De 99% à 38%: Senghor et Macky, l’Alpha et l’Omega des référendums au Sénégal

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Election référendaire au Sénégal

Une pente vertigineuse. De Senghor à Macky Sall, l’adhésion des Sénégalais aux référendums est allée decrescendo. Ces consultations du peuple, qui ont battu des records de popularité sous Senghor, à deux reprises, et sous Wade, ont laissé la place à un désintérêt manifeste des Sénégalais pour les réformes institutionnelles en 2016. Retour sur les dates clés et enjeux des référendums au Sénégal tenus en 1963, 1970, 2001 et 2016 respectivement.

99% d’adhésion en 1963 puis en 1970

1963. La République du Sénégal organisait son premier référendum, sous Léopold Sédar Senghor, premier président du Sénégal indépendant. En effet, cette consultation électorale qui consacra la suppression du poste de 1er ministre et l’établissement d’un régime présidentiel, reste de loin la consultation la plus populaire de l’histoire politique du Sénégal. Le texte soumis au vote, par Senghor, avait été approuvé à 99% par les électeurs. Une large victoire du «Oui», laquelle sera réitérée au prochain référendum de 1970 qui devait restaurer le poste de Premier ministre.

Tenu le 22 février 1970, le deuxième référendum se solda par une nouvelle victoire du «Oui» à 99%. Mais à l’époque, le Sénégal, aussi démocratique qu’il fut, ne disposait pas de partis d’opposition, ni d’instances de contrôle indépendantes pour garantir la régularité et l’indépendance du scrutin, à une époque où la liberté d’expression, d’association, n’était pas aussi démocratique qu’elle l’a été depuis la fin des années 90.

La constitution d’Abdoulaye Wade adoptée à 94%

Les Sénégalais, pour consolider leur démocratie et se mettre à l’heure du quinquennat, en vogue dans les démocraties modernes, se rendront de nouveau aux urnes pour adopter une nouvelle constitution qui revoit et corrige la constitution de 1963. L’établissement du quinquennat, la réduction du nombre de députés de 140 à 120, la suppression du Sénat, seront les points phares de ce référendum organisé par le père de la première alternance démocratique au Sénégal, Abdoulaye Wade. L’adhésion à ce référendum se veut populaire comme les deux précédents : 94% de Oui, un plébiscite pour le tombeur du régime socialiste d’Abdou Diouf.

Retour en septennat, acquis remis en cause

Un pas en avant, deux pas en arrière : c’est ainsi que l’on pourrait qualifier les réformes constitutionnelles sous Wade. Car tous ces acquis démocratiques dont il revendique la paternité, seront fortement remis en cause à l’aube de son second mandat entamé en 2007. Le Sénat sera rétabli en 2007 de même que le Conseil économique et social, d’une part. Et d’autre part, Abdoulaye Wade alimente une polémique autour d’un troisième mandat qu’il s’était interdit auparavant, du fait de la rétroactivité (ou non) de la loi constitutionnelle votée en 2001.

Défait en avril 2012, son ancien Premier ministre et successeur tombera dans le même travers, notamment sur le respect de la parole donnée. Élu pour un mandat de 7 ans, il promit, dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2012, de n’exercer qu’un mandat de 5 ans, si porté à la magistrature suprême. Une promesse qu’il ne respectera pas et qui lui vaut les critiques les plus acerbes de la classe politique. Macky Sall propose un mandat de 5 ans dans ses réformes, mais ne touche pas à son premier mandat qui se termine en 2019.

2016, la constitution la plus impopulaire de l’histoire du Sénégal

Théoricien de l’impossibilité de la réduction de son mandat en cours, l’actuel chef de l »Etat recueille et décide de se conformer à l’avis du Conseil constitutionnel favorable au respect de la constitution, avant de convoquer les Sénégalais aux urnes, pour réviser la constitution. Laquelle révision ne concerne pas son mandat en cours, la goutte d’eau de trop pour des Sénégalais si enthousiastes à restaurer le quinquennat. C’est sans doute le retrait de la question du mandat, du projet de constitution, qui laissa sur leur faim des millions d’électeurs qui ne se rendront pas aux urnes, le 20 mars 2016. L’absence de concertation autour des points de la réforme, le délai très court d’un mois à compter de l’annonce de la tenue du référendum et les accusations de légalisation sur l’homosexualité à travers le nouveau texte, entretenues par l’opposition regroupée autour du Front du «non», entre autres points, ont sans doute freiné l’ardeur des Sénégalais qui ont déserté les urnes le 20 mars. En atteste la petite victoire du Oui défendu par le président Macky Sall qui totalise 60% des suffrages avec un taux de participation de 38%, là où Wade et Senghor ont recueilli 99%, 99% et 94%, respectivement en 1963, 1970 et 2001.

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