut, ne devrait pouvoir décréter ni l’une ni l’autre.

C’est le lieu de s’arrêter un peu sur cette ‘’modernisation des cités religieuses’’. On se rappelle que, à une question sur les chefs religieux, il avait répondu sans ambages que « ce sont des citoyens ordinaires », soulevant ainsi un concert de protestations. Depuis lors, il cherche à se rattraper et la dite modernisation est une de ses trouvailles, même si elle ne figurait nulle part dans son fameux ‘’Yoonu yokute’’. Ce choix du président-politicien soulève aussi des questions, beaucoup de questions.

Sur quelle base choisit-il les cités à moderniser ? Est-il en mesure de moderniser toutes les cités religieuses du Sénégal ? La moitié du budget y suffirait-elle ? Aura-t-il fait l’essentiel s’il modernise à coût de milliards de francs CFA telle ou telle autre grande cité religieuse ? Sera-t-il du coup satisfait ? La famille religieuse bénéficiaire le sera-t-elle, si les nombreux quartiers périphériques ou villages environnants manquent de tout ?

Comment le financement se fait-il ? A l’image de celui de la réalisation du Monument de la Renaissance africaine ? Il convient de dissiper une impression savamment entretenue, celle que c’est Macky Sall qui modernise les lesdites cités. Non, il utilise l’argent du contribuable, les deniers publics, qui doivent être soumis à contrôle en toutes circonstances. Or, un épais nuage enveloppe les milliards utilisés dans la modernisation des cités religieuses.

C’est à partir du cabinet d’architecture de la Présidence de la République que tout est géré avec, à sa tête, une architecte secondée par son époux, ami personnel du président-politicien. On imagine, dans ce pays à l’heure de APR, tous les dérapages qui peuvent se passer à ce niveau. Il faut espérer qu’un jour, un audit profond fasse le point des centaines de milliards qui sont engloutis ou en voie de l’être, dans la modernisation desdites cités.

Les chefs religieux bénéficiaires devraient être les premiers à y appeler, eux de qui on attend d’abord l’attachement à la transparence et au caractère licite de toutes opérations, surtout de celles les concernant directement. Ils ne devraient pas accepter qu’on prenne pour prétexte la modernisation de leurs cités, pour s’enrichir indûment sur le dos du peuple.
Il convient de rappeler, pour conclure, que ces chefs religieux sont appelés régulateurs sociaux.

Comment peuvent-ils jouer objectivement ce rôle, s’ils sont publiquement engagés au profit d’un camp ou d’un autre ? Nous ne sommes pas de taille à donner quelque leçon que soit à qui que ce soit. Cependant, nous pouvons nous demander comment, à un certain niveau de responsabilités sociales, on peut fermer hermétiquement les yeux sur les plaies béantes de la gouvernance du président-politicien !

La parole de cet homme ne vaut plus un copeck, ayant trahi tous ses engagements y compris les plus solennels. Il a béni sans état d’âme la détestable transhumance et rendu pratiquement inoffensives toutes nos structures de contrôle. En décidant de mettre le coude sur tous les dossiers qui compromettent ses amis, il entretient la corruption et les détournements de deniers publics au niveau le plus élevé de l’Etat.

Quiconque est libre de s’engager auprès de cet homme et de sa gouvernance meurtrie ! Moi, Mody Niang, citoyen ordinaire, je ne m’y résoudrai jamais. Dee saxa ma ko gënël.

Dakar, le 24 novembre 2017
Mody Niang

Réconciliation entre bonnet blanc et blanc bonnet : une farce de mauvais goût (Par Mody Niang)


 Réconciliation entre bonnet blanc et blanc bonnet : une farce de mauvais goût (Mody Niang)
Il est devenu le chouchou des médias privés, qui n’ont plus d’yeux et d’oreilles que pour lui, rendant compte de tous ses propos et gestes, jusqu’à son moindre éternuement. C’est comme si personne ne se rappelle plus qui il fut et comment il a  géré sans partage notre pays. Malgré les réticences dont il fait montre, de ‘’bonnes volontés’’ reviennent à la charge pour le réconcilier avec son successeur. Comme si cette réconciliation avait un brin d’intérêt pour le pays.
J’ai rappelé, dans mes contributions précédentes, qui il fut et qui est son successeur. Tous les deux ont pour dénominateur commun d’être de très mauvais gestionnaires. Les réconcilier, c’est donc donner un nouveau souffle à la mal gouvernance. Nous avons beau être ce que nous sommes, nous ne devrions pas nous laisser entraîner dans cette farce. Nous devons toujours nous rappeler, surtout par ces temps incertains, les meurtrissures de la funeste gouvernance  du vieux président-politicien, qui a mis sens dessus dessous tout notre pays. Je m’y suis essayé dans mes quatre précédentes contributions. La cinquième, celle-ci, continue l’exercice par l’exploitation du ‘’Rapport public sur l’Etat de la Gouvernance et de la Reddition des Comptes’’ de l’Inspection générale d’Etat(IGE), juillet 2013.
La deuxième grande partie de ce Rapport est consacrée à la ‘’Gouvernance économique et financière’’, le chapitre I passant en revue les ‘’Dysfonctionnements constatés dans la gouvernance économique et financière’’. La sous-section 1 met en évidence les ‘’cas illustratifs de mal gouvernance’’, le premier cas concernant la gestion foncière. Ainsi, sur quatorze pages (67-81), l’IGE met en relief les violations flagrantes de la loi, tant en ce qui concerne le financement du Monument de la Renaissance africaine (MRA), que l’acquisition du Domaine du Général Chevance Bertin à Bambilor (page 76).
On le rappelle, le financement du MRA a été confié à un particulier, « en contrepartie d’un paiement en nature, improprement dénommé ‘’dation en paiement’’ ». Pour confondre les deux acolytes, le Rapport rappelle ce qu’est une ‘’dation en paiement’’ » : «Une opération juridique par laquelle, en paiement de tout ou partie d’un montant de sa dette, un débiteur cède la propriété d’un bien ou d’un ensemble de biens lui appartenant. » Leur montage financier singulier était donc tout sauf une ‘’dation en paiement’’, et leur intention de nuire à la collectivité déjà manifeste. Et le Rapport de mettre en évidence les ‘’multiples violations de la loi et une absence totale du souci de préserver les intérêts de la collectivité ».
Le marché passé pour la réalisation de l’ouvrage l’a été proprement de gré à gré. S’y ajoute que « le coût des travaux a été pris en charge, pour le compte de l’Etat, par une société privée en contrepartie de l’attribution, en pleine propriété, d’immeubles domaniaux ». En réalité, il ne s’agissait ni de l’Etat, ni d’une société privée, mais bien du vieux prédateur et de son acolyte qui, en toute connaissance de cause, détournaient nos maigres ressources foncières à leurs propres comptes.
Ainsi, la convention qui les liait comme le mode de financement des travaux « (étaient) caractérisés par la violation systématique du Code des obligations de l’Administration et du Code des Marchés publics, ainsi que du Code du Domaine de l’Etat ». Ils ont aussi ignoré royalement les règles de passation de la commande publique. Les travaux de réalisation du MRA ont été ainsi engagés « sans que les crédits nécessaires à la couverture de leur financement n’aient été prévus au budget ».
Ils violaient ainsi allègrement les dispositions de l’article 17 du Code des Obligations de l’Administration (COA) et 6 du Code des Marchés publics (CMP). Conformément à l’article 17, « la conclusion d’un contrat susceptible d’engager les finances de la personne administrative contractante est soumise à l’existence de crédits budgétaires suffisants, et au respect des règles d’engagement des dépenses publiques ». L’IGE rappelle que, de même, « la conclusion d’un marché public qui engage les finances de l’Etat, des collectivités locales, des établissements publics, des sociétés nationales et des sociétés anonymes à participation publique majoritaire est subordonnée à l’existence de crédits budgétaires suffisants et au respect des règles organisant les dépenses desdits organismes ».
L’IGE constate aussi une absence totale d’appel à la concurrence, la réalisation de l’ouvrage ayant été confiée à ‘’l’entreprise privée’’ sous la forme manifeste d’un marché de gré à gré. Elle rappelle ensuite l’obligation de « recourir à un marché (publicité et appel à la concurrence par voie d’appel d’offres) lorsque le montant des travaux est égal ou supérieur à vingt-cinq millions de francs CFA ». Le plus petit agent de l’administration connaît cette obligation. Nos deux acolytes le savaient donc parfaitement mais passaient outre, sans aucun doute pour l’appât du gain. Ils ne pouvaient, en aucun cas, s’abriter derrière l’article 76 du CMP car, la réalisation du MRA n’entre dans aucun cas de figures prévus par ledit article.
Les deux bourreaux de nos maigres réserves foncières poursuivent leurs violations en piétinant les dispositions de l’article 18 du CMP, aux termes duquel « les marchés qui définissent les engagements réciproques des parties contractantes doivent contenir au moins certaines mentions », parmi lesquelles figurent les éléments suivants : 1) le montant du marché et le mode de détermination de son prix ; 2) l’imputation budgétaire ; 3) le comptable assignataire du paiement ; 4) les modalités de paiement. Dans leur procédure, nos deux acolytes n’ont déterminé aucun des éléments précités et, en lieu et place, ils font état d’un « protocole d’accord et (de) ses avenants signés entre l’Etat du Sénégal et la personne qui prend en charge le financement ».
Ils ne se sont guère souciés non plus, d’un des principes de base d’un marché public, à savoir ‘’le mode de fixation des prix’’, qui a été aussi foulé aux pieds. Dans leur dossier, l’IGE n’a trouvé aucun élément permettant de fixer les prix, conformément au CMP, ni aucun dossier technique déterminant le coût de l’ouvrage.
Ils ont violé, violé, violé. Mais ce sont les règles sur les avenants qu’ils ont carrément abimées. Rappelons que le coût initial de l’ouvrage a été fixé, de manière forfaitaire,  à douze milliards de francs CFA. A la fin des travaux, nos deux acolytes ont prétexté de travaux supplémentaires de huit milliards, montant fixé, comme le coût initial, de manière forfaitaire. Un avenant d’un tel montant, qui n’est accompagné d’aucun dossier technique justificatif !
L’heureux bénéficiaire de la ‘’dation en paiement’’ n’a produit qu’un ‘’mémoire en réclamation’’, qui liste les éléments sensés avoir entraîné l’augmentation du prix initial. L’IGE en a retenu quatre : 1) l’accélération des travaux pour le raccourcissement des délais ; 2) l’adaptation de l’étude aux contraintes du site (sic) ; 3) les coûts de rattrapage des périodes d’allongement des délais d’origine dus à des contraintes de nature administrative ; 4) hausse des prix de certains matériaux (sic). Nos deux bourreaux de réserves foncières ont manifestement violé ici l’article 23 du décret portant CMP modifié alors en vigueur.
Cet article prévoit que « l’augmentation des fournitures, services ou travaux résultant d’un ou de plusieurs avenants ne doit en aucun cas dépasser 25% des quantités prévues au marché initial, ni 50% de son montant pour les travaux, après application des éventuelles clauses d’actualisation et de révision ». Avec nos deux acolytes, les quantités de travaux supplémentaires sont supérieures à 66% du marché initial.
Il est tant de conclure, le cœur gros, cette cinquième contribution. La prochaine, celle du jeudi,  passera en revue les nombreuses autres violations flagrantes de la loi par le vieux président, qui était pourtant sensé la protéger. Dans toute grande démocratie, il serait aujourd’hui, dans le meilleur des cas, en train de raser les murs, son âge avancé le sauvant de la prison. Nos gouvernants et notre justice devraient être gênés aujourd’hui, de s’acharner comme ils le font sur le Maire de Dakar, tout en fermant hermétiquement les yeux sur les graves forfaits de ce vieux prédateur, et la gestion ruineuse de certains ministres, directeurs et directeurs généraux, manifestement protégés par le président-politicien Jr.

Mody NIANG

Dakar, le 19 novembre 2017

Conciliabules pour réconcilier deux pôles de la mal gouvernance, sur notre dos ! (Mody Niang)


Conciliabules pour réconcilier deux pôles de la mal gouvernance, sur notre dos ! (Mody Niang)
 Depuis plusieurs mois, principalement depuis les dernières élections législatives, des amis, y compris de très proches pour qui j’ai beaucoup de respect, me demandent de tourner la page des forfaits de la longue gouvernance de l’ancien président Wade. Leur principal argument, c’est qu’il reste encore populaire, et peut contribuer à faire battre le président-politicien en février ou en mars 2019. J’ai essayé, mais sans succès : on peut difficilement passer l’éponge sur les forfaits, les scandales gravissimes qui ont jalonné sa longue gouvernance.

Dans mes livres comme dans mes contributions, je rappelle ce mépris qu’il a toujours affiché à notre endroit, mépris ainsi décliné : « Le Sénégalais a de la peine à se souvenir de son dîner de la veille, et ne croit qu’à l’argent et aux honneurs. » Et, C’est à partir de cette conception singulière et peu valorisante pour le peuple sénégalais, qu’il nous a gouvernés pendant douze longues années. Nous serions donc amnésiques et aurions tous un prix.

Fort de cette certitude, il passait allègrement d’un scandale à un autre, et se déplaçait intra comme extra muros avec des mallettes bourrées de fric. Tirant bien plus vite que Lucky Luc, il distribuait à tout bout de champ des centaines de millions de francs à une catégorie de Sénégalais bien ciblés, de qui il pouvait attendre un coup de pouce électoral : hauts magistrats, officiers supérieurs et généraux des Forces de Sécurité, ministres, autorités administratives (gouverneurs, préfets), élus locaux et nationaux, chefs religieux, etc.

Ces mêmes privilégiés tirés sur le volet, bénéficiaient aussi de parcelles de terrain à l’occasion des lotissements dans les zones les plus courues de Dakar : réserves foncières du CICES, du Stade Léopold-Sédar-Senghor, de l’Aéroport international de Dakar, domaine maritime, etc. Le Sénégalais moyen ne retenait guère son attention. Sa ‘’générosité’’ coupable, sélective et manifestement injuste est à l’origine des différentes tensions qui chauffaient le front social et que nous traînons encore, longtemps après son départ du pouvoir.

On veut nous demander d’être sourds, aveugles et indifférents aux graves forfaits dont l’ancien président-politicien s’est rendu coupable entre le 2 avril 2000 et le 2 avril 2012. Si on tourne aussi facilement la page de ses crimes, personne ne devrait plus être poursuivi. J’ai toujours refusé de tomber dans ce travers et, chaque fois que l’opportunité m’a été donnée, j’ai fait remonter en surface ces scandales que l’on veut passer aujourd’hui par pertes et profits, sous le prétexte que son auteur peut contribuer à faire battre son successeur en février ou en mars 2019.

Scandales graves, dont le moins grave est infiniment plus grave que l’Affaire du Watergate qui avait valu au président Richard Nixon, sa démission forcée en 1974. J’affirmais souvent avec force, que si nous vivions dans une vraie démocratie, avec une justice indépendante et des citoyens informés, conscients de leurs responsabilités et, partant, capables d’indignation, le ‘’créateur de milliardaires’’ serait dans le meilleur des cas destitué et, dans le pire, traduit devant la Haute Cour de Justice pour haute trahison.

Peut-être d’ailleurs, n’aurait-il jamais eu l’opportunité de solliciter un second mandat en 2007, encore moins un troisième à l’âge de 88 ans.
On peut aussi donner l’exemple de l’ancien président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, qui a présidé son pays de 2003 à 2010. Accusé de corruption et de blanchiment d’argent, celui que l’on considérait comme ‘’l’icône de la gauche’’ a été condamné, en première instance, le mercredi 12 juillet 2017, à neuf ans et six mois de prison.

Il a été reconnu coupable d’avoir accepté l’équivalent d’un million d’euros (dont un appartement dans une station balnéaire de Sao Paulo) de la part d’une entreprise d’ingénierie. Il a fait évidemment appel de sa condamnation. Celle qui lui a succédé, Dilma Roussef, a été aussi destituée pour « avoir manipulé, maquillé les comptes publics pour cacher les déficits publics et se faire réélire en 2014 ». Cette faute avait provoqué une vague d’indignation populaire qui l’a emportée.

Une autre présidente, celle de la Corée du Sud, Park Geun-Hye, a été destituée le 12 mai 2017 par la Cour Constitutionnelle, qui confirmait la destitution votée par l’Assemblée nationale en décembre 2016. Que mes compatriotes tendent bien les oreilles ! Les juges ont sanctionné « le fait que Mme Park avait enfreint la loi en permettant à sa confidente secrète, Choi Soon-Sil, de se mêler des affaires de l’Etat et qu’elle avait contrevenu aux règles de la Fonction publique ». Qu’on est loin, vraiment loin du Sénégal, où un président de la République peut tout se permettre, et sans frais !

Un tout dernier exemple de bonne gouvernance, qui nous éloigne encore plus du Sénégal : en novembre 1995, Mona Sahlin, numéro 2 du Gouvernement social-démocrate suédois, a payé quelques achats, dont une barre de chocolat, avec sa carte bancaire professionnelle. Elle s’était expliquée et avait remboursé, mais rien n’y fit : l’opinion publique ne l’avait pas entendu de cette oreille, et elle finit par démissionner.

Oh ! J’en entends déjà qui me rétorqueront que je suis naïf, que je suis un idéaliste, que ce n’est pas réaliste de comparer le Sénégal aux pays scandinaves. Pas du tout ! Je ne suis ni naïf, ni idéaliste. J’ai bien la tête sur les épaules et sais faire lucidement la part des choses. La bonne gouvernance est une valeur universelle, à laquelle aspirent tous les peuples.

Plus près de nous, les Iles du Cap Vert, et un peu plus loin, le Botswana, font des efforts importants pour se rapprocher de ces pays exemplaires que sont les Pays scandinaves et de nombreux autres. Reprenons-nous, sortons de notre torpeur et soyons plus exigeants vis-à-vis de nos gouvernants ! Ils profitent de notre indolence pour piller sans état d’âme nos maigres ressources nationales.

Les fautes qui ont valu la prison ferme à l’ancien président Lula da Silva, celles qui ont poussé à la démission son successeur Dilma Roussef et l’ancienne présidente sud-coréenne, ainsi que l’ancien numéro 2 du Gouvernement social-démocrate suédois, sont pratiquement des peccadilles par rapport aux graves forfaits que l’ancien président Wade a accumulés pendant douze longues années, sans jamais avoir été inquiété le moins du monde.

Aujourd’hui, on veut nous le présenter comme un héros, nous faire oublier ses crimes (je pèse mes mots) et nous préparer à sa réconciliation avec son ex-fils, l’autre pôle de la mal gouvernance, sur notre dos. Il m’est difficile, très difficile de me laisser entraîner dans ce jeu. Dans quelques prochaines contributions, de la taille de celle-ci, je passerai successivement en revue ses plus lourds forfaits, certainement déjà connus d’une bonne partie du public, mais qu’il faut rappeler sans cesse. Le vieil enseignant que je suis croit à la vertu du rappel, dont le prochain sera dédié au pillage systématique de nos maigres réserves foncières, par le président-politicien Wade et son clan.

Mody Niang   

Dakar le 31 octobre 2017

Encore du cinéma, Monsieur le président-politicien ! (Par Mody Niang)

« Macky freine l’appétit dépensier de ses ministres ». C’est le titre qu’un quotidien de la place a donné à son commentaire de la décision du Chef de l’Etat de « « rationnaliser les dépenses publiques ». Le quotidien explique : « Le chef de l’Etat ne badine pas avec l’argent public. Face au constat alarmant de certaines dépenses effectuées par ses ministres et autres directeurs nationaux, le président de la République a décidé de rationnaliser les dépenses courantes de l’Etat. »

Et le quotidien de poursuivre : « Indiquée pour la cure d’amaigrissement des dépenses publiques, (la pilule) du chef va certainement filer le blues à certains ministres et autres directeurs nationaux, dont elle réduit drastiquement les marges de manœuvres, annihile certains rêves de confort, comme l’achat de véhicules de luxe et consorts. » Hum !

Engagé dans le combat acharné (le qualificatif est de moi) qu’il mène pour la rationalisation des dépenses publiques, « le Chef de l’Etat a décidé que pour 2018, les acquisitions de véhicules vont être limitées à ceux des forces de défenses et de sécurité, ainsi qu’au programme commun piloté par la Direction du matériel et du transit administratifs (Dmta) ».

Et, pour que nul n’en ignore, le quotidien précise : « Une mesure contenue dans le projet de loi de finances de 2018 qui, en décodé, tient lieu d’avertissement à tous les probables contrevenants à la décision du boss, qui pourrait sévir. Et lourdement ! » Enfin, « décidé à mettre fin au goût de luxe de certains de ses collaborateurs qui, parfois dépensent l’argent public dans des futilités, sans pour autant toucher à leurs conditions de travail optimales, le Président a, dans la même foulée, centralisé les acquisitions de mobilier de bureau au niveau de la Dmta ».

Avant de poursuivre, je fais deux remarques : 1) avec cette perspective de lendemains qui chantent, le boss de la Dmta, sûrement membre de la mouvance présidentielle, doit se frotter les mains. Il l’est sûrement. On accède pas à cette station si on n’est pas membre du clan ; 2) ma préoccupation n’est guère d’apprécier ici le commentaire du quotidien, de quelque manière que ce soit. Je m’en suis servi seulement pour donner mon point de vue sur ces décisions-farces, ces décisions-spectacle du président-politicien qui nous prend vraiment pour des demeurés.

Il a donc décidé, « face au constat alarmant de certaines dépenses effectuées par ses ministres et autres directeurs nationaux, de rationnaliser les dépenses courantes de l’Etat ». Dans cette perspective, il limite les acquisitions de véhicules à deux secteurs et veut « mettre fin au goût de luxe de certains de ses collaborateurs qui, parfois dépensent l’argent public dans des futilités (…) ».

Ainsi, c’en est fini pour « certains rêves de confort, comme l’achat de véhicule de luxe et consorts ». Et gare aux probables contrevenants à la décision du boss, qui pourrait sévir lourdement, avertit ‘’L’Observateur’’ – c’est de lui qu’il s’agit – dans son édition du 19 octobre 2017, page 3.

Comme le dit l’adage walaf, Buur Senegaal dafay digle cángaay, waaye moom du sángu mukk. En d’autres termes, notre président-politicien est prompt à conseiller le bain mais lui, ne se baigne jamais. Comment peut-il s’offusquer des rêves de confort de ses collaborateurs ? Comment peut-il leur reprocher d’acheter des véhicules de luxe ? A-t-il jamais suivi à la télévision, en différé, le déplacement de ses nombreux cortèges qui comptent parmi les véhicules les plus gros et les plus luxueux du monde ?

Les a-t-il jamais comparés aux cortèges de ses homologues français qui se réduisent à quelques modestes véhicules Renault, Peugeot, Citroën, etc. Jamais de 4×4, jamais de 8×8 ou autres véhicules gros consommateurs de carburants ! Nous sommes certainement des demeurés, nous avons beau être indifférents à tout, nous savons quand même que tout, tout autour de lui est luxe et confort. De ce point de vue, il peut tenir la dragée haute à nombre de princes des pays du Golfe.

Notre président-politicien s’offusque aussi de ce que « certains de ses collaborateurs dépensent (parfois) l’argent public dans des futilités ». Mais, ne sait-il pas que le plus grand dépensier de l’argent public dans des futilités c’est lui ? Lui qui recrute à tour de bras des ministres, des ministres conseillers, des conseillers et des conseillers spéciaux, des chargés de missions, des ambassadeurs itinérants et nombre d’autres compatriotes qui sont pratiquement payés à ne rien faire ! Lui qui entretient grassement une nombreuse clientèle politique, syndicale et religieuse dans des institutions budgétivores et sans aucune utilité prouvée !

Il en est ainsi du Conseil économique, social et environnemental, du Haut Conseil des Collectivités territoriales, du Haut Conseil pour le Dialogue social et des dizaines d’agences grouillant de monde souvent venu de nulle part et grassement payé à ne rien faire ! Lui qui bourre les ambassades et les consulats de centaines d’hommes et de femmes sans aucune qualification, qui s’y bousculent et les transforment finalement en sièges du parti-Etat ! Lui qui octroie, à la surprise presque générale, une indemnité mensuelle de 500000 francs aux épouses d’ambassadeurs !

Lui qui gère directement un énorme budget de plusieurs dizaines de milliards, y compris des fonds spécifiques et autres fonds illimités, qu’il considère comme ses fonds propres et dépense comme bon lui semble, sans aucun contrôle ! Pour permettre au lecteur d’en avoir le cœur net, je lui propose cet éclairage, extrait de la contribution de l’inspecteur principal du Trésor et ancien ministre Mamadou Abdoulaye Sow, publiée par ‘’L’AS’’ du 29 septembre 2017 :

« Le budget des Fonds à caractère secret n’est plus un petit budget : il est évalué en moyenne à près d’un milliard cinq cents millions de francs CFA par mois. De 35 millions de francs CFA de prévisions initiales en 1960, ces ‘’Fonds spéciaux’’ sont montés en prévisions à 680 millions de francs CFA en 1977/1978, puis à pas moins de 4 milliards de francs CFA depuis 2009 et aujourd’hui à pas moins de 17 milliards de francs CFA en autorisations budgétaires.

Dans les lois de finances de 2014 et 2015, les montants des Fonds à caractère secret alloués à la Présidence de la République et à la Primature se sont respectivement élevés à 18 252 592 000 et 18 306 296 000 francs CFA(Source : comptes administratifs de l’ordonnateur des années 2014 et 2015 publiés dans le site Web de la Direction générale des Finances du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, consulté le 25/09/2017).

Pour la ‘’tirelire’’ de 2015, le détail se présente ainsi :
-Fonds spéciaux (fonds secrets et politiques) : 9 360 000 000
-Fonds de solidarité africaine : 2 156 296 000
-Fonds d’intervention sociale : 5 350 000 000
-Exonérations et compensations financières : le montant voté pour 546 800 000 a été viré ailleurs
-Autres transferts : 900 000 000
-Fonds de sécurité de la Primature : 540 000 000

Soit en moyenne près d’un montant de 1 500 000 000 de francs par mois prélevé sur nos’’ deniers d’impôts’’. Au total, sur la période 2012 / 2017, c’est près de 104 milliards de crédits spéciaux qui ont été alloués au Président de la République et 3 milliards de crédits de Fonds de sécurité ouverts pour le Premier ministre. »

Les budgets de 2016 et de 2017 de la Présidence sont plus consistants encore. Nous y reviendrons, en même temps que sur le budget de 2018. Signalons, avant de passer, qu’on comprend comment des compatriotes qui ont exercé la fonction de Premier Ministre sont devenus tout d’un coup si riches !

C’est donc ce président-là qui s’offusque du goût pour le luxe et le confort de ses collaborateurs, à qui il reproche de dépenser l’argent du contribuable pour des futilités. C’est ce même président donneur de leçons qui se montre si généreux en indemnités et autres avantages accordés à une minorité de compatriotes tirés sur le volet !

Ainsi, les ministres reçoivent une indemnité représentative de logement d’un million de francs par mois. Cette indemnité est de 700 000 francs pour les secrétaires généraux de ministère, 500000 francs pour les directeurs de cabinet, les magistrats (dès leur titularisation dans le corps), les généraux de l’Armée nationale et de la Gendarmerie. Ces derniers bénéficient d’une autre indemnité de 500000 francs et gardent intacts indemnités et salaires même à la retraite.

C’est le même président-politicien qui ferme hermétiquement les yeux sur la gestion calamiteuse des Directeurs du Centre des Œuvres universitaires de Dakar, du Port autonome de Dakar (l’ancien), de la Société nationale de la Poste, etc., et refuse catégoriquement de voler au secours de nos pauvres deniers qui y sont martyrisés. Il sait, ce président-politicien, que de simples membres de conseils de surveillance touchent des jetons de 200 à 250000 francs, le temps de prendre part à des réunions qui, parfois, ne durent même pas une demi-journée.

C’est lui qui autorise de nombreux hauts fonctionnaires à continuer d’exercer dans l’administration, alors qu’ils devraient faire valoir leurs droits à une pension de retraite depuis plusieurs années. Ils cumulent ainsi, pendant toute cette période, leurs salaires et leurs pensions. Comme de nombreux autres compatriotes, ils bénéficient de contrats spéciaux ‘’juteux’’ qui entament gravement le budget et accroissent dangereusement la masse salariale.

C’est avec nos deux anciens chefs d’Etat qu’il se montre plus généreux encore. Leur dotation frise l’indécence. Ainsi, un décret attribue à chacun un traitement mensuel de 5 000 000 francs CFA, auxquels s’ajoute une indemnité compensatrice d’un montant mensuel net de 4 500 000 francs CFA, en cas de renoncement au logement affecté.

C’est loin d’être tout : ils bénéficient aussi d’une assurance maladie étendue au conjoint, de deux véhicules, d’un téléphone fixe, d’un logement (s’ils n’y renoncent pas) et du mobilier d’ameublement. Notre président-politicien sait vraiment gâter ses deux illustres prédécesseurs : chacun d’eux nous coûte, annuellement, 40 millions de francs environ, pour faire face au coût de ses billets d’avions, lui et son conjoint.

Nos finances publiques ne sont pas encore au bout de leurs peines : s’ils décident de s’établir hors du Sénégal comme c’est leur cas, ils ont, attachés à leurs services, quatre collaborateurs de leurs choix. Ces derniers sont rémunérés dans les mêmes conditions que les personnels affectés dans les postes diplomatiques et consulaires du Sénégal. De nombreux autres personnels sont attachés à leurs services (voir le décret).

Avoir été président de la République du Sénégal, ce n’est sûrement pas rien. Mais il faut quand même savoir raison garder. Abdou Diouf a régné sur le Sénégal pendant quarante ans, longue période pendant laquelle lui et sa famille ont été pris totalement en charge par l’Etat. Ils ne se sont jamais souciés du coût du carburant, de l’eau, de l’électricité, de la domesticité, du riz, de l’huile, du sucre, etc. Ses enfants ne se sont jamais bousculés dans des cars de transport en commun. Pour rappeler le dicton walaf, « soxnaam, musulë dégg ubal bunt bi ».

En d’autres termes, il n’a jamais donné l’ordre à son épouse de fermer la porte à l’heure du coucher. Il n’en avait vraiment pas besoin car la sécurité totale leur était assurée. Battu le 19 mars 2000, il quitte le pays dès après la passation de service avec son successeur. Il s’installe alors à Paris, dans un appartement luxueux. Le 20 octobre 2002, il est élu Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Son mandat de quatre ans sera renouvelé deux fois.

Son vainqueur, Abdoulaye Wade a régné, lui aussi, sans partage, pendant douze longues années. Ces années durant, il a pillé sans ménagement, avec son clan, nos maigres deniers publics et nos précieuses réserves foncières. Il a créé des milliardaires venus de nulle part, détraqué notre administration, mis sens dessus dessous nos valeurs morales et républicaines. Lui aussi, battu le 25 mars 2012, va s’installer dans son luxueux palais de Versailles.

Qu’a-t-il besoin donc, notre président-politicien, de puiser aussi abondamment dans nos maigres ressources, pour entretenir aussi grassement ces deux-là ? Il prépare ses arrières, avancent certains observateurs. Est-il vraiment à quelques millions près pour préparer déjà sa retraite ? N’est-ce pas que son patrimoine déclaré avant le 25 mars 2012 avoisinerait les trois, quatre, peut-être cinq milliards ? Sans compter les autres milliards, qui se compteront en dizaines, qu’il va mettre probablement de côté pendant sept ou douze ans ?

Notre président-politicien n’est donc pas loin d’un comédien. Nous serions naïfs, vraiment naïfs de le prendre au sérieux quand il donne l’impression de s’offusquer des velléités de luxe et de confort de certains de ses collaborateurs. Nous le serions encore plus de croire, un seul instant, qu’il se soucie de la dépense judicieuse de nos deniers publics.

Lui, qui devait donner le bon exemple, est le plus grand dépensier du pays. Il dépense sans compter, et encourage pratiquement les autres à en faire autant. En hibernant tous les organes de contrôle et en faisant le choix de ne plus leur permettre de publier leurs rapports, il donne le feu vert à nos pilleurs de deniers publics, qui vont s’en donner à cœur joie.

Il semble qu’on s’achemine vers le jugement du Maire de Dakar. Le Procureur de la République aurait demandé à l’Assemblée nationale de lever son immunité parlementaire. Si ces informations sont avérées, il faut désespérer des institutions de ce pays et principalement de la Justice.

Juger le Maire de Dakar, le condamner éventuellement et laisser les autres nombreux délinquants potentiels continuer de humer l’air de la liberté, ce serait un scandale. Ce serait indigne dans toute République qui se respecte.
Il semble que l’IGE n’ait pas demandé explicitement l’ouverture d’une information judiciaire contre le Maire de Dakar.

Notre justice ne sortirait certainement pas indemne de sa condamnation, si toutefois il devait être condamné. Des rapports de l’organe de contrôle ont demandé expressément l’ouverture d’informations judiciaires contre des délinquants présumés, accusés d’avoir détourné entre 20 et 30 milliards, et qui ne sont pas le moins du monde inquiétés.

Le COUD, le Port autonome de Dakar, la Société nationale de la Poste sont sur la sellette. Notre président-politicien ferait mieux d’y envoyer l’IGE, plutôt que de s’acharner sur le Maire de Dakar, et de nous amuser avec ses indignations feintes, devant le goût pour le luxe et le confort de certains de ses collaborateurs. Ils ont assimilé les leçons de leur maître, s’ils sont portés vers le luxe et les dépenses futiles.

Dakar, le 26 octobre 2017
Mody Niang

Mody Niang sur Grand Jury : Les législatives… C’est une farce»

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Inspecteur de l’éducation à la retraite, écrivain et membre de la société civile, Mody Niang était l’invité de l’émission “Grand Jury” de la Radio Futurs Médias (Rfm). Il s’est prononcé sur les élections législatives du 30 juillet prochain et la participation d’Abdoulaye Wade dans les campagnes électorales.

«Je n’ose pas dire que cette compagne électorale me laissera indifférent, mais je n’attends rien au fond de ce scrutin du 30 juillet 2017. De mon point de vue, c’est une sorte de scrutin de farce, si on tient compte des conditions dans lesquelles ce scrutin est préparé. On attend le dernier moment. Nous sommes dans la cinquième année de gouvernance de Macky Sall. Il avait largement le temps de prendre toutes les mesures préalables, notamment l’inscription sur les listes électorales. Il a attendu le dernier moment et aujourd’hui, la plupart des sénégalais n’ont pas leurs cartes.

Nous nous retrouvons avec 47 listes, ce n’est pas sérieux, 47 listes c’est trop. Il y a ceux qui disent que ce sont des listes de diversion financées par d’autres personnes. Certains observateurs vont jusqu’à pointer du doigt le président de la République. Macky est capable de faire pire que ça. Cela est prouvée par sa conduite de tous les jours depuis qu’il est devenu président de la République. Avec ces 47 listes, Macky Sall peut remporter les élections. Il va s’en tirer parce que les gens sont dispersés. Il est mieux placé pour remporter les élections», a soutenu l’inspecteur de l’éducation à la retraite.

Selon Mody Niang, les législatives ne se passeront pas dans de bonnes conditions, mais dans de pires conditions. “Je ne vois pas de réformes efficaces qu’on peut mettre sur le compte de Macky Sall. Il a organisé le référendum avec 15 points dont on peut se passer. Rien de fondamental n’a été réformé avec le régime de Macky Sall. Rien de fondamental par rapport à la gouvernance de Wade. C’est une continuité. Il n’a rien réformé”, fait-il savoir.

Pour ce qui est de la participation d’Abdoulaye Wade dans les campagnes électorales, l’écrivain, qui avait été très critique vis-à-vis du régime libéral, affirme que le Sénégal est en train de reculer. «Que Me Wade, qui a été président de la République pendant 12 et âgé aujourd’hui de 91 ans, revienne pour être tête de liste de son parti, c’est un recul à la fois pour son parti et pour le pays tout entier. Le Pds ne signifie plus rien. Il ne signifie plus grand-chose. Ils (les libéraux) croient qu’avec Wade, avec son aura, ils arriveront à quelque chose. Je n’y crois pas», note Mody Niang sur les ondes de la Rfm.

avec seneweb

Les mensonges, les reniements, les trahisons (Par Mody Niang)

Ce qui intéresse par-dessus tout notre président-politicien chez les individus, ce n’est certainement pas la vertu, mais le gain électoral qu’il peut en tirer. Les mensonges, les reniements, les trahisons ne le dérangent pas.

Le président-politicien avait déjà donné le ton. Un ami me rappelle une réponse qu’il a donnée à une question du journaliste français Vincent Hervouet, lors d’une interview parue dans le numéro 1 du Trimestriel «Pouvoir d’Afrique» (novembre – décembre 2014 / janvier 2015).

Le journaliste lui fait d’abord la remarque suivante : «Mais la vie politique est faite de de loyauté, de mensonges, de trahisons». Il répond : «Exact, mais il y a aussi beaucoup de loyauté. Des gens qui s’engagent et qui prennent la loyauté comme valeur cardinale, cela existe.» Loyauté, valeur cardinale ! Ces mots ont-ils vraiment un sens pour lui ? Y croit-il vraiment ? Si oui, s’entourerait-il de renégats connus grâce aux réseaux sociaux, des hommes et des femmes sans foi ni loi ?

Ce qui intéresse par-dessus tout notre président-politicien chez les individus, ce n’est certainement pas la vertu, mais le gain électoral qu’il peut en tirer. Les mensonges, les reniements, les trahisons ne le dérangent pas le moins du monde, lui qui bénit publiquement la détestable transhumance et qui l’érige en méthode de gouvernement. Lui qui jette par-dessus bord tous ses engagements, et sans état d’âme.

Pour revenir à la question que lui avait posée le journaliste français, c’est celle- ci : «A l’inverse, la faute pour laquelle vous avez de l’indulgence ?», il fit cette réponse qui en surprendra plus d’un, surtout parmi ceux et celles qui lui accordent encore tant soit peu de crédit : «Je peux pardonner la faiblesse de ceux à qui il arrive de profiter des situations. Leur cupidité ou leur incapacité à résister à la tentation les amène à mentir et à trahir la confiance. Cela, je peux le pardonner». Enorme ! Il avait donc donné le ton de ce que serait sa gouvernance depuis novembre 2014, sans doute bien avant.

Cette réponse n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. On comprend aujourd’hui la gloutonnerie dont font montre les gestionnaires de deniers publics qui s’en donnent à coeur joie à leur dilapidation, sûrs qu’ils sont de bénéficier de la «magnanimité» du président-politicien. On comprend mieux qu’il mette le coude sur des dossiers compromettants pour ses amis. Ce qu’on comprend moins, c’est qu’il continue de nous parler de bonne gouvernance, même la tête baissée.

Ce qu’on comprend moins, c’est son acharnement sur Khalifa Sall et ses collaborateurs. Pourquoi ne leur a-t-il pas pardonné ? Je ne les défends pas : je prends le président-politicien au mot. J’invite mes compatriotes à relire sa réponse à la question du journaliste français. «Pardonner la faiblesse de ceux à qui il arrive de profiter des situations»! Leur pardonner «leur cupidité ou leur incapacité à résister à la tentation (qui) les amène à mentir et à trahir la confiance» ! Quelle énormité !

Quelle autre faute va-t-il alors sanctionner ?  Une telle déclaration dans la bouche de quelqu’un qui s’engageait solennellement à mettre en œuvre, une fois élu, une politique «sobre, vertueuse et transparente» ! Imagine-t-on un seul instant cette déclaration dans la bouche d’un chef d’Etat ou de gouvernement d’un pays sérieux, d’une grande démocratie ? On ne l’entend même pas dans celles des moins mauvais chefs d’Etat africains.

Nous découvrons de jour en jour le vrai visage du président-politicien qui nous gouverne. Cet homme a trahi tous ses engagements. Il garantit l’impunité à la cupidité, au mensonge, à la trahison. Cinq ans avec lui comme président de la République, ce sera déjà trop. Il ne doit pas être réélu. Et le 30 juillet prochain déjà, le peuple doit se rebiffer.

En particulier, l’opposition doit dépasser ses clivages, ses ego, et constituer une forte coalition pour nous éviter le scénario-catastrophe d’un Bennoo Bokk yaakar qui rafle la majorité des députés. Elle porterait alors une lourde responsabilité et porterait un terrible préjudice à la Nation entière. Un ou deux députés par liste individuelle, c’est maigre, c’est une misère par rapport à l’intérêt supérieur de la Nation.

Mody Niang

Dégager cette classe politique, avec le système odieux qu’elle a mis en place !

Malgré les apparences bavardes et trompeuses qui accompagnent les déplacements folkloriques du président-politicien, nos différents systèmes (sanitaire, éducatif, social, etc.) sont mal en point. Ne pouvant pas les passer tous en revue dans ce texte, nous nous arrêterons un peu sur notre système sanitaire. Et, pour ce faire, nous ferons appel à un éminent expert des questions de santé, dont la panne de l’unique appareil de radiothérapie de tout le pays a fait sortir de ses gonds. Il s’agit du Pr Cheikh Tidiane Touré, loin des questions politiciennes.

Dans une longue interview accordée à deux quotidiens de la place, il passe largement en revue les tares de notre système hospitalier. Le titre de son interview, « Système hospitalier sénégalais : entre obsolescence, inadaptation et désorganisation », est déjà fort révélateur des maux dont souffre tout notre système sanitaire, que des artifices comme la ‘’Couverture maladie universelle’’ ont bien du mal à cacher.

Dès l’introduction de l’interview, on se fait une idée des graves insuffisances de notre système hospitalier et, plus généralement, de notre système sanitaire tout court. Désabusé, le Pr Touré déclare : « D’avoir vécu les affres des hôpitaux sénégalais pendant de longues décennies et d’avoir souffert de la détresse d’une amie et collègue médecin malade du cancer qui erre depuis de longs mois en quête de remèdes introuvables au Sénégal et se mourant à petit feu, j’ai décidé de parler ! » La cause est déjà entendue.
Un expert des questions éducatives pourrait faire le même constat amer sur le fonctionnement de nos universités. Un autre, des questions sociales, tirerait sûrement la sonnette d’alarme sur le sort de nos populations de plus en plus gagnées par la pauvreté. Et quid de nos villes, (et principalement Dakar), sales, bruyantes, désordonnées ? De ces villes qui attendent d’être seulement assainies depuis 57 ans ? S’y ajoute une administration  détraquée par l’amateurisme et la politique politicienne de 17 années de gouvernance libérale.
Alors, comment, dans ces conditions-là, choisies parmi de nombreuses autres, laisser des centaines de milliards du pauvre contribuable à la merci de quelques privilégiés déjà repus, qui en disposent comme bon leur semble, et sans jamais rendre compte ? C’est exactement ce qui se passe chez nous depuis l’indépendance de notre pays et, en particulier, depuis le 2 avril 2000, avec ces ‘’mangeoires’’ que sont les caisses d’avance, les caisses noires, les fonds politiques, les fonds secrets et tant d’autres aberrations. Sans compter ces primes, indemnités et autres fonds communs à des niveaux parfois effarants et facilement octroyés, souvent sans bases légales connues.
Or donc, le Rapport de l’Inspection générale d’Etat (IGE) que le président-politicien s’est empressé de transmettre au Parquet et dont une certaine presse s’est fait largement l’écho, mettrait en évidence de graves malversations dans la gestion de la caisse d’avance de la Mairie de Dakar. Ce qui a valu au Maire Khalifa Sall de déférer, avec ses collaborateurs, devant les enquêteurs de la Division des Investigations criminelles (DIC). Et cette même presse de préciser que « le Maire de Dakar n’a aucun désaccord avec l’Etat mais avec la transparence car c’est l’IGE qui l’a mis en cause ». Le Président Sall, selon elle, « n’a fait donc que suivre la recommandation de l’IGE en transmettant son rapport à la justice ».
Elle a raison cette presse : le Maire de Dakar doit rendre compte de sa gestion. Et, s’il est avéré que cette gestion est entachée de malversations, il doit en répondre devant la justice. A aussi raison, le Premier Secrétaire du Parti socialiste (PS), Président du Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT) qui, dans une déclaration, est revenu largement sur ‘’la politique de reddition des comptes mise en œuvre par le régime’’. Une politique qui, selon lui, « est au cœur de la bonne gouvernance ».

 

Il en sait peut-être plus que nous, lui qui est au cœur de ce régime. Il poursuit d’ailleurs : « La reddition des comptes ou la ‘’redevabilité’’ est un principe incontournable pour une gestion saine. Quand on gère le bien public, on doit rendre compte. » Là aussi, il a parfaitement raison. Tout le monde doit rendre compte. Est-ce vraiment le cas au Sénégal ? Combien sont-ils à rendre compte, depuis le 2 avril 2012, et peut-être, une dizaine d’années auparavant ?

 

Le tout nouveau militant de la bonne gouvernance et de la reddition des comptes peut-il nous citer, après le Maire de Dakar, un ou deux autres seulement, qui ont fait l’objet d’enquêtes déclenchées par le Procureur de la République, suite à la transmission d’un rapport de l’IGE ou d’une autre structure de contrôle, depuis le 2 avril 2012 ? Notre néo-converti à la bonne gouvernance peut-il nous donner l’assurance que, après le Maire de Dakar, d’autres gestionnaires de deniers publics qui ont été mis en cause par les nombreux rapports qui dorment sur le bureau du président-politicien et sur celui du Procureur de la République suivront ?
L’IGE a mis, semble-t-il, dix huit (18) longs mois pour fouiller dans la gestion du Maire de Dakar. Le président-politicien lui donnera-t-il pour ordre de mission d’aller fouiller dans la gestion des nombreux ministères, agences et autres structures à la tête desquels trônent ses amis de l’APR ? Peut-il nous dire pourquoi les fonds politiques ou caisses noires – on ne sait plus – de l’Assemblée nationale, du Conseil économique, social et environnemental, du Haut Conseil qu’il préside, de la Cour suprême, du Ministère de l’Intérieur, etc., sont hors de tout contrôle ?

La reddition des comptes ne concerne-t-elle pas les gestionnaires privilégiés de fonds aussi substantiels, qui sont quand même abondamment alimentés par l’argent du pauvre contribuable ? Et ce pittoresque ministre délégué qui se permet de renvoyer comme des malpropres des magistrats de la Cour des Comptes et qui distribue à tour de bras des centaines de millions de francs CFA ! Est-il concerné par la reddition des comptes ? Quand l’IGE ira-t-elle fouiller dans sa gestion qui ne doit sûrement pas être exemplaire ?
Le temps est quand même venu de mettre de l’ordre dans tous ces milliards du pauvre contribuable comme jetés par la fenêtre. Nous en avons bien besoin ailleurs. Et l’idéal serait de commencer par le sommet, qui devrait donner le bon exemple. En d’autres termes, il faut commencer par ces fameux fonds spéciaux du Président de la République.

Ces fonds, comme de nombreux autres, sont des pratiques de l’époque coloniale, transposées par les pays africains après leur accession à l’indépendance dans leur mode de gouvernance financière et budgétaire. Le lecteur intéressé par ces questions peut se reporter au livre de l’inspecteur général d’Etat à la retraite, le doyen Mahady Diallo. Il a pour titre : ‘’La comptabilité publique des Etats africains francophones : pratiques postcoloniales et grandes misères actuelles.’’ Nos gouvernants, en particulier, ont beaucoup intérêt à le consulter.
L’auteur a largement passé en revue les crédits dont l’emploi « est soustrait aux règles habituelles de contrôle budgétaire » (et) qui sont appelés vulgairement ‘’Fonds secrets’’ ». Il a ensuite rappelé les règles d’utilisation de ces « Fonds » en France métropolitaine comme dans les pays africains, après leur accession à l’indépendance. En parcourant cet important livre, riche d’enseignements, on découvre au fur et à mesure comment l’emploi de ces fonds a été dénaturé jusqu’à devenir,  dans sa pratique quotidienne, « de simples fonds personnels (ou argent de poche) employés n’importe comment, n’importe quand et n’importe où ».
L’auteur a décrit, entre autres points importants, « la pratique des ‘’Fonds secrets’’ et des ‘’Fonds politiques’’ dans les premiers régimes politiques africains après l’indépendance » (page 566, les autres étant décrits dans les trois pages précédentes). L’auteur précise ensuite, qu’à la base des bonnes performances en administration et gestion des ‘’Fonds spéciaux » mises en évidence dans cette description, il y avait, au niveau de certains sommets gouvernementaux africains, des ‘’méthodes organisationnelles stratégiquement efficaces’’.
Au Sénégal, du temps de Senghor comme de Diouf jusque vers les dernières années de sa présidence, les ‘’Fonds spéciaux’’ étaient gérés conformément à ces méthodes organisationnelles. En particulier, le Président de la République déléguait son pouvoir d’ordonnateur des dépenses sur les ‘’fonds spéciaux’’ à son Directeur de cabinet. Il déléguait en même temps ses attributions de caissier au Secrétaire général de la Présidence de la République ‘’qui, en principe, était toujours un haut fonctionnaire, neutre politiquement par conséquent’’.

 

La conséquence d’une telle stratégie, c’est que « le Président de la République ne touchait pratiquement jamais à l’argent liquide des ‘’Fonds spéciaux’’ et donc ne manipulait personnellement seul, non plus, aucun compte bancaire où une partie des fonds aurait pu être logée ».

 

Une autre conséquence découlant de la première, « le Directeur de cabinet ne manipulait pas (lui non plus)  de fonds et se contentait de transmette par écrit les ordres de sortie de fonds décidés par le Président, au Secrétaire général de la Présidence de la République ».
Le Secrétaire général n’était que ‘’caissier-comptable’’ et, en tant que tel, « exécutait les ordres de sortie de fonds reçus du directeur de cabinet, instruit pour ce faire par le président de la république ». Ce n’était pas tout. Le Secrétaire général « tenait, par la suite, les comptes de dépenses et de recettes, et rassemblait les pièces justificatives de ces opérations ». Enfin, « il rendait compte régulièrement au Président de la République de l’emploi des fonds qu’il détenait et qu’il ne pouvait sortir sans ordre écrit ».
Dans un autre point, l’auteur passe en revue  « La pratique actuelle des ‘’Fonds secrets’’ en Afrique francophone » où il relate les avatars relevés çà et là.

 

Ces avatars ont caractérisé la gestion des ‘’Fonds spéciaux’’ pendant 17 ans au Sénégal, du 2 avril 2000 à nos jours. D’un milliard 500 millions de francs CFA au moment où Diouf quittait le pouvoir, ils ont rapidement crevé tous les plafonds avec Wade. Quand ce dernier quittait le pouvoir, la dotation annuelle était officiellement de huit milliards. Mais, en trois mois (de janvier à mars 2012), il avait tout raflé et même dépassé, semble-t-il, le montant officiel de quelque 700 millions. Son successeur, avec l’aide du Ministre de l’Economie et des Finances sortant, a reconduit le même montant grâce à un décret d’avance. Il donnait déjà un avant-goût de sa sobriété.
Combien de milliards Wade a-t-il grillés pendant douze ans ? En cinq ans, son successeur en a grillé officiellement quarante (40). Quarante milliards dépensés au grand jour de la manière que tout le monde sait ! Quarante milliards laissés à sa discrétion, qu’il peut dépenser comme il veut et sans rendre compte, qu’il peut même brûler ou jeter par la fenêtre ! L’esprit des ‘’Fonds spéciaux’’ comme de nombreux autres est manifestement faussé au Sénégal.

 

On ne dépense pas l’argent public comme on veut et sans justification. En tout cas quand, par suite de la panne du seul appareil de radiothérapie du pays, nos malades sont envoyés au Maroc, en Mauritanie et au Mali, notre classe politique au pouvoir devrait avoir honte de continuer de dilapider l’argent du contribuable en centaines de milliards de francs CFA à partir de fonds, de caisses d’avance, de caisses noires qui échappent à tout contrôle. Nous ne devrions pas regarder passivement cette minorité déjà repue continuer de s’enrichir grâce au système odieux qu’elle a mis en place et dont elle s’accommode si bien !

 

Si nous étions des Brésiliens, des Roumains ou des Sud Coréens, cette classe politique vorace serait balayée sans ménagement, en même temps que son système criminel, un des plus grands instruments d’appauvrissement de notre pays. Malheureusement, nous Sénégalaises et Sénégalais, sommes ce que nous sommes, et le massacre de nos maigres ressources va sûrement continuer de plus belle, pendant encore de longues années.
Dakar, le 6 mars 2017
Mody Niang

Pour un large front républicain face aux apparences bavardes et trompeuses de la gouvernance du président-politicien

 Par Mody Niang

Le 2 novembre 2016, je consacrais à « L’autre virtuose de la tortuosité qui ne
pouvait plus se passer de l’oxygène du pouvoir », une contribution dont voici
la conclusion :

« C’est cet homme sans autre conviction que ses intérêts, que le président
Macky Sall est allé chercher pour lui confier une commission-bidon, et lui
payer pour rien, à lui et à ses militants, l’argent du contribuable dont nous
avons pourtant tant besoin ailleurs. Le problème, ce n’est donc pas lui, ni
Ousmane Ngom, ni les nombreux autres transhumants qui passent d’une
gouvernance à l’autre sans vergogne.

Le problème, c’est plutôt le président-
politicien Macky Sall, qui a béni sans état d’âme la détestable transhumance
et l’a pratiquement érigée en méthode de gouvernement. Ses électeurs du 25
mars 2012 comme tous les autres compatriotes ont mal, très mal de retrouver
dans son entourage immédiat des têtes connues, les mêmes qui ont mangé à
tous les râteliers et fait leur temps. Dans toute autre démocratie qui se
respecte, tout ce ‘’beau’’ monde serait plongé pour de bon dans l’oubli.

La politique nauséabonde que nous vivons depuis bientôt une quinzaine
d’années et, en particulier, depuis le 2 avril 2012, est carrément insoutenable.
Il faut beaucoup de courage pour la vivre et continuer de prendre part au
débat qu’elle suscite. Cette contribution est, en tout cas, la toute dernière que
j’envoie aux journaux. Ce qui ne signifie point pour moi la fin du combat.

Le reste de mes forces sera consacré à d’autres activités militantes et citoyennes,
notamment en m’employant à rapprocher toutes les Sénégalaises et tous les
Sénégalais qui ne traînent pas de casseroles matérielles, politiques ou
morales, pour faire face à la machine électorale du politicien Macky Sall en
juin 2017 ».

J’annonçais donc que cette contribution serait la dernière que j’envoyais aux
quotidiens. Un peu plus tard, trouvant lourd, très lourd, et carrément
insupportable le silence que je m’imposais alors, je réactivais mes blogs à
seneweb et à xalima, pour continuer de dénoncer les apparences bavardes et
trompeuses de la gouvernance nébuleuse du président-politicien Macky Sall,
qui nous empeste l’existence depuis le 2 avril 2012. Des quotidiens à qui je
n’envoyais plus mes textes continuaient quand même de les publier. Je les en
remercie solennellement ici, eux et les autres qui m’ont toujours
généreusement ouvert leurs pages ‘’Opinions et Débats’’.
Dans ma contribution du 2 novembre 2016 j’annonçais, en particulier, que je
consacrerais le reste de mes forces « à d’autres activités militantes et
citoyennes, notamment en m’employant à rapprocher toutes les Sénégalaises
et tous les Sénégalais qui ne traînent pas de casseroles matérielles, politiques
ou morales, pour faire face à la machine électorale du politicien Macky Sall en
juin 2017 ». C’était là, évidemment, une véritable gageure, un véritable travail
de titan.

D’ailleurs, les premiers compatriotes à qui je me suis ouvert de mon
projet ne m’ont pas du tout encouragé, allant jusqu’à m’exprimer sans
ambages leur conviction que je perdais mon temps, que je n’allais jamais
réussir à réunir dans une seule coalition les Sénégalaises et les Sénégalais que
je ciblais. Certains d’entre eux me rappelaient, pour me convaincre et m’éviter
ainsi une grosse déception, l’échec cuisant de la candidature unique pour
‘’Bennoo Siggil Senegaal’’ à l’élection présidentielle de février 2012. D’autres
encore raillaient en coulisse ma ‘’prétention’’, mon ‘’ambition démesurée’’.
Les uns et les autres n’ont peut-être pas tout à fait tort : cette mission que je
me suis assignée ne sera sûrement pas de tout repos, n’est pas de tout repos.
Je rassure les uns et les autres : je ne me prends pas du tout pour ce que je ne
suis pas. Je connais surtout mes limites objectives et ne me fais aucune illusion.
Cependant, il n’est interdit à personne, fût-il très modeste, d’avoir une
ambition.

La mienne trouve sa source dans les préoccupations et les activités
militantes qui m’habitent depuis une quarantaine d’années : cultiver, en toutes
circonstances, ma modeste part du jardin national qu’est le Sénégal. Mon
ambition de travailler, avec d’autres bonnes volontés, à mobiliser dans une
même coalition les hommes et les femmes que j’ai ciblés dans la conclusion de
ma contribution du 2 novembre 2016, s’inscrit directement dans cette
perspective.

Je vais donc la poursuivre, malgré les embûches qui ne
manqueront pas de se dresser sur mon chemin, qui s’y dressent déjà d’ailleurs.
J’ai déjà pris plusieurs contacts avec la Plateforme « Avenir Senegaal bi ñu
bëgg », qui m’a fait l’honneur de m’associer à quelques-unes de ses activités.
J’ai pris connaissance de leur projet et, sur bien des points, je partage

totalement leur vision. Je considère aussi que, jusqu’à preuve du contraire, les
hommes et les femmes fondateurs de cette Plateforme sont dignes de
confiance, par leurs compétences avérées dans de nombreux domaines. Ils le
sont aussi parce que, jusqu’à preuve du contraire, ils ne traînent pas de
casseroles matérielles, politiques ou morales. J’ai constaté aussi qu’ils
travaillent avec méthode et organisation.
J’ai pris également contact avec la Coalition « Samm li nu Bokk-AS/
Alternatives solidaires ». Ses responsables m’ont expliqué leur projet et
permis de prendre connaissance de leurs documents. Les hommes et les
femmes qui portent cette Coalition m’inspirent la même confiance, pour les
mêmes raisons, que leurs homologues la Plateforme « Avenir Senegaal bi
ñu bëgg ».
Je verrais volontiers ces deux entités se retrouver dans une large coalition, avec
d’autres qui inspireraient la même confiance, pour les mêmes raisons. Je pense
déjà à celle qui serait en train de se constituer autour de Khalifa Sall. Ce dernier
a une longue expérience politique, une légitimité incontestable puisqu’il a
gagné, sous la bannière de la Coalition ‘’Bennoo Siggil Senegaal’’ (BSS), la
Capitale nationale à l’issue des élections locales du 22 mars 2009.

Il gagnera la même capitale le 29 juin 2014, avec la Coalition « Taxawu Ndakaaru » autour
de lui. Sa coalition « And taxawu Dakar » a aussi remporté, le 4 septembre
2016, les trois sièges pour le Département de Dakar au Haut Conseil des
Collectivités territoriales (HCCT). Des hommes et des femmes de son équipe qui
appartiennent à des formations politiques différentes attestent de sa gestion
participative, inclusive et transparente.
« Le Grand Parti » de Malick Gakou pourrait aussi se joindre à cette Coalition.
Ancien numéro 2 de l’AFP, ancien ministre démissionnaire (choix rarissime dans
notre pays), le jeune Gakou peut bien se prévaloir d’une bonne expérience
politique et d’une certaine légitimité. Personne ne peut contester qu’il faut
compter avec lui à Dakar et principalement à Pikine et à Guédiawaye. En outre,
jusqu’à preuve du contraire, on ne lui connaît pas de casseroles.
Il existe d’autres entités et fortes individualités qui auraient leur place dans
cette large Coalition qui fait l’objet de mes rêves (rêver n’est pas interdit). Je
pense aux partis d’Abdoul Mbaye, de Mamadou Lamine Diallo, de Cheikh

Bamba Dièye et à bien d’autres encore. En attendant, tout rapproche les quatre
premières entités nommées. Leurs projets ont pour socle commun les
conclusions des Assises nationales et le Rapport de la Commission nationale de
Réforme des Institutions (CNRI). Toutes ont la forte conviction que nos
institutions doivent être profondément réformées dans le sens d’un équilibre
des pouvoirs.

Notre pays en a assez d’un Président de la République buur et
bummi, d’une Assemblée nationale-croupion et d’une Justice aux ordres.
Ces quatre entités partagent une autre conviction : celle que le pays va mal,
très mal, malgré des apparences bavardes et trompeuses, se manifestant par
un tapage médiatique sans précédent, entretenu par une télévision bavarde et
outrancièrement partisane, et des affiches géantes omniprésentes (qu’on
débarrasse heureusement de notre vue).

Elles sont toutes conscientes de la
nocivité de la gouvernance nébuleuse, politicienne et électoraliste du président
manipulateur, manœuvrier, calculateur et, partant, de la nécessité de lui barrer
la route. Elles clament aussi toutes, haut et fort, leur attachement indéfectible
à l’intérêt supérieur de la Nation, qu’elles placent au-dessus de toutes autres
considérations. Cet intérêt supérieur de la Nation commande qu’elles aillent
ensemble aux prochaines élections législatives.
Il existe de nombreuses autres plages de convergence entre ces coalitions et
d’autres auxquelles elles devront s’ouvrir. Je ne trouve surtout pas de
divergences substantielles pouvant expliquer qu’elles aillent en ordre dispersé,
en présentant différentes listes aux prochaines élections législatives. Sans
doute, existe-t- il ça et là quelques maigres contradictions que l’intérêt général
devrait pouvoir balayer rapidement, si on le place sincèrement au-dessus des
autres considérations.
En tout cas, d’ores et déjà, la presse fait état de la volonté exprimée par-ci, par-
là, de présenter des « listes autonomes ». Ces listes sont en contradiction
formelle avec les professions de foi déclarées. Elles sont irréalistes. Elles ne
vont point dans le sens de l’intérêt supérieur de la Nation. Aller en ordre
dispersé aux prochaines élections législatives, c’est permettre à la machine de
Bennoo Bokk yaakaar de rafler l’écrasante majorité des députés et de préparer
tranquillement la réélection de son candidat en 2019.
Je ne sous-estime point les entités dont je souhaite qu’elles se retrouvent dans
une large Coalition qui présente une liste commune. Elles comptent en leur
sein des hommes et des femmes qui ont blanchi sous le harnais et n’ont pas de
leçons à recevoir de ma modeste personne. Je pense, cependant, qu’avec le
mode de scrutin en vigueur, aucune de ces entités n’est capable, seule, de
gagner Dakar, Pikine, Guédiawaye, Rufisque, Thiès, Kaolack ou une autre ville
importante du Sénégal, face aux listes de Bennoo Bokk yaakaar et de celles
d’autres partis ou coalitions de partis. C’est, jusqu’à preuve du contraire, ma
forte conviction.
Nous vivons, depuis quatre ans, cette image de quelques rares députés qui
s’époumonent à faire entendre leurs voix sur les textes qui sont discutés à
l’Assemblée nationale, sans être jamais parvenus à faire infléchir les votes,
dans un sens ou dans un autre. Nous risquons de nous retrouver avec le même
scénario après les prochaines législatives, si l’opposition dite patriotique y va
en ordre dispersé : une assemblée nationale franchement médiocre, avec une
écrasante majorité de députés à son image, qui massacrent tout sur leur
passage, sans état d’âme et sans autres préoccupations, que celles d’aller dans
le sens souhaité par président buur et bummi.
Je rêve donc, peut-être naïvement, à ce large Front républicain, à cette grande
Coalition qui présenterait une liste commune, composée d’hommes et de
femmes qui ont vraiment le profil de l’emploi, rassurent par leur passé et leur
présent, leurs comportements et leurs propos de tous les jours. Des hommes et
des femmes dont personne ne doute, qu’une fois à l’Assemblée nationale, ils
(elles) travailleront davantage pour le peuple que pour le Président de la
République. Le Front élaborerait, pour appuyer sa liste, un programme
profondément enraciné dans les conclusions des Assises nationales et dans le
Rapport de la CNRI.

Un programme original par rapport à tous les autres que
nous avons connus jusqu’ici, surtout par rapport à celui du président-politicien
qui gouverne le pays depuis bientôt cinq ans. Un programme comportant des
mesures-phares, des mesures de ruptures profondes que ne prendront jamais
ce président et sa coalition mais aussi, qu’ils n’oseront jamais contester
publiquement.
Ce programme de gouvernement et son projet de profondes réformes
institutionnelles seraient présentés de façon solennelle, comme l’ont été le

lancement des Assises nationales et la restitution de leurs conclusions,
respectivement le 1 er juin 2008 et le 24 mai 2009. Les populations y seraient
invitées dans toutes leurs diversités, ainsi que les partenaires au
développement et les membres du Corps diplomatique. Les responsables
désignés du Front expliqueraient alors largement comment, à la tête d’un
gouvernement, ils construiraient autrement le pays.

Devant leurs familles et, au besoin, devant ce qu’on pourrait appeler un Jury d’honneur ou un
Observatoire national de la Bonne Gouvernance, ils jureraient sur
l’honneur, faute de le faire sur le Coran ou sur la Bible, qu’ils ne seront jamais
comme les autres et respecteront scrupuleusement les engagements pris.

La flamme et la ferveur nées du 1 er juin 2008 et du 24 mai 2009 seraient alors
sûrement ressuscitées, et le peuple des Assises nationales orphelin mais encore
debout, se les approprierait et prendrait sa revanche légitime en sanctionnant
sévèrement, aux prochaines élections législatives, les traitres à ces importantes
rencontres citoyennes aujourd’hui agglomérés autour de leur compère, le
président-politicien Macky Sall.

Dakar, le 11 janvier 2017
Mody Niang

Mody Niang : «le ministre Amadou Ba n’osera pas déclarer son patrimoine»

Diadji Ba qui a reçu une mise en demeure de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) lui demandant de justifier ses biens n’a qu’à s’en prendre à lui-même. C’est l’avis de Mody NIANG qui était, hier, l’invité de l’émission «Pencco», sur Walf FM. Seulement, il estime que si la CREI allait très loin en fouillant d’autres agents de la Douane sénégalaise, du trésor public ou des impôts et domaines, elle trouverait beaucoup de milliards appartenant à des agents de ces structures planqués dans les banques.

«Si la CREI s’intéressait à tous les autres douaniers, tous les inspecteurs des impôts et domaines, des trésors et à de nombreux autres fonctionnaires, on aurait trouvé dans des comptes appartenant à des douaniers probablement, des comptes appartenant à de nombreux inspecteurs du Trésor. Si on fait les mêmes investigations, je dis que l’actuel ministre de l’Economie et des Finances n’y échapperait pas.

Tout le monde sait qu’il a plus d’argent que ce douanier-là. Et il a bien des ambitions présidentielles. Mais je ne crois pas jusqu’à la preuve du contraire que cet homme-là aura le courage un jour de s’adresser aux Sénégalais pour leur demander de le porter à la magistrature suprême. Parce que pour se présenter à la présidentielle, il faut déclarer son patrimoine, moi je ne vois pas Amadou BA faire une déclaration honnête de patrimoine», dit-il.

WALF

La belle leçon du Président français à son homologue sénégalais. ( Par Mody Niang)

Le Président Macky Sall a entamé hier une visite d’Etat de quatre jours en France. A son arrivée, il a été reçu à Orly par Annick Girardin, modeste Ministre de la Fonction publique, accompagnée de l’Ambassadeur de France à Dakar et d’autres personnalités. Son rang protocolaire a frustré plus d’un, selon certains observateurs et suscité une vive polémique relayée par les réseaux sociaux. Deux quotidiens sénégalais sont vite venus à la rescousse pour relativiser. Ils rappellent la visite de chefs d’Etat et de gouvernement en France, et dont aucun n’a nécessité le déplacement du Président français.

Sans doute, les deux quotidiens et les compatriotes qui pensent comme eux ont-ils raison. La question est cependant mal posée. Barack Obama, la Reine d’Angleterre, le Premier Ministre britannique – pour ne citer qu’eux – trouveraient bien normal que le Président français ne se déplace pas personnellement pour venir les accueillir. Eux-mêmes ne l’accueillent pas personnellement quand il est en visite d’Etat dans leurs pays respectifs.

La question se pose bien différemment quand il s’agit d’un voyage d’Etat du Président Macky Sall. On se rappelle bien que le Président Hollande a visité le Sénégal. Pendant plusieurs jours, il n’avait été question que de cette visite, avant et après. Toute la ville de Dakar était parée aux couleurs françaises et la photo de François Hollande placardée partout. Sans compter la ferveur avec laquelle les différentes structures de l’APR et des partis alliés avaient préparé l’événement.

Le Jour ‘’J’’, de l’Aéroport international Léopold-Sédar-Senghor à la Présidence de la République, le cortège présidentiel avait du mal à se frayer un chemin parmi les foules immenses, transportées des quatre coins de Dakar et même de bien plus loin, pour applaudir les deux présidents à leur passage. Tams-tams, koras, violons, flûtes, etc., rythmaient les différentes danses du pays.

C’était le même cérémonial au retour du Président français pour lequel le cœur et le chœur sénégalais auront battu à l’unisson pendant tout le temps que sa visite a duré. Le Président Macky Sall, son gouvernement, son parti et leurs alliés s’étaient dépensés donc sans compter pour rendre son séjour agréable à leur hôte de marque.

Alors, dans ces conditions-là, on comprend difficilement, du moins son camp comprend difficilement qu’il ait été reçu en France à un niveau protocolaire aussi modeste. Les autorités françaises ne lui ont pas rendu la monnaie de sa pièce. ‘’A quelque chose malheur est bon’’, dit l’adage. Le Président Hollande a administré une belle leçon à son homologue sénégalais : il a d’autres chats à fouetter que d’aller, en cortège, recevoir un hôte à l’un des aéroports de France. L’idée ne lui frôle même pas l’esprit de perturber la circulation dans Paris, à la tête d’un cortège folklorique.

Il ne peut pas se permettre de consacrer de longues heures à des cérémonials sans consistance. Il les consacre bien plus utilement à la lutte contre le chômage et les différents déficits. Ces accueils de chef d’Etat et de gouvernement politiciens et grossièrement folkloriques n’existent dans aucun des autres pays sérieux du monde, dont les dirigeants ont vraiment d’autres préoccupations.

Cette belle leçon du Président Hollande ne servira malheureusement pas à son homologue sénégalais qui est un accro de la politique politicienne et folklorique. Il en montré une facette, avec sa visite de l’Usine Alstom de Strasbourg. Sa télévision nous l’a montré dans une cabine (d’essai ou d’entraînement) d’un TER. Son pays a déjà signé un contrat avec cette entreprise française.

Que va-t-il faire son cinéma là-bas ? Des autorités d’autres pays sérieux signent des contrats immenses d’avions, d’hélicoptères, de TGV, de bateaux de plaisance, sans tambour ni trompette. Et puis, comment notre président politicien s’est-il permis de bomber le torse pour la commande de 15 rames de train dans un pays qui, lors des longs week-ends, mobilise 1300 à 1400 TGV, sans compter les TER, les RER et autres moyens modernes de transport ?

Il y a quelques semaines, des chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe ont inauguré une grosse infrastructure : le Tunnel du Mont Saint-Gothard, long de 57 km à travers les Alpes suisses. La réalisation de ce tunnel le plus long du monde a nécessité 17 ans de travaux et coûté 11 milliards d’Euros. Il relie le nord et le sud de la Suisse et rapproche notablement l’Italie et les Pays-Bas. Trois cents trains l’empruntent chaque jour, des trains de marchandises comme de voyageurs.

On pouvait aussi évoquer le vol inaugural du ‘’Paquebot du ciel’’, l’Airbus A 380, considéré comme une grande réussite technique et technologique, même s’il n’est pas encore une réussite commerciale. Ce jour-là, le Président Jacques Chirac est arrivé à l’Usine de Toulouse à bord d’une modeste Renault. Sur place, il a trouvé le Ministre en charge des transports, le Préfet de Région, quelques élus locaux, les autorités de l’usine et quelques travailleurs.

Avant de monter dans l’avion pour le démarrage du vol, le Commandant de bord a proposé au Président Chirac de les accompagner (lui et les autres membres de équipage). Le Président français d‘alors a décliné courtoisement l’invitation en ces termes : « Merci, mes chers amis ! J’étais venu simplement pour féliciter chaleureusement les constructeurs de cette merveille. Je vous souhaite un excellent vol inaugural. » Imagine-t-on un Président Macky Sall à sa place ?

Il existe, en France comme ailleurs dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, de nombreuses autres prouesses techniques inaugurées en l’absence de tout folklore, de toute politique politicienne. Il en a été ainsi de l’inauguration du Viaduc de Millau, un pont franchissant majestueusement la Vallée du Tarn, en France. Pour en terminer avec ces exemples qui pouvaient être multipliés, la Chine et la Russie seraient en négociation pour la construction d’un TGV Pékin-Moscou d’une longueur de 7000 km.

Le moment venu, les deux pays réaliseront cette gigantesque infrastructure ferroviaire sans tympaniser leurs peuples respectifs. Au contraire de ses homologues des pays sérieux, le Président Macky Sall passe le plus clair de son temps à poser des premières pierres et à inaugurer des infrastructures, y compris de très modestes : pistes de production, forages, centres de santé, blocs scientifiques, etc.

Nos mémoires sont encore fraîches de ce lancement tonitruant des travaux du fameux Train Express régional (TER), le 14 décembre dernier, « ce projet innovent, le plus innovent de notre ère » (dixit, le Secrétaire d’Etat sénégalais au Réseau ferroviaire). Cette cérémonie outrancièrement folklorique, politicienne et électoraliste, a créé des embouteillages monstres à Dakar et occupé la télévision de l’APR pendant au moins quatre heures en direct. Ce jour-là, on aura tout entendu de grossièretés, et en direct, de la part des journalistes-troubadours, les uns au studio de ce minable média dit d’Etat, les autres à Diamniadio, attendant l’arrivée du Président de la République.
Quelques morceaux choisis : « Le TER va désengorger tout Dakar », dit l’un. « Un projet qui va booster le transport au Sénégal, qui va changer littéralement le visage de Dakar et du Sénégal », renchérit un autre. Un autre encore fait état de son émerveillement en ces termes : « Ce train qui va définitivement changer le visage de Dakar, qui va desservir quatorze régions ; un bijou qui est une première en Afrique de l’Ouest. » Son confrère à côté ajoute : « Un train qui va améliorer les embouteillages à Dakar. Il faut de la vision ça, avec ces images futuristes ».

Précisons que nous sommes à l’ancienne gare de Dakar, où une « Maison du TER » est montée. Un journaliste aborde l’architecte-designer qui a conçu la maquette et lui pose deux questions : « Les Sénégalais qui sont venus ici sont émerveillés. Comment vous avez pu réaliser cela ? Est-ce que vous avez réalisé ce projet dans un autre pays ? » Non, lui répond l’architecte. C’est exactement la réponse qu’il attendait et l’architecte l’avait bien compris.

Après la longue visite de la « Maison du TER », le Président Macky Sall et son long cortège s’ébranlent vers Diamniadio où il devait poser la première pierre. Deux journalistes l’y attendaient avec impatience. Ils échangeaient de temps en temps avec leurs confrères qui étaient au studio de la télévision marron. Un journaliste, de la « Maison du TER », s’adresse en ces termes, à sa confrère du studio : « Je vous rends l’antenne pour que vous la RENDEZ à Diamniadio ». Et à Diamniadio de prendre alors le relais, avec des journalistes qui ont vraiment une « bonne connaissance » de la langue française.
Quelques morceaux choisis : l’un d’eux, qui répétait à l’envi « Weddi gis boku ci » lança : « La salle a fait comble et va projeter tout ce que le Président de la République procède aujourd’hui. » Il poursuit avec enthousiasme : « On est habitué de ces grandes foules ».

Ce n’est pas tout d’ailleurs. Il reviendra à la charge en ces termes : « Les projets sont visés tous à l’intérieur du pays. » Annonçant ensuite l’arrivée du Président de la République, il lance cette autre bizarrerie : « Il est arrivé au Centre international que vous voyez la salle (…) et va s’asseoir dans le public pour communier avec eux. ».
Sa confrère met en garde les propriétaires de poules et de moutons qui les laisseraient traverser les rails du TER, ainsi que les parents dont les enfants s’amuseraient dans les environs immédiats. Un de ses confrère du studio, plus lucide, tente de lui expliquer que ces risques étaient écartés, étant donné que les rails du TER seront à quelques mètres au-dessus du sol et qu’il n’y aura même pas de passages à niveau. En vain. La journaliste n’aura rien compris et continuera ses envolées lyriques.
Voilà où nous en sommes, aujourd’hui, avec un média aussi important que la télévision nationale, devenue un vulgaire instrument de propagande exclusivement réservé au Président Macky Sall, à son parti, à sa famille et à sa coalition. L’homme est devenu vraiment envahissant. Envahissant par son accaparement au quotidien des médias dits d’Etat, envahissant par ses photos partout présentes à Dakar et, en particulier, celles ayant pour supports de gigantesques affiches qui coûtent cher au pauvre contribuable, pour rien.

A quoi nous servent ces innombrables photos que l’on rencontre dans tous les coins de rue de Dakar ? Imagine-t-on un seul instant les photos de François Hollande, d’Angela Markel ou de Theresa May placardées partout à Paris, à Berlin ou à Londres ? Ce serait ridicule. Cela n’arrivera jamais d’ailleurs dans ces pays, dont les dirigeants sont des gens sérieux et conscients de leurs immenses responsabilités. Ils ont surtout du respect pour leurs peuples qu’ils ne prennent pas pour des moins que rien.
On pensait qu’en matière de politique politicienne et électoraliste, le Président Wade n’avait pas d’égal. En réalité, son successeur et ‘’ex-fils’’ le dépasse d’un bon cran. On a comme l’impression qu’il l’a dans le sang. On devine son immense joie lorsque, à la tête de ses immenses cortèges composés de gros véhicules de luxe, il traverse les grandes foules. On devine la même joie quand, quittant Dakar le matin pour Conakry, Banjul, Nouakchott ou Bamako, il sert la main aux représentants des institutions de la République sagement alignés. Il est aussi rayonnant quand, au retour le même jour, il répète le cérémonial ridicule, qui ne se passe dans aucun pays sérieux.
On constate, au jour le jour, que le Président sénégalais aime passionnément le pouvoir et mettra tout en œuvre pour y rester le plus longtemps possible, en recourant à tous les artifices politiciens et, au besoin, aux moyens les plus illicites. Il faudra plus que la croix et la bannière pour lui barrer la route.

On n’y arrivera sûrement pas avec une opposition hétéroclite, fragmentée, composée de partis ou de coalitions de partis dont les responsables sont bien plus soucieux de leurs carrières propres que de l’intérêt supérieur de la Nation. Le Président Yahya Jammey ne serait sûrement pas battu lors de la dernière élection présidentielle, si l’opposition gambienne y était allée en ordre dispersée.

Dakar, le 20 décembre 2016
Mody Niang, mail : modyniang@arc.sn

Chat échaudé craint l’eau froide (Par Mody Niang)

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« (…) Le calendrier électoral est connu. Les élections législatives se tiendront au plus tard le 29 juin 2017. La date sera fixée et il n’y a pas de débat possible sur cet agenda. Je ne suis pas dans la spéculation, dans les calculs politiciens. Le calendrier républicain sera respecté (…) ». Cette déclaration, le Président de la République l’a faite dans l’interview qu’il a accordée au quotidien ‘’L’AS’’, qui l’a publiée dans son édition du vendredi 21 octobre 2016, page 7. Cette déclaration est apparemment rassurante. Cependant, chat échaudé craignant l’eau froide, nous la prendrons avec des pincettes.

Nos amis de l’autre côté de la barrière ne l’entendront sûrement pas de cette oreille, eux qui ne supportent pas un regard qui sorte du champ de vision de leur mentor. C’est leur droit, mais c’est aussi le nôtre de douter, jusqu’à preuve du contraire, des engagements pris par ce dernier. Rappelons-en quelques-uns et le sort qui leur a été réservé par la suite.

Dans son discours à la Nation le 3 avril 2012, le lendemain de son installation officielle, il réaffirmait avec force son attachement indéfectible à la bonne gouvernance. Il s’exprimait ainsi :

« Cette occasion historique constitue pour nous tous un nouveau départ pour une nouvelle ère de ruptures en profondeur dans la manière de gérer l’Etat au plan institutionnel et économique (…). C’est pourquoi je tiens à ce que toutes les femmes et tous les hommes qui m’accompagnent dans l’exécution du contrat de confiance qui me lie au peuple, comprennent et acceptent que cette mission ne crée pas une catégorie de citoyens privilégiés, au-dessus des autres et de la loi. Au contraire, cette charge se décline en un sacerdoce sans ambigüité : il est question de servir et non de se servir.»

C’est bien le tout nouveau Président de la République qui s’exprimait ainsi. Et il se faisait plus précis, plus ferme en poursuivant :

« (…) Gouverner autrement, c’est bannir les passe-droits, le favoritisme et le trafic d’influence ; c’est mettre l’intérêt public au-dessus de toute autre considération et traiter tous les citoyens avec la même dignité et le même respect. »

Il prendra, il réaffirmera un autre engagement, celui-là qui aura convaincu beaucoup de compatriotes à lui accorder leur confiance. Cet engagement solennel, plusieurs fois réitéré, c’est celui-ci : « J’ai décidé de ramener à cinq ans le mandat de sept ans pour lequel je suis élu sous l’empire de l’actuelle constitution. » Je passe sur nombre d’autres promesses fermes et alléchantes faites dans ce discours du 3 avril 2012.

Dans le discours du 3 avril 2013, il revient avec force sur la bonne gouvernance, sa marchandise la plus vendue aux Sénégalaises et aux Sénégalais. Un extrait de ce discours : « Le défi de la bonne gouvernance reste également au cœur de mes préoccupations. A l’épreuve des faits, je suis encore plus déterminé à édifier la Nation sur son patrimoine et en assurer la protection. La bonne gouvernance est partie intégrante de la démocratie. Nous sommes dans une phase de rupture et de transition vers un Sénégal nouveau. »

En de nombreuses occasions, il prendra d’autres engagements qui conforteront ses compatriotes dans leur choix du 25 mars 2012. Il en a été ainsi de son engagement à mettre en œuvre, une fois élu, « une politique transparente, sobre et vertueuse » et à placer « la Patrie avant le parti ».

Notre Président né après les indépendances, une fois installé, ne tarda pas à mettre en œuvre ses promesses, notamment par les mesures qui suivent :

1 – mise en place d’un gouvernement de 25 membres,

2 – réactivation de la Cour de Répression de l’Enrichissement illicite (CRÉI),

3 – publication du Code de transparence dans la gestion des finances publiques au sein de l’UEMOA,

4 – création du Ministère de la Promotion de la Bonne Gouvernance,

5 – création de l’Office national contre la Fraude et la Corruption (OFNAC),

6 – vote de la Loi sur la déclaration de patrimoine.

On sait ce que le gouvernement de 25 membres est rapidement devenu.  Point n’est besoin de trop s’y attarder. Personne ne connaît aujourd’hui le nombre de ministres d’Etat, de ministres, de ministres délégués, de secrétaires d’Etat, de ministres conseillers, de ministres conseillers spéciaux.

Ce qu’il y a de plus insupportable encore, par-delà le trop grand nombre, c’est que, pour l’essentiel, ces femmes et ces hommes n’ont jamais occupé, de leur vie, une fonction publique ou privée importante. L’un des aspects les plus nocifs des alternances I et II, c’est la dégradation de la fonction ministérielle et de celle de secrétaire général de ministère.

Nous ne nous attarderons pas, non plus, sur la CRÉI. Nous assistons tous et toutes à sa mort programmée. Le seul dignitaire du régime des Wade qu’il a épinglé et condamné, c’est Karim Meïssa Wade. On connaît la suite : la grâce qui lui a été accordée et les conditions rocambolesques dans lesquelles il a quitté le pays.

Personne ne parle plus des 24 autres de la fameuse liste, très tôt dressée et rendue publique. Le tortueux Ousmane Ngom a vite fait de retrouver une place dans l’entourage du Président de la République, en attendant une station importante. Pourquoi pas, puisque l’autre jumeau de la tortuosité, Djibo Leïty Ka est bien servi, lui et quelques-uns de ses proches ?

Nous nous rappelons, qu’au cours d’une rencontre des jeunes républicains à Mbodiène, le Président Macky Sall avait tenu à apporter des précisions, notamment à propos de l’OFNAC et de la CRÉI. La CRÉI, c’est pour les autres, l’OFNAC, c’est pour nous, avait-il déclaré. Et il avait ajouté : « Je ne protègerai personne, je dis bien personne. » Nous reviendrons sur cet engagement, un de plus qui s’évanouira.

Après Ousmane Ngom, d’autres de la liste entameraient leur rapprochement avec le Président de la République. Si on considère son penchant et son attachement à la détestable transhumance, ces autres seront certainement accueillis à bras ouverts. Et de CRÉI, il n’en sera probablement plus question. On avance l’idée d’une profonde réforme de cette Cour. Peut-être même, sera-t-elle carrément dissoute. On ne sait jamais après 2019 ou 2024.

La CRÉI mourra donc de sa belle mort, et avec elle beaucoup d’engagements, notamment celui à « édifier la Nation sur son patrimoine et en assurer la protection ». Cette mort probable arrêtera net cette « phase de rupture et de transition vers un Sénégal nouveau ». Le Président Macky Sall ne nous édifie pas sur notre patrimoine et ne le protège point. Tous les ans, l’Inspection générale d’Etat (IGE) et la Cour des comptes remettent entre ses mains leurs rapports publics.

Dans ces rapports, des compatriotes qui occupent de hautes fonctions sont  parfois – souvent d’ailleurs –, gravement épinglés. Il en a été ainsi de la gestion à la Société nationale des Habitations à loyer modéré (SNHLM) dont de lourdes fautes de gestion ont été mises en évidence par le Rapport public (2014) de la Cour des Comptes (pp. 134-156). Le Rapport couvre la période 2008-2012. Le Directeur général (maintenant admis à faire valoir ses droits à une pension de retraite) et certains de ses proches collaborateurs se sont permis, pendant plusieurs années, des écarts graves dans leur gestion.

On est aussi attristé quand on lit la partie du même Rapport consacrée à la Caisse de Dépôts et de Consignations (pp. 82-133). On y constate de graves abus, notamment quand il s’agit de projets immobiliers. On comprend comment l’Etat perd des milliards de recettes fiscales et comment des compatriotes triés sur le volet sont rapidement enrichis.

On a mal quand on sait que, depuis qu’il a été officiellement installé dans ses fonctions, le Président de la République met le coude sur ces rapports. Depuis bientôt cinq ans, il n’a sanctionné aucune des fautes lourdes signalées dans lesdits rapports, en tout cas pas à la connaissance du public. La seule sanction négative qu’on lui connaît jusqu’ici, c’est la radiation du jeune Ousmane Sonko. A sa place, ce sont des ministres, des Directeurs généraux, des Présidents de Conseil d’Administration, etc., qui devraient être sévèrement sanctionnés, au lieu d’être couvés.

Rappelons ses propos du 3 avril 2013 : « (…) Gouverner autrement, c’est bannir les passe-droits, le favoritisme et le trafic d’influence ; c’est mettre l’intérêt public au-dessus de toute autre considération et traiter tous les citoyens avec la même dignité et le même respect. » Traite-t-il le jeune Ousmane Sonko de la même manière que les délinquants qu’il protège sans état d’âme en mettant le coude sur les dossiers qui les compromettent ? Met-il l’intérêt public au-dessus de toute autre considération en ne faisant pas rendre gorge aux nombreux délinquants qui détournent nos maigres deniers ? Du parti ou de la Patrie, qui passe désormais avant ?

Sans aucun doute le parti puisque, désormais, par sa politique franchement partisane, le Président de la République a divisé le Sénégal en deux camps pratiquement opposés : d’un côté, les femmes et les hommes de son parti, de sa famille et de sa coalition qui ont droit à tous les droits et, de l’autre, de nombreux compatriotes qui sont relégués au second plan et « obligés de supporter sa politique ». Stoïquement, espère-t-il.

On peut, dès lors, mettre légitimement en doute nombre de ses engagements, notamment celui à mettre en œuvre, une fois élu, « une politique transparente ». Dans cette perspective, il a mis en place, dès le début de son magistère, deux instruments qu’il considérait comme majeurs, du moins en apparence : le Code de transparence et le Ministère de la Promotion de la Bonne Gouvernance.

Les observateurs avisés, même les Sénégalais considérés comme moyens se rendent comptent que ces instruments n’étaient que pure formalité, comme nombre d’autres structures ou institutions  qu’il a par la suite créées. Les marchés de gré à gré sont encore dans nos murs. Parfois même, ils tendent à devenir la règle et les appels d’offres l’exception quand il s’agit, en particulier, desdits gros projets du Chef de l’Etat, auprès de qui l’ARMP ne trouverait plus grâce.

Et même si les tenants du pouvoir ont recours à l’appel d’offres, ils arrivent toujours, en usant de subterfuges sophistiqués, à attribuer le marché à l’entreprise de leur choix, qui renverra sûrement l’ascenseur. C’est, du moins, la version de compatriotes avisés qu’on entend souvent s’exprimer à travers les médias. De nombreux marchés ont fait ainsi jaser.

C’est notamment le cas de celui du Building administratif attribué à ce fameux « vendeur de carreaux », qui « a eu l’intelligence de nouer un partenariat avec des Italiens ». Dix neuf milliards (19) de francs CFA pour la réhabilitation de ce bâtiment, même de neuf étages ! Vingt-et-un, avancent d’autres. Peut-être plus. Une réhabilitation qui coûte vraiment cher. Dans le même ordre d’idée, on peut évoquer le marché attribué à des Turcs pour la construction du Centre international de Conférences Abdou Diouf.

Un marché de plus de 50 milliards de francs CFA. On peut rappeler Bigtogo et le marché des cartes d’identité de la CÉDÉAO attribué à des Malaisiens, les mêmes peut-être que ceux à qui Ousmane Ngom avait attribué le marché des passeports biométriques. Des marchés de gré à gré, il y en a de nombreux autres, connus du grand public ou tapis dans l’ombre, qui sont à mille lieues de la transparence que le candidat Macky Sall chantait sur tous les toits, qu’il continue de chanter sans état d’âme avec son bruyant entourage.

Le Président de la République ne croit pas, non plus, à la lutte contre la corruption, malgré des apparences bavardes et trompeuses. Il n’a créé l’OFNAC que pour donner l’impression qu’il met en oeuvre ses engagements et, en particulier, pour être en accord avec les conventions dites de la première génération adoptées par la Communauté internationale sur une période de sept ans (1996-2003), et dont la vocation est de recommander fortement aux différents Etats de mener une lutte sans merci contre la corruption. Il s’est passé ainsi beaucoup de temps entre la création de l’OFNAC (le 28 décembre 2012) et le démarrage effectif de ses activités (le 11 août 2014). La mise en place du budget de l’Office a connu les mêmes lenteurs. Pour l’année 2016, il était d’un milliard trois cents millions (1.300.000.000) de francs Cfa.

Malgré la modestie de ce budget, l’équipe de l’OFNAC, avec à sa tête l’ancienne Présidente, abattit un travail important. Travail qui dérangeait manifestement le Président de la République, surtout après que deux compatriotes considérés comme ses amis ont été épinglés dans deux dossiers remis respectivement entre les mains du Procureur de la République de Louga et de Dakar. Dès lors, les jours de la Présidente étaient comptés. On connaît la suite. L’OFNAC est ramené aujourd’hui à des proportions beaucoup plus modestes.

Le budget de 2017, 595.625.480 francs CFA, c’est le tiers de celui de 2016, pendant que le tout nouveau Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) se retrouvent respectivement avec des budgets de 6,500 milliards et 6,302 milliards de francs CFA. Le seul budget du Cabinet du Président de la République fait plus de quatre fois celui de l’OFNAC, qui a pour mission de lutter contre la corruption au Sénégal.

L’OFNAC est donc une sorte de trompe-l’œil pour le Président de la République du Sénégal. Pour s’en convaincre, il faut lire la « Déclaration de la République du Sénégal », au Sommet de Londres sur la lutte contre la corruption (12 mai 2016). Si ce texte n’était pas déjà long, des extraits de la fameuse déclaration vous seraient proposés.

Vous vous rendriez alors compte à quel point le Président Sall s’est joué de nous et des partenaires techniques et financiers du Sénégal, avec la création de l’OFNAC. Il n’y croyait point et a atteint son objectif de reprendre en main l’Office désormais rabougri, inoffensif et ne constituant plus, partant, une menace pour les siens. Ici comme ailleurs, il a trahi ses engagements. ‘’Gouvernance transparente, sobre et vertueuse’’, ‘’ruptures’’, ‘’la Patrie avant le parti’’, etc., tous ces engagements ne sont plus que des slogans creux.

Avec lui, la parole publique ne vaut plus un copeck. Peu lui importe ! Il se fixe désormais deux objectifs : gagner largement les prochaines élections législatives et se faire réélire triomphalement en février ou en mars 2019. Pour atteindre ces objectifs, aucun sacrifice, aucune manipulation, aucune compromission ne sera de trop.

Il s’y investira du mieux qu’il pourra – il s’y investit déjà – avec, à ses côtés, sa tonitruante coalition dont les différentes composantes ont pratiquement la main mise sur le « gâteau » Sénégal qu’ils se partagent sans état d’âme, la plus grosse part revenant sans conteste à l’Alliance pour la République (APR) et à une partie de sa famille.

Dakar, le 25 octobre 2016

Mody Niang démolit Ousmane Ngom : Waaw, kii moom, ndax gor la !

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Oui, je me suis posé plusieurs fois cette question, exprimée en langue walaf et titre de ce texte. Oui, je me la pose encore aujourd’hui, après ses « révélations » de ces derniers jours, qui lui ont valu de presque partout une volée de bois verts : « Me Ousmane Ngom est-il un gor, a-t-il vraiment le sens de l’honneur et de la dignité ? » Sans doute, connaissant assez bien la trajectoire politique de l’homme, ai-je une idée sur la réponse à cette question. Je souhaiterais faire un rappel de cette trajectoire tortueuse, pour permettre à mes compatriotes de répondre à ladite question.

Auparavant, Je donnerai mon point de vue sur ses fameuses « révélations » qui soulèvent quand même des questions : pourquoi l’homme a-t-il attendu quatre ans et demi après pour faire ces « révélations » qui n’ont vraiment aucun intérêt pour le Sénégal et les Sénégalais ? Me Wade serait-il à ce point attaché au pouvoir qu’il décide de le confisquer alors que, le 25 mars 2012 à vingt heures, tout le Sénégal, toute la Communauté internationale savait que les carottes étaient déjà cuites ?

Avec quels moyens arriverait-il à ses fins si, toutefois, telle était sa volonté ? Aucun, à mon sens et Me Wade était quand même suffisamment intelligent pour comprendre que, depuis la mise en œuvre du Code électoral consensuel de 1992, on ne peut plus confisquer un pouvoir démocratiquement perdu au Sénégal.

Abdou Diouf le comprenait tout aussi bien au soir du 19 mars 2000 : personne ne pouvait l’embarquer dans une aventure de confiscation d’un pouvoir perdu. Même pas quelques faucons socialistes qui, semble-t-il, ont tenté le coup. Un autre faucon, celui-là de l’entourage de Me Wade, Serigne Mbacké Ndiaye plus exactement, s’est essayé, naturellement sans succès, à ce sot exercice, en déclarant subrepticement la victoire de son mentor au soir du 25 mars 2012.

Les « révélations » de Me Ousmane Ngom – pour revenir à lui –, n’ont donc aucun sens, aucun intérêt, sinon pour lui-même qui pense sûrement, par ce biais, faire plaisir au Président de la République et consolider sa place à ses côtés. Il faut qu’il vive, il ne peut plus se passer de l’oxygène du pouvoir. C’est pourquoi il est prêt à se livrer toutes les compromissions, à tous les reniements. Il constitue véritablement un cas, que notre compatriote Papa Samb a d’ailleurs abondamment expliqué dans son excellente contribution publiée à la page « Opinions et Débats » du journal Le Quotidien du 07 octobre 2016. Notre texte s’inscrit exactement dans la même perspective complétant, chemin faisant, et par endroit, celui de notre brillant compatriote qui n’y verra sûrement aucun inconvénient.

Je prendrai pour point de départ le réveil particulièrement brutal de Me Ngom, à l’aube du lundi 20 mars 2000, quand il s’est rendu alors compte que la défaite de son candidat (Abdou Diouf) ne faisait plus l’ombre d’aucun doute. Le 1er avril 2000, il a observé de loin, et sûrement avec beaucoup de regret et d’amertume, l’installation officielle du vainqueur, Me Abdoulaye Wade.

Pendant les quatre longues années qui ont suivi, il a broyé du noir, rasé les murs et tiré désespérément le diable par la queue. Les gens qui le connaissaient de près disaient de lui qu’il ne tenait plus le coup et perdait manifestement de sa superbe. Les plus méchants avançaient même qu’il maigrissait terriblement. N’en pouvant alors vraiment plus, il a commencé à manœuvrer et à grenouiller pour se faire pardonner et retrouver la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. A force d’acrobaties, il y réussit et regagna « la maison du père », au moment où son pire frère ennemi (Idrissa Seck) la quittait, le 21 avril 2004.

On connaît la suite : bien incrusté dans le système libéral et ayant désormais son passé lourd et compromettant derrière lui, il devenait particulièrement arrogant et injurieux vis-à-vis de l’opposition pour laquelle il n’avait plus aucun respect. A l’image de son maître, il nous tenait dans le mépris le plus total et considérait que nous n’avions pas de mémoire. Ainsi, on l’entendait, à l’occasion de nombreuses sorties, notamment au cours du débat organisé par la télévision « nationale » le 31 décembre 2009, après le message à la Nation du Président de la République, avancer des contrevérités et charger sans ménagement les Socialistes.

Il se comportera de la même manière au cours d’un autre débat sur le bilan des dix ans de l’alternance. « Avec les Socialistes, c’était l’immobilisme. Quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons trouvé des terres en friche », lançait-il, condescendant. Le pouvoir et ses délices corrompent et rendent vraiment fou ! « Quand nous sommes arrivés au pouvoir ! » Qui nous ? Avait-il oublié que, le 19 mars 2000, il a voté et appelé à voter en faveur du candidat Diouf, dont il était l’un des porte-parole lors de la campagne électorale !

« Nous avons trouvé des terres en friche », poursuivait-il ! Mais, il n’était point de la partie ! L’avait-t-il déjà oublié ? Donc, aveu de taille, le 19 mars 2000, son vote s’était porté sur le candidat qui incarnait « l’immobilisme » et les « terres en friche », Abdou Diouf. Apparemment, il oublie tout ou pense, comme son ancien maître (Wade), que nous sommes amnésiques. Administrons-lui quand même la preuve qu’il n’en est rien, et rappelons-lui son passé peu valorisant qui va du 18 juin 1998 au 19 mars 2000 !

Nous nous souvenons qu’après les élections législatives du 24 mai 1998, Me Ousmane Ngom, qui dirigeait la liste départementale (Pds) de Saint-Louis, a été battu à plate couture. Ayant mal supporté sa défaite et reprochant vivement à Me Wade « sa gestion antidémocratique du Pds et la manière dont les investitures avaient été menées » (il aurait souhaité être sur la liste proportionnelle plus sécurisante), il rompit les amarres avec ce parti et son chef, après un compagnonnage de plus de 20 ans. Il péta d’ailleurs carrément les plombs et adressa à Me Wade un véritable brûlot qui, semble-t-il, l’avait beaucoup affecté. Dans cette lettre incendiaire, Me Ngom écrivait notamment : « Vous pensez pouvoir toujours, par la ruse, dérouter et déstabiliser vos interlocuteurs (…). Mais cette fois-ci, la ficelle est trop grosse et la manœuvre ne passera pas. » Au fur et à mesure, le ton montait et devenait plus fielleux encore. « Vous parlez comme un démocrate et vous agissez comme monarque », lui assénait alors Me Ngom qui poursuivait, avec cette terrible confession, qui soulève encore bien des questions aujourd’hui :

« Avec vous, après vingt quatre ans sous votre ombre, j’aurais appris beaucoup de choses qu’un homme doit faire ; mais aussi trop de choses qu’un homme ne doit pas faire. C’est pourquoi je reprends ma liberté et je demande pardon à Dieu. »

En conclusion de sa lettre incendiaire, Me Ngom évoquait la succession au sein du Pds sous la forme d’une invite à méditer l’anecdote relative à Nietzche qui, « au soir de sa vie, (réunit) ses disciples pour leur demander de brûler tous ses livres. » Le philosophe allemand expliquait ainsi sa demande : « Mon vœu le plus ardent est que mes disciples me dépassent plutôt que de replonger en permanence dans mon œuvre. » Il continuera de plus belle ses sarcasmes contre son ancien mentor qui était, naturellement, en tout différent de Nietzche. Sans doute, n’avait-il pas tout à fait fort si on considère que, à près de 92 ans, il se prend encore pour la seule constante du PDS qui l’accepte. Bref, le spécialiste du reniement créera son parti, le Parti libéral sénégalais (le PLS), le 18 juin 1998. Il ne ménagera alors plus aucun effort et s’investira à fond dans les différentes entreprises menées pour empêcher Me Wade d’accéder à la magistrature suprême.

Dans sa croisade féroce contre celui qui était devenu désormais l’ennemi à abattre, il se retrouvait avec deux anciennes connaissances, Jean Paul Dias et le Pr Serigne Diop, qui avaient eux aussi quitté « la maison du père » et créé leurs propres partis, respectivement le Bloc des Centristes Gaïndé et le Pds-Rénovation. Pour une raison ou pour une autre, tous les trois en voulaient particulièrement à leur ancien mentor. A quelques encablures de la déterminante élection présidentielle du 27 février 2000, ils portèrent sur les fonts baptismaux la fameuse « Convergence patriotique », et rivalisèrent d’ardeur à critiquer régulièrement et sévèrement Me Wade, confortant ainsi notablement les Socialistes, dans leur volonté alors farouche de diaboliser celui qui était considéré comme leur principal adversaire. Les trois compères franchirent finalement le Rubicon et apportèrent publiquement, à un peu moins de trois mois de l’important scrutin présidentiel de l’an 2000, leur soutien sans faille au candidat sortant Abdou Diouf. Le samedi 18 décembre 1999, ils réunirent ce qu’ils appelaient alors la convention nationale d’investiture de la «Convergence patriotique». Dans la déclaration-résolution qui sanctionnait les travaux de ladite convention, les trois acolytes déclaraient sans état d’âme :

« Vu la menace que représente l’ascension au pouvoir d’hommes caractérisés par une ambition personnelle manifeste de gouverner, le peuple sénégalais doit refuser les promesses irréalisables et démagogiques de ces marchands d’illusion ».  La même résolution poursuivait son sévère réquisitoire contre Me Wade en ces termes :

« Convaincus de la menace que représenterait pour notre patrie l’ascension au pouvoir d’hommes caractérisés par une ambition personnelle qui a fini de les aveugler, une incapacité et une inconséquence avérées dans le comportement, les militants et les militantes du PDS-R, du BCG et du PLS ont décidé d’investir le candidat Abdou Diouf» (Le Soleil du 20 décembre 1999). La résolution se fit plus explicite et plus dévastatrice encore. Elle martela :

« Après avoir reconnu avoir combattu ouvertement Diouf et à visage découvert, nous nous sommes rendu compte que ceux en faveur de qui nous nous mobilisions ne le méritaient pas. Alors, nous avons marché sur notre orgueil pour converger vers la patrie. » Ils exprimèrent ensuite leur refus catégorique de continuer de cheminer avec cet homme (Me Wade) caractérisé « par une ambition personnelle qui a fini de l’aveugler, une incapacité et une inconséquence avérées dans le comportement ».

Nos trois « mousquetaires » investirent donc le candidat Abdou Diouf et se lancèrent avec lui dans la conquête du Palais de l’avenue Léopold-Sédar-Senghor. Me Ousmane Ngom, en particulier, se distinguait dans ses attaques en règle contre Me Wade, candidat de la Coalition Alternance 2000 (Ca 2000). Nous nous souvenons encore comme si c’était hier, de cette fameuse jonction, qui a eu lieu devant la RTS, entre le cortège du candidat Diouf et celui de la « Convergence patriotique ». On était alors en pleine campagne pour l’élection présidentielle cruciale de l’an 2000. Nos mémoires sont encore fraîches de ce spectacle émouvant d’un Me Ousmane Ngom se jetant en pleurs comme un enfant dans les grands bras de son « candidat de l’avenir au soir de sa carrière » (l’expression est de lui-même). Reprenant ses esprits après quelques tapotements de son candidat lui-même au bord des larmes, Me Ngom s’exclama, joignant le geste à la parole : « Abdu ca kanam !»  Ce qui signifie : « En avant Abdou pour la victoire ! »

Rappelons quand même que Me Ngom avait jeté le discrédit et dirigé sur Me Wade tous les soupçons, en confessant que ce dernier lui avait appris tout ce qu’un homme devait savoir, mais également ce qu’il ne devait jamais faire, apportant ainsi délibérément et abondamment d’eau dans le moulin des adversaires les plus irréductibles du « Pape » du SOPI, qui l’accusaient alors de tous les pêchés d’Israël, y compris d’être partie prenante dans l’ignoble assassinat du juge Babacar Sèye, en mai 1993.

Me Ngom n’avait pas manqué non plus de tirer à feux particulièrement nourris sur Me Wade, suite à ses fameuses déclarations de Paris considérées, à l’époque, comme un appel à l’armée. Il était alors en tournée politique dans la Région de Ziguinchor. Il qualifia sans ambages et sans précaution l’appel de Me Wade de subversif. « Ce qui, précisa-t-il, au regard de la constitution, de nos lois, est un délit grave ». Et il enfoncera le clou en ajoutant ceci : « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne restera pas impuni ».

Me Ngom ne ménageait donc pas le moins du monde le principal adversaire du candidat Diouf. Toutes les occasions étaient bonnes pour tirer à boulées rouges sur lui et s’incruster ainsi dans les bonnes grâces de son « candidat de l’avenir au soir de sa carrière ». Il poussera le bouchon jusqu’à cette terrible affirmation : « Il est préférable de confier les destinées du pays à un mouton plutôt qu’à Me Wade. » On le constate donc, Me Ousmane Ngom avait tout mis en œuvre pour barrer à son ancien compagnon la route vers la Présidence de la République. On connaît la suite : Me Wade est malgré tout élu le 19 mars 2000.

Me Ngom commença donc sa traversée du désert, nous l’avons rappelé plus haut. Mais le désert est vaste, sec, chaud et inhospitalier. Il faut beaucoup de courage pour en supporter les affres. Or, Me Ngom n’en a manifestement pas. Il ne tarda donc pas à prendre sa décision : retourner sur ses pas et, toute honte bue, emprunter le chemin qui menait vers la maison de l’ex-père, qui tenait fermement entre ses mains, depuis le 1er avril 2000, la clé qui ouvre la porte des « délices » du pouvoir. Il commença, sans état d’âme, à fréquenter assidument les plateaux de télévision, pour faire oublier son passé et retrouver les bonnes grâces de l’homme qui ne serait jamais devenu Président de la République, si ses vœux avaient été exaucés. Alors, son ancien compagnon qui valait moins qu’un mouton avant le 19 mars 2000, allait devenir presque un Dieu, qui réussissait tout ce qu’il entreprenait. Il peignait autrement l’homme qui « parlait en démocrate et agissait en monarque », le « marchand d’illusion » d’hier, qui « (pensait) pouvoir toujours, par la ruse, dérouter et déstabiliser (ses) interlocuteurs », et enseignait « trop de choses qu’un homme ne doit pas faire ». Voici, en quels termes fort élogieux, celui qui était parvenu entretemps à devenir Ministre du Commerce (le 4 juillet 2004) puis de l’Intérieur en novembre de la même année s’exprimait :

« Lorsque j’ai vu le majestueux bateau Aline Sitoé Jaata, je pensais que le père Noël était arrivé beaucoup trop tôt. Et que je vois le maire de Dakar et le secrétaire exécutif de l’Anoci Abdoulaye Baldé, traverser le tunnel de Soumbédioune, je me suis dit que le père Noël était apparu au grand jour. Mais quand j’ai vu arriver les nouveaux passeports à puces numérisées, j’ai eu la certitude que le père Noël était réel, qu’il était en chair et en os et a pris les traits et le visage d’un homme. Et c’est Me Abdoulaye Wade. » (Walf’Grand-Place du 28 décembre 2007).

Propos vraiment dignes du courtisan, du traitre repenti qu’il est. Propos indignes d’un ministre de la République.

En tout cas l’homme était parvenu à ses fins : il avait retrouvé sa place auprès du « père ». Il restera Ministre de l’Intérieur jusqu’au 25 mars 2012, jour de la défaite sans équivoque de celui qui allait redevenir rapidement son ex-mentor. Une nouvelle ère compliquée s’ouvrait encore devant lui. Ere d’autant plus compliquée qu’il allait être poursuivi dans le cadre la « Traque des biens mal acquis ». Dès les premiers mois de la gouvernance de Macky Sall, il sera la cible des « Apéristes », soucieux certainement de se venger des misères qu’il a fait subir à leur mentor pendant sa traversée du désert. Il réagira violemment à ces attaques, en traitant le nouveau Président de la République et son Premier Ministre d’alors de « grands bandits et de délinquants financiers ». Malmené plus tard dans le cadre de la « Traque des biens mal acquis », il déclarera se retrouver, avec sa famille, « dans une prison à ciel ouvert ». Pourtant, il se tirera miraculeusement d’affaire et rejoindra le Président Macky Sall qui l’attendait à bras ouverts. Dans la dernière partie de son excellente contribution du vendredi 7 octobre (citée plus haut), notre compatriote Papa Samb nous a expliqué comment les deux compères se sont rapprochés. Le lecteur intéressé peut s’y reporter. Il ne le regrettera sûrement pas.

 

La réponse à la question posée dès le début de cette contribution est sans équivoque, de mon point de vue tout au moins. Elle a été clairement exprimée tout au long de ce texte. Mais, par-delà cette réponse presque évidente, ce qui pose encore plus problème, c’est l’empressement avec lequel le Président de la République a récupéré ce personnage tortueux, sulfureux et très controversé. Ce personnage pour qui l’honneur et la dignité n’ont plus aucun de sens. Même si nous connaissons le penchant irrésistible du Président de l’APR à recourir sans état d’âme à la détestable transhumance, nous comprenons difficilement l’attrait qu’exerce sur lui cet homme qui a moralement et politiquement tout perdu.

Peut-être que, comme ancien Ministre de l’Intérieur, il en sait un peu trop sur lui ! Ne l’accusait-il pas déjà de « grand banditisme et de délinquance financière » ? Le très vertueux Président de la République du Sénégal est en tout cas coutumier de tels faits. Nous nous souvenons, en effet, que c’est lui-même qui a fait le déplacement pour aller débaucher jusque chez lui un autre nauséabond transhumant : Djibo Leïty Ka, dont la tortuosité fera l’objet d’une toute prochaine contribution. C’est, du moins, ce qui nous a été annoncé.

Dakar, le 10 octobre 2016

Mody Niang

Cette « première dame » doit arrêter de nous prendre pour des demeurés.

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Elle fait du cinéma, cette « première dame ». Elle nous prend manifestement pour ce que nous ne sommes pas : des demeurés, des gens qui ne comprennent rien. Ces derniers jours, elle a occupé la « Une » de nombreux médias, y compris des médias privés qui annonçaient sa visite à Grand Yoff. Elle a atterri finalement à Yoff et, semble-t-il, à Ouakam. Ses déplacements annoncés ont le même objectif déclaré : « voler au secours des sinistrés, les soulager, etc ».

Comme de coutume, elle a été à Yoff hier, flanquée de ses hommes et dames de compagnie ainsi que des médias et, en particulier, de la télévision « nationale », plutôt « républicaine ». A l’occasion, des personnes du troisième âge ont eu droit à des consultations grâce à son « hôpital mobile ». Beaucoup de médicaments ont été distribués dans la localité. Ses « œuvres sociales » ont été alors largement chantées. Des médias ont poussé l’outrecuidance jusqu’à l’appeler « Sœur Teresa ».

Quelle énormité ! Celle qui a été récemment canonisée se retourne certainement dans sa tombe. La nouvelle promue sainte travaillait pour la seule face de DIEU, avec humilité et discrétion. Quant à notre « Mère Teresa », elle fait manifestement du cinéma, de la comédie, de la politique politicienne. Avant elle, des gens prétendaient faire du « social » avec l’argent du contribuable. On sait comment cela s’est terminé : des trous énormes de plusieurs milliards de francs Cfa dans les sociétés qu’ils dirigeaient. Aujourd’hui, le Directeur général du Port autonome de Dakar s’essaie au même exercice. Sous le prétexte fallacieux d’ »œuvres sociales », il distribue des dizaines et des dizaines de millions de francs CFA à travers tout le pays. En vérité, il vise un bien autre objectif avec l’argent du contribuable. Il se fait appeler sans gêne le « baay faal » de Macky Sall et se fixe publiquement deux objectifs : « massifier le parti présidentiel et faire réélire son mentor en février ou mars 2019 ».

Comme ce directeur général, ladite première dame ne fait pas du social, elle fait de la politique, de la politique politicienne. Qu’a-t-elle besoin de se faire accompagner d’une meute de courtisans et de courtisanes, ainsi que de nombreuses télévisions quand elle effectue ses déplacements ? DIEU lit jusque dans nos intentions les plus profondes. Si vraiment elle ne se préoccupe que de « voler au secours » des populations sinistrées et de les « soulager », elle n’a pas besoin de cette large couverture médiatique de ses actions. Et puis, croit-elle que c’est avec du riz, du sucre, des nattes, etc., qu’elle soulage les populations sinistrées des banlieues de Dakar et de nombre d’autres villes du Sénégal ? Non, leurs principales préoccupations, c’est qu’on les débarrasse des ordures, des eaux usées et des eaux de pluie qui ne trouvent pas où s’écouler.

A sa place, les populations attendent les ministres Diène Farba Sarr et Mansour Faye. Au début de l’hivernage, quand les premières inondations ont commencé de s’installer, ils avaient fait le tour du pays avec, en bandoulière, des engagements fermes à trouver des solutions à ces problèmes. Le premier criait d’ailleurs sur tous les toits que, depuis l’avènement de Macky Sall à la Présidence de la République, 111 milliards de francs CFA ont été investis dans la lutte contre les inondations. Quand on se promène aujourd’hui Dakar, à Kaolack, à Thiès, à Saint-Louis, etc., on se demande légitimement où sont passés ses 111 milliards déclarés. D’ailleurs, depuis que les pluies ont redoublé d’intensité avec leur lot d’inondations, nos deux ministres se sont fait très discrets. D’engagements à venir à bout des inondations, il n’en est plus question de leur part.

Sans doute, les « vuvuzela » de ladite première dame vont-ils me tomber copieusement dessus, en me traitant de tous les noms d’oiseaux. Auparavant, je souhaiterais quand même leur poser un certain nombre de questions : où est-ce qu’elle puise l’argent qui alimente sa « générosité » ? Des fonds politiques peut-être ! Ce serait un moindre mal. Des dons substantiels de certains « hommes d’affaires » qui attendent sûrement le retour de l’ascenseur ? On en a vu qui faisaient don à sa Fondation d’ambulances médicalisées, de médicaments, de denrées alimentaires en grande quantité, etc. Que ne les donnaient-ils pas directement aux populations bénéficiaires ? Pourquoi ce détour par la Fondation de ladite première dame ?

Qui peut lever la main droite et jurer que notre « Mère Teresa » lui a donné 5000, 20000, 50000 francs avant le 25 mars 2012 ? Ni son époux, ni elle- même n’étaient connus pour leur générosité avant cette date. Plus exactement avant que le premier ne devînt Premier Ministre, puis Président de l’Assemblée nationale. On se rappelle que deux à trois mois après l’installation officielle de son distingué époux, elle a fait (déjà) un tour au marché de poissons de Pikine et a distribué 5 millions francs CFA aux femmes trouvées sur place.

Elle est donc particulièrement « généreuse » aujourd’hui. Le sera-t-elle demain, après février-mars 2019 ou 2024, quand son distingué époux aura quitté le pouvoir ? Où est la Fondation Elizabeth Diouf « Solidarité-Partage » ? Où est « Education et Santé » de Mme Viviane Wade ? Où est passée leur « générosité » à l’époque légendaire ? Pourquoi n’a-t-elle pas continué après que leurs époux respectifs ont quitté le pouvoir ? Comme les deux précédentes dames, notre « Mère Teresa » s’effacera avec le départ de son époux du pouvoir et tous les deux iront certainement s’installer à Paris ou à Houston, et se la couleront douce, sans se soucier le moins du monde de leurs compatriotes alors sinistrés.

Qu’on cesse donc de nous prendre pour ce que nous ne sommes pas ! La « générosité » de notre actuelle « première dame » est comme celle de ses prédécesseurs : factice, intéressée, politicienne. Elle ne trompe personne. La Fondation Danielle-Mitterrand, « France-Libertés » en était, elle, vraiment une. Créée en  1986, elle a même survécu à sa fondatrice, décédée le 22 novembre 2011. Elle ne fonctionnait sûrement pas avec l’argent du contribuable français et d’hommes d’affaires obscurs qui attendaient un retour d’ascenseur.

Notre « Mère Teresa » est humble, nous dit-on. On nous vend même sa foi vigoureuse en l’Islam. Elle ne dormirait que vers 1 heure-2 heures du matin et se réveillerait vers 3 ou 4 heures. Elle ne dormirait donc que 2 à 3 heures par nuit. Vrai ou faux ? Ce n’est vraiment pas notre problème. Qu’elle passe le plus clair de son temps à prier ou à égrener son chapelet la nuit durant, c’est une affaire strictement privée, qui ne regarde qu’elle et son CRÉATEUR. Cela nous laisse totalement indifférents, ce n’est d’ailleurs pas une information. La télévision « républicaine » qui la suit comme son ombre a aussi la fâcheuse habitude de nous la monter aux Lieux saints de l’Islam, accomplissant à côté de son distingué époux les différents rites du pèlerinage. En quoi cela nous concerne-t-il ?

En quoi est-ce pour nous une information ? C’en n’est pas non plus une, quand la même télévision de l’APR nous impose plusieurs minutes pour nous faire voir le Président de la République lire le Coran dans la Mosquée de Médine ou prier ponctuellement (de très rares fois d’ailleurs) un vendredi dans une mosquée de la ville de Dakar. Qu’a-t-il vraiment besoin d’être flanqué de la télévision pour prier un vendredi dans une mosquée de Dakar ? Il est quand même temps que le Président de la République et sa distinguée épouse nous prennent au sérieux !

Il est temps que nos médias, et principalement nos médias dits de service public – en réalité de service « républicain » – nous respectent et nous proposent des informations qui nous font avancer. Nous sommes quand même indépendants depuis 56 ans et avons connu trois alternances : une politique et deux par les urnes saluées par toute la communauté internationale, même si elles n’ont pas encore changé fondamentalement la qualité de la gouvernance de notre pays. Cinquante six ans, c’est plus d’un demi-siècle. Nous sommes donc devenus majeurs et le Président de la République, son Gouvernement, sa distinguée épouse et les médias (privés comme de service public) devraient nous traiter comme tels.

Dakar, le 4 octobre 2016

 

Mody Niang : « Macky Sall donne de plus en plus l’impression de nous gouverner en dictature

Mody Niang : « Macky Sall donne de plus en plus l’impression de nous gouverner en dictature ».

Connu pour son franc-parler, l’inspecteur d’enseignement à la retraite et ancien compagnon de Cheikh Anta Diop, Mody Niang a abordé, dans l’émission Opinion qui sera diffusée ce dimanche sur Walf TV, le fameux protocole de Reubeuss. Pour lui, Idrissa Seck a tout intérêt à ce que cette affaire soit tirée au clair.

«L’affaire a été déclenchée le 26 avril 2004 par Me Ousmane Ngom, dans un entretien avec le journal l’Observateur. Il avait mis sur le dos d’Idrissa des accusations très graves, notamment des transferts de fonds à l’extérieur. A l’époque, Idrissa avait répondu par un verset de Coran», dit-il d’emblée. Poussant sa réflexion, Mody Niang pense que les 74 milliards dont on parle ne peuvent en aucun cas être des fonds politiques. «Idrissa a géré les fonds politiques de 2000 à 2004.

Du temps des socialistes, les fonds s’élevaient à 680 millions. Avec WADE, ils ont atteint les huit milliards. Donc, la somme totale gérée par Idrissa en quatre années s’élève à 32 milliards au lieu de 74», a-t-il ajouté. Réagissant aux propos de Macky Sall selon lesquels le protocole de Reubeuss est sans intérêt, Mody  Niang  estime que cette phrase du président est pour le moins suspecte.

«C’est sans intérêt pour Macky mais pas pour nous. Et, le seul fait de dire cela est à mon avis suspect», a-t-il noté avant de poursuivre. « Je me demande même s’il n’a pas peur de laisser la justice continuer jusqu’au bout pour éclairer cette affaire. Ce protocole, s’il existe, Macky Sall en sait forcément quelque chose dès lors qu’il était le premier ministre de WADE à l’époque. Peut-être que si la justice va jusqu’au bout de cette question, il serait inquiété lui et ses amis. C’est peut-être la raison pour laquelle il a ordonné au procureur de suspendre les convocations».

Ainsi, pour Mody Niang, Macky Sall a en réagissant de la sorte sur le protocole de Reubeuss, manque de respect aux Sénégalais qui, dit-il, attendent depuis onze ans que cette affaire soit élucidée. Enfonçant le clou, l’ex-conseiller technique de Nafi NGOM Keita a tiré sur le président Sall qu’il  a assimilé à un dictateur. «Macky donne de plus en plus l’impression de nous gouverner en dictature. Il n’aime pas la critique, il ne respecte pas les gens. Il a béni la transhumance or, c’est la chose la plus mauvaise qui soit», a-t-il lâché.

Walf

« Pas de reculade, si reculade il y a », Par Mody Niang


« Dans quel pays vivons-nous » ? C’est le titre de mon dernier texte publié par des sites de la place. Je me pose aujourd’hui la même question, après les rebondissements que nous avons connus le mardi 19 juillet 2016. La presse révèle ce jour-là que le Procureur de la République s’est autosaisi de l’Affaire dite du « Protocole de Rebeuss » et, que dans ce cadre, des personnes allaient être immédiatement entendues par la sûreté urbaine. La nouvelle est favorablement accueillie par les citoyens et, parfois même, avec enthousiasme.

Cependant, leur espoir sera de courte durée. Le temps d’une rose, une autre nouvelle infirme la première et fait état de « reculade », de « volte-face » de l’État. Les auditions annoncées sont renvoyées sine die. Les autorités gouvernementales et judiciaires restant muettes comme des carpes, personne ne peut s’aventurer à affirmer ou à infirmer l’une ou l’autre nouvelle. En tous les cas, si l’auto-saisine est enterrée quelques heures à peine après avoir été annoncée, il y a vraiment de quoi désespérer encore de notre pays, de notre justice en particulier.

En attendant d’en avoir le cœur net, certains arguments sont avancés ça et là, pour expliquer la « reculade » ou la « volte-face » de l’État. Des compatriotes, y compris des avocats bien connus, lient imprudemment le « Protocole de Rebeuss » aux fonds politiques du Président de la République. Or, poursuivent-ils, l’utilisation de ces fonds n’est soumise à aucun contrôle : ils sont laissés à la discrétion du Président de la République qui en dispose comme il veut, qui peut même les brûler si jamais l’envie lui venait.

Ce privilège exorbitant accordé au Président de la République est à la base de nombre de dérives, de dérives graves que nous connaissons du 1er avril 2000 à nos jours. Il convient donc d’envisager sérieusement de le remettre en cause, non pas en supprimant les fonds politiques, mais en en encadrant au moins l’utilisation. En attendant d’y revenir, je réfute formellement l’argument qui lie « l’accord financier » supposé entre Me Wade et Idrissa Seck, aux fonds politiques du premier. Cet « accord » porterait quand même sur 74 milliards de francs CFA. Si ce montant était avéré, il serait exclu qu’il fût constitué à partir des fonds politiques.

Rappelons quand même que ces fonds sont une allocation annuelle votée par l’Assemblée nationale, en faveur du Président de la République. Au moment où les Socialistes quittaient le pouvoir, ces fonds, qui s’appellent en réalité fonds spéciaux, se situaient officiellement autour de 680 millions de francs CFA ainsi répartis : fonds politiques, 500 millions ; fonds secrets, 80 millions ; fonds Solidarité africaine, 100 millions.

Avec l’avènement de Me Wade à la Magistrature suprême, le montant crève tous les plafonds, pour atteindre officiellement huit milliards annuels, au moment de son départ du pouvoir, le 25 mars 2012. Idrissa Seck, Ministre d’État Directeur de Cabinet du Président de la République a géré les fonds politiques d’avril 2000 à avril 2004, soit pendant quatre ans. Même si on suppose que le Président Wade lui confiait la garde de tous les fonds sans y avoir touché pendant quatre ans, cela ferait 32 milliards. Or, tout le monde sait, qu’avec l’appétit financier de Me Wade, les fonds qui lui étaient alloués ne lui suffisaient même pas pour se rincer les dents.

On me rétorquera sans doute que Me Wade ne se suffisait pas de ses maigres fonds par rapport à son appétit d’ogre en la matière. C’est vrai qu’il lui arrivait de verser dans les différents comptes où étaient logés les fonds politiques « des fonds diplomatiques et autres aides budgétaires qu’ (il) ramenait de ses nombreux voyages ». C’est la déclaration que fit Idrissa Seck devant les membres de la Commission d’Instruction de la Haute Cour de Justice interloqués.

Tout indique qu’il raison car, le Directeur général de la SGBS interrogé par la Commission d’Instruction reconnaîtra avoir consenti à la Présidence de la République un prêt de deux milliards, pour acheter des véhicules Peugeot 607 destinés à renouveler le Parc de la Présidence (ce Parc devait être vraiment bien fourni après). Le prêt sera soldé six mois après, grâce à des fonds koweitiens.

Interrogé le 11 novembre 2006 par la même Commission, M. Seck révélera qu’un chèque d’un million de dollars US (alors 720 millions de francs CFA) offert par le Koweït au Sénégal « avait été directement remis au Président de la République qui l’aurait fondu dans les ses fonds politiques », exactement dans les comptes hébergés par la CBAO. Un chèque de l’Arabie saoudite offert dans le cadre du « relookage » du CICES (qui devait abriter une rencontre du NEPAD) et de nombreux autres fonds diplomatiques ont certainement connu le même sort.

Tout cela fait évidement beaucoup de milliards qu’il faut distinguer des fonds politiques, allocations annuelles votées par l’Assemblée nationale pour le Président de la Républiques et hors de tout contrôle. Ces fonds-là ne sauraient constituer les fameux 74 milliards. Quant aux autres, c’étaient des fonds détournés de leur place naturelle qui était le Trésor, qui tombaient de temps à autre dans les différents comptes où étaient logés les fonds politiques.

C’était de l’argent détourné carrément par le Président de la République et dont je doute qu’il en confiait la garde à M. Seck, jusqu’à concurrence de 74 milliards. Le fameux « butin » qui serait l’objet de « l’accord financier » entre l’ex-père et l’ex-fils est donc à chercher sûrement ailleurs. C’est ce à quoi devait s’employer la Justice sénégalaise, si elle était véritablement indépendante et vertueuse.

Selon une certaine presse, le Président de la République s’y serait opposé. Ce ne serait pas surprenant d’ailleurs, si on considère qu’il pourrait ne pas être tout à fait indemne dans une enquête indépendante et professionnelle qui ferait la lumière sur ces fameux 74 milliards et sur bien d’autres.

Cette enquête aura-t-elle lieu ou sera-telle définitivement enterrée ? En tout cas, l’argument selon lequel cette enquête serait illégale parce que portant sur les fonds politiques ne tient pas la route. C’est peut-être aussi le lieu de s’interroger sérieusement sur ces deniers publics mis à la disposition du Président de la République qui en fait ce qu’il veut et qui ne sont soumis à aucun contrôle.

Au lendemain de son installation comme quatrième Président de la République du Sénégal, le sobre Macky Sall a carrément reconduit, grâce à un décret d’avance, les huit milliards de fonds politiques, les huit de l’année 2012 ayant été vidés par le Président Wade en trois mois (janvier, février, mars). Il semblerait, aujourd’hui, que les fonds politiques soient montés à dix milliards. Si l’information est avérée et il est fort probable qu’elle le soit, le Président Macky Sall aura grillé 70 milliards à la fin de son premier mandat.

Soixante-dix milliards pour entretenir une famille, un Parti, une Coalition, des chefs religieux et tous autres Sénégalais susceptibles de contribuer de façon significative à sa réélection en 2019 ! Combien de forages, d’écoles, de centres de santé, de routes, de brigades de gendarmerie et de commissariat de police dans les régions périphériques, etc., pourrait-on construire avec autant de milliards ? Certainement des milliers dont profiteraient des millions de nos compatriotes.

Parlant des fonds politiques lors de l’Emission Diine ak Jamono de jeudi dernier, le sulfureux colonel Cissé les comparait à du alali baïtimaar. En d’autres termes, à de l’argent jeté par la fenêtre, dépensé sans compter et sans discernement. Cet esprit des fonds politiques doit radicalement changer. On n’entendra jamais en France, en Angleterre ou en Allemagne, encore moins dans les pays de l’Europe du Nord, que le Président de la République, le Chancelier ou le Premier Ministre fera de ce qu’il veut les fonds politiques, sans rendre compte.

Il est temps que nous sortions de notre situation de démocratie tropicale. Ce serait en tout cas un très mauvais signe pour nous, un de plus, si cette affaire de 74 milliards était définitivement enterrée. Le peuple doit exiger qu’elle soit élucidée, qu’on sache si oui ou non elle est fondée. Si elle est fondée, que les acolytes soient confondus, rapatrient le « butin » et paient cher leurs forfaits ! Et quel que soit leur âge.

Si, au contraire, c’était une légende, que tous les compatriotes mis en cause injustement soient matériellement et moralement dédommagés, et que les faux accusateurs soient sévèrement punis, pour délit de grave diffamation ! C’est aussi simple que cela et je ne vois pas comment le Président de la République pourrait s’y opposer, sans frais. Il est vrai que, comme son prédécesseur, il compte sur la puissance de l’argent et sur notre torpeur, qui peut réserver pourtant bien des surprises, comme ce fut le cas Le 23 juin 2011 et le 25 mars 2012.

Dakar, le 20 juillet 2016

Karim Wade le « héros » fabriqué, « blanc comme neige » !, Par Mody Niang

Karim Wade le « héros » fabriqué, « blanc comme neige » !, Mody Niang

MODY NIANG

La grâce a été donc accordée à Karim Wade, sur « demande  de  tout le monde », explique sans conviction le Président de la République. « Sur demande de la famille », renchérit le Secrétaire général du Gouvernement, auteur du livre « Contes et mécomptes de l’Anoci » (Editions Sentinelles, Dakar, août 2009), au moment où il était encore journaliste.  Ce qui était donc finalement considéré comme « une demande sociale » a été satisfait et le bénéficiaire se la coule douce à Doha, sûrement traité comme un prince par « son ami », l’Emir du Qatar.

Cette tournure des événements met abondamment d’eau dans le moulin des compatriotes qui clamaient partout, urbi et orbi, que Karim Wade était « blanc comme neige ». Karim Wade « blanc comme neige » ! C’est vraiment le Sénégal à l’envers. Dans ma dernière contribution, j’ai rappelé la grande avenue que son père lui avait ouverte pour lui permettre tous les abus. Et, en fils gâté, il a largement profité des pouvoirs exorbitants que lui conféraient alors les textes en vigueur, taillés à sa mesure. La dévolution monarchique germait déjà dans l’esprit du père qui allait y mettre le prix.
 
Le premier acte du projet monarchique du Président-père, c’est la nomination du fils à la tête du Conseil de surveillance de « l’Agence nationale pour l’Organisation de la Conférence islamique (Anoci) ». Pendant au moins quatre ans, il a géré de façon presque discrétionnaire et écrasant au passage le Directeur exécutif nommé pour la galerie, des centaines de milliards, sans jamais rendre compte et sans qu’aucune structure de contrôle ait osé fouiner dans cette gestion. Il a fallu attendre le départ du pouvoir du père pour qu’une mission de l’Inspection générale d’Etat (IGE) passât en revue cette gestion discrétionnaire.
Dans son « Rapport public sur l’Etat de la Gouvernance et de la Reddition des Comptes » (juillet 2014). Le Rapport couvre la période 2004-2009, donc de la date sa création à celle de sa dissolution. 

Les contrôleurs de l’IGE ont mis en évidence, dans la gestion du fils de son père, des « cas illustratifs de mal gouvernance financière ». Ils ont ainsi constaté, relativement au fonctionnement de l’Agence, de graves manquements qui seuls, suffiraient à l’envoyer à Reubeuss (pp. 119-121). Ce sont, en particulier :

1 – des manquements et des retards substantiels dans la reddition des comptes : tous les états financiers ont été arrêtés au-delà des délais légaux. En outre, sur toute la période sous revue qui couvre cinq (5) exercices, le rapport du Commissaire aux comptes n’a été produit que pour les exercices 2007, 2008 et les quatre premiers mois de 2009 ;

2 – la récurrence des dépassements budgétaires de 2005 à 2009 ;

3 – l’absence de budgets prévisionnels du fait du recours à un système de dotation forfaitaire annuelle ;

4 – l’inapplication du manuel de procédures, illustrée par l’absence de rapprochement bancaire mensuel, dûment signé par le Responsable financier et la gestion de la caisse par ce dernier, en lieu et place du caissier, dont le recrutement avait été pourtant prévu par le manuel de procédures ;

5 – des manquements dans la préservation des documents d’archives, rendant ainsi difficile la reconstitution de la situation des fournisseurs et des comptes rattachés. Il a été constaté aussi l’absence de certains procès-verbaux répertoriant des décisions du Conseil de surveillance.

 Même si les contrôleurs de l’IGE ne l’ont pas expressément mentionné, en tout cas pas dans leur rapport de synthèse, on peut penser – et c’est ma conviction –, que les délinquants ont fait disparaître tous les documents qui pouvaient mettre en évidence leurs graves forfaits.

Par rapport aux investissements prévus, les contrôleurs ont constaté que :

1 – les infrastructures hôtelières n’ont pas été réalisées, encore moins les villas présidentielles dont la construction avait été prévue et budgétisée (26 milliards de francs CFA étaient annoncés pour la construction de ces fameuses villas : où est passé l’argent ? Ce commentaire est de moi-même) ;

2 – si le projet routier de l’ANOCI a certainement contribué à améliorer la mobilité urbaine dans l’agglomération dakaroise, sa réalisation a occasionné de nombreux manquements dont les suivants :

  1. – l’absence fréquente d’études d’avant-projet, laquelle a conduit à des modifications qui ont renchéri le coût des ouvrages ;

Le Tunnel de Soumbédioune n’avait pas, semble-t-il, été prévu. C’est en cours de chantier qu’il a été décidé, pour frapper l’imagination des Sénégalais. Long de 300 mètres, il aurait coûté 9 milliards de francs CFA alors que, techniquement, rien ne le justifiait vraiment. C’est en tout cas l’avis de nombreux techniciens que j’ai interrogés.

  1. – des violations du Code des Marchés publics, notamment le défaut de mise en concurrence dans la rénovation de l’Hôtel King Fahd Palace (ex-Méridien Président) sur financement du Royaume d’Arabie saoudite, pour un montant de cinq milliards trois cent cinquante-trois millions quatre cent quarante-deux mille huit cent six (5.353.442.806) francs CFA.

Quand le Rapport de l’IGE a été rendu public,  cette rénovation à 5 milliards aurait soulevé un tollé général d’étonnement et d’indignation à King Fahd Palace, où on se demandait légitimement où étaient passés ces 5 milliards. C’est, du moins, l’information digne de foi que j’ai reçue, et qui était dans la presse.

Au total donc, poursuivent les contrôleurs de l’IGE, dans la plupart des cas, les imperfections notées dans les études techniques préalables ont abouti à des défauts d’exécution majeurs et à de nombreuses modifications ayant entraîné des avenants et des marchés complémentaires.

Toutes ces limites ont engendré, au regard de la qualité et des coûts des infrastructures réalisées, un véritable problème d’efficience. L’audit technique actuellement en cours pourrait permettre d’approfondir la question, précisent les contrôleurs.

 Malheureusement, si on tient compte de la manière dont nous sommes gouvernés depuis le 2 avril 2012, il y a peu de chance que cet audit aille jusqu’à son terme. Et même si c’était le cas, le rapport qui le sanctionnera connaîtrait le même sort que tous les autres qui l’ont précédé. C’est ma forte conviction, fondée sur les multiples expériences que nous vivons depuis quatre ans quatre mois.

L’attention des contrôleurs de l’IGE a été aussi retenue par ce fameux bateau-hôtel « MSC MUSICA », loué à cinq milliards neuf cent trois millions six cent treize mille (5.903.613.000) francs CFA. Dans cette perspective, un acompte d’un milliard sept cent soixante et onze millions deux cent mille (1.771.200.000) francs CFA a été payé par la Direction générale de la Société nationale du Port autonome de Dakar (SN/PAD), sans l’aval de son Conseil d’Administration. Or, ce fameux bateau loué à ce montant exorbitant pour sept jours, est reparti au bout de seulement trois. 

Pendant que ce fameux bateau était loué à ce coût-là, des hôtels réquisitionnés à Dakar comme dans la zone de Saly, restaient désespérément vides, ou occupés par des non ayants droit. Le bateau-hôtel grand luxe n’a, lui non plus, reçu aucun hôte de marque. Il satisfaisait plutôt la curiosité des Dakarois. 

Cinq milliards neuf cent trois millions six cent treize mille (5.903.613.000) francs CFA pour seulement une présence de trois jours au Sénégal ! A qui fera-t-on avaler que les propriétaires du fameux bateau ont encaissé seuls les six milliards, sans renvoyer l’ascenseur ? Combien de forages, de centres de santé, d’écoles, de routes, etc., pourrait-on construire avec autant d’argent jeté par la fenêtre du bateau-hôtel, mais atterrissant sûrement dans des poches de caftans ou de pantalons « indigènes » ? Cette question, je me la pose légitimement, et sans doute de nombreux autres compatriotes avec moi. Rien que ce grave forfait que je n’ai pas inventé, devrait coûter plusieurs années de prison au fils de son père.

Pour revenir à l’audit de l’IGE, l’examen des états financiers de l’ANOCI a fait ressortir d’autres graves anomalies parmi lesquelles :

1 – l’achat d’un luminaire à huit millions sept cent quatre-vingt-deux mille six cent dix (8.782.610) francs CFA, ainsi que de deux appareils photos CANON et de trois objectifs pour un montant de vingt-six millions cent trois mille deux cent soixante-seize (26.103.276) francs CFA.

2 – l’utilisation autorisée par le Conseil de surveillance de cartes de crédit bancaires pour le Président dudit Conseil (Karim Wade) et le Directeur exécutif (Abdoulaye Baldé). Si M. Baldé n’a pas utilisé sa carte, le fils de son père (c’est mon expression, pas celle de l’IGE) a fait largement usage de la sienne, du 22 août 2005 au 28 août 2007, pour honorer un montant total de dépenses de deux cent soixante-quinze millions huit cent huit mille cinq cent soixante-huit (275.808.568) francs CFA. 

Il est difficile, avec cette grave anomalie signalée par l’IGE, de ne pas se poser des questions et je me les pose. Quelles dépenses le fils de son père a-t-il honorées avec autant d’argent ? Où en sont les justificatifs ? S’ils existaient, les contrôleurs de l’IGE en feraient certainement état ! Ces millions se sont  sûrement volatilisés, comme le sont les milliards avec lesquels on devait construire les villas présidentielles, rénover le King Fahd Palace, louer le fameux bateau « MSC MUSICA ». C’est, en tout cas, ma forte conviction.

Si la gestion de toutes les institutions que Karim Wade a eu à diriger avait fait l’objet d’un même audit, les mêmes manquements auraient été constatés. On se rappelle que  quand il a été nommé Président du Conseil de surveillance de l’ANOCI, le fils de son père avait aménagé et équipé ses nouveaux bureaux, dans un immeuble neuf, pour 750 millions de francs CFA. J’invite mes compatriotes qui veulent se faire une bonne idée des graves forfaits qui ont entaché la gestion de l’ANOCI par Wade-fil, à lire le livre du journaliste d’investigation devenu homme politique.

On n’oubliera pas, non plus, qu’à l’avènement de la seconde alternance, le premier Ministre de l’Economie et des Finances du Gouvernement Abdoul Mbaye, M. Amadou Kane, a révélé que les voyages de Karim Wade à bord de leur jet privé (à lui et à Abbas Jaber) nous ont coûté douze (12) milliards de francs CFA. Douze milliards pour faire le tour du monde en onze (11) ans ! Que personne ne me rétorque que c’était pour aller chercher de l’argent pour le pays ! Le Ministre Amadou Ba, pour lequel je n’ai pas beaucoup d’estime – j’expliquerai un jour pourquoi –  fait entrer beaucoup d’argent dans le pays, même si son utilisation pose parfois des problèmes d’efficacité, de pertinence. Et, pourtant, il ne voyage pas en jet privé. En tout cas, pas à ma connaissance. 

Voilà Karim Wade, dont le Président Macky Sall a fait aujourd’hui un « héros » ! Voilà Karim Wade, dont des Sénégalais (les Libéraux en particulier) ont le toupet de soutenir mordicus qu’il « est blanc comme neige ». La grâce dont il a bénéficié est une insulte à notre intelligence, à notre dignité, à la démocratie et à toutes les valeurs morales et républicaines. Comme le sont d’ailleurs les insoutenables pillages de nos maigres deniers, mis en évidence par le dernier Rapport de la Cour des Comptes et étalés dans la presse, mais qui ne seront sûrement pas punis, les sanctions négatives ne trouvant pas grâce auprès du Président Macky Sall. La preuve, il met sans état d’âme le coude sur les rapports et autres dossiers qu’il reçoit, en particulier s’ils mettent en cause les hommes et les femmes de son clan.

Dakar, le 7 juillet 2016
Mody Niang

Mody Niang à Macky : « Comment pouvez vous encore regardez vos compatriotes les yeux dans les yeux ?”

“Monsieur le Président, où trouvez-vous la force de regarder encore vos compatriotes les yeux dans les yeux ?”, Mody Niang

Monsieur le Président, le 25 mars 2012, les électeurs sénégalais ont choisi de faire de vous le quatrième Président de la République, en vous accordant 65 % de leurs suffrages. Ils étaient encouragés dans leur choix par votre programme qui leur promettait le progrès, le mieux-être. Vous avez surtout pris devant eux des engagements formels, plusieurs fois réitérés au Sénégal comme hors du pays. Ces engagements sont suffisamment connus pour qu’on ait besoin de s’y attarder longuement.

 

Plus de quatre ans après, vos compatriotes constatent qu’ils ne vous entendent plus parler de transparence, de sobriété, de vertu, ni de la primauté de la Patrie sur l’APR. Vous n’en parlez pratiquement plus, puisque la gouvernance que vous mettez en œuvre depuis votre installation officielle le 2 avril 2012, c’est exactement le contraire de vos engagements. Votre gouvernance – on n’a pas besoin de rentrer dans les détails pour le démontrer – n’est ni transparente, ni sobre, ni vertueuse.

 

En outre, votre parti et votre coalition ont pris nettement le large devant la pauvre petite patrie. Je n’ai pas besoin, pour ce qui me concerne en tout cas, de m’attarder sur ces constats qui crèvent les yeux : je les ai illustrés à suffisance dans nombre de mes contributions antérieures. Vos compatriotes le constatent aussi au quotidien, à travers vos comportements.

Vous avez trahi en particulier votre engagement plusieurs fois réitéré (parfois dans des circonstances solennelles) à réduire, au cas où vous étiez élu, le mandat présidentiel de sept à cinq ans, et à vous l’appliquer. On connaît la suite : vous attendez quatre ans pour, contre toute attente, conditionner la mise en œuvre de votre engagement à un avis du Conseil constitutionnel. Que ne l’aviez-vous pas annoncé entre les deux tours ou une fois définitivement élu ? Votre éminent conseiller juridique devrait quand même vous le conseiller ! Nous retenons donc, qu’en vous abritant derrière l’avis-décision du Conseil constitutionnel, vous avez trahi votre engagement solennel, vous avez trahi vos électeurs et le pays tout entier. Ce wax waxeet est bien plus décevant, bien plus dégradant que celui de votre prédécesseur.

Vous avez aussi dilué votre promesse de transparence dans un autre subterfuge : la nécessité d’accélérer la cadence vers l’émergence. Dans cette perspective, vous privilégiez largement le gré à gré qui devient de plus en plus la règle au détriment de l’appel d’offre. Pour ne prendre qu’un exemple, le marché de l’autoroute « Ila Touba » nous est tombé pratiquement du ciel : 112 km pour un coût de 416 milliards de francs CFA ! Autant de milliards pour une autoroute de 112 km, qui se construit sur un terrain plat et sablonneux, avec seulement pour obstacles quelques arbres sahéliens ! Comparaison n’est certainement pas raison. Cependant, nous n’avons pas pu résister à la tentation de comparer « Ila Touba » à l’Autoroute Marrakech-Agadir mise en circulation en 2010.

Comme on le constate en lisant le tableau, l’autoroute Marrakech-Agadir apparaît comme un projet « hors normes », si on le compare à l’Autoroute Thiès-Touba. Pourtant, les deux infrastructures ont un coût presque équivalent, avec une différence de moins de 15% entre les deux. Selon mes informateurs (des techniciens de haut niveau), cette différence s’efface d’ailleurs si on considère qu’il faut sûrement ajouter, pour Thiès-Touba, les immanquables exonérations fiscales et autres facilitations douanières qui caractérisent ce type de contrat négocié on ne sait comment et par qui.

Les Chinois paieront-ils les droits de douane pour les différents matériels qu’ils vont importer ? Probablement non. A l’arrivée donc, nous risquons, nous pauvres contribuables sénégalais, de nous retrouver avec une autoroute Thiès-Touba bien plus coûteuse que l’Autoroute Marrakech-Agadir, deux fois plus longue et avec des caractéristiques techniques et fonctionnelles sans commune mesure.

Nous courons le même risque avec ce Train Express régional (TER) de 54 km, qui va nous coûter 507 milliards de francs CFA. C’est, du moins, ce qu’a révélé votre Secrétaire d’Etat au Réseau ferroviaire, M. Abdou Ndéné Sall, dans un entretien à L’Observateur. Il y précise : « Le Train Express Régional (TER) va coûter près de 507 milliards F CFA répartis comme suit : les rails Dakar-Aibd 366 milliards, le matériel roulant (11 rames) 86 milliards et les provisions (15%) 55 milliards F CFA». Invité à l’Emission « Objection » de Baye Oumar Guèye de Sud FM, je l’ai entendu donner un montant légèrement inférieur à 507 milliards.

En tous les cas, M. le Président, 507 milliards, même un peu moins pour votre projet de TER, c’est presque fou pour le pays pauvre et endetté que nous sommes. Nous faisons face à surtout des priorités bien plus pressantes que ce TER. Des marchés aussi faramineux, nous en entendons parler tous les jours, sans en avoir la moindre information. Ainsi, on nous annonce qu’il faut 62 milliards pour terminer les travaux de l’AIBD. Combien nous coûtera finalement cet aéroport ? Nous ne le saurons sûrement jamais.

Monsieur le Président de la République, de tels exemples, je pouvais les multiplier. La transparence que vous nous avez promise est donc loin d’être au rendez-vous. Comme vous n’en parlez pratiquement plus, certains de vos proches s’emploient à nous faire croire encore à la transparence de votre gouvernance. En particulier, dans l’entretien qu’il a accordé au journal Sud quotidien du 10 juin 2016, le député Moustapha Diakhaté (qui a le vent en poupe ces temps derniers), évoque la CRÉI que vous avez exhumée et les autres dispositifs que vous avez mis en place : Code de la Transparence, réforme de la Cour des Comptes pour lui donner plus de pouvoir d’intervention et de contrôle des comptes publics, élargissement des assujettis à la déclaration de patrimoine, etc. Le Président de votre Groupe parlementaire – il est bien vôtre – insiste particulièrement sur la création de l’OFNAC, « une structure essentielle pour la probité des acteurs publics » et auquel vous avez donné « des pouvoirs énormes pour lui permettre de combattre efficacement la corruption et le détournement des deniers publics ».

Une autre de vos proches, Mme Aminata touré, entre dans la danse pour affirmer qu’ « en quatre ans, des progrès indéniables ont été accomplis en matière de lutte contre la corruption ». Elle rappelle « notre corpus législatif et réglementaire (qui) s’est enrichi de dispositifs normatifs permettant une meilleure gestion des deniers publics », ces mêmes dispositifs déjà cités par son camarade M. Diakhaté. Mme Touré poursuit sa plaidoirie en ces termes : « Pendant quatre décennies, le pillage des ressources publiques a été longtemps la règle. Il faut reconnaître que beaucoup de chemin a été parcouru depuis mars 2012 et c’est à mettre au crédit du Président Sall . . . »

Monsieur le Président de la République, vos avocats insistent particulièrement sur les dispositifs que vous avez mis en place. Monsieur le Président, vous êtes bien placé pour savoir que le principal n’est pas de mettre en place ces dispositifs. Le principal, ce sont les résultats concrets obtenus. Or, de ce point de vue, nous restons sur notre faim. La Cour des Comptes dont M. Diakhaté chante les réformes dépose chaque année entre vos mains des rapports qui épinglent gravement des gestionnaires de deniers publics. L’Inspection générale d’Etat (IGE) en fait autant. J’ai lu beaucoup de rapports de ces structures de contrôle et me suis indigné de la gravité des fautes dont de nombreux directeurs généraux et directeurs d’agences ou de sociétés nationales continuent allègrement de se rendre coupables. Je ne connais pas, depuis votre accession à la magistrature suprême, un seul délinquant présumé qui ait été sanctionné. Vous confortez au contraire les mauvais gestionnaires, avec ce coude que vous mettez sur les dossiers.

Le 24 mai 2016, la Présidente de l’OFNAC a rendu public le Rapport d’activités 2014-2015 de l’Office au King Fahd Palace. C’est à vous qu’elle devait le présenter au cours d’une audience solennelle qui lui a été refusée, sous le prétexte fallacieux d’un agenda chargé. Prétexte fallacieux puisque la Présidente du Conseil économique, social et environnemental et celle du Haut Conseil du Dialogue social vous ont présenté respectivement leurs Rapports d’activités, de façon solennelle, les 25 et 23 mai 2016.

 

En vérité, Monsieur le Président de la République, vous donnez la forte impression de ne plus vouloir sentir l’OFNAC et sa Présidente car, vous vous êtes sans doute rendu compte que celle-ci a décidé d’exercer tous les pouvoirs que la loi donne à l’institution qu’elle préside. Vous ne supportez pas, apparemment, que deux des dossiers déposés par l’OFNAC auprès du Procureur de la République mettent en cause deux de vos proches. Votre position, dans cette affaire, est déjà le signe que les deux présumés coupables ne seront pas le moins du monde inquiétés. Votre Directeur de Cabinet a d’ailleurs donné le ton dès que le Rapport de l’OFNAC a été rendu public, en faisant une sortie au vitriol contre sa Présidente.

A quoi servent donc ces structures de contrôle que certains de vos proches portent toujours en bandoulière ? Finalement pas à grand-chose. Jusqu’à preuve du contraire, l’IGE ne recevra jamais pour mission de votre part d’aller contrôler la gestion de la Poste, du COUD, de l’ARTP, du PAD, etc. Et même si, par extraordinaire, c’était le cas, ce ne serait que pour la galerie.
Monsieur le Président, votre gouvernance n’est pas transparente. Elle n’est, non plus, ni juste, ni sobre, ni vertueuse. Vous avez publiquement béni la transhumance. Non content de la bénir, vous l’encouragez et l’entretenez au niveau le plus élevé de l’Etat. Vous voulez finalement en faire une pratique normale. Vous n’y parviendrez pas. Un membre de votre parti, Me Djibryl War, la conçoit bien autrement. Défendant la libération de Karim Wade dans un entretien au journal Le Populaire du 13 juin 2016, il martèle : « Imaginez ce qu’il (Karim) devait ressentir, lorsqu’il voyait, pour la première fois, dans sa cellule, à travers la télé, ses anciens courtisans qui, comme des oiseaux picoreurs, reprendre leur envol migratoire au gré des saisons politiques, transhumance oblige, en direction du nouveau pouvoir, dans la proximité immédiate du Président et de la Première Dame, l’abandonnant à son triste sort. »
Monsieur le Président de la République, votre militant a parfaitement campé la transhumance, qui est une pratique détestable, n’ayant pas sa place dans une gouvernance vertueuse. En outre, sa valeur ajoutée dans votre réélection est presque nulle.

Monsieur le Président, vous ne faites que nous décevoir depuis le 2 avril 2012, en reniant sans état d’âme vos engagements. Vous allez sûrement nous donner le coup de grâce avec deux graves décisions en perspective : la reconstitution de la famille libérale et la libération de Karim Wade. Le PDS et son vieux chef ont pillé le pays pendant douze longues années, détraqué notre administration et malmené nos institutions. Nous en avions assez de leur gouvernance nauséabonde et les avons renvoyés sans équivoque dans l’opposition le 25 mars 2012. Voilà que vous allez nous les faire revenir par la fenêtre et ajouter gravement à la mal gouvernance que vous nous imposez. Basta, M. le Président ! De grâce, épargnez-nous ce martyre ! Nous souffrons déjà terriblement des pratiques liées à votre gouvernance.

Voilà encore, M. le Président, que vous décidez de libérer Karim Wade, sous le prétexte fallacieux que beaucoup de monde en fait la demande et qu’il a déjà purgé la moitié de sa peine. Vous vous y êtes tellement mal pris que les rôles sont inversés : vous êtes désormais sur la défensive, pendant que Wade-père, Wade-fils et leur clan sont en position de force. Wade-fils en est tellement conscient qu’il cracherait sur la grâce et exigerait l’amnistie, car « il est blanc comme neige ». Bizarrement, la culpabilité a changé de camp. En tout cas, M. le Président, la libération de Karim Wade sonnera le glas de la CRÉI comme des autres structures mises en place pour lutter contre l’enrichissement illicite, la corruption, les détournements de deniers publics et toutes autres pratiques malsaines qui obèrent nos maigres ressources.

Karim Wade et les autres (Aïda Ndiongue et consorts) libérés – car ils le seront sûrement –, vous n’oserez plus lever le plus petit doigt sur aucun autre Sénégalais, aucune autre Sénégalaise. Les vingt-quatre compatriotes qui devaient suivre Karim Wade poussent un ouf de soulagement : on n’a pas besoin d’être un devin pour savoir qu’ils ne seront plus poursuivis. Pourtant, nombre d’entre eux, sinon tous ont participé au pillage systématique de nos ressources. Vous le savez parfaitement, M. le Président de la République, car vous les avez pratiqués pendant huit ans, à des niveaux très élevés. La CRÉI ne les avait pas sûrement désignés par hasard comme délinquants présumés.

Quelques-uns de vos proches, notamment Me Djibryl War, veulent vous faire croire que vous avez été abusé, trompé par des « esprits pervers, haineux, revanchards (qui voulaient) assouvir leur vengeance sur la personne de l’ancien Président Abdoulaye Wade à travers son fils, en utilisant la CRÉI ». Vous seriez donc à ce point influençable, M. le Président ! En réalité, il n’en est rien. Et c’est un autre de vos proches, le député Moustapha Diakhaté, qui va prendre le contre-pied de son camarade War. Dans un communiqué, il rappelle que la Traque des Biens mal acquis et la lutte contre l’impunité représentent « une exigence populaire et la mise en œuvre d’une promesse électorale du candidat Macky sall ». Il ajoute que, dans le Yoonu Yokkute, vous vous êtes engagé à « prendre des mesures fortes pour vous attaquer, une fois élu, à la corruption et aux détournements de deniers publics (…) ».

Ce même député veut nous faire avaler que si vous n’avez pas gagné jusqu’ici votre combat, c’est que vous n’êtes soutenu ni par votre propre parti, ni par votre coalition, ni par la Société civile. Vous seriez encore plus gêné par des « lobbies politiques et religieux, voire des hommes d’affaires qui tiennent tous en otage le pays, en le tirant vers le bas ». M. Diakhaté va plus loin encore en disant constater, en dépit de tous vos efforts, « l’accueil glacial que l’opinion, d’une manière générale, a réservé à (votre) nouvelle politique de bonne et de gouvernance vertueuse ». Ce proche vous raconte des histoires, M. le Président. Quelle est cette opinion qui accueille de façon glaciale une politique de bonne gouvernance ? Quand même ! En outre, il veut vous faire croire que vous n’êtes pas capable de mener seul le combat contre la corruption et les détournements de deniers publics ! M. le Président de la République, vous avez entre vos mains tous les instruments qui vous permettent de lutter avec succès contre ces fléaux. Vous serez soutenu par l’écrasante majorité de vos compatriotes, si vous êtes sincère dans votre combat. S’il existe, quelque part, des adversaires à la lutte contre la bonne gouvernance, il faut les chercher du côté de la famille que vous envisagez de reconstituer.

M. le Président de la République, il est de temps de conclure, même si je le fais le cœur gros car, il existe encore tellement de problèmes sur lesquels je pouvais continuer de vous interpeller ! M. le Président, après le reniement de pratiquement tous vos engagements, vous regardez encore sans état d’âme vos compatriotes les yeux dans les yeux. Où trouvez-vous cette force ? La réponse à cette question est à chercher peut-être dans la chance inouïe que vous avez de régner sur un peuple prêt à avaler passivement toutes les couleuvres, à encaisser tous les coups, un peuple qui encaisse mieux que le regretté Mohamed Ali, du temps de sa splendeur. Même si vous étiez encore jeune, vous vous rappelez certainement le combat qui l’a opposé à son compatriote George Foreman. C’était en 1974, au Stade Tata Raphael de Kinshasa. Forman, un grand cogneur à l’époque, a roué de coups son adversaire à certains moments, au point que des observateurs pensaient qu’il fallait arrêter le combat. Mais Mohamed Ali a tenu bon et, profitant de la fatigue de son adversaire qui envoyait des coups de façon désordonnée, les esquiva et l’envoya au tapis, contre toute attente.

J’espère que le peuple sénégalais sera capable du même sursaut le moment venu, pour vous barrer la route en 2019 si, entre-temps, vous ne changez pas cap. Ce dont je ne vous crois pas capable d’ailleurs, puisque votre gouvernance plonge trop profondément ses racines dans le système mis en place par votre prédécesseur, au lendemain du 19 mars 2000. Système qui vous colle à la peau et vous vaut d’envisager les deux graves décisions pour lesquelles le peuple sénégalais ne vous avait pas accordé sa confiance le 25 mars 2012.
Dakar, le 16 juin 2016
Mody Niang

Alternances I et II : la continuité dans la mauvaise gestion socialiste-Par Mody Niang

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Le 19 mars 2000, le peuple sénégalais tournait une nouvelle page de l’histoire politique du pays. Ce jour-là, les électeurs portèrent au pouvoir le candidat Abdoulaye Wade en lui accordant 58,49 % de leurs suffrages. Le candidat sortant, Abdou Diouf, était pratiquement confiné dans son score du premier tour, passant de 41,30 % à 41,51 %. Il perdait ainsi le pouvoir après 40 ans de présence au cœur de l’Etat socialiste.
D’emblée, je me démarque des compatriotes qui affirment, qu’après 40 ans de règne sans partage, les Socialistes n’ont pratiquement rien fait au Sénégal. Le dernier Premier Ministre du président Abdou Diouf, Mamadou Lamine Loum, a fait l’état du pays dans son livre « Le Sénégal au 1er avril 2000 », publié en mars 2001. Ce livre n’a fait l’objet d’aucune contestation sérieuse, en tout cas pas à ma connaissance. Deux économistes, les professeurs Abdoulaye Diagne et Gaye Daffé l’ont conforté dans leur étude « Le Sénégal en quête d’une croissance durable », Crea, Karthala, 2002.

Le président Abdoulaye Wade lui-même, interrogé par « Jeune Afrique » répondait ceci : « En vérité, je n’ai pas trouvé des caisses vides. » Je renvoie aussi le lecteur intéressé à mon livre « Abdou Diouf : 40 ans au cœur de l’Etat socialiste au Sénégal », L’Harmattan, juin 2009, chapitre V (150-181).
Les Socialistes nous ont laissé une situation économique qui était loin d’être catastrophique, une Nation forte et une bonne administration, malgré quelques insuffisances. Ils ont donc fait du bon, mais ils ont fait aussi du moins bon, même du mauvais, parfois du très mauvais. C’est cette mauvaise gestion qui explique, pour l’essentiel, avec l’usure du pouvoir, leur défaite cuisante du 19 mars 2000. Cette gestion se manifestait par la récurrence de scandales de plus en plus insupportables, surtout dans les années 90. On se rappelle ainsi ceux intervenus à la Poste, au Coud, à la Lonase, à la Caisse de Péréquation et de Stabilisation des prix, à la Croix Rouge sénégalaise, etc. La mauvaise gestion était facilitée, encouragée par l’absence de contrôle et, partant, de sanctions.

Celui qui était alors tout puissant Ministre d’Etat, Ministre des Services et Affaires présidentiels y a beaucoup contribué par certaines de ces déclarations lors de ses tournées politiques. Ainsi, en tournée dans le Département de Mbour en juillet 1998, il lançait, en direction de ceux qui dénonçaient la mauvaise gestion dans les sociétés nationales : « Je voudrais leur confirmer ici (à ceux qui dénonçaient) que les directeurs nationaux ont la confiance du Président de la République et c’est ça seulement qui compte. »

Réagissant alors à cette invite directe à la mauvaise gestion, je fis publier une contribution dans le « Sud quotidien » du jeudi 18 juillet 1998. Dans cette contribution parue à la Une du journal et intitulée « Enrichissez-vous ! », je faisais remarquer ce qui suit :
« Aux yeux du Ministre d’Etat, aucune autre considération (que la confiance du Président de la République) n’est importante.

Le feu vert est donc donné par une voix autorisée, la plus autorisée après celle du Président de la République. Les directeurs nationaux peuvent donc s’en donner à cœur joie et Dieu sait qu’ils ne feront pas la fine bouche, ils ne se feront pas prier. Déjà, pendant que le feu vert était seulement implicite et officieux, ils n’y allaient pas de main morte… ».
Ils n’y sont pas effectivement allés de main morte et nos sociétés nationales en ont terriblement souffert.
A Ngoundiane (petite localité dans la Région de Thiès), où il était allé présider un meeting du Parti socialiste (PS), il s’adressait en ces termes à son camarade, Directeur général (Dg) de la Société nationale des Chemins de fer du Sénégal (Sncfs) : « Le Président de la République est au courant de ce que vous faites et vous félicite. Et moi de même. » Ce Dg était considéré comme le financier du PS. Il s’était surtout rendu célèbre par ses grandes libéralités dont il disait que c’était du « social ». Après l’avènement de l’alternance, le rapport d’audit du cabinet Ernst et Young qui sanctionnait sa longue gestion, faisait état d’un détournement de 7 milliards.
Deux instruments très « corruptogènes » venaient aggraver la gestion des Socialistes. C’est d’abord le décret 97-632 du 18 juillet 1997 qui créait le Projet de Construction d’immeubles et de Réhabilitation du Patrimoine bâti de l’État (Pcrpe). Il autorisait la procédure de l’entente directe jusqu’à 100 millions de francs CFA pour les études et les fournitures, et jusqu’à 150 millions pour les constructions neuves. Le Pcrpe avait à sa tête un proche du Ministre d’Etat Ministres des Services et Affaires présidentiels et était logé à la Présidence de la République. Sa gestion a donné lieu à de graves dérives.
C’est aussi un décret qui autorisa les proches collaborateurs du président Diouf à recourir aux fameux accords secrets de pêche pour financer – c’était le prétexte – la réalisation de certaines infrastructures dans le cadre de la préparation de Sénégal 92. Notre pays devait organiser, cette année- là, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football.

Ces accords, qui sont restés en vigueur plusieurs années après la CAN 92, ont été pour beaucoup dans le pillage de nos maigres ressources halieutiques. Ils ont aussi trop facilement enrichi des Socialistes alors proches du président Diouf. Rien d’étonnant donc à ce que, l’usure du pouvoir aidant, le peuple leur infligeât la cuisante défaite du 19 mars 2000.

Le vainqueur, Me Abdoulaye Wade, est officiellement installé le 1er avril 2000, après 26 ans d’opposition. Pendant cette longue période, il a promis ciel et terre au point de susciter chez le peuple du 19 mars, d’immenses espoirs d’une meilleure gouvernance, d’une gouvernance de rupture totale par rapport à sa devancière. Dès sa première adresse à la Nation, l’homme allait le conforter dans ses espoirs, tout en sachant qu’il allait faire tout le contraire de ce qu’il s’engageait à réaliser.
Nous nous souvenons encore de la tonalité de son discours du 3 avril 2000. Il y affirmait avec force (une force en réalité feinte) : « (…) Je veux que le Gouvernement du nouveau régime soit différent de l’ancien régime qui était celui des improvisations et des approximations (…) Je ne saurais tolérer les pratiques de commissions occultes, de corruption ou de concussion, sous quelque forme que ce soit. Je veux que soient bannies de l’espace sénégalais ces pratiques qui, dans ma pensée, appartiennent désormais au passé. »

Et le président du « changement » et de la « rupture » d’assurer le peuple (alors aux anges) de sa volonté de « faire la lumière sur la gestion écoulée (celle des Socialistes défaits) en remontant aussi loin que le permet la loi » et de sa décision de « procéder à un audit de l’Etat et de ses démembrements, des sociétés d’Etat et des sociétés nationales dans lesquelles l’Etat détient des intérêts, ainsi que des collectivités locales (…). »
Il fera effectivement, par des audits, la lumière sur la gestion écoulée. De nombreux directeurs de sociétés nationales seront gravement épinglés. Au lieu d’être sévèrement sanctionnés, pratiquement tous se retrouveront avec un surprenant non-lieu, et seront recyclés dans le PDS.
On se souvient aussi que le Président du « SOPI » (du « changement ») s’était engagé, une fois élu, à abroger le fameux décret du 18 juillet 1997 et à délocaliser sans délai le Pcrpe de la Présidence de la République. On connaît la suite : élu et officiellement installé, le nouveau Président de la République maintient la structure « corruptogène » à la Présidence et la renforce même notablement. Il y confirme, après l’avoir recyclé, l’homme qui y était déjà en service. Les marchés de gré à gré qui ne dépassaient pas le montant de 150 millions du temps des Socialistes, crèvent tous les plafonds.

C’est ce Pcrpe qui construisait dans une nébulosité totale les bassins de rétention, les cases des tout petits, les tribunaux départementaux, les écoles, les centres de santé, les hôpitaux, etc. Après neuf ans de festin et de bamboula, le Président de la République prend en catimini le décret n° 2009-1253 du 11 novembre 2009 pour dissoudre le Pcrpe et met en place, sans autre forme de procès, une commission de liquidation le 29 décembre 2009.
La longue gouvernance de l’homme sera jalonnée de scandales de toutes sortes, mais qui ne seront jamais punis. Ils seront, au contraire, entretenus, encouragés, comme ils l’étaient du temps des Socialistes. Quelques exemples parmi de nombreux autres suffiront à l’illustrer.
Lors de la Rentrée solennelle des Cours et Tribunaux le 10 janvier 2007, le président Wade donnait cette réponse renversante à une question d’un journaliste sur les actes de corruption qui éclaboussaient certains magistrats : « Ces scandales que l’on dénonce sont une preuve de vitalité démocratique. Ils existent dans tous les pays. Ce sont des accidents de parcours qui finiront par être absorbés dans l’évolution du Sénégal. »

Le même homme, présidant les travaux de l’Assemblée générale de l’Association nationale des présidents de Conseils ruraux, le 9 janvier 2007 au Méridien Président leur lançait : « Vous vendez des terres sans en avoir la compétence. Si j’avais suivi la loi, certains d’entre vous iraient en prison. » Ce n’est pas tout. Le mardi 19 mai 2009, il reviendra à la charge pour les rappeler encore à l’ordre de façon plus surprenante encore : « Arrêtez de vendre des terres. Trop de présidents de communautés rurales ont vendu des terres à des étrangers. Je ne vais plus arrêter les dossiers judiciaires. Vous n’avez pas le droit de vendre des terres. »

Notre homme ne s’arrête pas d’ailleurs en si bon chemin. En tournée « économique » dans le Département de Mbour le lundi 17 mars 2009, il réunit, en « séance de travail », à la préfecture, les frères ennemis libéraux et leurs responsables, pour recoller les morceaux avant les élections locales du 22 mars 2009. Ces derniers s’accusant mutuellement de sorcellerie, il tranche net les accusations et contre-accusations en ces termes : « Taisez-vous ! D’ailleurs, n’eût été ma magnanimité, vous tous devriez vous retrouver derrière les barreaux. »

Tout au long de sa longue gouvernance donc, c’est l’impunité, c’est la corruption, la fraude et les détournements de deniers publics entretenus et encouragés au niveau le plus élevé de l’Etat. Sans compter nos institutions qui étaient piétinées et mises au service de son clan. N’en pouvant plus, le peuple le sanctionna à la mesure de ses fautes gravissimes, le 25 mars 2012. Faute de mieux, il porta son choix sur son « fils » Macky Sall.

Comme le « père », le « fils » avait pris beaucoup d’engagements. Comme le « père », il n’en respecta pratiquement aucun. Ai-je besoin de m’attarder sur tous ses wax waxeet ? Si ce texte n’était pas déjà long, je consacrerais au moins une page à l’illustration de chacun d’eux. Je retiendrai en tout cas le reniement de son engagement plusieurs fois répété à écourter le mandat présidentiel de sept à cinq ans et à se l’appliquer, s’il était élu. Ce wax waxeet serait fatal à tout homme ou à toute femme politique dans une démocratie qui se respecte.

La gouvernance transparente, sobre et vertueuse, ainsi que le gouvernement de 25 membres qu’il avait en bandoulière ont connu le même sort. Il en est de même de son slogan « La Patrie avant le Parti ». La gouvernance que nous met en œuvre l’homme né après les indépendances est nébuleuse, outrancièrement partisane et follement dépensière. Elle est surtout à mille lieues de la vertu. Celle-ci est incompatible avec le non respect de la parole donnée, l’achat de consciences et la bénédiction de la détestable transhumance. L’homme la pratique sans état d’âme et à ciel ouvert.

Ainsi, le 15 avril 2015, à Fatick, il a déclaré sans sourcilier: « La transhumance est un terme péjoratif qui ne devrait jamais être utilisé en politique. Moi, en tout cas, mon mot d’ordre c’est l’ouverture. Par tous les moyens et partout où vous pouvez convaincre les Sénégalais, amenez-les pour qu’ils accompagnent l’action du Président de la République. Je n’ai aucun problème à recevoir des opposants dans mon parti. »

Donc, lui, ne fait pas de différence entre le bon et le mauvais Sénégalais, entre le corrompu jusqu’aux os et le vertueux, l’essentiel pour lui étant de massifier son parti. On comprend qu’il ne soit pas gêné le moins du monde d’aller chercher des compatriotes connus comme Djibo Ka, Ousmane Ngom, Awa Ndiaye (je reviendrai sur le cas de celle-là) et consorts. En tout cas, au rythme où il débauche, il va faire de l’APR un PDS bis, s’il n’y est pas arrivé déjà. Ce PDS bis sera de plus en plus renforcé dans la Coalition Bennoo Bokk Yaakaar par le Parti socialiste. Ils ont pour dénominateur commun la mauvaise gestion et rien d’étonnant qu’ils s’entendent comme larrons en foire dans cette coalition.

D’ailleurs, les militants de l’APR (PDS bis) peuvent dormir comme des marmottes : quelque trois ou quatre Socialistes défendent rageusement leur mentor, mieux qu’ils le ne feraient tous réunis. Ce bloc mettra tout en œuvre pour gagner les prochaines législatives et, deux ans après, l’élection présidentielle. C’est pourquoi j’ai appelé à la mise en place d’un Front républicain pour leur faire face. Malheureusement, des compatriotes mal inspirés et qui ne lisent qu’épisodiquement mes écrits, ont tôt fait d’interpréter mon initiative comme un clin d’œil à « ceux qui ont pillé notre pays ». Ils n’ont vraiment rien compris. Pendant quarante ans que j’interviens dans l’espace public, mon camp a toujours été, sans équivoque, celui de la bonne gouvernance, de la gestion vertueuse de nos maigres ressources publiques. Je croyais sincèrement que mes compatriotes l’avaient compris.

Dakar, le 6 avril 2016
MODY NIANG

« Que ça plaise ou non, l’opposition doit subir ma politique ! » Par Mody Niang


« Que ça plaise ou non, l’opposition doit subir ma politique ! » Par Mody Niang
Cette déclaration surprenante a été faite par Président de la République à l’occasion d’une cérémonie organisée pas sa tonitruante majorité au Grand Théâtre, le jeudi 3 mars 2016. A ma grande surprise, elle est pratiquement passée inaperçue, puisque n’ayant pas suscité des réactions significatives. En tout cas pas à ma connaissance. Elle a peut-être été reléguée au second plan par la bataille âpre et sans merci que se livrent les partisans du « oui » et du « non » au Référendum du 20 mars prochain. Pourtant, la déclaration est suffisamment grave pour retenir l’attention des uns et des autres.
Le Président de la République nous a d’ailleurs habitués à de telles déclarations péremptoires. Ainsi, face aux critiques relatives à sa volonté exprimée d’envoyer des troupes sénégalaises en Arabie saoudite (peut-être au Yémen), il a répondu sèchement : « C’est moi qui décide ». Avec le même ton, il a toujours répondu aux critiques sur ses nominations : « C’est moi qui nomme », s’inspirant sûrement de son prédécesseur qui n’était pas le moins du monde gêné de répéter chaque fois que de besoin : « C’est moi qui nomme. Je peux même nommer mon chauffeur ambassadeur ». On entendra également le Président Macky Sall « siffler la fin de la récréation » plusieurs fois.
Arrêtons-nous un peu sur ces dernières déclarations avant de revenir sur celle du jeudi 3 mars 2016. Oui, nous lui reconnaissons son pouvoir constitutionnel de « nommer à tous les emplois civils et militaires » comme sa qualité de « chef des Forces Armées ». Oui, il a le pouvoir de nomination, mais ce pouvoir ne saurait être absolu et dépendant de sa seule volonté, des seuls intérêts de son clan. Le 25 mars 2012, 65 % des électeurs avaient porté leur choix sur lui pour gouverner le pays, pour mieux le gouverner, autrement que par son prédécesseur. Ce pouvoir de nomination n’en fait pas un buur, un bummi. Il ne peut pas en user comme bon lui semble, mais plutôt en fonction de l’intérêt général. Ce pouvoir de nomination ne devrait pas profiter exclusivement aux membres de son Parti et de sa Coalition – ce qui est exactement le cas aujourd’hui –, mais prioritairement aux compatriotes qui ont les meilleurs profils.
De même, il ne devrait pas pouvoir décider en solitaire d’envoyer nos soldats sur des champs de bataille. Dans l’Armée, nous avons nos fils et nos filles, nos petits fils et nos petites filles, nos neveux et nos nièces. Personne ne devrait pouvoir, sur un coup de tête et sans discernement, fût-il le Président de la République, les envoyer sur tous les champs de bataille. Oui, c’est lui qui décide mais les décisions, il doit les prendre de façon éclairée, républicaine, concertée chaque fois que de besoin, au nom de nous tous et conformément à l’intérêt supérieur de la Nation. Le Président de la République ne doit jamais perdre de vue que c’est par notre confiance qu’il est au pouvoir. Contrairement à ce que tentent de lui faire croire les nombreux thuriféraires qui l’entourent, le pays ne lui appartient pas. Il nous appartient à nous tous, quelle que soit, par ailleurs, notre appartenance (politique, religieuse ou autre). Il devrait surtout cesser de nous parler sur un certain ton, comme ce fut le cas, en particulier, le jeudi 3 mars 2016, en direction de l’opposition.
Le candidat Macky Sall s’était engagé, une fois élu, à mettre en œuvre une gouvernance sobre, transparente et vertueuse. Il n’en est rien, vraiment rien aujourd’hui, après quatre ans au pouvoir. Les mots ont leur sens et tout le monde constate que la politique qu’il mène est aux antipodes de la sobriété, de la transparence et de la vertu. Elle est, au contraire, folklorique, nébuleuse, népotiste, clientéliste et électoraliste. Elle était tout cela déjà, dès le lendemain du 25 mars 2012, mais elle le sera encore plus en ce temps de campagne électorale. C’est cette politique qui bénit la détestable transhumance et le gré à gré, nomme à des postes stratégiques sans se soucier des profils, achète sans état d’âme des consciences, laisse impunies des fautes de gestion graves et récurrentes, etc., c’est cette politique qu’il veut faire subir à l’opposition, que ça lui plaise ou non. C’est incroyable !
Rappelons-lui quand même le sens de « subir » : 1) avoir à endurer contre son gré, une chose fâcheuse ; 2) se soumettre à une action, à une épreuve ; 3) supporter à contre cœur la présence de quelqu’un qui déplaît. Donc, il demande à l’opposition, à tous les compatriotes hors de la majorité présidentielle de subir cette chose fâcheuse, cette épreuve qu’est sa politique ! Non, Monsieur le Président de la République ! Nous ne nous soumettrons jamais à cette politique-là. Nous la combattrons, au contraire, avec la dernière énergie. Nous combattrons avec vigueur et détermination son penchant fâcheux à diviser la Nation dont il était sensé être le père en deux camps antagonistes. S’il est père, il ne l’est que de l’Alliance pour la République (APR) et de Bennoo Bokk Yaakaar (BBY). Pour nous en convaincre, revenons à ses déclarations lors de la rencontre du 3 mars au Grand Théâtre ! Arrêtons-nous sur celle-ci : « Nous avons la force et la puissance des idées, nous avons des jeunesses et des femmes debout et déterminées, nous avons un peuple généreux et averti. Nous sommes le pôle des intérêts du Sénégal. Nous sommes le pôle de la vérité. »
« Nous sommes…. », « Nous sommes… ». « Nous sommes le pôle de la vérité ». Quelle prétention ! Voilà ce président qui se croit seul détenteur de la vérité, de la force et de la puissance des idées ! Un président qui réduit le peuple et l’intérêt général à son bruyant clan ! De force et de puissance des idées, il n’a en réalité que le décret et les fonds politiques dont il use et abuse. En outre, il pousse ses ouailles « vers la révision constitutionnelle consolidante la plus profonde de (notre) histoire depuis le retour du multipartisme. » Révision consolidante ! Peut-être, par rapport à l’existant, à la Constitution du 22 janvier 2001. Cette révision est maigre, par contre, par rapport aux conclusions des Assises nationales et du Projet de la CNRI. Elle est décevante par rapport aux attentes des peuples du 23 juin 2011 et du 25 mars 2012. Elle est loin d’être profonde. Au lendemain du 20 mars 2016, si le « oui » est majoritaire, nous retrouverons un Président qui a les mêmes pouvoirs exorbitants que son prédécesseur, qui domine du haut de son palais les deux autres pouvoirs. En particulier, la seule évaluation des politiques publiques ne fera pas jouer fondamentalement son rôle à l’Assemblée nationale. Elle avait déjà le pouvoir de contrôler l’action du Gouvernement. Qu’a-t-elle contrôlé de significatif depuis sa mise en place ? En quoi le projet du président Sall renforce-t-il l’indépendance de la Magistrature ? Le Conseil supérieur de la Magistrature continuera d’être présidé par le Président de la République et le Parquet de dépendre du Garde des Sceaux Ministres de la Justice. Le nombre des membres du Conseil constitutionnel passe certainement de 5 à 7 et leurs compétences sont plus ou moins étendues. Cependant, ils resteront toujours les hommes du Président de la République qui va continuer de les nommer tous (les deux proposés par le Président de l’Assemblée nationale n’y changeront rien). Il restera le chef de son Parti qui lui prendra un temps précieux et qu’il entretiendra publiquement avec les deniers publics.
L’administration sera, comme du temps de son prédécesseur, politisée et mobilisée au service de l’APR, de BBY et de la famille présidentielle. On peut même avancer qu’elle est plus politisée que jamais. Avec la gouvernance du président Sall, toutes les nominations, surtout celles à des postes stratégiques, se font au bénéfice des seuls membres de son Parti, de sa mouvance, de sa famille ou de quelques recommandés de chefs religieux. La République est devenue finalement celle du président Sall, de sa famille et de son clan. Ministres et directeurs généraux le savent si bien qu’ils peuvent tout se permettre, et se le permettent effectivement dans leur gestion. S’il existe des dossiers contre eux, le Président de la République met le coude dessus. C’est ainsi, qu’au grand jour et sans état d’âme, ils distribuent des dizaines, des centaines de millions de francs dont le pauvre peuple se demande légitiment d’où ils viennent. Quelques-uns d’entre eux se comportent comme s’ils fabriquaient l’argent. Rien de vraiment étonnant dans tout cela, si on sait que c’est le Président de la République lui-même qui les incite à « descendre sur le terrain », et ils ne se font pas prier. Le tout dernier à descendre dans l’arène politique, c’est le Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, M. Amadou Ba, qui a jeté son dévolu sur les Parcelles Assainies. Il a fait en fanfare sa rentrée politique. De l’avis du Coordonnateur des Cadres républicains (CCR) de la localité, son arrivée « a provoqué une ruée vers l’APR » (« Le Quotidien » du 23 février 2016). Les ministres Mbaye et Mbagnick Ndiaye qui habitent le même quartier passent presque inaperçus. Pourquoi donc, subitement, autant de ferveur ? Point n’est besoin de réfléchir longtemps pour répondre à cette question : c’est à cause des immenses intérêts qu’il draine et dont les militants de l’APR vont largement bénéficier.
Dans la gouvernance préconisée par les Assises nationales et le projet de Constitution de la CNRI, certains directeurs généraux (des Impôts et Domaine, des Douanes, du Port autonome de Dakar, de l’ARTP, etc.), encore moins le Ministre de l’Economie et des Finances, ne feraient jamais de politique politicienne. Ils seraient d’ailleurs nommés après appels à candidature. Ces fameux « droits nouveaux » indéfinis que l’on brandit donc comme un trophée n’ajoutent rien de vraiment consolidant au projet de Constitution du président Sall, dont les réformes proposées sont bien en deçà des attentes des populations. Celles-ci rêvaient d’un Sénégal vraiment nouveau, un Sénégal pour l’avènement duquel les Assises nationales ont travaillé sans désemparer pendant plusieurs mois, avec comme base la concertation et le consensus, qui ne sont malheureusement pas les points forts du président Sall. Ce Sénégal-là n’est sûrement pas celui que nous vivons depuis le 3 avril 2012. Il en est même très loin et nos « Assisards » de la Coalition BBY en sont parfaitement conscients. Il est vrai que l’esprit des Assises nationales est désormais loin derrière eux, sacrifié sur l’autel de leurs strapontins auxquels ils s’agrippent de toutes leurs forces. Ce sont tous, avec leur mentor, des adeptes du wax waxeet, c’est-à-dire des gens pour qui la sacrée parole donnée n’a aucune valeur, contrairement à ce qu’ils ont toujours essayé de faire croire aux populations. Pour ce reniement, cette trahison, ils méritent d’être sévèrement sanctionnés par un « non » majoritaire le 20 mars 2016.
GOR CA WAX JA !
Dakar, le 13 mars 2016
Mody Niang

Tout ça pour ça, quatre longues années après ! ( Mody Niang )

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Le Conseil constitutionnel n’a pas suivi le Président de la République dans sa « volonté » de réduire son mandat de 7 à 5 ans et de se l’appliquer. De l’avis des cinq Sages, cette réduction ne peut pas s’appliquer au mandat en cours et doit être supprimée du projet qui lui a été soumis.  Toute la journée du 17 février 2016, il n’était question que de cette décision du Conseil constitutionnel et du choix sans équivoque du Président de la République de s’y conformer.

De nombreux observateurs semblent surpris et/ou déçus de cette tournure des événements et les commentaires vont bon train. C’est loin d’être mon cas car, au fur et à mesure que les années s’écoulaient, je constatais, avec nombre d’autres compatriotes, que ses plus proches affichaient publiquement leur désaccord avec le Président de la République. Le député Moustapha Cissé Lo, le Dr Cheikh Kanté et le « griot » du prince Farba Ngom se distinguaient dans ce lot. Le président Sall ne manquait pas de les recadrer de temps en temps mais sans succès. Ils continuaient toujours de plus belle leurs vives contestations du choix présidentiel.

Nous vivons quand même au Sénégal, avec un régime politique où les pouvoirs du Président de la République sont exorbitants. Il a pratiquement droit de vie et de mort sur ses militants et sur ses alliés. Il est surtout détenteur du décret et gère de façon discrétionnaire des fonds politiques substantiels. S’il avait vraiment la volonté de faire taire les récalcitrants et de respecter l’engagement qu’il avait pris, il en viendrait facilement à bout. Au lieu de cela, il a laissé faire, comme s’ il y a avait un deal entre eux. Rien n’est à exclure. Il s’y ajoute que le Président de la République a réitéré son engagement entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012. La promesse était déjà, en bonne place, dans son programme le « Yoonu Yokkute ». En tous les cas,  son engagement ferme à réduire son mandat et à se l’appliquer s’il était élu, lui a valu des voix, certainement beaucoup de voix. Elu le 25 mars 2012, il réaffirme sa promesse, son engagement, lors de son installation officielle comme quatrième Président de la République du Sénégal. Il en fera autant lors de son adresse à la Nation le 3 avril 2012. Il répétera le même engagement devant les présidents François Hollande et Barak Obama. Ce qui lui a valu, de leur part, de vives félicitations.

Il convient de rappeler quand même le ton chaque fois affirmatif de son engagement : « Je réduirai mon mandat  et me l’appliquerai » disait-il sans équivoque. Pas une fois, il n’a dit « j’envisage ou j’ai l’intention de réduire mon mandat et de ma l’appliquer si . . . . ». Il donnait donc l’impression d’être sûr de son fait. Quatre longues années après, pendant que les Sénégalais commençaient vraiment à perdre patience, il révèle, à leur grande surprise, qu’il va demander l’avis du Conseil constitutionnel. 

Des observateurs et non des moindres avancent qu’il connaissait déjà la position du Conseil constitutionnel. Vrai ou faux ? Les Sénégalaises et les Sénégalais apprécieront. Macky Sall est un homme du sérail (libéral). Le fonctionnement de l’Etat et de ses institutions ne devrait plus avoir de secrets pour lui. Il sait, en particulier, qu’il avait besoin de l’avis du Conseil constitutionnel avant de soumettre un projet de référendum au peuple sénégalais.  Devenu officiellement Président de la République, il devait requérir, même de façon officieuse, l’avis des « Sages » sur son projet. Pourquoi a-t-il préféré attendre quatre ans après ? Cette question en appelle d’ailleurs de nombreuses autres.

Un adage conseille de remuer plusieurs fois la langue avant de parler, surtout quand il s’agit de prendre un engagement comme celui du candidat Macky Sall. Le Sénégal compte des constitutionnalistes de talent à qui il pouvait demander à tout moment leur avis. Il en connaissait suffisamment, avec les différentes stations qu’il a eu à occuper de 2000 à 2008. Il a milité surtout dans le même parti et travaillé dans le même gouvernement que le Pr Serigne Diop, l’un des meilleurs constitutionnalistes du Sénégal. Ce dernier lui aurait sûrement donné des conseils utiles qui nous éviteraient les quatre années que nous avons consacrées à des palabres inutiles au détriment du travail. 

Le candidat, puis le président Macky Sall ne pouvait pas ignorer toutes ces opportunités-là. Peut-être, faisait-il du cinéma avec nous. A quelles fins ? Il est difficile d’imaginer ce qui se passe dans la tête des politiciens sénégalais, surtout quand ils visent le pouvoir. Ils sont prêts à tout pour y arriver et y rester le plus longtemps possible, par tous les moyens. Si le Président Macky Sall savait, et il savait sûrement, il a réussi son coup, au grand bonheur des membres de son clan qui occupent des stations importantes, où ils resteront encore trois bonnes années, si le président Sall leur garde sa confiance. Ces hommes et ces femmes de pouvoir sont sûrement en train de jubiler. 

Il ne devrait pas en être autant de leur champion. Il est sorti d’une longue et grande guerre où il n’a gagné qu’une petite bataille. Sa victoire – si victoire il y a –, est une victoire à la Pyrrhus. La grande guerre, c’est le côté moral de l’aventure où il s’est engagé, en même temps que tout le pays. Il a fait une promesse ferme, plusieurs fois renouvelée à l’occasion de cérémonies solennelles ou de voyages officiels dans deux grandes démocraties comme la France et les Etats-Unis. Il nous a donné fermement sa parole qu’il n’a pas respectée, peu importe pour quelle raison. Il a fait ce qu’on appelle désormais le wax waxeet au Sénégal. Ce wax waxeet est même plus grave que celui de son prédécesseur qui l’avait fait, le temps d’un meeting.

Ce qui est plus grave encore, c’est que le président Macky Sall n’en est pas à son premier wax waxeet. Il en a fait, et encore, et encore. Il nous promettait, une fois élu, de nommer un gouvernement de 25 membres. Il en est aujourd’hui avec 39, sans compter les ministres d’Etat et des ministres conseillers dont personne ne connaît le nombre exact. N’est-ce pas lui qui portait en bandoulière sa promesse de mettre en œuvre, une fois élu, « une politique transparente, sobre et vertueuse » ? Et du slogan « La Patrie avant le parti » ? Qu’est-il resté aujourd’hui de ces engagements qui avaient pourtant soulevé tant d’espoir du côté de nos compatriotes qui refusent encore de se rendre à l’évidence : la promesse des politiciens n’engage que ceux qui y croient.

La mouvance présidentielle fait beaucoup de bruit et use de tous les artifices pour nous convaincre que la rupture et la transparence promises sont au rendez-vous. Nous en doutons légitimement et reviendrons plus largement sur cette question dans une autre contribution. En attendant, nous ne sentons la transparence ni dans les marchés publics où la pratique du gré à gré se porte toujours comme un charme, ni dans le choix des politiques, des femmes et des hommes qui nous gouvernent. Dix-sept (17) milliards de  francs CFA pour réhabiliter le Building administratif ! Plus de cinquante milliards (50) pour construire le Centre international Abdou Diouf (CIAD) ! Quatre cent dix-huit (418) pour réaliser une autoroute (Ila Touba) de 112 kilomètres sur un terrain plat, sablonneux et pratiquement sans obstacle ! Sept cent cinquante quatre (754) pour réhabiliter le chemin de fer Dakar-Kidira ! Cinq cent sept (507) pour construire un Train Express régional de 54 kilomètres, un TGV électrique roulant à 160 km/heure et devant relier l’AIDB-Dakar et inversement, à une pointe de 160 km/heure. Une telle vitesse pour un train qui doit s’arrêter à quatorze gares  entre ses deux destinations ! Quand aura-t-il l’opportunité de développer cette vitesse presque vertigineuse ? Et puis, de l’AIBD, on peut rejoindre facilement Dakar et inversement en 40-50 minutes sur l’autoroute à péage. Donc, pourquoi autant d’empressement pour ce très coûteux train ?

Je pouvais continuer à citer de nombreux autres projets à coût de plusieurs centaines de milliards de francs. Je sais que pour construire un pays, il faut des infrastructures. Le problème, c’est la pertinence, les coûts et les conditions dans lesquelles ils ont été attribués et à quelles entreprises ils l’ont été. Des compatriotes, qui sont des spécialistes en la matière, dénoncent toujours la nébulosité qui entoure ces marchés publics. On n’a pas d’ailleurs besoin d’être spécialiste de ces questions-là  pour savoir que la transparence promise est encore loin d’être au rendez-vous. Ni, par ailleurs, la sobriété, ni la vertu. Il suffit pour s’en convaincre de rencontrer les cortèges présidentiels. Ce sont souvent des files interminables de 4×4, 8×8, Range Rover, Mercedes les plus luxueuses, etc., tous avides de carburant. Quand on compare ses cortèges à ceux d’un François Hollande, on a le sentiment que c’est le Sénégal qui est le pays développé, et la France le pays sous-développé. Je passe sous silence les déjeuners ou dîners gargantuesques donnés à la Présidence de la République. La sobriété et la rupture ne s’accommodent pas, non plus, de fonds politiques de huit à dix milliards alloués chaque année au Président de la République « qui en fait ce veut, sans rendre compte à personne ». Des milliards servant prioritairement à entretenir son entourage, son parti et d’autres partis alliés, des chefs religieux, etc. Ils sont aussi utilisés pour débaucher des membres d’autres partis, même appartenant à la mouvance présidentielle. Cette pratique, la détestable transhumance, devenue une spécificité sénégalaise (voir le Petit Larousse illustré), est officiellement bénie par le Président de la République qui la pratique même à l’occasion des présentations de condoléances. La transhumance et de nombreuses autres pratiques, sont incompatibles avec la vertu. Je n’insisterai pas sur le slogan creux « La Patrie avant le parti ». C’est exactement le contraire que nous vivons tous les jours. Ce n’est un secret pour personne.

Donc, le dernier wax waxeet du Président de la République, même couvert par l’avis du Conseil constitutionnel, a surpris, déçu et indigné de nombreux compatriotes. Tout indique qu’il a attendu le dernier moment pour soumettre son projet au Conseil et que, probablement, il savait d’avance l’avis qui lui  serait donné. Cet avis ne devrait cependant ni surprendre, ni indigner, si on considère que le wax waxeet, c’est bien dans ses habitudes, dans sa gouvernance. Nous l’avons illustré à suffisance dans ce texte. 

Maintenant, se pose la question de savoir quelle position adopter face au Projet de Constitution amaigri qu’il va nous présenter. Quel intérêt présente-il pour nous, délesté qu’il est de ce qui en faisait pratiquement la substantifique moelle : la disposition d’écourter son mandat de 7 à 5 ans et de se l’appliquer ? Quel intérêt puisque son contenu se résume à « ce qu’il a jugé bon » du projet de la Commission nationale de Réforme des Institutions (CNRI) ? Il appartient à chacun, à chacune d’entre nous de se déterminer par rapport à ces questions-là et de décider du sort qu’il (elle) va réserver au projet de Constitution qui nous sera soumis le 20 mars 2016. 

Dakar, le 18 février 2016

Mody NIANG