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L’hypocrisie, notre première richesse (Serigne Saliou Guèye)


Aujourd’hui, tous ces pseudo-guides religieux qui délivrent des messages de paix, maquillant un soutien électoral à Macky, l’ont fait pour Diouf en 2000 et pour Wade en 2012

Depuis que le Conseil constitutionnel a écarté illégalement 22 des 27 candidatures présentées pour la présidentielle de février 2019, les discours et actes de violence commencent à faire florès.

Déjà les scènes de violences ont commencé depuis que les « sages » du Conseil constitutionnel ont éliminé provisoirement Khalifa Sall et Karim Wade le 14 janvier dernier.

Les Khalifistes dépités par l’élimination provisoire de leur mentor ont manifesté dans leur fief tout leur mécontentement, la soldatesque d’Ali Ngouille Ndiaye a déversé sa bile sur le siège de Taxawu Dakar en l’arrosant de bombes lacrymogènes.

Et cette tension s’est accentuée quand les Juges constitutionnels ont porté l’estocade sur les candidats de Taxawu Dakar et du PDS le 21 janvier dernier. Les Karimistes et Khalifistes ont remis cela.

Des bus Dakar Dem Dikk saccagés, des pneus brûlés dans la zone de Grand-Yoff, des affrontements entre policiers et militants de Khalifa et Karim, tel était le triste décor de ce tragique jour où deux citoyens sénégalais jouissant de leurs droits électoraux ont été écartés de la course à la présidentielle, selon le bon vouloir du Prince.

Et les violences ont continué le lendemain puisque de jeunes Khalifistes ont été kidnappés dès potron-minet avant d’être embastillés.

Et la série des arrestations a continué dans la banlieue de Pikine et de Guédiawaye sous le pseudo-prétexte que des jeunes se réclamant de Karim Wade ont voulu saboter la venue du président Macky Sall à Pikine alors qu’il était dans leurs intentions de lui rappeler que ses promesses faites en banlieue lors des conseils des ministres décentralisés ne se résumaient pas à la construction d’un lieu de culte.

Les batailles pour les libertés enclenchées dans les années 60 et 80 n’ont rien à envier à celle que les Sénégalais mènent aujourd’hui.

Pourtant l’alternance de 2012 faisait espérer qu’on n’avancerait plus à reculons pour la conquête de certains droits démocratiques au Sénégal. Et c’est une honte aujourd’hui de voir que la police sénégalaise qui doit être au service des citoyens soit instrumentalisée par une oligarchie dont l’unique objectif est de se maintenir au pouvoir au mépris de tous droits démocratiques.

Elle est devenue le bouclier et l’épée du parti au pouvoir imposant une « terreur marron » au lieu d’être au service exclusif des citoyens. La police sénégalaise ne doit pas être un pantin malléable et manipulable par n’importe quel régime en place quand on sait que la République est par essence l’émanation de la volonté de la majorité des citoyens.

Son rôle n’est pas de verser dans la surenchère de la répression aveugle et de la violence irrationnelle commanditée, exercée sur des opposants qui ont le droit de jouir des libertés que leur offre la Loi fondamentale. Aujourd’hui, la voie de la répression au détriment du respect des libertés que le ministre Ngouille semble privilégier mène à l’impasse.

Il serait peut-être temps, pour la police sénégalaise de relire l’article 12 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. »

Aujourd’hui, face à l’oppression, la résistance devient un droit, droit consacré d’ailleurs dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et c’est dans cette optique que s’inscrit la rhétorique guerrière du C-25 le 21 janvier, assimilable à une déclaration de guerre contre les oppresseurs.

Dès lors toutes les colombes du pays ont déployé le drapeau blanc pour appeler à la paix et à la sérénité. ONG, société civile, politiciens, ulémas et imams, prêtres et évêques et familles religieuses et autres démocrates pacifistes ont élevé la voix soit pour condamner hypocritement le casus belli C-25, soit pour prier pour une élection calme.

Le Sénégal est un pays dont la première richesse est l’hypocrisie. Ainsi la démagogie et la tartufferie ont encore de beaux jours devant elles.

Pourquoi soudain, de pseudo-pontifes se lèvent simultanément pour conjurer la paix alors qu’ils ont leur très grande part de responsabilité dans ce qui trouble ce pays ? Que vaut la parole des imams et ulémas qui ont fait allégeance au souverain Sall et le soutiennent pour sa réélection ?

A l’occasion de l’atelier de partage du bilan de la mise en œuvre du PSE tenu le mardi 27 novembre 2018 à Fatick, voilà ce que les imams et ulémas de Bennoo Bokk Yaakaar disaient sans vergogne : « Macky Sall est un homme sociable qui a beaucoup fait pour les foyers religieux. Ses réalisations sont visibles partout.

Nous sommes reconnaissants pour tout ce qu’il a fait pour les différents foyers religieux du pays. C’est son devoir, mais il pouvait faire comme ses prédécesseurs. Macky Sall est le président des imams du Sénégal… Le Sénégal ne cesse de progresser.

Nous prions pour Macky Sall afin qu’il sorte victorieux de la présidentielle de 2019 et on a bon espoir qu’il gagnera, car il n’a pas d’égal sur la liste des prétendants au fauteuil présidentiel…

Macky Sall mérite d’être réélu et il a notre soutien, car le monde rural est bien pris en compte dans sa politique. On n’entend plus parler de bons impayés et, malgré les difficultés, les productions des paysans sont écoulées. En plus, les bourses sociales font énormément de biens aux bénéficiaires ».

Discours ne peut être plus faux que celui des imams de Macky. Dire que le monde rural, qui peine à écouler ses stocks d’arachides, est pris en compte par le président dans sa politique relève simplement de l’ignorance ou de la pure démagogie.

Dire qu’il n’y a plus de bons impayés prouve que ces imams qui roulent carrosse et se calfeutrent dans des mosquées ou centres islamiques douillettement climatisés, sont loin de la chaude réalité du monde rural. Allez demander aux paysans du Saloum et du Ndoucoumane qui disent que ce sont plus des bons mais des carnets entiers de bons qui sont impayés.

Certes ces imams peuvent jouer de la cithare pour plaire au Prince mais il est de leur devoir de dire la vérité en méditant sur la sourate 9 « le Repentir », verset 119 qui dit : « Ô vous qui croyez ! Craignez Dieu et soyez avec les véridiques. » Mais la plaie du Sénégal, c’est de consacrer la flagornerie mensongère plutôt que de dire la vérité nue à sa Majesté.

Où étaient ces imams quand le régime actuel zigouillait les étudiants Bassirou Faye et Fallou Sène ? Où étaient ces imams tartuffes quand le rythme endiablé des tams-tams accompagné de « Mbarass » noyait la « salat » lors de l’inauguration de la mosquée de Guédiawaye ? Satan devait être ravi ce jour-là pour avoir ravi la vedette aux hommes de Dieu.

N’est-ce pas ces mêmes imams, ulémas et familles religieuses qui ont été reçus un vendredi 19 aout 2011 au palais de la République par l’alors président Abdoulaye Wade pour partager un « Ndogou » sucré de 50 Millions FCFA ?

Où étaient ces soi-disant hommes de Dieu quand le pouvoir qu’ils soutiennent aujourd’hui exerçait toute une violence politico-juridique sur Khalifa Sall et Karim Wade au point de leur priver de libertés de mouvement et d’exercice d’un droit civique et politique fondamental qui est celui de se présenter à une compétition électorale démocratique ?

Ont-ils une seule fois dénoncé la série des arrestations dont le PDS est victime depuis 2012 ? Ces religieux combattent-ils le « bon combat » comme le disait saint Paul ?

Que nenni ! Ils ont opté pour le mauvais qui est celui de tourner toujours le dos à la masse populaire en souffrance, laquelle n’a pas le privilège de bénéficier des libéralités présidentielles. « La paix est œuvre de justice », dit le prophète Isaïe, et il est normal, quand on refuse ce combat pour la justice, que cette paix factice nous saute en pleine figure. Il est avéré qu’au Sénégal, on ne veut pas la paix qu’on fait, qu’on construit, mais celle qu’on nous fiche.

Peu importe au prix de quelles dévastations, de dégâtscollatéraux et de conséquences désastreuses. La « nuée qui porte l’orage » dont parle Jean Jaurès plane au-dessus du Sénégal en dépit de la politique de l’autruche que mènent Ismaïla Madior Fall et Oumar Youm.

C’est ici le lieu de saluer l’Abbé Thiaw qui disait dans l’émission Jarkarlo du 25 janvier que « l’Eglise préfère toujours se mettre du côté du peuple ».

C’est Il en a toujours été ainsi de l’Eglise catholique. Le cardinal Hyacinthe Thiandoum s’est battu contre le président Léopold Sédar Senghor quand il a arbitrairement incarcéré le président du Conseil gouvernemental Mamadou Dia.

Il a été aussi un acteur central dans l’alternance de 2000 puisqu’il a exhorté Moustapha Niasse à créé ce parti AFP qui atrophia le PS d’Abdou Diouf.

Lors du vote de la loi sur le parrainage, seul le chef de l’Eglise sénégalaise Benjamin Ndiaye avait remis en cause une telle initiative liberticide au moment où les guides religieux musulmans le cautionnaient par leur lâche mutisme.

En 2011, lors de la manifestation du 23 juin, seuls les guides des familles de Léona Niassène et de Serigne Abass Sall avaient osé manifestement demander au président de la République de surseoir à sa candidature, laquelle était à l’origine de toute la flambée de violencemortifère.

Tous les autres marabouts avaient demandé en vain à leurs talibés de ne pas participer au rassemblement des forces citoyennes et démocratiques qui combattaient la dévolution monarchique. Mais ce n’était pas une affaire de talibés mais de citoyens épris de justice et de démocratie.

Aujourd’hui, tous ces pseudo-guides religieux qui délivrent des messages de paix, maquillant un soutien électoral à Macky l’ont fait pour Abdou Diouf en 2000 et pour Abdoulaye Wade en 2012. Leurs prières, incantations et divinations sont inopérantes devant la volonté de changement du peuple.

Serigne Saliou Guèye

Affranchir la justice de la tutelle de l’Exécutif ( Serigne Saliou Guèye)

C’est un impératif catégorique pour tout candidat à cette présidentielle de donner des gages assermentés d’une profonde réformation de la justice en cas de victoire.

On ne peut pas parler de vraie démocratie si l’on ne fait pas de la séparation des trois pouvoirs (Exécutif, Législatif et Judiciaire) un principe de bonne gouvernance.

« Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir », disait Montesquieu. Donc, il convient d’éviter la concentration totalitariste des trois pouvoirs dans une seule main.

Ce principe de la séparation des pouvoirs est tellement important en démocratie qu’il est consacré dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 en son article 16 : « Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n’est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution ».

Mais il se trouve que dans tous les régimes du monde, le pouvoir politique a tendance à dominer le pouvoir judiciaire. Au Sénégal, de Senghor à Macky Sall en passant par Abdou et Wade, la justice n’a jamais échappé à l’emprise de l’exécutif.

Pourtant, l’article 88 de la Loi fondamentale qui stipule que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif » garantit l’indépendance de la justice. Mais le traitement arbitraire de beaucoup d’affaires politiques a mis à nu la soumission du judiciaire à l’exécutif.

Et depuis l’accession Macky Sall à la magistrature suprême en 2012, on tombe de Charybde en Scylla dans le traitement de beaucoup d’affaires judiciaires.

Alors, c’est un impératif catégorique pour tout candidat à cette présidentielle de 2019 de donner les gages assermentés d’une profonde réformation de la justice en cas de victoire.

– La tache noire du régime senghorien –

Notre justice, nonobstant les dispositions constitutionnelles qui lui garantissent son indépendance, n’est jamais parvenue à s’affranchir de l’exécutif.

L’affaire la plus marquante sous le règne de Senghor est le procès de Mamadou Dia, où la Haute cour de justice contrôlée par l’exécutif a prononcé une sentence sévère et disproportionnée variant de cinq ans à la perpétuité pour Mamadou Dia et ses co-accusés que sont Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Joseph Mbaye et Alioune Tall.

Ousmane Camara, l’alors procureur général, évoque dans son ouvrage « Mémoires d’un juge africain », la soumission de cette justice au pouvoir de Senghor qui a envoyé le 13 mai 1963 Mamadou Dia à Kédougou pour 12 ans : « Je sais que cette Haute cour de justice, par essence et par sa composition, a déjà prononcé sa sentence, avant même l’ouverture du procès.

La participation de magistrats que sont le président (Ousmane Goundiam), le juge d’instruction (Abdoulaye Diop) et le procureur général ne sert qu’à couvrir du manteau de la légalité une exécution sommaire déjà programmée ».

L’histoire retiendra, même si l’on sait que cette Haute cour de Justice est une cour politique parce que composée essentiellement de députés pro-Senghor qui ont voté la motion de censure qui a renversé le gouvernement de Dia, l’image d’une justice sénégalaise vassale dont s’est servi le premier président de la République pour se débarrasser d’une personnalité politique qui compromettait les intérêts économiques de sa France néo-coloniale.

Dans l’affaire de l’étudiant Oumar Blondin Diop, mort dans des circonstances jamais élucidées, la justice qui l’a faussement condamné pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » s’est révélée être aux ordres du pouvoir senghorien qui magnifiait le culte du parti unique et rechignait toute opposition à sa monocratie. Sous Senghor, l’Assemblée nationale n’a pas échappé à ses manipulations récurrentes.

Et c’est d’ailleurs la manipulation de l’Assemblée nationale monocolore qui a valu au Sénégal d’insérer, dans sa charte fondamentale, le 6 avril 1976, le très controversé article 35 qui a érigé notre République en monarchie, le 31 décembre 1980 quand le Premier ministre Abdou Diouf succède à Senghor à la tête de l’Etat.

– Abdou Diouf et l’assassinat de Me Babacar Sèye –

Et ceux qui avaient pensé que le président Abdou Diouf allait renforcer l’Etat de droit en dotant la justice sénégalaise de moyens conséquents qui peuvent renforcer son indépendance ont déchanté. Sous le régime de Diouf, la justice n’a eu comme tâche principale que de suppléer l’exécutif et d’écraser toute adversité.

Et c’est cela qui explique la mise sur pied très tôt de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) chargée de mettre à carreau des adversaires politiques de même parti.

On ne pourra jamais expliquer le nombre de fois où l’opposant principal du président Diouf, Abdoulaye Wade, s’est retrouvé, pour des raisons politiques, en prison avec ses ouailles et alliés à la suite de jugements arbitraires.

N’est-ce pas sous le magistère de Diouf qu’est né dans le parquet, le ridicule concept de « flagrant délit continu », aux seules fins de mettre le holà aux troubles et désordres dont on accusait l’opposant Abdoulaye Wade ?

Dans l’affaire du juge constitutionnel Babacar Sèye assassiné le 15 mai 1993, la justice n’est pas sortie indemne puisque, en dépit des condamnations des sicaires Clédor Sène et compagnie à 25 ans de prison ferme, il y a toujours un mystère qui oblitère les vrais auteurs et le(s) commanditaire(s) de cet assassinat.

D’ailleurs, ce malaise fortement ressenti dans la justice par ses propres acteurs, poussera ces derniers à s’adonner à une profonde introspection en 1998 pour améliorer l’image du pouvoir judiciaire fortement dégradée par sa subordination au pouvoir politique.

– Abdoulaye Wade et les chaines de la justice –

Sous le régime libéral, le plus grand discrédit à l’égard de la justice survint lorsque que le président Wade s’est adressé aux magistrats lors d’une rentrée des Cours et Tribunaux en soutenant que « ces derniers ne voulaient pas se départir des chaines séculaires qui les lient à l’exécutif ».

Cela est d’autant plus vrai que lui, chef de l’exécutif, s’est toujours servi de la justice pour protéger des proches ou écraser des adversaires.

Le point d’orgue des exactions du pouvoir judiciaire est atteint quand le Conseil constitutionnel a validé la troisième candidature de Wade à la présidentielle de 2012 avec à la clé plus 10 morts.

– L’exécutif sous Macky Sall et les rendez-vous manqués de la justice –

Lors de son premier message à la nation, le 3 avril 2012, le tout nouveau président Macky Sall, symbole de rupture, d’abord par son appartenance à la génération post-indépendance, ensuite par ses annonces fortes sur la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des deniers publics, déclare ceci : «Au gouvernement, je donne mission de traduire en actes la forte aspiration au changement massivement exprimée le 25 mars.

Cette occasion historique constitue pour nous tous, un nouveau départ pour une nouvelle ère de ruptures en profondeur dans la manière de gérer l’Etat au plan institutionnel et économique ».

Et on pouvait penser qu’avec le quatrième président du Sénégal, l’ère de l’iniquité entre citoyens est révolue quand il déclare : « C’est pourquoi, je tiens à ce que toutes les femmes et tous les hommes qui m’accompagnent dans l’exécution du contrat de confiance qui me lie au peuple, comprennent et acceptent que cette mission ne crée pas une catégorie de citoyens privilégiés, au-dessus des autres et de la loi.

Gouverner autrement, c’est bannir les passe-droits, le favoritisme et le trafic d’influence ; c’est mettre l’intérêt public au-dessus de toute autre considération et traiter tous les citoyens avec la même dignité et le même respect. »

Et les Sénégalais qui ont souffert de la gabegie impunie, de la dilapidation des ressources publiques, fondaient à nouveau un espoir quand de façon péremptoire, le tombeur d’Abdoulaye Wade s’engage en ces termes : « Je mets à ma charge l’obligation de dresser les comptes de la Nation et d’éclairer l’opinion sur l’état des lieux.

A tous ceux qui assument une part de responsabilité dans la gestion des deniers public, je tiens à préciser que je ne protègerai personne. Je dis bien, personne ! J’engage fermement le gouvernement à ne point déroger à cette règle ».

Ainsi l’on pensait que l’élection du président Sall allait être l’ère des ruptures avec l’avènement d’une justice réellement indépendante. Mais que nenni !

– L’immixtion récurrente de l’exécutif dans les affaires judiciaires –

Joignant l’acte à la parole, le président de la République réactive la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) par le décret n° 2012-502 du 10 mai 2012 avant de saisir le Parquet général aux fins de poursuivre tous les dignitaires du régime libéral déchu qui sont mêlés à un scandale financier.

– L’affaire Karim Wade –

Mais, des 25 dignitaires libéraux ciblés par la traque des biens mal acquis, seul Karim Wade est appréhendé, jugé et embastillé pour six ans avec 138 milliards à payer à l’Etat sénégalais.

Puisque le procès avait des soubassements éminemment politiques, des gens du pouvoir s’attendaient à ce que le président de la CREI, Henri Grégoire Diop, prononçât la déchéance des droits civiques de celui qui, deux jours auparavant, a été investi candidat du PDS à la prochaine présidentielle.

Mais aucune disposition de la loi 81-53 du 10 juillet 1981 relative à la répression de l’enrichissement illicite n’interdit l’exercice des droits civiques pour le délit 163 du Code pénal. D’ailleurs, Sidiki Kaba, alors ministre de la Justice, précisa lors d’une conférence de presse le 24 mars 2015 : « Karim n’a pas perdu ses droits civiques.

Il n’y avait pas de question politique dans ce procès. C’est une affaire judiciaire. Si le projet politique existait pour couler un adversaire politique, il va de soi que l’objectif n’est pas atteint, puisque l’exercice de ses droits civiques (vote, éligibilité…, ndlr), civils et familiaux, prévu par l’article 34 du Code du code pénal, ne fait pas partie des sanctions rendues ».

Une telle position détonna avec celle de l’actuel Garde des Sceaux, Ismaïla Madior Fall qui, faisant référence à la candidature agitée de Karim Wade, a soutenu lors d’une émission à la TFM que « tout citoyen, qui est condamné à au moins cinq ans de prison, perd d’office ses droits civils et politiques ».

Cela est conforté par le ministre de l’Intérieur, Ali Ngouille Ndiaye, qui, lors de son passage à l’Assemblée nationale le 18 juin dernier, lâcha cette précision qui sonne comme une disqualification de Karim à la présidentielle de 2019 : « Karim Wade ne s’est pas inscrit sur les listes électorales. Il a seulement demandé à s’inscrire sur les listes. Etre sur les listes électorales, c’est celui qui y figure ou possède sa carte d’électeur ».

A nouveau, le Garde des Sceaux, lors de son passage à l’Assemblée nationale le 29 novembre dernier, déclara devant les députés que « Karim Wade condamné à une peine de six ans ne peut pas faire acte de candidature à la présidentielle ». Ces deux ministres se sont substitués aux juges, seuls compétents pour invalider une candidature, pour décider du sort politique de Karim Wade.

Ainsi l’on découvre aujourd’hui que la traque des biens mal acquis n’était qu’un saupoudrage judiciaire, un mensonge d’Etat pour baliser et déblayer le terrain électoral de toute embûche qui compromettrait la réélection du président sortant, Macky Sall.

– L’affaire Khalifa Sall –

Il apparait aussi que dans l’affaire Khalifa Sall, l’intention du pouvoir exécutif est manifeste : priver le député-maire de Dakar de toute possibilité de candidature en février 2019. Comme dans l’affaire Karim Wade, les deux derniers ministres de la Justice et le ministre de l’Intérieur ont joué et continuent de jouer un rôle de premier plan pour anéantir le projet présidentiel de Khalifa Sall.

Sidiki Kaba, présidant le 19 août dernier 2017, l’assemblée générale de l’Union des magistrats (UMS) ne s’est pas privé de se servir de cette occasion pour se prononcer sur ladite question : « ce n’est pas le député Khalifa Sall qui a été arrêté mais c’est le maire qui a été appréhendé suite au rapport de l’Inspection général d’Etat ». Il conclut en disant : « L’antériorité des faits par rapport à son élection, c’est un autre problème et lorsque le débat sera posé, la justice répondra en tenant compte des éléments de l’inviolabilité ou de l’immunité parlementaire, mais encore une fois, Khalifa Sall ce n’est pas Khalifa Sall en tant que député qui a été arrêté. »

Deux jours auparavant, c’est-à-dire le 17 août 2017, après la proclamation des résultats des législatives par le Conseil constitutionnel, les avocats de Khalifa Sall ont déposé une demande de mise en liberté d’office en invoquant l’immunité parlementaire qui, selon eux, s’attache à sa nouvelle qualité de député comme le dispose les articles 61 de la Constitution et 51 de la loi organique portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

D’ailleurs, Ismaïla Madior Fall, lors de l’examen de son budget en novembre 2017, s’est prononcé sur cette immunité en ces termes : « La levée de l’immunité parlementaire ne remet pas en cause sa présomption d’innocence. La levée de l’immunité parlementaire ne présume pas de la culpabilité du député concerné. Le procès respectera les standards les plus élevés d’un procès équitable ».

Cette intervention scandaleuse du Garde des Sceaux est considérée par les avocats de Khalifa comme une immixtion dans ledit dossier au moment où ils ont déposé des requêtes d’annulation de la procédure. Après Madior Fall, c’est au tour du couple procureur de la République-Doyen des juges, bourreau de Khalifa Sall, d’entrer dans la danse. Serigne Bassirou Guèye s’oppose à la liberté provisoire de Khalifa Sall « au motif que l’inculpé a été arrêté dans le courant du mois de mars 2017, alors que son élection comme député à l’Assemblée nationale a eu lieu près de quatre mois plus tard ». Autrement dit, l’immunité parlementaire ne saurait s’appliquer de manière rétroactive. Se fondant sur ces arguments, le Doyen des juges d’instruction, Samba Sall, rejette donc la demande de liberté de Khalifa Sall. Pourtant le 29 juin 2018, les juges de la Cour de justice de la Cedeao, réunis à Abuja, ont estimé qu’à partir du 14 août 2017, date de la déclaration officielle du statut de député de Khalifa Sall par le Conseil constitutionnel, une nouvelle situation juridique lui a été conférée par les urnes. Par conséquent, une procédure de levée de son immunité parlementaire ou une suspension de sa détention devait être entamée, selon les juges de l’instance communautaire. Mais la justice sous la contrainte de l’exécutif l’a maintenu irrégulièrement en prison parce que la levée de son immunité parlementaire n’a été sollicitée que le 25 novembre 2017, soit deux semaines avant la clôture de l’information par ce même procureur de la République. Demande que les députés du pouvoir satisferont sans barguigner.

Et la députée socialiste Aïssata Tall Sall de railler en déclarant : « On nous demande de statuer un fait négatif. L’immunité n’a de sens que si la personne en jouit, que si la personne est libre. Le parquet devait immédiatement sortir Khalifa Sall, lui faire bénéficier de son immunité parlementaire, avant de venir nous demander de la lever ». Ainsi en 12 mois, l’affaire Khalifa Sall est pliée comme l’a voulu le pouvoir. Après les jugements successifs par le Tribunal de grande instance de Dakar et la Cour d’appel, il reste à la Cour suprême de valider la décision de la Cour d’appel, le 3 janvier 2019. L’objectif final sera atteint. Il faut condamner définitivement Khalifa et lui appliquer l’article L31 du Code électoral qui stipule en son alinéa 2 que « ne peuvent être inscrits sur les listes électorales les individus condamnés pour escroquerie ».

Cette intrusion de l’exécutif dans le judiciaire vient corroborer les propos du journaliste Pape Alé Niang qui déclarait dans sa chronique du 13 décembre que l’arrestation et l’incarcération de Khalifa Sall ont été concoctées au palais de la République en présence « du président Macky Sall, de Massamba Sall, Doyen des juges, de Serigne Bassirou Guèye, Procureur de la République, du juge Maguette Diop, d’Antoine Diome, Agent judiciaire de l’Etat, de Malick Lamotte, de Demba Kandji, de Lansana Diaby, Procureur général, de Gallo Syr Diagne, Président de la Chambre d’accusation, de Cheikh Tidiane Coulibaly, Procureur général de la Cour Suprême, de Mamadou Badio Camara, Président de la Cour Suprême, de Pape Oumar Sakho, juge constitutionnel, d’Oumar Youm, Directeur de cabinet du président de la République et d’un journaliste connu pour ses révélations à charge dans l’affaire Khalifa Sall ».

– Nécessité urgente d’une réforme –

L’ordonnance n° 60-17 du 03 septembre 1960 qui a créé le Conseil supérieur de la magistrature du Sénégal consacre en son article 1, l’hégémonie du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire. C’est dans cette disposition que se trouvent les fondements de la subordination du pouvoir judiciaire à l’Exécutif. Les magistrats dépendent du Président de République, patron du Conseil supérieur de la magistrature, pour leurs nominations, leurs promotions, la gestion de leur carrière et leurs rémunérations. Mais si le chef de l’Etat, garant de l’indépendance de la magistrature, est le premier qui pourrait porter atteinte à son indépendance par les pouvoirs exorbitants dont il dispose, on ne pourrait plus en réalité parler d’indépendance. D’ailleurs le juge Babacar Ngom, dans son ouvrage « Comment renforcer l’indépendance de la magistrature au Sénégal ? » confirme que le pouvoir judiciaire « dépend totalement du pouvoir exécutif, ordonnateur de ses dépenses et du pouvoir législatif qui les autorise ».

Aujourd’hui, respecter la séparation des pouvoirs telle que Montesquieu et John Locke l’ont théorisé au 18e siècle respectivement dans « l’Esprit des Lois » et dans « Le second traité de gouvernement », c’est tout faire pour que le président de la République et ses ministres n’empiètent pas sur les prérogatives des autres institutions. Par conséquent, c’est faire en sorte que l’Assemblée nationale ne soit plus une institution godillot. C’est faire de sorte que les magistrats jugent en toute indépendance et en toute impartialité sans la pression de l’Exécutif.

Le candidat Macky Sall, soucieux de l’indépendance de la justice, disait à la page 25 de son « Yonou Yokkuté » que « mis sous tutelle du pouvoir exécutif, instrumentalisé par ce dernier et insuffisamment doté en ressources humaines et matérielles, le pouvoir judiciaire n’est pas toujours en mesure d’assurer pleinement ses missions dans l’impartialité et l’indépendance. Mettre fin à cet état de fait exige de renforcer l’indépendance du Conseil Supérieur de la Magistrature par sa composition, son organisation et par son fonctionnement ». Mais une fois élu président de la République, il s’est attelé à faire de cette justice son bras armé pour éliminer des adversaires politiques et protéger ses partisans. Où est le ministre Mame Mbaye Niang éclaboussé par les 29 milliards du Prodac ? Où est Aliou Sall trempé dans le scandale de Petrotim ? Où est le directeur du Coud Cheikh Oumar Hanne épinglé par un rapport de l’Ofnac ? Quelle est aujourd’hui, la valeur de ce serment : « je tiens à préciser que je ne protègerai personne… La patrie avant le parti » ?

C’est pourquoi, au-delà des promesses de campagne, il faut que les prétendants à la magistrature suprême fassent des engagements assermentés sur des réformes qui garantissent une justice libre, impartiale et indépendante.

#Enjeux2019

Serigne Saliou Gueye est éditorialiste à SenePlus depuis plus de 6 ans. Il est également journaliste chroniqueur au quotidien Le Témoin

Faut-il brûler le conseil constitutionnel? Par Serigne Saliou Guèye

Il y aura toujours un doute sur sa neutralité du fait de la compétence affichée pour exécuter la volonté présidentielle et de l’incompétence répétitive dont elle fait montre quand les opposants demandent son arbitrage

Ainsi dans la perspective de la présidentielle de février 2019, les professionnels de l’information devraient être amenés à collaborer avec le Conseil pour éviter toute information fausse qui pourrait nuire à son image.

La haute instance juridictionnelle entend désormais fluidifier ses rapports avec la presse. Ainsi, Pape Oumar Sakho, le président du Conseil constitutionnel est convaincu que «la justice doit s’ouvrir au large public par le biais des médias».

Parce qu’il est conscient qu’il «est nécessaire de faire comprendre la mission du Conseil constitutionnel et de faciliter l’accès aux informations qui en émanent». Et pour cela, Pape Oumar dit «compter sur le Synpics dans l’espoir d’établir un dialogue permanent avec les journalistes.»

L’ennui, c’est que le Synpics ne regroupe pas tous les journalistes du Sénégal, loin de là, mais passons… Le thème en soi montre qu’il n’y a jamais eu de véritable dialogue entre les médias et le Conseil constitutionnel.

Toujours est-il que l’institution estime que c’est le moment de trouver en cette presse un partenaire stratégique afin de donner une image plus reluisante que celle qu’elle a véhiculée d’elle depuis presque trois décennies. Mais qu’est-ce qui a pu se passer pour que la haute juridiction sorte le 18 juillet passé un communiqué au vitriol pour crucifier la presse ?

Il est vrai que cela faisait suite à la chronique du 13 décembre 2017 de Pape Alé Niang qui révélait un complot qui aurait été ourdi au palais de la République en présence de tous les chefs de juridictions dans le sale dessein d’empêcher la candidature du maire de Dakar, Khalifa Sall.

En décembre 2017, un chroniqueur politique a nommément cité le Président du Conseil constitutionnel parmi les participants à une réunion qui se serait tenue au Palais de la République.

Cette rencontre avait pour objectif, selon lui, de planifier et d’organiser une procédure ayant pour finalité de poursuivre, détenir et condamner Khalifa Sall, député et maire de Dakar. Dans le même sillage, le journal Wal Fadjri faisait état d’une «réunion secrète» qui aurait été organisée le 25 juin 2018 au ministère de l’Intérieur, en vue d’étudier les voies et moyens d’invalider la candidature de M. Karim Wade à l’élection présidentielle 2019.

A toutes ces rencontres secrètes, un membre du Conseil constitutionnel aurait participé. Outrés par de telles informations qualifiées de «mensongères», les juges constitutionnels avaient choisi de produire un simple démenti à la place d’une plainte pour diffamation. Cela aurait clarifié les choses si les informations livrées par les confrères étaient dénuées de tout fondement comme le soutenait le communiqué en question.

Pourtant l’invalidation de la candidature de Khalifa Sall à la prochaine présidentielle n’est plus une chimère même s’il reste le recours à la Cassation au niveau de la Cour suprême qui doit achever le travail accompli par le procureur de la République Serigne Bassirou Guèye, le doyen des juges Samba Sall, le juge Malick Lamotte et le juge d’appel Demba Kandji.

Le Garde des Sceaux, Ismaïla Madior Fall, lors de son récent passage à l’Assemblée nationale a suppléé la Cour suprême en condamnant définitivement Khalifa Sall. Même si l’information de Pape Alé avait été qualifiée de diffamatoire, il est avéré que la suite des événements subséquents lui a donné raison. Il en est de même pour Karim Wade.

Ali Ngouille Ndiaye l’a disqualifié via la Direction générale des élections (DGE) sans aucun respect de la justice.

La Cour suprême, saisie en la matière, s’est déclarée incompétente à propos de l’invalidation de l’inscription du candidat du PDS par les services d’Ali Ngouille Ndiaye. Ce que Wal Fadjri avait déclaré sans circonlocutions.

Pourquoi les «Sages», habitués à s’engoncer dans un mutisme légendaire, ont-ils décidé à brûle-pourpoint de sortir de leur réserve habituelle comme l’indique le communiqué 9 juillet 2018 ? Cette envie de vouloir coopérer avec les journalistes, toujours considérés comme des diffamateurs, nous parait louches à quelques semaines de l’échéance électorale de février 2019.

Y aurait-il une volonté inavouée d’anesthésier cette presse critique à l’égard du Conseil constitutionnel chaque fois que la haute cour déclare son incompétence là où elle devait se prononcer souvent avec un devoir d’ingratitude comme le disait le ministre de la Justice Robert Badinter au Président François Mitterrand qui venait de le nommer dans son premier gouvernement après son sacre de 1981 ?

Une institution connue plus par son incompétence confessée que pour son courage. Mais n’en déplaise le président Pape Oumar Sakho, «ces critiques qui font mal», selon ses mots, ne s’arrêteront pas tant que la haute juridiction donnera l’image d’une «Curia praesidentis» c’est-à-dire d’une Cour du Président.

C’est rare de voir un Sénégalais, dans la diversité de la composition de notre pays, apprécier positivement le travail de l’institution constitutionnelle.

La seule fois où l’on avait vu le Conseil constitutionnel rendre une décision qui s’oppose à la volonté du pouvoir, c’est en mars 2001, quand PDS avait voulu utiliser le nom du Président Abdoulaye Wade et son image pour les législatives de la même année.

Face à la volonté du chef de l’État, Abdoulaye Wade, de participer avec son effigie aux élections législatives de 2001, le Conseil constitutionnel avait répondu par une fin de non-recevoir courageuse.

En effet, les «Sages» avaient estimé dans leur décision du 26 mars 2001 que « le principe d’égalité entre les partis ou coalitions de partis commande qu’ils connaissent le même traitement ; qu’ainsi, aucun d’eux ne peut, au cours d’une compétition électorale à laquelle le Président de la République n’est pas candidat, utiliser l’image et les attributions constitutionnelles de celui-ci».

En conséquence, «le nom «WADE» et la photographie du président de la République ne doivent pas figurer sur le bulletin de vote de la «Coalition WADE»…».

A l’époque, le brillant professeur de droit Alioune Sall n’avait pas manqué de louer cet acte rare chez nos «Sages» en déclarant ceci : «Voici en effet une des rares, peut-être trop rares décisions dans lesquelles la Haute juridiction sénégalaise se libère quelque peu du corset des textes qui régissent sa compétence, et ose, pour une fois, rompre avec l’obsession de la compétence d’attribution».

Malgré cette jurisprudence, pourtant lors des législatives de 2017, Bennoo Bokk Yaakaar s’est servie de l’image du président Macky Sall sans être inquiétée par la haute juridiction.

Que de rendez-vous manqués ! A part cette décision historique de mars 2001, le Conseil n’a presque jamais émis un avis ou une décision qui contredise, en quoi que ce soit, le pouvoir, y compris quand il s’agissait de textes absurdes.

En janvier 2012, c’est l’institution dirigée par feu Cheikh Tidiane Diakhaté qui avait validé contre toute attente la candidature du Président Abdoulaye Wade. Conséquence : deux morts, plusieurs blessés et un pays qui sombre dans l’embrasement le 31 janvier 2012. Tout cela à cause d’une décision irréfléchie du Conseil constitutionnel.

Ismaïla Madior Fall : «Il y a toujours une suspicion légitime sur le Conseil constitutionnel»

D’ailleurs, cette validation avait exaspéré le professeur Ismaïla Madior Fall, actuel ministre de la Justice, au point que, lors de l’émission dominicale le «Grand jury» de la RFM, il avait déclaré sans aménités ceci : «Ceux qui ont une autorité en matière de science du droit constitutionnel avaient considéré, dans leur écrasante majorité, à peut-être une ou deux exceptions, que la candidature du président n’était pas conforme à la constitution. Donc, l’on s’attendait à ce que le Conseil constitutionnel invalide simplement cette candidature.

Il y a toujours une suspicion légitime sur le Conseil constitutionnel. Ce qui fait qu’il apparaît comme une cour de juridiction qui est à l’instar de la Tour de pise, inclinée d’un côté, et c’est celui du pouvoir».

Et le contempteur de la juridiction constitutionnelle de conclure : «Les Sages ne devaient pas ignorer la valeur juridique de la déclaration du président Wade de 2007, lorsque lui-même indiquait qu’il ne pouvait pas se présenter. Les manifestations et l’effervescence populaire, le Conseil constitutionnel ne doit pas les ignorer. Il ne peut pas les ignorer.

Un juge constitutionnel doit aussi être à l’écoute de sa société politique et pouvoir anticiper sur l’avenir. Parce que le droit constitutionnel, c’est un droit dans lequel il y a des considérations non juridiques qui influent et parfois influencent la décision du juge».

C’est donc dire que, pour justifier ses décisions, le Conseil constitutionnel doit être aussi attentif aux arguments souvent non juridiques avancés et à marquer le plus possible son détachement des influences politiques exercées.

Quand il s’est agi de trancher sur la réduction du mandat présidentiel, la haute juridiction, compétente par intermittences, a tendu la perche au Président Macky Sall qui s’est réfugié derrière elle pour ne plus honorer un engagement électoral majeur.

Et cela après que Garde des Sceaux Ismaïla Madior Fall eut déclaré, le 3 janvier à l’émission «Remue-ménage» de la RFM, que «les avis rendus par le Conseil constitutionnel lient le président de la République, lequel est obligé de suivre l’avis du Conseil constitutionnel quel qu’il soit ».

Ainsi le 17 février 2016, les Sages ont «enjoint» Macky Sall, qui les a tous nommés, de respecter la Loi fondamentale puisque «le mandat en cours du président de la République connaîtra son terme en 2019».

Comble de forfaiture, lors des élections législatives du 30 juillet 2017, les «Sages», ou prétendus tels, sur demande ou exigence du Président Macky Sall ont pris la place de l’Assemblée nationale pour torpiller le code électoral en décidant que «l’électeur n’ayant pu retirer sa carte nationale d’identité CEDEAO faisant office de carte d’électeur, mais dont l’inscription sur les listes électorales est vérifiée, peut voter sur présentation de son récépissé d’inscription accompagné d’un document permettant de s’assurer de son identité».

C’est l’aubaine qu’attendait le pouvoir pour user exponentiellement d’ordres démission et faire basculer le vote dans un lieu comme les Parcelles assainies, fief de Taxawu Dakar. Pourtant, en tant que juges électoraux, Pape Oumar Sakho et ses collègues auraient dû ajourner ces élections puisque un million de Sénégalais n’avaient pas reçu leurs cartes pour pouvoir voter.

Mieux, depuis la fin des législatives, les Sénégalais attendent désespérément une étude ou un rapport évaluatif des «Sages» sur l’organisation catastrophique des élections législatives de 2017 qui ont vu un million de Sénégalais être privés de la possibilité de voter pour le candidat de leur choix.

Quand le Conseil se trompe de cible !

D’ailleurs, en voulant simplement établir un dialogue avec la presse, le Conseil constitutionnel s’est trompé de cible. Cette juridiction doit s’ouvrir plutôt au peuple parce qu’étant le «représentant du peuple perpétuel, seul souverain» comme le dit Philippe Blachèr, professeur de droit à l’Université de Lyon III.

Mais que voit aujourd’hui ? Un Conseil constitutionnel autiste replié sur lui-même. Aucun moyen d’information ! Même le site web dont a parlé le juge Pape Oumar Sakho est inaccessible depuis fort longtemps.

Dès lors qu’on clique sur http://conseilconstitutionnel.sn/accueil/, il y est indiqué le message suivant : «Excusez-nous pour la gêne occasionnée. Votre site web est actuellement en maintenance». Et même quand il était fonctionnel, on ne pouvait y recueillir aucune information.

A part les résultats des législatives, qui d’ailleurs figuraient sur plusieurs sites, tous les Avis et Décisions du Conseil constitutionnel portent la mention «Protégé – Cet article est protégé par un mot de passe ». Si c’est protégé, pourquoi les mettre en ligne ? Pourtant les Avis et Décisions ne doivent pas être frappés du sceau « secret d’Etat ».

Ainsi partant d’une analyse comparative de quatre juridictions constitutionnelles en Afrique de l’Ouest (Mali, Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon), l’analyste Seybani Sougou résidant en France démontre que le Sénégal a fait un prodigieux bond en arrière en matière de démocratie et de pratiques constitutionnelles déconsolidantes. Ce qui fait qu’il serait le dernier de la classe.

Aujourd’hui, le sentiment le mieux partagé chez les citoyens est que le Sénégal pourrait facilement se passer de cette institution inutile et partisane et transférer ses pouvoirs à une juridiction autrement plus compétente et plus neutre.

Autrement dit, ce n’est une «collaboration» — on nous prend pour des «collabos» ? Ou une ouverture à la presse qui donnera une image moins repoussante de cette juridiction couchée et toujours «compétente» pour exécuter les desiderata du Président en fonction.

Loin de nous l’idée de dénigrer l’éthique des membres du Conseil, mais il y aura toujours un doute sur leur neutralité du fait de la «compétence» qu’ils affichent ostensiblement pour exécuter la volonté présidentielle et de l’«incompétence» répétitive dont ils font montre quand les opposants demandent leur arbitrage sur des points de divergence avec le pouvoir en place.

Bien évidemment, une telle couardise, pour ne pas dire une telle inféodation au pouvoir en place, ce n’est pas ce qu’attendent les Sénégalais de leur plus haute juridiction.

Macky et le syndrome de l’Hubris. Par Serigne Saliou Guèye

La référence régulière au lion (même s’il est assoupi), aux arènes, aux chutes (djel yi) dans ses discours, met en exergue la démesure discursive et l’omnipotence divine de notre omniprésident.

« Pour ce qui est de la personne que vous avez citée en premier (Karim Wade, ndlr), quand j’étais candidat, j’ai été clair sur ma manière de travailler à renforcer la bonne gouvernance dans le pays et à protéger les ressources.

On a une Cour de répression de l’enrichissement illicite qui a été créée en 1981 alors que j’étais encore élève en classe de première. Cette cour a fonctionné un peu avant d’être mise en léthargie.

Quand je suis arrivé, elle a été éveillée et a pris en charge un certain nombre de dossiers qui ont abouti à la condamnation de quelques personnes qui ont fait tous les recours dans le cadre de la procédure judiciaire jusqu’à la Cour suprême…

Pour le second (Khalifa Sall, ndlr), il n’a jamais nié les faits pour lesquels il a été condamné. Il a argué que c’était la pratique alors que ceci n’est pas une réponse juridique. J’ai toujours évité de parler de dossiers pendants devant la justice mais puisque c’est jugé, je pense personne n’a été éliminée volontairement. La preuve, il y a plus de 100 et quelques candidats déclarés qui ont retiré leurs dossiers et ils seront candidats s’ils remplissent les critères.

« Je ne peux pas parler d’amnistie pour les deux parce que cela ne vient pas de moi, alors ce débat ne me concerne pas. Toutefois, je ne peux pas écarter en tant que Sénégalais, dirigeant et président de la République, dans une circonstance nouvelle de réélection, si c’est la volonté des Sénégalais, d’engager une nouvelle phase de reconstruction nationale dans un esprit de renouveau et de consensus national. Je pense qu’il faut savoir tourner les pages aussi ».

Voilà une partie de la déclaration calamiteuse mais significative que le président de la République, Macky Sall, a tenue récemment sur le plateau de France 24. Jamais, un président français ne viendra dans nos républiquettes parler de personnalités françaises qui ont maille à partir avec la justice de son pays même cette justice les a déjà condamnées.

Partir en France et s’exprimer devant ses médias fait partie des pratiques vexantes auxquelles nos quatre présidents nous ont habitués. D’ailleurs de tout temps, ils ont toujours considéré les journalistes sénégalais comme leurs pires ennemis s’ils ne peuvent pas les assujettir.

C’est ce qui explique pourquoi, poursuivis par le complexe du colonisé, ils ont toujours réservé la primeur de leurs déclarations importantes aux médias français. On se souvient de la démission du président Senghor annoncé le 21 octobre 1980 par Pierre Barnès correspondant du journal français Le Monde.

Pour en revenir au président Macky Sall, nous disons qu’à travers sa déclaration maladroite, il étale sa toute-puissance sur les autres contre-pouvoirs que sont l’Assemblée nationale et la justice.

Se prononçant sur l’affaire Khalifa Sall dont le jugement n’est pas encore à terme, la Cour suprême devant statuer en dernier ressort, le président du Conseil supérieur de la magistrature scelle définitivement le sort condamnatoire de l’ex-maire de Dakar. Mais dans une fausse magnanimité, il envisage de l’amnistier par le biais de son Assemblée godillot, lui et Karim Wade.

Mais à condition d’être réélu. Cette conditionnalité articulée autour d’une très incertaine réélection met sans fard à nu tout le machiavélisme du chef de Bennoo Bokk Yaakaar qui ne veut pas s’aliéner une bonne partie des militants de Karim et de Khalifa Sall au premier tour.

Aujourd’hui, Macky Sall ne recule devant rien pour se faire réélire. Quitte à surendetter le pays, à obérer les ressources du gaz et du pétrole dont le premier baril est prévu en 2021 ou à soumettre la justice à ses desiderata.

Quitte à enjoindre à son Conseil constitutionnel d’éliminer certains candidats crédibles pour défaut de parrainage, à violer la loi en maintenant Doudou Ndir à la tête de la Cena, à retenir à dessein les cartes des électeurs dans les zones qui lui sont défavorables ou à verser dans la surenchère de la transhumance. Quitte à réprimer implacablement toute velléité de contestations des résultats du vote au soir du 24 février 2019 avec des Nurol Ejder ou des Ejder Yalçın III, ces fameux dragons anti-émeutes importés du pays du dictateur Erdogan.

L’obsession hubrique du premier tour

La réélection au premier tour obsède le président Sall au point qu’on se demande s’il n’est pas atteint par le syndrome de l’hubris. La pathologie de l’hubris, tel que le définit le chercheur en neurosciences, Sébastian Dieguez, chez les tenants du pouvoir est une « perte du sens des réalités, une intolérance à la contradiction, des actions à l’emporte-pièce, une obsession de sa propre image et abus de pouvoir, une confiance excessive en son propre jugement et un mépris pour les critiques et les conseils d’autrui ».

On pourrait y rajouter d’autres symptômes de cette pathologie définie par David Owen, ancien ministre anglais des Affaires étrangères et diplomate que sont « le narcissisme, l’arrogance, l’hyper-confiance, la mégalomanie ».

A travers ces symptômes qui caractérisent la maladie du pouvoir, on perçoit le profil psychologique archétypique du président Sall.

Selon ce dernier, la mort est plus douce que perdre le pouvoir surtout pour un président qui en est à son premier mandat. Pourtant, c’est lui qui, avec goguenardise, déclarait qu’il n’est pas obnubilé par le palais qui n’est pour lui qu’un espace de travail.

Si la mort qui est la fin en toute chose sur terre semble plus douce que la perte d’un pouvoir, il y a de quoi s’alarmer sur la propension pathologique du président Sall à vouloir conserver vaille que vaille le pouvoir. Ainsi la hantise de perdre le pouvoir et le désir obsessionnel et tenace de le conserver éteint les lumières de la conscience du président sur sa propre finitude.

La béatitude éternelle pour lui se trouve dans la conservation du pouvoir. Et c’est dans cette optique qu’il faut comprendre la déclaration marrante du chef de Bennoo s’auto-attribuant, à travers un sondage, 54% qui le qualifient par conséquent dès le premier tour.

Avec un tel score rédempteur, notre héros présidentiel égotiste, prétentieux, invulnérable, invincible s’est hissé sur un promontoire quasi-divin où aucun de ses opposants mortels ne peut l’y rejoindre.

Dans chacune de ses sorties, Macky Sall fait d’un histrionisme pathétique qui relègue ses opposants à de simples ectoplasmes et leur délègue éternellement les seconds rôles.

On connait son fameux chant de guerre (a fagne naa ngor rog a deb no koloum a fagnine fagne fagne fagne té wadiadia) qu’il serine chaque fois qu’il veut tourner en dérision ses opposants. La référence régulière au lion (même s’il est assoupi), aux arènes, aux chutes (djel yi) dans ses discours met en exergue la démesure discursive et l’omnipotence divine de notre Omniprésident.

Pour finir, nous demandons à notre président de méditer ces propos pascaliens : « N’abusez pas de cette élévation avec arrogance ; et surtout ne vous méconnaissez pas vous-même en croyant que votre être a quelque chose de plus élevé que celui des autres. (…)

Que diriez-vous de cet homme qui aurait été fait roi par l’erreur du peuple, s’il venait à oublier tellement sa condition naturelle qu’il s’imaginât que ce royaume lui était dû, qu’il le méritait et qu’il lui appartenait de droit ? (…) Tous les emportements, toute la violence et toute la vanité des Grands vient de ce qu’ils ne connaissent point ce qu’ils sont. »

Oui M. le Président, votre formidable ministre de l’Intérieur est vraiment à féliciter ! Par Serigne Saliou Gueye

«Ces élections ont été bien organisées… Il faut tirer le chapeau à l’Administration, surtout au ministère de l’Intérieur où les agents ont travaillé 24h/24… C’est 7 tonnes de matériels qui ont été acheminés à l’étranger. Le vote s’est déroulé partout. L’opposition est dans son rôle, mais les quelques problèmes notés, ne remettent en question la sincérité du scrutin» dixit le président de l’APR Macky Sall le 08 août lors de la réunion du Secrétariat exécutif nationale dudit parti. Coubertiniste qui ne s’embarrasse point des fioritures puristes, le président Sall du sommet de l’Olympe de la République ajoute : «les 49,48% de sa coalition est un faux débat, car l’essentiel, c’est qu’on a gagné. On a eu une victoire, c’est le plus important». Et pour finir, il déclare qu’«entre le référendum et les législatives, ses partisans ont fait mieux avec un rajout de 300 mille voix».

Oui, M. le Président, vous avez raison de décerner un brevet de satisfecit à votre brillantissime ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo (ADD), qui a abattu un travail herculéen en si peu temps au point de vous faire gagner irrégulièrement des élections que la majorité sortante craignait de perdre. Là réside le génie de l’homme incompris par une poignée d’opposants aigris et d’intellectuels déphasés. Lui, ADD, est dans le pragmatisme alors que ses contempteurs sont dans les querelles archaïques et les luttes désuètes de transparence du fichier électoral.

Le sabotage électoral organisé : une idée de génie

Le génie de l’homme est à jauger à l’aune de son génie à gagner des élections à perdre. D’abord, il a déboursé 50 milliards de nos deniers publics dans un marché de gré à gré avec Iris Corp pour nous procurer dix millions de cartes biométriques là où le groupe hollandais Gemalto en a fabriqué 24 millions pour l’Algérie avec 12 milliards de francs CFA. L’Algérie, un pays deux fois plus peuplé que le Sénégal, dix plus vaste, 100 fois plus riche.

Il faut surtout féliciter ce responsable de premier plan de l’APR parce que la société IRIS Corp avec laquelle il a conclu ce marché dispendieux est vertueuse sauf que son Directeur général, Datuk Hamdan Mohd Hassan et son directeur des opérations internationales ont été arrêtés le 22 janvier 2017 par la Commission anti-corruption de la Malaisie (MACC). Soit presque quatre mois après que l’opération de la fabrication des cartes biométriques a été lancée au Sénégal.

Ensuite, ces félicitations que vous adressez à votre cher ministre de l’Intérieur sont d’autant plus méritées M. le Président, qu’il a réussi le pari à ne produire que 5,2 millions de cartes sur une demande de presque 6,5 millions. Oh certes, il a empêché à plusieurs Sénégalais de disposer de leur sésame pour accomplir leur devoir civique le 30 juillet dernier, mais chez vous, les ministres ne sont pas jaugés à l’aune de leur efficacité mais de leur appartenance politique et de leur soumission à vous. Une véritable prouesse antirépublicaine cette incapacité à produire 6,5 millions pour 50 milliards payés.

D’ailleurs, le fait de vous avoir poussé à violer la loi électorale en vous poussant à demander au Conseil constitutionnel de voter avec les récépissés, passeports ou anciennes cartes numérisées est considéré dans votre camp comme un acte républicain approuvé par vos militants parce que finalement vous avez empêché à plusieurs Sénégalais qui rejettent votre politique de connaitre leur bureau ou centre de vote le jour du 30 juillet.

Et cela est l’œuvre ou la manœuvre de votre formidable ministre de l’Intérieur, champion des promesses non tenues, car il n’a pas, avec ses gouverneurs, préfets et sous-préfets, affiché les listes électorales dans les centres de vote pour orienter les détenteurs de récépissé. Il s’y était pourtant engagé l’ancien subordonnée de l’alors Directeur général des impôts et domaines, Amadou Bâ. Et de Charybde en Scylla, le site de la Direction générale des élections (DGE) qui servait de boussole a été désactivé pour ajouter au désarroi des détenteurs de récépissés désemparés.

A cela s’ajoute, le démarrage tardif ou simplement la non-ouverture de bureaux de vote partout dans le Sénégal et la diaspora. Il a réussi à empêcher à 220 bureaux de vote à Touba de ne pas ouvrir ainsi qu’en Côte d’Ivoire à Adjamé où le consul et son équipe ont été copieusement arrosés de huées et les opérations de vote perturbées. Mais bon, pour vous et vos partisans ces huées, ce sont certainement des applaudissements. Votre ministre de l’Intérieur aura permis de nous faire revivre, avec la bordée des ordres de mission et de certificats d’immatriculation, l’époque chaotique des ordonnances de 1993 qui avaient permis à l’alors régime socialiste de s’ouvrir un boulevard de fraudes.

Ah j’allais oublier les transferts d’électeurs qui, là aussi procèdent de l’ingéniosité de votre excellent ministre de l’Intérieur. Abdoulaye Daouda Diallo est un expert ès-organisation d’élections. Avec la complicité d’une certaine administration, des milliers d’électeurs ont été transféré dans des zones qui ne sont ni leur lieu de résidence ni leur lieu de vote. 14 mille électeurs transférés de Guédiawaye aux Parcelles assainies pour permettre à Amadou Bâ, l’ancien patron de ADD, de terrasser le teigneux Moussa Sy, des milliers d’autres des villages sérères acheminés à Grand-Dakar pour renforcer l’assiette électorale du maire socialiste Jean Baptiste Diouf.

Pour empêcher aux partis politiques d’auditer le fichier électoral et maîtriser la cartographie des bureaux de vote de tout le Sénégal, votre ministre de l’Intérieur n’a remis qu’à quelques jours des élections alors que, selon les dispositions du code électoral, il devait le faire deux mois auparavant afin de permettre une phase contentieuse et de correction.

Tenir en respect une opposition trublionne : une prouesse davidienne

Enfin ce qui ce qui doit vous plus pousser à féliciter votre austère ministre de l’Intérieur, c’est sa promptitude ahurissante à interdire les marches de l’opposition et à les réprimer impitoyablement. Ce, sous prétexte d’insuffisance de forces de l’ordre alors que même les dispositifs chargés de mater ces marches suffisaient largement à les encadrer.

Sur ce plan-là, il fait preuve d’intelligence en opposant au Président Wade qui voulait marcher pour exiger les cartes en souffrance le fameux arrêté Ousmane Ngom arrêté interdisant toute marche dans le périmètre de Dakar-Plateau. Nonobstant les criaillements et jérémiades de l’opposition pleurnicharde, malgré les hurlements de la société civile qui dénonce les interdictions de marche, il a la tête dans le guidon : maintenir l’ordre dans l’espace urbain du Plateau.

Finalement avec autant d’irrégularités, pardon autant d’exploits, qui ont permis à votre coalition de gagner les 75% de députés (125 sur 165) avec 49,48% des suffrages exprimés, vous ne pouvez que décerner à votre très dévoué ministre de l’Intérieur que la palme de l’excellence. Comme vous l’avez dit avec une conception coubertiniste, l’essentiel était de gagner et Daouda a fait preuve de maestria pour vous faire gagner.

Au diable le respect de la loi électorale, au diable les 30% d’électeurs qui n’ont pas reçu leurs cartes biométriques pour voter. Au diable ces électeurs dont les bureaux n’ont jamais ouvert pour leur permettre de voter. Seule la victoire à tout prix compte, qu’il y ait fraude, usurpation, irrégularité, cela n’a aucune espèce d’importance dans notre «Républiquette» vos desiderata avalisés par un Conseil constitutionnel aux ordres et soutenus par une CENA obséquieuse font loi.

A part ce résultat trompeusement élogieux qui doit vous effarer, rien n’est important, M. le Président. Pourtant si on considère que l’offense est une parole blessante, nous pouvons dire, M. le Président que vous nous avez offensés parce que vous ne vous souciez pas de ces dizaines de milliers de Sénégalais qui ont souffert le martyre pour accomplir comme vous leur devoir civique lorsque vous félicitez publiquement Abdoulaye Daouda Diallo. En guise de réponse à leur souffrance profonde, vous félicitez sans pudeur celui qui est à la base de l’organisation calamiteuse de ces élections du 30 juillet dernier.

Certes, il vous a rendu un énorme service parce que vous ayant permis de gagner là où vous auriez certainement perdu avec un peu de transparence mais sachez qu’il a fait du tort à plus d’un million d’électeurs dont le seul «crime» est d’être tombé sur un ministre de l’Intérieur dont l’incompétence avérée en matière d’organisation électorale n’est plus objet ou sujet de discussion. Féliciter sans gêne le ministre de l’Intérieur parce qu’il vous a fait gagner ce qui vous empêchait de dormir est une façon de narguer ceux à qui il a causé du tort. Et le meilleur service à rendre à ce hyper-ministre, c’est de l’éloigner définitivement de la place Washington vers une autre destination.

Sinon vous risquez de plonger, dans les 17 mois qui nous séparent de la présidentielle, le Sénégal dans un cycle de perturbations voire de violence puisque déjà la Coalition gagnante de Wade a averti sur les dangers que vous pourrait engendrer le maintien de Daouda Diallo pour l’organisation de la présidentielle de 2019. Et dans le même sillage, Manko Taxawu Sénégal avait déjà haussé le ton après avoir décrié l’implication ultra-partisane de Daouda et de ses préfets et sous-préfets (dont on se demande s’ils sont fonctionnaires ou militants de l’APR !) dans le processus électoral. Une boule de feu si vous n’y prenez pas garde. Mais bon n’ayez pas crainte, votre Jules Moch (ministre de l’Intérieur français très répressif de novembre 1947 à février 1950) corrigera sans aménités tout fauteur de trouble.

Post-Sriptum : Ah vous dites M. le président que Bennoo a progressé de 300 mille voix par rapport au référendum de 2016. La comparaison nous laisse croire que ces deux échéances représentent la même chose pour vous. Mais permettez-moi de vous dire que la progression n’est pas de 300 mille voix, mais de 177 148 puisque au référendum le «oui» que vous défendiez l’avait remporté avec 1 367 592 et aux législatives votre coalition a réalisé un score de 1 544 740 voix. C’est l’opposition réunie qui a progressé de 800 000 voix si on y enlève le score lilliputien de tous les partis-pantins des saltimbanques et autres histrions comme Serigne Mbacké Ndiaye, Farba Senghor et Ousmane Faye parrainés par le pouvoir. N’est-ce pas, M. le «Wadiste éternel» Samuel Sarr ?

Serigne Saliou Guèye

Législatives 2017 : Les enseignements majeurs d’un scrutin. Par Serigne Saliou Samb

Le scrutin qui vient de s’achever le 30 juillet dernier est riche en enseignements pour qui s’intéresse à la pratique politique au Sénégal. Les Sénégalais ont voulu se faire entendre. Ils n’ont pas donné à Macky Sall les suffrages que lui promettaient ses partisans au soir du 30 juillet tour même s’il a obtenu 75% des sièges de l’Assemblée nationale. Dès lors, le président et son Premier ministre, Boun Abdallah Dionne, même s’ils disposent d’une majorité absolue en sièges à l’Assemblée, vont devoir tenir compte de ce rapport de force plus serré que prévu. Ainsi, il convient de tirer quelques enseignements majeurs de ce scrutin qui se distingue de par son historicité tant sur le plan participatif qu’organisationnel.

Législatives 2017 : Les enseignements majeurs d’un scrutin
Pour la participation, il y a eu une véritable surprise. Avec une participation de presque 54 %, soit 15 points de plus qu’en 2012. Le démon de l’abstention est exorcisé contrairement à ce que l’on craignait. Les explications sont multiples : les Sénégalais ont voulu, après cinq ans années de gouvernance, évaluer voire sanctionner positivement comme négativement le bilan du président Sall. Malgré les difficultés constatées dans la délivrance des cartes, malgré les contraintes liées au vote avec des récépissés ou avec les anciennes cartes numérisées, malgré l’incitation au découragement des néo-électeurs à la recherche lassante de leurs bureaux ou centres de vote, les Sénégal se sont déplacés massivement pour aller accomplir leur devoir civique.

La faillite du ministère de l’Intérieur

D’abord le ministre de l’Intérieur qui a en charge l’organisation des élections et référendums a failli depuis l’enrôlement des électeurs passant par la distribution des cartes, la publication du fichier électoral et des bureaux de vote jusqu’au jour du vote. Tous ces manquements voire défaillances n’ont pas contribué à avoir un scrutin apaisé, transparent et démocratique. En effet, sur les 6.219.447 inscrits, seules 5.379.330 cartes d’identité biométriques, qui font office de cartes d’électeurs, ont été produites.

Ce qui veut dire que presque 900 000 électeurs n’ont pas reçu leurs cartes et la solution ad-hoc du Conseil constitutionnel n’a fait que dérouter davantage les électeurs qui ont voulu utiliser leurs récépissés pour accomplir leur devoir civique. Aucune liste affichée dans les centres de vote pour consulter son bureau, le site web de la Direction générale des élections désactivée. Finalement, plusieurs Sénégalaises et Sénégalais déboussolés, découragés ont été privés de vote. Et les plus grandes victimes ont été les électeurs de Dakar où l’on a enregistré le taux de délivrance de cartes le plus faible du Sénégal : 51%. Alors que la capitale polarise le 1/3 de l’électorat du pays.

A Touba, zone favorable à l’opposition plus précisément à Abdoulaye Wade, plus de 40% des électeurs n’ont pas connu le bonheur de choisir leur candidat puisque le démarrage tardif du vote (jusqu’à 14h) a soulevé l’ire des populations qui ont saccagé tout le matériel électoral. Dans plusieurs autres localités, le vote n’a pu pas se dérouler normalement à cause de la forte pluie qui a inondé les lieux de vote et empêché des électeurs de sortir de leur maison pour aller voter. En sus, il faut souligner que plusieurs bureaux ont été fermés à 18 h sans respecter les 10h légales de la durée du vote. La conséquence est que plusieurs électeurs, surtout ceux de Dakar, ont été privés injustement de vote parce que le préfet n’a pas voulu sortir un arrêté de prorogation.

Malgré les obstacles dirimants, au regard du corps électoral consistant, de l’engouement devant les bureaux de vote, en dépit du fait que certains peinaient à retrouver leur nom sur la liste et d’autres difficultés imputables à la Commission électoral national autonome (CENA) et au ministère de l’Intérieur, les Sénégalais ont tenu à voter massivement. Mais ce scrutin reste entaché par la floraison des ordres de missions délivrés à des milliers de personnes qui n’ont pas quitté leur localité de vote. Et jusqu’à aujourd’hui, le ministère de l’Intérieur n’a pas justifié le pourquoi de ces milliers d’ordres de mission destinés pour la plupart aux Parcelles assainies, le grenier électoral de Dakar.

Mode de scrutin inique : Peu de voix, plusieurs députés

Après le comptage des voix, il est ressorti que la Coalition présidentielle, Bennoo Bokk Yaakaar (BBY) a remporté le jackpot électoral (1 million et 663 447 voix) avec 125 sièges sur 165. Une razzia, a priori, si l’on sait qu’il y a eu une fournée de partis et de coalitions prétendants aux sièges de l’Assemblée nationale. La deuxième coalition qui suit BBY est la coalition gagnante Wattu – CGWS – (549 551 voix) qui s’en sort avec 19 sièges. Manko Taxawu Senegaal (MTS) dont la tête de liste croupit actuellement en prison recueille 7 sièges. Mais cette coalition a remis en cause ces résultats parce que l’administration électorale lui a extorqué les 7 postes députés de Dakar qu’il revendique mordicus. Les résultats de Dakar qui donnent vainqueur BBY devant MTS (114.603 voix de BBY contre 111.849 voix pour MTS) avec un différentiel de 2754 voix a laissé pantois les Sénégalais.

Avec une communication planifiée, Amadou Ba, tête de liste de BBY à Dakar, a été le premier à proclamer au soir des résultats sa victoire vers 2H avec 7000 voix de plus. Et dès le lendemain, une certaine presse collaborationniste l’a intronisé champion de Dakar. Et cette presse a, pendant quatre jours, publié des résultats fantaisistes avec un pourcentage et un nombre de députés tendancieux.

Et finalement, la Commission nationale de recensement des votes (CNRV) a publié le jeudi 03 août à 5 cinq heures du matin, les résultats provisoires qui doivent être validés, corrigés ou invalidés par le Conseil constitutionnel. Surtout que MTS a introduit une requête aux fins d’annuler tous les bureaux inondés par les ordres de missions «illégaux». Mais MTS ne doit pas se faire d’illusion puisque ce Conseil constitutionnel n’est que le dernier moteur de la machine électorale activée pour faire gagner haut la main BBY.

L’hypocrisie des observateurs électoraux et la complaisance des institutions

Parlant de machine électorale, il faut souligner, que les institutions (CENA, Conseil constitutionnel), le ministère de l’Intérieur (Daf, DGE) n’ont pas fait preuve de neutralité patente. Jamais la confection et la délivrance défaillantes des cartes biométriques n’ont été dénoncées par la CENA dont le rôle est d’assurer la transparence du processus électoral. Pire, elle s’est agenouillée devant le Prince pour avaliser une transgression du protocole de la Cedeao avec l’imposition des cinq bulletins de vote.

A cela, s’ajoute la complaisance des observateurs de l’Union africaine et de l’Uemoa qui ont parlé d’un scrutin transparent et démocratique. Last but not least, le Conseil constitutionnel qui a avalisé la forfaiture consistant à voter avec des récépissés sans garantir aux détenteurs leur présence sur les listes électorales ou les moyens de retrouver leur lieu de vote. Avec tout cela, il serait illusoire que ces sages rament à contre-courant des résultats publiés par la CNRV.

Résultats trompe-l’œil de Bennoo

Pour en revenir aux résultats, il convient de signaler que le nombre de députés écrasant de BBY ne correspond pas à sa démographie électorale. 125 députés avec un pourcentage de 49,48. Ainsi minoritaire dans le vote, il devient majoritaire à l’Assemblée à cause d’un mode de scrutin inique fabriqué à l’époque par Senghor et hérité de la 5e République gaullienne pour s’assurer une majorité stable. BBY s’attribue 75% des députés alors que si on était dans une proportionnelle intégrale plus équitable, il se retrouverait avec 82 députés. C’est pourquoi, le président Sall ne doit ni pavoiser, ni se noyer dans ce triomphalisme trompeur de certains de ses responsables qui veulent masquer leur échec dans la palanquée de sièges obtenus.

Quand une certaine presse «embedded» s’empresse d’introniser Amadou Ba, patron de Dakar avec 36%, il y a de quoi se demander les critères objectifs sur lesquels elle se fonde pour distiller de telles énormités à moins que les millions qu’ils distribuaient à la pelle n’aient influé sur leur trajectoire rédactionnelle. 64 % des électeurs ont opposé une fin de non-recevoir à son discours politique. Par conséquent, ce dernier n’a ni gagné dans son bureau, ni dans son centre de vote. Le vrai héros de BBY à Dakar, c’est Abdoulaye Diouf Sarr, maire de Yoff, qui a fait la différence dans sa localité. Aujourd’hui, avec plus de lucidité, le président Sall doit savoir que l’objectif de BBY n’est pas atteint puisque 50,52 % de la population électorale n’adhère pas à son projet en dépit de son bilan plus ou moins élogieux de ses cinq ans de gouvernance.

Le manque de stratégie de Manko…

Maintenant cette défaite de l’opposition n’est pas seulement imputable aux défaillances de l’administration – ce serait réducteur – mais surtout à la division des états-majors politiques du Manko originel. Pendant les semaines qui ont précédé le scrutin, la vie de l’opposition a été dominée par des discussions stériles entre les camps de Khalifa et de Wade, des batailles d’ego, des postures inutiles et des rendez-vous manqués, les uns et les autres étant plus soucieux des apparences politiciennes que des réalités stratégiques. Finalement, ce qui aurait pu être le duo gagnant dans plusieurs localités (dont Dakar et sa banlieue qui font 14 députés) ne s’est pas matérialisé et, au lieu de courir ensemble, MTS et CGWS ont couru chacun dans son couloir, en parallèle, se drossant vers l’écueil de la défaite électorale amère.

Les raisons de la défaite de MTS hors de Dakar sont évidentes. La stratégie anti-mackyste, la personnalisation de l’élection autour de la personne de Khalifa et le discours victimaire sont friables dans les localités de l’Intérieur du Sénégal. En aucun moment, MTS ne s’est déplacé dans le Sénégal des profondeurs pour répandre son discours. Il s’est confiné à Dakar sans même trouver une stratégie de reconquête des communes dont les maires ont été débauchés par Macky. En l’absence de Khalifa, rien n’empêchait à Barthélémy Dias, bien que figurant sur la liste de Dakar, de constituer une équipe avec Serigne Mansour Sy Djamil et Cheikh Bamba Dièye et de parcourir le Sénégal à l’instar du nonagénaire Wade et du jeune Dionne. A Guédiawaye, Gakou a fait preuve de mollesse tandis qu’Idy conserve encore le bastion communal de Thiès.

Et la bouée de sauvetage de Wade

Quant à Abdoulaye Wade, il a sauvé sa coalition en crise à un leadership. N’eût-été sa présence, la CGWS n’aurait pas obtenu les 19 sièges à la Place Soweto. Même s’il n’a proposé aucun programme de législature, son charisme et l’échec de Macky dans la mise en œuvre de son PSE dans certaines localités du pays lui a fait gagner plus de 500 mille voix.

L’émergence du Pur

Le Parti de l’Unité et du Rassemblement (Pur) qui engrange 3 postes de députés est la révélation de ces joutes électorales. Sans coalition, il est parvenu à obtenir 155 037 voix pour trois députés. Mais cela n’a rien de surprenant si l’on connait le mode d’organisation et de fonctionnement de parti fondé par Moustapha Sy, leader des Moustarchidines wal Moustarchidates.
Le Pur, parti d’essence islamo-confrérique, est porté par une base militante de Moustarchidines wal Moustarchidates engagés et mobilisés, en particulier dans toutes les localités du Sénégal. Il a su mettre en place une couverture territoriale très étendue, doublée d’une machine de communication parfaitement huilée, non pas saisonnière comme c’est le cas de beaucoup de partis, qui travaille sur la durée.

Avec une ligne idéologique claire (contrairement au flou idéologique et à l’absence de vision et de projet clairs comme le PVD de Serigne Modou Kara), avec un discours bien travaillé et formaté, une communication soignée, une discipline de fer des militants et, surtout, des responsables qui savent mobiliser les troupes, le Pur est devenu aujourd’hui une marque politique reconnue par les électeurs grâce au talent et au charisme de son leader Moutapha Sy.

L’effondrement de certains pontes politiques

Quant aux autres coalitions qui se partagent les reliefs des députés, il faut souligner le sauvetage des Abdoulaye Baldé, Sokhna Dieng Mbacké, Modou Diagne Fada, Théodore Chérif Monteil, Diop Sy, Ibrahima Abdou Nguette, Aïda Mbodj, Aïssata Tall Sall, Cheikh Tidiane Gadio et Ousmane Sonko qui ont bénéficié du plus fort reste. Tous les autres 33 coalitions ou partis composés, pour la plupart, de saltimbanques, de pantins comme Ousmane Faye, Serigne Mbacké Ndiaye, Pape Samba Mboup, Farba Senghor, Damel Meissa Fall, Déthié Diouf, et autres ont mordu la poussière.

Pour ce qui concerne Mamadou Sy Tounkara de Defar Sénégal et Mohamed Sall Sao de la coalition Assemblée Bi Nu Begg, leurs discours, axés sur la promotion axiologique des valeurs et vertus pour la mise à l’écart des politiciens, ont été rejetés par la masse des électeurs qui ont refusé de les envoyer à la place Soweto. Comme pour dire qu’au Sénégal, indépendamment du discours vertueux, il faut un ancrage sociologique, disposer de beaucoup de moyens financiers, pour espérer conquérir le suffrage des électeurs.

 

« M. le Président, des Dg touchent plus de 7millions/mois et beaucoup de salaires dépassent 5millions »

Lors de la conférence de presse conjointe qui a réuni, le mercredi 12 avril, le président Macky Sall et son homologue portugais Marcelo Rebelo De Sousa, les salaires des deux chefs d’Etat avaient été révélés à l’invite de la presse. Pour le chef de l’Etat portugais, c’est exactement6 523 euros (4 279 000 francs CFA) qu’il touche mensuellement tandis que son homologue sénégalais, empêtré dans le flou, a simplement déclaré qu’il gagnait un peu plus mais ne dépassant pas 5 millions.


M. le Président, les DG de l'ARTP, de l'ADS, de l'Ageroute etc.... touchent plus de 7millions par mois et beaucoup de salaires de l’administration dépassent 5millions
«J’ai pris un décret qui plafonnait l’ensemble des salaires au Sénégal. Aucun salaire ne dépasse depuis 2013, 5 millions de francs CFA au Sénégal», a fait savoir le président Sall à son homologue portugais.
Mais les hauts salaires de l’administration ne sont pas jaugés à l’aune d’un seuil plafond de 5 millions mais en plus du salaire brut, des avantages cumulés dont bénéficie une caste de fonctionnaires.

Rappelons que le décret n°2012-1314, fixant les salaires, attribue à la première catégorie de Directeurs généraux regroupant ceux de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie), d’Ageroute, de l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp), de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorite (Anacim), de l’Agence de la gestion du patrimoine bâti de l’Etat, de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie du Sénégal (Ansds), de l’Agence des aéroports du Sénégal (Ads), un salaire de 5 millions FCFA.

Outre ce salaire faramineux, ces Dg ont droit à une prime annuelle minimale de 21 millions FCFA. Donc au bas mot chacun d’entre eux bénéficient de 7 millions par mois. Nous ne parlons même pas des avantages dont ils bénéficient durant leurs voyages à l’étranger en termes de per-diem et de frais de mission, du logement de fonction gratuit, du carburant à foison et des voitures de fonction de luxe.

Dans la deuxième tranche, on retrouve les Directeurs généraux de l’Agence nationale de la recherche scientifique appliquée (Anrsa), de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp), de la Haute autorité de la sécurité maritime (Hasm), de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (Anat), de l’agence sénégalaise pour la propriété intellectuelle (Aspi), de l’Adpme, de l’ex-Pcrpe et de l’Anam qui trônent sur 04 millions de francs mensuels. En plus de ce salaire, ils ont une indemnité annuelle de 16.8 millions FCFA.

Et dans la troisième catégorie, viennent les Directeurs généraux de la Haute autorité de l’aéroport, de l’Asepex, de l’Agence de la grande muraille verte, de l’Agence nationale d’insertion et de développement agricole (Anida), de l’Agence de promotion du réseau Hydrographique national et de l’agence de la Case des tout-petits qui gagnent 3 millions par mois. Ce, compte non tenu des 12.6 millions de prime annuelle.

Ces deux dernières catégories bénéficient des mêmes avantages que la première catégorie. Par conséquent, ce serait trompeur pour le président de vouloir faire savoir qu’au Sénégal, un fonctionnaire ne touche pas plus de 5 millions.

Il en est de même pour les anciens présidents de la République. En effet, le décret 2013-125 attribue, aux anciens présidents, un salaire mensuel de 5 millions de F CFA (7 600 euros), accompagné d’une assurance maladie étendue au conjoint. Deux véhicules, un téléphone fixe, un logement meublé et du personnel (dont deux agents de sécurité, deux assistantes, un standardiste, un cuisinier, une lingère, un jardinier, deux chauffeurs) leur sont également octroyés.

En cas de renoncement au logement affecté, les textes prévoient une indemnité compensatrice de 4,5 millions de F CFA par mois. Aujourd’hui, on peut dire qu’à chaque fin du mois, Abdoulaye Wade et Abdou Diouf touchent chacun 9,5 millions liquide, abstraction faite des autres avantages pécuniaires et matériels. Malgré cela, Abdou Diouf, à chacun de ses voyages au Sénégal, est logé et nourri aux frais de la Princesse.

Concernant les députés, certains salaires peuvent dépasser les 5 millions cumulés. Les 17 membres du bureau, touchant chacun 3 millions par mois, bénéficient d’un logement de fonction, d’une dotation mensuelle de carburant de 1000 litres plus 250 000 francs CFA de crédit de téléphone. En outre, ils disposent de deux véhicules de fonction : un 4×4 Toyota Fortuner (26 millions l’unité) et un C5 (14 millions l’unité).

Mais, c’est le chef de l’institution parlementaire qui remporte le jackpot. Lui, contrairement aux affirmations du président de la République, il touche 8 millions de francs par mois. A cela s’ajoutent 10000 (dix mille) litres de carburant par mois et 500 millions de fonds politiques annuels (donc 40 millions) par mois, 500 mille francs de crédits de téléphone par mois. Donc le président de l’Assemblée nationale coûte au contribuable sénégalais au moins 50 millions par mois.

On pourrait dire la même chose pour les patrons des autres institutions comme le Conseil économique social et environnemental (Aminata Tall) et le Haut conseil des collectivités territoriales (Ousmane Tanor Dieng).

Les ministres du gouvernement ont eux aussi chacun 2 véhicules de fonction, un logement de fonction, un salaire minimal de 3 millions de francs, un bon de commande de 10 millions pour meubler leur maison, des frais de mission variant entre 150 000 et 200 000 F par jour, de 1000 litres de carburant par mois, une ligne téléphonique d’une valeur de 250 000 F mensuelle.

Par conséquent, ce serait, de la part de celui qui nomme aux emplois civils et militaires, réducteur voire trompeur de vouloir faire croire aux Sénégalais que les salaires ne dépassent pas les 5 briques alors que la réalité est autre.

Serigne Saliou Gueye

Déclaration du Pm : Sortie ratée ! (Par Serigne Saliou Guèye)

Indubitablement exaspéré par les accusations itératives contre Aliou Sall, le 20 septembre dernier, le PM est revenu de nouveau à la rescousse du frère de son patron pour le délivrer de l’étau dans lequel l’enserrent de plus en plus Sonko…
Quand Abdoulaye Wade soulevait le dossier Arcellor Mittal et celui de Pétro-Tim pour en découdre avec le régime de Macky Sall qu’il accusait d’avoir illégalement embastillé son fils Karim Wade dans la traque des biens acquis, le Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne, entouré de toute l’équipe avait jugé utile de faire une sortie publique pour apporter la réplique à l’ex-président de la République.

Mais le 13 décembre 2014, le PM intercédait plus en faveur du frère du président de la République, Aliou Sall attributaire gracieusement des licences d’exploration et de recherche pétrolières dans les blocs de Saint-Louis et Kayar offshore et accusé d’avoir tiré illicitement tiré profit de leur cession à Timis Corporation.

Aliou Sall lui-même a beau effectué des sorties médiatiques, versé dans les menaces de plainte sans jamais réussir à pousser ses accusateurs à faire machine arrière. Mais entre-temps d’autres accusateurs qui en savent beaucoup sur les licences de Pétro-Tim se sont invités dans la danse. Il s’agit de Birahim Seck du Forum, l’ex-inspecteur des impôts et domaines Ousmane Sonko et de l’ex-Premier ministre Abdoul Mbaye. Depuis un bon moment ce trio, arguments à l’appui, essaie de démontrer que le frère du président a bénéficié de plusieurs milliards tirés de la cession des licences à Timis, lequel à son tour les 60% à Kosmos Energy pour la somme de 200 milliards de francs CFA.

Ayant accusé l’État du Sénégal de n’avoir pas publié le coût de la cession des 90% de Petro-Tim à Timis d’avoir fait perdre au Trésor public au moins 90 milliards de d’impôt devant être prélevés sur la transaction nébuleuse entre Pétro-Tim Limited (propriétaire de Pétro-Tim Sénégal) et Timis Corporation, Birahim Seck, Ousmane Sonko et Abdoul Mbaye persistent et signent que le frère du président de la République a indument bénéficié d’un exonération fiscale.

Indubitablement exaspéré par les accusations itératives contre Aliou Sall, le 20 septembre dernier, le Premier ministre est revenu de nouveau à la rescousse du frère de son patron pour le délivrer de l’étau dans lequel l’enserrent de plus en plus Birahim Seck, Ousmane Sonko et Abdoul Mbaye. Les journalistes, s’attendant à une conférence de presse qui, certainement, leur aurait permis de lever certaines équivoques sur cette nébuleuse pétrolière, auront vite fait de déchanter parce qu’à la place d’une plateforme de questions-réponses, ils ont eu droit à un soliloque soporifique ponctué d’un épilogue comminatoire. La déclaration publique servie par le PM pour défendre sans avoir l’air d’y toucher Aliou Sall aurait pu trouver sa pertinence dans un simple communiqué numérique.

Et au lieu d’éclairer la lanterne des Sénégalais sur l’exonération fiscale dont a bénéficié présomptueusement le frangin dans la transaction Pétro-Tim Limited et Timis Corporation, le chef du gouvernement s’est emmêlé les pinceaux en voulant faire un compte-rendu magistral sur un salmigondis de contrats pétroliers. L’exercice certes est louable en démocratie mais il a fini par s’égarer dans les dédales de son monologue laborieux et filandreux en laissant l’assistance sur sa faim et soif de savoir toute la lumière sur l’affaire Pétro-Tim dans laquelle est mêlé à tort ou à raison Aliou Sall.

Comme le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Bâ, le PM, en voulant laver de toute souillure fiscale le gérant de Pétro-Tim Sénégal, a inopportunément évoqué l’article 48 de la loi 98-05 du 8 janvier 1998 portant Code pétrolier, lequel stipule que « les titulaires de convention ou de contrat de services ainsi que les entreprises qui leur sont associées dans le cadre des protocoles ou accords visés à l’article 8, alinéa 4 sont exonérés pendant les phases de recherche et de développement; de tous impôts, taxes et droits au profit de l’État… ». Seulement dans cette transaction Pétro-Tim Limited et Timis Corporation, il ne s’agit nullement de d’exploration, de recherche ni de développement mais de cession de titres.

Et l’article 559 du Code général des impôts d’ajouter que « s’agissant de la cession des titres miniers, la taxe est retenue et acquitté par le cessionnaire (ndlr : Pétro-Tim de Aliou Sall) sur la somme versée au cédant (ndlr : Timis Corporation de Frank Timis), lorsque ce dernier n’est pas domicilié au Sénégal ou n’y dispose pas d’un représentant habilité ». En sus si l’on s’arrête à l’alinéa 1 de l’article 8 dudit code qui dit que « nul ne peut être titulaire d’un titre minier d’hydrocarbures ou d’un contrat de services s’il ne justifie des capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les opérations pétrolières », Pétro-Tim Limited, par le biais de sa filiale sénégalaise, n’aurait jamais bénéficié d’une attribution de licence parce que ne remplissant aucune condition de ce que dit l’article 8 du code pétrolier.

Dire que les contrats de recherche pétrolière ont été signés en faveur de Pétro-Tim Limited le 17 janvier 2012 par Karim Wade et son père donc bien avant la venue de Macky Sall à la présidence de la République et que ce dernier, dans le principe de la continuité de l’État, était obligé de signer les décrets d’approbation (2013-1154 et 2013-1155 du 23 août 2013) pour justifier la concession des blocs de Kayar et de Saint-Louis, c’est méconnaitre les fonctionnements d’un État. Si comme le soutient Birahim Seck, « toute une transversalité d’irrégularités accompagnait cette signature de contrats avant Macky », ce dernier devait l’annuler comme il en a fait avec la taxation des appels entrants et la suppression du Sénat dès les premiers jours de sa prise de fonction.

Maintenant faute d’apporter des réponses à ces interpellations, faute d’encourager un débat public civilisé et politisé sur l’affaire Pétro-Tim, le PM a préféré proférer des menaces à l’endroit de tout citoyen ignare qui s’exprimerait désormais là-dessus. Et c’est cela qu’il qualifie de diffusion de fausses nouvelles devant être réprimée sévèrement par le juge pénal. Mais si Birahim Seck, Ousmane Sonko, Abdoul Mbaye et tout autre Sénégalais, qui se sont déjà exprimés sur la question, ont distillé de fausses nouvelles sans que le procureur de la République ne se fût autosaisi pour entendre les auteurs, c’est parce que cette justice somnole.

Si demain, par on ne sait quel subterfuge, les citoyens épris de transparence, après s’être prononcés sur le dossier du pétrole notamment sur celui concernant Aliou Sall, se retrouvent devant des juridictions pour avoir joui d’un droit (droit à l’expression) que leur confère la Constitution, on aura compris que la justice n’est que le bras armé d’un Exécutif frileux en mal d’arguments dont le seul courage est d’envoyer les honnêtes citoyens dans un enfer carcéral en protégeant la basse fripouille dont la seule activité est de vouloir s’enrichir sur le dos de la République sans suer.

Le triomphe de la corruption, Par Serigne Saliou Guèye

VAINCRE EN FLIPPANT

«Il y a des victoires qui font honte aux vainqueurs. Au nom des valeurs de la République ils auront sabordé la démocratie. Tout aura été fait : calomnie, mensonge, clientélisme, communautarisme», dixit Marion Maréchal, la petite fille du fondateur du Front national, Jean Marie Lepen, battue le 13 décembre 2015 aux élections régionales en PACA en France par la coalition incestueuse spontanée droite-gauche.

Au vu des résultats qui sont sortis des urnes le soir du référendum de ce dimanche, on ne peut s’empêcher d’utiliser la même phrase à l’endroit du courant du «oui», le vainqueur de la consultation avec un score qui avoisinerait les 55% qui a violé ignominieusement les règles de l’équité en matière de compétition démocratique ou de consultation populaire.

Manifestations monstres dans tout le Sénégal, distribution outrancière de riz, de liasses d’argent, promesses de réalisations, inauguration de chrysanthèmes, achat éhontée de consciences, manipulation corruptive de soi-disant imams qui ont abdiqué les prescriptions de l’islam, visites aux khalifes généraux des confréries musulmanes et au chef de l’Eglise sénégalaise pendant la campagne, utilisation de certaines réalisations infrastructurelles dans des foyers religieux à des fins politico-partisanes, agitation de la fibre ethnique, tous les expédients, fussent-ils à l’antipode des valeurs et règles démocratiques, ont été utilisés par le courant du «oui» pour obtenir la victoire.

Des dirigeants profiteurs ont mis à l’encan l’ONCAV, organisation apolitique, pour des raisons que tout le monde connait aisément. Des lutteurs en déclin plus spécialisés dans des palinodies burlesques que dans des victoires glorieuses, des chanteurs en panne d’inspiration, un footballeur reconverti en ambassadeur itinérant qui a entonné le sinistre chant du cygne de sa carrière, un ministre des Finances, prosélyte-politicien, qui a fait étalage de ses libéralités et de sa générosité soudaines, se sont fortement impliqués dans la campagne pour faire triompher le «oui» sans considération aucune de l’éthique république.

À cela s’ajoute la volonté délibérée du ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo, organisateur matériel du référendum, de saboter le bon déroulement du scrutin. À quelques encablures de la date du vote, grande fut la surprise de plus de 200 mille électeurs quand le ministre de l’Intérieur leur a notifié qu’ils ne pourraient pas accomplir leur devoir et droit civiques à cause d’une défaillance douteuse de la machine d’impression des cartes d’identité. Et beaucoup de Sénégalais qui se sont déplacés ont été surpris de se faire signifier qu’ils ne sont pas autorisés à voter dans leur centre habituel sans en retour recevoir une once d’information qui leur indiquerait leur lieu de vote. Déboussolés, désemparés, ces citoyens privés d’un droit fondamental, dont l’auteur de ces lignes, sont rentrés déçus et amers.

Les électeurs de plus de 50 bureaux de vote à Touba ont été supprimés sans explications après l’incident causé par Moustapha Cissé Lô. Et plusieurs concernés l’ont dénoncé ostensiblement à travers des médias insoumis qui résistent à l’oppression et à la pression du pouvoir. Le ministre de la Jeunesse, plus spécialisé dans l’arrogance et l’impudence, a, à l’entame de la campagne, organisé publiquement en direct de la TFM dans une ambiance folklorisée une remise dégradante de chèques à des jeunes nécessitants mais avec le label «oui» estampillés sur des chèques géants en carton.

On est en pleine confusion des genres entre le parti et la patrie quand les chantres du «la patrie avant le parti» utilisent des deniers publics dont chaque citoyen a droit sous forme de prêt s’il remplit les critères requis à des fins partisanes.

Les médias d’État surtout la télé nord-coréenne version sénégalaise et d’autres organes de presse du pouvoir proches ont exclu les tenants du «non» des plages d’expression qu’offrent leurs médiums. Dans tous les boulevards et artères de Dakar, les affiches et coquelicots publicitaires sont bariolées par l’image présidentielle avec un rictus stéréotypé. Le ministre de l’Intérieur chargé de l’organisation de la consultation, obligé d’afficher une certaine neutralité même si l’on sait qu’il est responsable apériste, a pris lui aussi sa part dans la campagne.

Rupture d’équilibre

Des plénipotentiaires du courant du «oui» dont la mission ignoble est d’acheter des bulletins «non» ont sillonné tous les centres de Dakar. Le ministre délégué en charge de la Microfinance et de l’Economie solidaire, Moustapha Diop, et le directeur général du port, Cheikh Kanté, ont cassé la tirelire pour acheter des voix électorales. Le député Moustapha Cissé Lô a publiquement avoué qu’il recourrait à des pratiques corruptives pour engranger des voix supplémentaires.

Pourtant l’article L.104 dit clairement que «quiconque, par des dons ou libéralités en espèces ou en nature, par des promesses de libéralité, de faveurs, d’emplois publics ou privés ou d’autres avantages particuliers, faits en vue d’influencer le vote d’un ou de plusieurs électeurs, a obtenu ou tenté d’obtenir leurs suffrages, soit directement, soit par l’entremise d’un tiers, sera puni de trois mois à deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 20.000 à 200.000 francs CFA».

Mais dans un tel contexte de corruption généralisée déguisée ou ouverte dont le chef de file se trouve être le leader du «oui», lequel n’a pas barguigné à faire des promesses mirifiques de soutien financier à des imams, à des délégués de quartier, à des organisations sportives, à s’afficher obséquieusement avec des guides religieux pour parler d’infrastructures, à courtiser des lutteurs en papier, à payer les droits télé pour la diffusion en direct du combat de lutte Boy Niang/Garga Mbossé, il n’est pas étonnant de voir ses troupes panurgistes verser impunément lors de la campagne référendaire dans des dérives corruptogènes.

Avec le déploiement de cet gigantesque arsenal de logistiques, de moyens financiers, avec les irrégularités constatées dans le bon déroulement du référendum, avec une telle rupture d’équilibre dans le traitement des courants, avec un tel parti-pris de l’administration qui a refusé de livrer le fichier électoral version papier aux plénipotentiaires du «non», il ne serait point étonnant que le président du «oui» avait triomphé. Mais que nenni ! Il a gagné mais n’a pas été plébiscité avec le score de 55% et un taux d’abstention jamais égalé dans l’histoire référendaire du Sénégal. De 1958 jusqu’en 2001 en passant par 1963 et 1970, l’abstentionnisme n’a jamais atteint 35%.

Certes l’on pourra me rétorquer que deux de ces époques coïncident avec le parti unique ou se référer aux démocraties occidentales notamment la France pour dire justifier que les référendums ne mobilisent pas les grandes foules. Ce qui est mensonger puisque dans l’histoire de la Ve République française, il n’y a que deux référendums sur les dix organisés où le taux d’abstention a franchi la barre des 50%. Les huit autres n’ont jamais frisé un score abstentionniste de 40%.

Le président Sall, tel un général auréolé par les flonflons d’une victoire à la Pyrrhus, a gagné en flippant c’est-à-dire en étant angoissé par le verdict vespéral des urnes. Contrairement à ses ouailles qui exultent faussement et manifestent des scènes de joie de parade et de façade, il ressentira dans son fond et tréfonds cette victoire comme une gloriole car l’objectif des 80% à minima clamé sur tous les tréteaux est loin d’être atteint avec le nec plus ultra d’une abstention délirante de 60%.

Serigne Saliou Guèye : « Ce référendum ressemble à une élection présidentielle »

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À quelques heures du dépouillement du scrutin qui a débuté ce 20 mars à 8 heures, Serigne Saliou Guèye, journaliste au quotidien Le Témoin, analyste politique, décrypte pour Seneweb les conséquences politiques de ce référendum.

Que peut-on retenir essentiellement de ce référendum ?

On peut dire que jamais dans l’histoire politique du Sénégal post-indépendance, une consultation référendaire n’aura suscité autant d’engouement et de passion, mais aussi de haine. Pas parce que le projet de réformes constitutionnelles est d’une importance majeure ou mineure, mais parce que l’esprit de cette consultation est biaisé, dévoyée et dépouillée de sa quintessence. Vu les discours distillés par-ci, par-là par le courant du « oui » et celui du « non », on a l’impression que l’on convoque le peuple pas pour lui demander d’exprimer sa position sur une question à choix binaire (oui ou non), mais pour lui demander d’exprimer un vote de confiance ou un vote de défiance pour ou contre le président de la République, Macky Sall. Ainsi le référendum, tout en gardant son objet principal, est détourné de son objectif soit pour renforcer soit pour affaiblir la légitimité du président de la République et de sa majorité.

Si certains politiciens ont transbahuté des sacs de riz estampillé « oui » de maison en maison et distribué à tour de bras des liasses d’argent comme l’a reconnu le député Moustapha Cissé Lo, si le président de la République tout comme les partisans du « non » ont pérégriné de capitale religieuse en capitale religieuse pour solliciter des consignes de vote trivialement appelé « ndigël », si le chef de l’État a procédé opportunément à des inaugurations de centrale électrique et de route bitumée et fait étalage de son bilan économique, si le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse, a procédé à des dons d’ambulance, c’est parce que ce référendum a quitté le champ de la consultation populaire pour se muer en une élection aux couleurs présidentielle ou locale. Quand on regarde les affiches publicitaires du courant du « oui », on constate que l’image présidentielle toute souriante est mise au premier plan. Aucune information sur les réformes, substance du référendum. Ce qui veut donc dire en communication visuelle qu’on cherche à attirer l’attention des gens plus sur la personne de l’auteur et « proposeur » des réformes que sur les réformes elles-mêmes. Quand certains responsables politiques du pouvoir apposent leur image à côté de celle du président sur certaines affiches disséminées dans leur localité, c’est parce qu’ils donnent à cette consultation populaire la dimension d’une élection locale où chacun cherche à se valoriser. Quand les « nonistes » parlent d’une démission impérative du président de la République en cas de rejet des réformes, c’est parce qu’ils considèrent ce référendum comme une élection où se joue la légitimité populaire du président de la République.

La campagne référendaire, qui a duré officiellement une semaine, a débridé les tensions et attisé les haines entre les deux blocs antagonistes au point de déboucher sur une violence quasi mortifère. Des propos grossiers, des algarades injurieuses et des insanités distillées à travers les médias, des coups de pistolets tirés, des armes blanches et des gourdins bien sculptés brandis, des voitures caillassées, tout y passe. Un tel scénario laisse penser que nous vivons la passion d’une élection présidentielle.

On aurait dû éviter cette fracture entre Sénégalais si l’initiateur des réformes avait fait au préalable preuve de plus d’ouverture à l’endroit de ceux qui s’opposent à son projet réformiste. Mais nous espérons qu’au-delà de ces impairs qui ont terni l’esprit et l’importance de ce rendez-vous populaire, la passion et l’intérêt qui ont accompagné la campagne référendaire permettront aux votants d’effectuer un vrai choix rationnel entre le « oui » et le « non ».

Quelles seront les conséquences politiques d’une victoire du Oui ?

Au soir de ce 20 mars, forcément le « oui » ou le « non » sortira vainqueur. Si le « oui » gagne avec une marge étriquée ou même en deçà du score des 65 % de Macky Sall à la dernière présidentielle, certes les réformes passeront parce qu’il y a l’onction démocratique, mais, au plan politique, la légitimité du chef de l’État risque d’en souffrir. Il aura compris, après quatre années d’exercice du pouvoir, que nonobstant son programme économique basé sur le PSE, certains Sénégalais qui avaient voté pour lui en 2012 lui ont tourné le dos, faute de voir leurs besoins être pris en charge par sa politique. Alors il n’est pas à exclure que le président procède à un remaniement ministériel et il y aura inévitablement des dommages collatéraux puisque tout responsable politique qui aura perdu sa localité sera durement sanctionné comme cela a été le cas lors des locales. Et un tel scénario risque de peser lourd sur les législatives de 2017 voire la présidentielle de 2019. En sus, le président passera à la structuration de son parti afin de procéder à une redistribution des rôles et postes de responsabilité.

Mais au cas où le « oui » triompherait, ce mécanisme de légitimation populaire qu’est le référendum transmutera le lien entre le peuple et le président Sall d’un vote de confiance plébiscitaire en un sacre républicain. Ainsi le président renforcé pourra dérouler son programme économique, aborder sereinement les législatives en vue et envisager avec confiance sa réélection en 2019. Parallèlement l’opposition en état de collapsus doit revoir son offre politique et affiner une nouvelle stratégie unitaire pour essayer de faire face au président lors des échéances futures.

Et si le Non l’emportait ?

En cas de victoire du « non », le président n’aura plus cette légitimité pour diriger un peuple qui l’a rejeté après l’avoir porté au pinacle il y a quatre ans. Éthiquement, il lui sera difficile d’être à la tête d’un pays dont la majorité électorale lui a exprimé sa désaffection, son désamour en rejetant ses réformes. Et nécessairement, il y aura un dialogue politique entre la majorité et la minorité sorties du référendum afin de définir des plages de convergence dans la gouvernance du pays. Ce sera une obligation voire un impératif pour la stabilité du pays. La coalition Bennoo Bokk Yaakaar sera reconstruite si elle n’est pas dissoute pour faire place à une nouvelle alliance plus solide et plus compétitive. La recomposition de certains partis politiques comme le PS est tributaire des résultats du référendum. Certains dinosaures politiques seront enterrés à jamais. Même les médias n’échapperont pas aux dommages collatéraux d’une victoire du « non ». Beaucoup de journalistes qui se sont accointés manifestement avec le courant du « oui » jouent leur crédibilité avec ce référendum. Même l’honorabilité de certains guides religieux qui se sont trop impliqués dans ce référendum au point de favoriser un courant au détriment de l’autre risque d’en prendre un sacré coup.

Quelles sont les conséquences d’un fort taux d’abstention ?

Compte tenu de la tournure électorale qu’a prise cette consultation populaire et de l’intérêt suscité, il ne devrait pas y avoir un fort taux d’abstention. Mais on constate à mi-journée que la participation est encore très faible sur l’ensemble du territoire national : 15 % d’après le président de la CENA. Mais si on analyse le vote faible des militaires, lesquels ont les mêmes préoccupations que les civils, on ne peut qu’être pessimiste. Les trois référendums postcoloniaux n’ont jamais enregistré un taux de participation faible. Le référendum de 1963, qui consacre le présidentialisme fort de Léopold Sédar Senghor, avait enregistré un taux d’abstention de 5,7 %. Celui de 1970 qui instaura le poste de Premier ministre après la tempête de mai 1968 avait totalisé un taux d’abstention de 4,8 %. Le référendum de 2001, qui proposait une nouvelle constitution sous le magistère du président Abdoulaye Wade, avait enregistré un taux d’abstention un peu élevé de 34,26 %. Donc celui-ci ne devrait pas déroger à la règle. Mais au cas où le niveau de l’abstention atteindrait ou avoisinerait la barre des 50 %, ce serait une forme d’indifférence, de camouflet voire de désaveu contre principalement le président, initiateur des réformes, et contre les opposants qui n’auraient pas réussi à inciter les citoyens indécis ou indifférents à aller accomplir leur devoir civique.

« Référendum: Iniquité médiatique », Par Serigne Saliou Guèye

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Je dénonce avec véhémence le parti pris des médias en faveur du « oui » au détriment du « non » pourtant porté par des Sénégalais qui croient, eux aussi, à la consolidation de notre démocratie.
Le traitement médiatique déséquilibré entre le «oui» et le «non» est littéralement flagrant. Les tenants du «oui» ont eu presque unanimement pour caisse de résonance une certaine presse respectueuse, voire obséquieuse.

Rarement propagande médiatique n’a été si intense, si mensongère, si vicieuse, si partiale que pendant la campagne préparatoire au référendum sur les réformes constitutionnelles. Alors que personne ne peut nier la forte existence du «non» à côté de celle du «oui» dans l’opinion ni l’exclure, beaucoup d’émissions de radio et de télévision, de nombreux organes de la presse écrite et de la presse en ligne privilégient de manière outrancière les représentants du courant de pensée favorable au «oui».

Aujourd’hui les grands groupes de presse se sont mobilisés pour convaincre les masses qu’il n’y avait pas d’autres alternatives au «oui». Cette presse citoyenne, qui a été à l’avant-garde des batailles démocratiques depuis 1972 où paraît pour la première fois, la Lettre fermée, premier journal indépendant de l’ère post-coloniale fondée par le journaliste Abdou Rahmane Cissé en passant par les «Quatre mousquetaires» de la presse (Babacar Touré, Mamadou Oumar Ndiaye, Abdoulaye Bamba Diallo et Sidy Lamine Niasse) dans les années 80 jusqu’à la génération actuelle, est en train de perdre cette âme, c’est-à-dire son indépendance, sa dignité, qui lui ont toujours permis de garder son souffle même pendant les durs moments d’impécuniosité ou d’asphyxie financière.

Faveur au «oui»

Pendant des semaines, du matin au soir, sous une forme insidieuse ou ouvertement, des journalistes collaborationnistes de la presse écrite, presse en ligne, radio et télévision ont donné de la voix et de l’image pour le vote «oui». Cette façon de faire diabolise le «non» et ses adeptes et angélise le «oui» et ses partisans. Amath Dansokho, connu pour son catastrophisme légendaire, n’a-t-il pas qualifié les promoteurs du «non» d’être une association de malfaiteurs ? Ainsi voter pour le «non», c’est voter contre les réformes «consolidantes», jamais notées dans l’histoire constitutionnelle de pays, selon le juriste conseiller spécial du président de la République Ismaïla Madior Fall. C’est prendre parti, plonger le Sénégal dans un désastre profond, c’est exposer le pays au repoussement des investisseurs, selon le néo-transhumant Abdou Fall.

Ainsi je dénonce la dérive à laquelle l’on a assisté pendant la durée de la campagne, impuissant, avec les spots publicitaires promouvant le «oui», des interviews de complaisance maquignonnées en publi-reportages où le journaliste déroule complaisamment le tapis rouge des questions préfabriquées à son vis-à-vis, lequel ne fait que réciter parallèlement des réponses préconçues. Certains médias, au lieu de consacrer des plages d’explications sur les différents points des réformes, s’évertuent à ressasser le bilan des réalisations du président de la République, qui lui-même a oublié qu’il est en campagne référendaire et non électorale lorsqu’il somme ses «opposants» de l’interpeller sur son bilan.

Je flétris certaines émissions transformées en tribune publicitaire où se manifeste la connivence honteuse entre certains journalistes et des hommes politiques «oui-ouistes», les premier servant de faire-valoir aux seconds dans le seul but d’appeler ignominieusement au vote «oui».

Ce qui est gravissime, c’est lorsque certains journalistes manipulent l’information, se fondent dans des supputations filandreuses au point de faire dire à des guides religieux des propos qu’ils n’ont jamais tenus ou de leur faire adopter un comportement inconvenant qu’ils n’ont jamais eu à l’encontre des tenants du «non».

La coupe est pleine lorsque le correspondant à Touba d’un grand organe de presse a soutenu de façon subliminale que le sage khalife de Touba, connu pour son équidistance du monde politique, a presque éconduit la délégation du courant noniste. Au même moment, les correspondants des autres médias ont préféré s’engoncer dans l’omerta plutôt que de parler de la déferlante populaire qui a accueilli Mamadou Diop Decroix et ses partisans. Une occurrence coïncidante à Touba a permis à l’auteur de ces lignes d’être un témoin oculaire des masses populaires qui ont répondu à l’appel du «non».

Pourquoi les journalistes de la capitale du mouridisme ont occulté de relater l’accueil infernal que le khalife des Baye-Fall, Serigne Cheikh Dieumb, a réservé au président Sall ? Aujourd’hui, les journalistes tels des alchimistes ripolinent l’information, les cosmétisent pour transformer laborieusement le mensonge en vérité. Quand on prête une oreille attentive aux correspondants des organes de presse dans des régions comme Fatick et le Fouta, on se demande si réellement une velléité du «non» existe dans ces zones susnommées. La couleur partisane de certains propriétaires de médias a fini par déteindre sur le professionnalisme de certains journalistes réputés pour leur indépendance et leur impartialité. Les intérêts du pouvoir dominant sont passés par là.

CNRA et CORED impuissants

Le déroulement et le traitement univoque de la campagne pour le référendum du 20 mars sur nos antennes et nos pages de journaux a atteint le summum du déséquilibre. Au sein de la RTS autant que sur beaucoup de chaînes privées, le manque d’objectivité et le matraquage propagandiste pour le «oui» massif pour des raisons occultes soulèvent de plus en plus d’indignations et contribuent à discréditer les métiers d’information que nous servons. Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) enjoint en vain quotidiennement la RTS, clone de la Télévision centrale coréenne (KCTV) dont la mission principale reste basée sur le culte de la personnalité et diffuse des images aux parfums de stalinisme et de maoïsme des années 50 ou 60, de respecter l’équilibre des deux courants du référendum.

Le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (CORED) a rappelé (seulement) à tous les journalistes, photoreporters et techniciens de l’information et de la communication, acteurs de médias, animateurs de revue de presse, éditeurs de sites web, leur devoir de responsabilité envers le public quant au respect de la véracité et de l’équilibre des informations qu’ils véhiculent. On s’est rendu compte pendant cette campagne référendaire que les médias privés ou publics n’ont cure des oukases venant de ces deux instances qui régulent le fonctionnement de la presse.

Pour promouvoir le «oui» et faire triompher la légitimité populaire du président élu en mars 2012, l’écrasante majorité des rédactions et nombre de journalistes professionnels ont abandonné l’éthique, la déontologie et l’impartialité qui devraient être les leurs. Des commentaires guidés, des interviews factices et des pseudo-reportages transpirent toute la morgue qu’on a pour les partisans du «non». Les revues de presse sont revues et les contenus triés pour la plupart en fonction des activités des partisans du «oui». Et toutes les informations qui fâchent sont biffées. Le choix des invités se fait en fonction de la couleur du camp «oui-ouiste» et l’organisation des débats sur le référendum est biaisée. Le «oui» est aussi soutenu à grand renfort de publicités institutionnelles grassement payés, notamment sur les réseaux commerciaux d’affichage publicitaire et sur les tubes cathodiques.

L’une des dérives des médias collaborationnistes, connivents et déférents consiste à s’intéresser plus au bilan du président de la République, à sa politique sociale (bourses sociales, couverture maladie universelle, gratuité de l’hémodialyse et de la césarienne) qu’à la prépondérance des réformes. Les affiches publicitaires qui jalonnent les rues et démontrent la force financière du courant du «oui» mettent plus l’accent sur l’image présidentielle avec un rictus forcé que sur les réformes. Et toute cette contorsion propagandiste, pour faire triompher le «oui» chèrement payé.

On ne peut cependant nier à certains journalistes le droit d’être favorables pour le «oui», de l’écrire et d’en donner les motivations profondes. Mais de là à vouloir s’ériger en spin doctors qui appuient la stratégie présidentielle pour faire triompher le «oui», ils ont franchi le rubicond de l’équidistance dans le traitement médiatique du référendum. Ainsi, il nous est difficile aujourd’hui de taire notre foi et dévouement aux valeurs démocratiques et au traitement équilibré et pluriel de l’information. Le «non» qui est victime d’une discrimination, voire d’une quasi-élimination, des journalistes dans la couverture médiatique du référendum doit trouver légitimement sa place dans les médias. C’est pourquoi, je dénonce avec véhémence ce parti pris des médias en faveur du «oui» au détriment du «non» pourtant porté et colporté par des Sénégalais qui croient, eux aussi, à la consolidation de la démocratie sénégalaise.