Adoption du Code de la Presse entre mises en garde, espoir et…

Après près d’une dizaine d’années d’attente et une longue journée d’échanges (plus de cinq heures de débat), le Code de la presse a été finalement adopté hier, mardi 20 juin. Autorités étatiques, parlementaires et professionnels de l’information et de la communication ont dessiné les contours de ce qui va désormais régir l’exercice de la profession journalistique. Si, du côté du gouvernement, représenté par le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye et le secrétaire d’Etat à la Communication, Yakham Mbaye, on avance qu’aucune dérive ne sera plus tolérée, les parlementaires quant à eux souhaitent la pleine application des sanctions pour éviter les propos outrageants. Les professionnels de l’information, en ce qui les concernent, sont entre satisfecit et réserve.

L’ETAT SIFFLE LA FIN DE LA RECREATION

Le projet de loi N°14/2017 portant Code de la presse a été adopté hier, mardi 20 juin, par les parlementaires. Un vote instaurant de nouvelles dispositions et qui, une fois appliquées, devront permettre d’assainir le milieu de la presse. En appelant les acteurs de la presse à plus de responsabilité, le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye, a dit que des dispositions nécessaires seront prises afin que même les opérateurs de téléphonies soient poursuivis en cas de violations commis par un organe de presse en ligne. Désormais, il appartient aux différentes agences de téléphonies de prendre les dispositions idoines afin de supprimer les commentaires des internautes suite à une publication d’un article. Le cas contraire, elles seront passibles des mêmes sanctions que les organes incriminés.

Les sanctions prévues par le code restent maintenues. Il s’agit ainsi, selon le ministre de la Communication, d’apporter les réponses adéquates à des manquements notés dans le traitement de l’information. La décision d’appliquer certaines dispositions du code de la presse, juste après sa promulgation prévue dans une semaine, vise aussi à veiller à l’amélioration des conditions d’exercice du métier des reporters dans les organes. La formation des journalistes, la revue du contenu des programmes, surtout celui des médias publics, et une considération accrue des langues nationales dans les programmes sont d’autres engagements du gouvernement pour une meilleure régulation du secteur médiatique.

L’ETAT DECIDE A FAIRE APPLIQUER LA CONVENTION COLLECTIVE

L’Etat est décidé à mettre un terme aux salaires dérisoires des reporters. En dépit du blocage instauré par les patrons de presse qui, de l’avis du secrétaire d’Etat à la Communication, refusent l’application de cette disposition, l’Etat du Sénégal prendra les mesures nécessaires afin que la Convention collective soit pleinement appliquée. A en croire Yakham Mbaye, il s’agit ainsi d’un retard d’un quart de siècle à combler car, l’ancienne convention date de 1973. En collaboration avec le ministère du Travail, le département de Mbagnick Ndiaye veillera à l’application effective de cette mesure.

EXIT L’AIDE A LA PRESSE, PLACE AU FONDS D’APPUI A LA PRESSE DES 2018

A partir de l’année prochaine (2018) il n’y aura plus d’Aide à la presse. Le budget prévu pour ce volet sera reversé dans le Fonds d’aide et d’appui à la presse, annonce Mbagnick Ndiaye. Ce fonds de soutien viendra donc en appoint aux entreprises de presse. Les parlementaires ont été cependant unanimes à demander plus d’efficience dans sa gestion. 195 entreprises et organes ont bénéficié de l’Aide à la presse cette année.

Et, tient à préciser le secrétaire d’Etat à la Communication, Yakham Mbaye, aucune d’entre elles n’a rempli les conditions nécessaires pour en bénéficier car, n’étant pas en règle avec le fisc ou bien ne remplissant pas les quatre autres critères d’éligibilité. En outre, le ministre de la Culture et de la Communication a tenu à préciser que le contenu du code a été décidé de manière consensuelle.

LA MORT DU CNRA

L’adoption du Code de la presse consacre la mort du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra). Selon Yakham Mbaye, il sera remplacé par l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (Ara). Elle sera, à son avis, une entité beaucoup plus performante que le Cnra. Yakham Mbaye précise également qu’elle va travailler avec le Tribunal des pairs pour des sanctions qui peuvent même aller jusqu’au retrait de la carte nationale de presse.

…LA CAP ENTRE SATISFACTION ET SCEPTICISME

Après l’adoption du projet de loi N°14/2017 portant Code de la presse, la Coordination des associations de presse (Cap), qui a eu à porter le combat, a exprimé ses sentiments. Selon le coordonateur de la dite structure, Bacary Domingo Mané, «c’est un ouf de soulagement que les députés aient voté le code à l’unanimité». M. Mané s’est réjoui des amendements introduits par les députés et qui portent à 2, le nombre d’années d’expérience à valider, pour un licencié, pour prétendre exercer pleinement le métier de journaliste. «Nous avons dit que pour quelqu’un qui est titulaire de la licence, il n’est pas besoin de faire 4 ans dans une rédaction. On a convaincu les autorités. C’est finalement deux ans, donc l’amendement est passé», déclare-t-il.

Le porte-parole de la Cap, Mamadou Ibra Kane, quant à lui, s’est montré beaucoup plus sceptique. «Nous avons beaucoup de réserves sur les limites qui ont été apportées à la liberté de presse. Quand le gouvernement a réécris le code consensuel de 2010, il a limité les droits des journalistes en matière d’investigations», a-t-il confié. Pis, ajoute-t-il, «le gouvernement a renforcé la sanction pour la fermeture d’un organe de presse. Et, malheureusement, le Code de la presse qui vient d’être voté n’est pas à la hauteur de la Constitution du Sénégal de 2001 qui est une Constitution révolutionnaire sacralisant la liberté de presse et la liberté d’expression».

Pour donc obtenir gain de cause sur les questions, le porte-parole de la Cap annonce la poursuite du combat. «C’est un processus et nous allons continuer à discuter avec le gouvernement pour qu’il comprenne que ce n’est pas qu’on s’oppose à son pouvoir. Ce n’est pas qu’on ait des intérêts contraires, mais quand la liberté de presse et d’expression est renforcée, c’est pour le renforcement de la démocratie sénégalaise. Avec la société civile, nous allons poursuivre le combat». A signaler que certaines requêtes de la Cap ont été introduites dans le code par amendement des députés. Il s’agit de l’exclusion des groupes religieux de ceux qui doivent disposer d’une licence de presse et la réduction à 2 ans d’expérience avant qu’un jury doit valider avant l’obtention de la carte nationale de presse, pour les titulaires de la licence, condition obligatoire pour être reconnu journaliste.

DIFFUSION DE FAUSSES NOUVELLES ET ATTEINTE A LA DIGNITE HUMAINE, MAUVAISES CONDITIONS DE TRAVAIL DES REPORTERS ET REVUES DE PRESSE : Les parlementaires font le procès de la presse

La session plénière pour l’adoption du Code de la presse à l’Assemblée nationale a servi de tribune aux parlementaires pour revenir sur les conditions d’exercice de la profession journalistique. En effet, nombreux ont été ceux qui ont plaidé pour l’application des sanctions pour, disent-ils, éviter les propos outrageux que tiennent certains professionnels des médias.

Pour Penda Seck Dieng, il y a trop d’organes de presse. Par conséquent, il est important, pour le député, d’appliquer des sanctions. Le député Abdoulaye Matar Diop trouve, pour sa part, que la gravité de la sanction n’est pas importante, ce qui importe pour le journaliste c’est d’éviter de tomber sur les coups de la sanction.

Me El Hadji Diouf et Aminata Diallo sont eux aussi pour des sanctions. Pour Aminata Diallo, il n’appartient pas à un journaliste de violer les secrets d’une instruction sans aucune poursuite. Les conditions de travail des reporters, surtout leurs mauvais salaires, doivent être réglés par le Code de la presse. Par ailleurs, les députés appellent les autorités à veiller à ce que le Fonds d’appui qui sera instauré soit profitable aux journalistes. Le député Zator Mbaye demande même une évaluation de l’Aide à la presse. Le député Ndeye Fatou Touré se demande, quant à elle, «pourquoi aucune sanction n’est prise contre les patrons qui ne payent pas leurs employés ? »

Pour Seynabou Wade, le Fonds d’aide et d’appui à la presse doit être bien formulé afin que les journalistes ne soient plus dans la déche, ce qui justifierait «les mauvaises attitudes». Le député Khady Diédhiou revient sur la nécessité de respecter la Convention collective. Amadou Mbéry Sylla, est allé plus loin demandant même l’organisation des visites d’inspection dans les salles de rédaction. Quid des revues de presse, la publicité mensongère surtout avec les produits de dépigmentation et une révision des programmes des chaines publiques ? Ils étaient autant d’autres griefs soulevés par les députés.

sudonline.sn

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