« Affaire Karim Wade: Amateurisme d’Etat », Par Alioune Badara Bèye

Prison de Rebeuss : Le jour où Karim a craqué en prison

L’affaire Karim Wade charrie beaucoup de passion mais mérite une analyse lucide et froide, donc forcément non partisane.

Pour ce, il nous paraît nécessaire de revenir quelques années en arrière.

En effet, au lendemain de sa prise de pouvoir par la volonté de ses concitoyens, Me Wade avait fait appel à l’intelligentsia sénégalaise afin que tous les fils de ce pays viennent apporter leur contribution à ce qui devait être une œuvre gigantesque de reconstruction sociale et économique.

Il était dès lors aisé de comprendre que le propre fils de celui qui lança cet appel, puisse en bon sénégalais, répondre à l’appel du patriarche.

Par la suite, non seulement la plupart de nos compatriotes qui avaient répondu à l’appel de la patrie avaient été animé d’un sentiment de mal être, car leurs attentes dans la conduite des affaires de la cité ont été hélas déçues.

Au même moment, lui, le fils de son père a gravi les échelons jusqu’à devenir l’homme le plus puissant du Sénégal ; plus par la grâce de son père que sa capacité à aider à améliorer le quotidien de ses concitoyens.

On se remémore encore les félicitations de son pater lui disant qu’il dira à sa maman que son fils a bien  travaillé. C’était la consécration ultime de la confusion des genres.

On ne reconnaissait plus, l’ami, le papa, le secrétaire général d’un parti du président de la république. Ce dernier, l’âge aidant, confondait par la force de la nature ses biens personnels à ceux à lui confiés par un peuple dont la majorité peinait à joindre les deux bouts.

Wada Fara Wade Ndiack était disait-on, d’une générosité légendaire ! Marabouts, partisans, sportifs et artistes ne me démentirons sans doute pas.

C’est dans cette atmosphère bien délétère que Karim, le fils de son père, a occupé des postes bien stratégiques qui lui ont valu la reconnaissance paternelle en lieu et place de celle de ses pairs.

Celui lui a valu par la suite ses ennuis judiciaires que nous connaissons.

Le peuple s’était senti trahi, abusé et la foule grondait en réclamant justice.

Mais, il faut reconnaître que la foule est bien souvent aveugle et réagit plus émotionnellement qu’avec lucidité.

Dans une telle ambiance, les nouvelles autorités  déclenchèrent ce qu’ils appelèrent la traque des biens mal acquis. La reddition des comptes, cette nécessité dans une démocratie qui se respecte, devait permettre de lever le voile sur la gestion opaque du régime précédent.

Mais contrairement au fonctionnement connu du système judiciaire, il était question de l’inversion de la charge de la preuve. Dorénavant, il appartenait à ceux qui sont accusés de fournir la preuve de leur non-culpabilité. On ne parlerait plus de présomption d’innocence mais plutôt de culpabilité. Coupable jusqu’à la preuve du contraire !

Une liste d’une vingtaine de hauts dignitaires du régime précédent fût dressée et tous auraient eu à s’enrichir illicitement, sur le dos du très pauvre contribuable sénégalais, à en croire le procureur spécial.

Qui dit procureur, pense inévitablement à la justice !

La Justice qui est très souvent représentée  par une balance ; laquelle soupèse les forces de soutien et d’opposition dans une affaire ; symbole d’équilibre, d’harmonie, d’ordre et d’équité.

Ce symbole est accompagné du glaive de la Justice qui rappelle la nécessaire impartialité de la justice

Le glaive représente l’aspect répressif de la Justice et l’application des peines. En effet, sans force pour appliquer ses décisions, la balance est inutile. Le glaive permet de trancher les litiges et de sanctionner.

A ces symboles, s’ajoute le bandeau qui est une représentation claire de l’impartialité de la Justice: On doit rendre la justice objectivement, sans faveur, ni crainte et ni parti pris, indépendamment de l’identité des parties, de leur influence et de leur puissance.

En parcourant ces règles élémentaires qui sous tendent la justice, mais aussi le mode de fonctionnement de l’Etat, une litanie de questions nous vient à l’esprit.

Comment a-t’on pu dresser cette liste de personnes ?

Sur quelle base ?

Pourquoi ceux-là et pas d’autres ?

Pourquoi inverser la charge de la preuve d’autant qu’avec ladite inversion, il serait loisible à un état injuste de faire condamner quiconque puisqu’il est pratiquement impossible de justifier une origine licite de biens qui ne nous appartiendraient pas ?

Comment peut-on s’enrichir au détriment du peuple, à une telle ampleur sans qu’il ne puisse y avoir un système d’alerte afin de prémunir l’Etat et ses maigres richesses ?

Tant que nous n’aurons pas de réponses satisfaisantes à ces interrogations, il subsistera toujours des doutes sur l’impartialité et l’équité de Dame Justice.

Il apparaît aussi une claire nécessité de revoir le fonctionnement de l’Etat, qui visiblement n’est pas bien armé pour éviter des détournements d’objectifs, qui, à la longue risqueraient d’installer un chaos dommageable aux citoyens.

Entre temps, Karim, le fils de son père a été condamné par la CREI. Je ne suis pas convaincu par l’innocence de Karim Wade, loin s’en faut ! Tout au contraire, il y a cette partie de moi qui mettrait sa main au feu pour dire qu’il est responsable de tout ce dont on l’accuse. Mais, j’aurais souhaité que les preuves de sa culpabilité soient davantage démontrées.

 

Si la CREI a été crée, c’est sans doute pour parer à des insuffisances de notre système judiciaire combinées à un mode de fonctionnement de notre administration qui véritablement se doit de faire sa mue.

Mais, il y a lieu de reconnaître que cette CREI ne favorise pas une justice équitable, juste.

Karim a finalement, été gracié par le Chef de l’Etat en vertu de ses pouvoirs conférés par la loi. Nous ne nous prononcerons pas sur cet acte qui n’engage que son auteur. Toutefois, lorsque le glaive de la justice s’abat sur un justiciable sans pour autant que nous puissions nous assurer du caractère impartial et équitable de la justice, il ne serait pas un scandale que le concerné puisse bénéficier de la liberté, vu le principe d’équité permet de retirer temporairement le bandeau des yeux de la Justice  pour que celle ci puisse regarder pleinement les personnes  auxquelles s’adressent les règles de droit et ainsi rendre la Justice moins détachée des réalités de la société.

Et il est bien mieux d’avoir un coupable en liberté qu’un innocent en prison !

 

Alioune Badara Bèye

beyebadou@hotmail.com

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