Bill Gates, médecin du monde

 Le génie visionnaire est devenu expert en maladies infectieuses : VIH, polio, paludisme… maintenant Covid-19. Il promet des milliards pour la fabrication du vaccin, mais s’inquiète pour sa distribution dans les pays les plus pauvres
Le génie visionnaire est devenu expert en maladies infectieuses : VIH, polio, paludisme… maintenant Covid-19. Il promet des milliards pour la fabrication du vaccin, mais s’inquiète pour sa distribution dans les pays les plus pauvres Nati Harnik/AP/SIPA

Avec sa femme, Melinda, le fondateur de Microsoft, devenu l’un des hommes les plus riches de la planète, veut être celui qui débarrassera l’humanité des épidémies.

En vingt ans, c’étaient ses premières vacances. Un safari en Afrique. Cet automne 1993, quand Bill Gates atterrit en Tanzanie, il ne rêve que d’une chose : découvrir la savane, ses lions et ses girafes. Le voilà en Jeep, avec Melinda, sa fiancée, qu’il épousera quelques mois plus tard. Ils pensent « débrancher », faire une pause au bout du monde. Mais ce qui les frappe le plus, c’est l’extrême pauvreté qui règne autour d’eux.

Les femmes décharnées sans chaussures. Les enfants qui souffrent de malnutrition. La détresse dans le regard des gens qu’ils croisent. Bill Gates n’a rien connu d’autre que Seattle, sa ville natale, où il vit toujours, et les hôtels de luxe où il dort en voyage d’affaires. Une telle misère, il n’avait jamais vu. Tout comme Melinda, il est bouleversé, changé pour toujours. Il veut devenir celui qui éradiquera la misère dans le monde.

De retour à Seattle, il tente de comprendre. Le milliardaire est comme une éponge : tout ce qui passe à proximité, il l’absorbe. « Il s’épanouit dans la complexité », sourit Melinda qui jure que le cerveau de son mari est un « chaos total ». Selon son ami Bernie Noe, il est capable de lire et mémoriser jusqu’à 150 pages par heure. Chaque année, pendant une semaine appelée « Think Week » (semaine de la pensée), Bill Gates vit en autarcie dans une cabane au bord d’un lac, et avale une tonne de livres pour tenter de concevoir l’avenir.

En 1993, il tombe sur le rapport de développement de la Banque mondiale. Le document souligne une vérité : le plus sûr moyen de réduire l’accroissement de la population mondiale est d’améliorer la santé des plus pauvres. Quatre ans plus tard, un dimanche matin, Bill Gates prend son petit-déjeuner avec Melinda et découvre un article en une du « New York Times », titré : « Dans le tiers-monde, l’eau est toujours un poison mortel. » Il apprend que 3 millions d’enfants par an meurent de la diarrhée, tout simplement parce qu’ils boivent de l’eau du ruisseau qui sert de toilette publique…

« C’est un reportage que tout le monde a oublié, constate aujourd’hui son auteur, Nicholas Kristof, sauf qu’il a été lu par deux personnes très influentes à Seattle. » Bill et Melinda Gates viennent d’avoir une petite fille. Le sort de ces gamins qui meurent de maladies parfaitement curables les bouleverse. Ils décident de consacrer toute leur fortune à une fondation dont l’une des priorités sera d’améliorer la santé des habitants des pays sous-développés.

Bill Gates n’est pas un milliardaire comme un autre. Il penche plutôt à gauche. Lauren Jiloty, sa plus proche collaboratrice à Gates Ventures, son fonds d’investissement personnel, est une ancienne du staff de Hillary Clinton. Bill Gates n’a rien contre l’idée de « faire payer les riches » et d’augmenter l’impôt sur la fortune. En 2016, il nous affirmait qu’il était enregistré politiquement « indépendant » sur les listes électorales américaines, mais on voit bien pour qui bat son cœur : certainement pas du côté de Donald Trump, qu’il n’avait jamais rencontré jusqu’à son élection…

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