La réponse salée d’un burkinabé à Emmanuel Macron

 

 

MON CHER MACRON

Ma mère a eu au total neuf enfants dont huit sont encore en vie. Elle et mon père n’ont pas fait un jour de classe dans une école ni française, ni catholique, ni coranique, encore moins évangélique. Mes parents ont aujourd’hui respectivement 78 et 76 ans. Ils pourraient être tes grands-parents. Ils n’ont jamais travailler dans une administration publique. Le système français importé de chez toi n’a jamais prévu leurs places. Mon père a arrêté de travailler avec moins de 30000 cfa comme revenu mensuel et ma mère n’a jamais eu de bulletin de solde. Aujourd’hui, grâce à leurs efforts, à ceux de la grande famille et toute la COMMUNAUTÉ les 8 enfants comptent parmi eux 1 ingénieur, 1 infirmier, 1 technicien supérieur, 1 administrateur d’établissement, 1 administrateur culturel, 2 communicateurs et 1 journaliste. Tous participent du mieux qu’ils peuvent à la construction de notre pays le Burkina Faso. Je passe sous silence le fait qu’ils manipulent avec aisance la langue de tes ancêtres et prolongent de ce fait ta culture et l’influence de ton pays. Ils paient des impôts et taxes qui permettent à notre président de venir de temps en temps écouter tes balivernes en Europe là-bas, ils utilisent et font circuler ton franc CFA que tu imprimes et distribues à ta guise à partir de La Chamalières​ chez toi en France là-bas. Mes frères et moi avons formé de très nombreux autres burkinabè qui travaillent pour la stabilité, le confort et le prestige de ton pays : certains travaillent dans tes entreprises de commerce et de construction ici et renflouent tes caisses là-bas , d’autres cultivent le coton que tu viens emporter pour la mode de tes concitoyens, etc… Il y a en même que tu as fait venir chez toi en France parceque tu nous trouvais indignes de leurs savoirs. Peut-être devrais-je ajouter qu’aucun de mes frères et moi, aucun de ceux que nous avons formés n’a jamais manqué du respect envers toi ou tes concitoyens qui se sentent bien chez nous même si c’est toujours la croix et la bannière quand nous essayons de vous rendre visite. Quant à mes parents, ils ne peuvent même pas prononcer ton nom puisqu’ils ne savent pas qu’après ton grand père POMPIDOU, il y a eu encore un dirigeant dans ton pays.
Ce que je viens de te dire, c’est si banal en Afrique en général et au Burkina Faso en particulier que je n’ai jamais pensé qu’il faille le rappeler un jour à un de chez toi, qui plus est le Président. Mais comme tu sembles vouloir faire porter le chapeau de notre sous-développement à nos mères et avant elles à nos grands mères, il me semble aujourd’hui indispensable de te dire pourquoi ma mère a eu 9 enfants et pas 2 ou 3 comme la tienne. Quand tes aïeux Voulet et Chanoine prenaient de force les terres de nos ancêtres, ils ont abattu beaucoup parmi les nôtres. Puis avec vos travaux forcés, d’autres bras valides sont encore tombés. Ensuite, il y a eu vos deux stupides guerres que vous avez qualifiées de mondiales pour encore venir ponctionner des milliers d’enfants chez nous pour vous aider. Et si j’ajoute les sales maladies que vous avez transposées chez nous et qui decimaient les enfants, tu pourrais peut-être comprendre pourquoi il fallait à la mère Africaine le maximum d’enfants pour espérer en garder le minimum? 1 pour la colonne Voulet, 1 pour les travaux forcés, 2 pour vos guerres, 2 pour la diphtérie, la variole, la tuberculose ou la coqueluche et voilà, nos mères respectives sont à égalité.
Tu vois, ce n’est pas si compliqué à comprendre que si vous EUROPÉENS nous promettez de nous coller la paix, si vous nous promettez de vous occupez de vos oignons désormais, le «problème de nombre d’enfants» qui freine le développement sera un sujet au conseil des sages sous le grand baobab de mon village car l’accouchement est tellement difficile que je ne connais pas une seule femme africaine qui veuille prendre le risque de 10 aller-retour entre la vie et la mort. J’espère que c’est clair maintenant.

3 thoughts on “La réponse salée d’un burkinabé à Emmanuel Macron

  1. Le fait que les faits aie été énoncés et surtout commentés avec rudesse par le président Macron ne doit pas conduire à romancer , déformer, ou nier des réalités telles que rapportées par des scientifiques sérieux, sous l’égide des nations Unies :

    Evolution de la natalité et de la mortalité, Burkina Faso, 1950-2010.

    Source : Nations Unies.
    Ce graphe peut être comparé avec les « modèles » type de transition démographique établis par D. Taboutin et B. Schumacher. Le cas du Burkina correspond de façon très nette au modèle « traditionnel », comme son voisin le Mali. La mortalité a connu une baisse importante, du fait du développement des infrasctructures sanitaires, et des apports de la médecine moderne (vaccination, chirurgie, accouchements assistés, etc.). La natalité quant à elle stagne, voire connaît une augmentation récente. De ce fait, la croissance démographique augmente.
    Selon la théorie de la transition démographique, c’est par une évolution de la nuptialité que débute la transition reproductive [Landry 1934, Coale 1967, Chesnais 1986, Tabutin 1995, Hertrich et Pilon 1997]. La transition de la nuptialité semble s’effectuer en deux temps : une restriction de la durée de vie en union, suivie d’une limitation des naissances au sein du mariage. D’après les travaux de Chesnais [1986], dans les pays d’Afrique où les statistiques sont bonnes, on observe que le contôle des mariages précède le contrôle des naissances par les couples. On peut donc s’intéresser à l’évolution des indicateurs de nuptialité au Burkina. Précisons que les enquêtes collectent les données concernant les mariages, qu’il s’agissent du mariage coutumier, ou civil.
    Evolution des indicateurs de nuptialité, Burkina Faso, 1960-2006.
    1960 1975 1985 1991 1993 1996 2006
    Age moyen au premier mariage des hommes 26,0 27,2 26,9 27,9 nd 26,7 26,9
    Age moyen au premier mariage des femmes 16,9 17,3 18,0 18,8 nd 18,7 19,6
    % des hommes mariés polygames 38,4 32,4 36,0 38,0 34,9 33,2 28,4
    Nombre moyen d’épouses par homme polygame nd nd nd 2,4 2,5 2,4 2,3

    Sources : INSD, Enquêtes démographiques (1960/61 et 1991), Recensements (1975, 1985, 1996 et 2006) et Enquêtes démographiques et de santé (1993)
    On remarque que l’âge moyen au premier mariage à peu changé pour les hommes. En revanche, pour les femmes, il a augmenté de près de 3 ans en moyenne, mais reste inférieur à celui des pays côtiers (Sénégal, Togo, Côte d’Ivoire), et l’écart moyen de l’âge au mariage demeure élevé (7 ans). La polygamie est devenu moins fréquente aussi. Ceci correspond au fait que beaucoup d’hommes ont migré vers les villes, et les conditions de vie se sont trouvées être moins favorables à ce type de vie maritale. D’autre part, le nombre d’hommes célibataires a augmenté. Concernant le nombre d’épouses par homme polygame, il semble n’avoir pas varié. Selon Hertrich et Pilon qui ont compilé les données sur la nuptialité issues des enquêtes et recensements de 1960 à 1993, les femmes passent toujours la plus grande partie de leur vie mariées (entre 84 et 89 % de la durée de vie). Le temps passé en tant que célibataire double entre 1960 et 1984. Le temps passée en tant que femme marié baisse pour ces années là. Ceci semble correspondre au recul de l’âge au premier mariage. Au Burkina Faso, l’augmentation de l’âge au mariage n’a pas été suivie d’une augmentation de l’âge à la première naissance, ni d’une baisse de la fécondité.
    En 2003, d’après EDS, 77% des femmes de plus de 12 ans étaient en union. 48% des femmes de plus de 12 ans étaient dans une union de type polygame. Et 19% des femmes âgées de 15 à 49 ans n’avaient jamais été mariées. Difficile de déterminer, donc, si oui ou non le pays a entamé sa transition de la nuptialité.
    Evolution de la population depuis 1950 : peu de changement de la structure par age.

    source : données issues de la Division de la Population des Nations Unies (2010).

    source : données issues de la Division de la Population des Nations Unies, 2010.

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