Les Fossoyeurs (Par Seydina Omar Ba)

Après un reportage de France 24 donnant une tribune inadmissible au rebelle irrédentiste Salif Sadio, RFI s’est fendu d’un reportage donnant la parole à des femmes lesbiennes du Sénégal dont les difficultés à vivre dans le pays seraient grandissantes. Il ne fait aucun doute que ces reportages participent d’une même volonté, inavouée, de secouer notre pays tant sur un plan sécuritaire que sociétal.

Je ne suis pas un complotiste, loin s’en faut, mais il me parait utile de rappeler que ces deux reportages ont été réalisés par deux organes de presse qui font partie d’un même groupe dénommé France Médias Monde (FMM). Il s’agit d’une société nationale de programme créée le 4 avril 2008 pour superviser et coordonner les activités des radios et télévisions publiques détenues par l’État français et ayant une diffusion internationale. Elle regroupe la chaîne France 24 et les radios Radio France internationale (RFI) et Monte Carlo Doualiya (MCD). FMM détient également une participation dans la chaîne TV5 Monde.

Sa mission officielle est de « contribuer à la diffusion et à la promotion de la langue française, des cultures française et francophone, ainsi qu’au rayonnement de la France dans le monde. » Je prends la responsabilité d’ajouter que ce groupe auquel appartiennent RFI et France 24, a également pour objectif – et pas des moindres – de défendre les intérêts français dans le monde.

Les reportages dont il est question concernant le Sénégal ont été savamment ourdis et participent d’une stratégie plus globale que l’on peut difficilement dé-corréler des récentes évolutions de notre pays en matière de ressources minières. Je n’irais pas jusqu’à utiliser la notion de « tentative de déstabilisation », mais ça y ressemble terriblement. En effet, le reportage sur la rébellion casamançaise et celui sur les lesbiennes sont intervenus à seulement une semaine d’intervalle.

Il serait naïf, de la part des Sénégalais, d’y voir une supposée liberté de la presse ou un quelconque droit à l’information. Il est, en effet, certain qu’aucun média sénégalais n’oserait réaliser de tels reportages et les diffuser sans être poursuivi pour atteinte à la sûreté de l’État ou aux bonnes mœurs. C’est donc parce qu’il s’agit de médias français que la diffusion de ces reportages a été frappée d’une totale impunité. L’on peut d’ailleurs se demander si nos autorités sont réellement au fait des véritables enjeux.

Sans doute qu’elles ont découvert ces reportages en même temps que le grand public, ce qui serait extrêmement grave. Pire, cela témoignerait d’un profond manque de respect de ces journalistes français à l’égard de nos institutions. Hélas cette situation n’est pas surprenante quand on sait que notre État, depuis des décennies, est entre les mains d’individus dont la seule vraie ambition est d’être les faire-valoir de l’ancien colonisateur. Une bien triste réalité !

Suite à ces reportages, notamment celui concernant les lesbiennes, il est utile de rappeler que la France n’est pas le Sénégal. L’homosexualité est un crime dans notre pays comme dans 80 autres nations. C’est un fait. S’agissant précisément du Sénégal, ses citoyens doivent se montrer fiers d’appartenir à une société où cette pratique est encore formellement bannie, quitte à être taxés d’homophobes, ce terme-bateau jeté à la figure de toute personne défendant une conviction contraire à la banalisation tous azimuts. Il me plait ici de rappeler la position responsable du Président de la République du Sénégal, interpellé sur ce sujet en octobre 2015 sur une chaine de télévision française.

« Il faut respecter les croyances et les convictions d’un pays et de sa société, disait-il, avoir la modestie de comprendre que tous les pays ne sont pas les mêmes. » Cette déclaration d’intention doit se traduire dans les actes, M. Le Président ! La question est beaucoup trop sérieuse pour que l’on se contente d’assertions aussi pompeuses que vides au sommet de l’État.

Les homosexuels se « cachent » au Sénégal, dit le reportage de RFI. Dois-je rappeler que tel est le cas dans l’écrasante majorité des pays dans ce monde ? Le fait d’indexer un pays « pauvre » comme le Sénégal est une pression inadmissible dont l’unique but est de saper les bases qui sous-tendent la société et sur lesquelles la religion a une grande prise.

Nous ne devons céder à aucune pression de cette nature de la part de pays qui, en toute souveraineté, ont légalisé le mariage homosexuel malgré une levée de boucliers de plusieurs organisations de la société civile et du monde politique contre cette décision. Il s’y ajoute que le Sénégal n’a pas de leçons de « droit de l’homme » à recevoir de pays qui savent parfaitement s’assoir sur de tels droits dès lors que leurs intérêts sont en jeu.

Tout compte fait, j’estime qu’il ne peut être reproché à un pays, s’appelle-t-il la France, de défendre ses intérêts, y compris en usant de la manipulation médiatique et de la désinformation. Simplement, les pays qui sont la cible de ces pratiques doivent prendre leurs responsabilités. En l’occurrence, la liberté de la presse a pour limite la sécurité nationale d’un pays. Il est inconcevable qu’un média étranger puisse traiter de sujets aussi épineux sans que l’État central ait son mot à dire. Malheureusement, cette responsabilité n’est pas prise quand l’État en question a failli dans nombre de ses missions régaliennes.

Face à une telle situation, il est du devoir de tout citoyen d’élever la voix pour signifier aux fauteurs de troubles que le Sénégal a compris leurs manigances et qu’il ne se laissera pas faire.

Avec mes sentiments patriotiques !

Seydina Omar Ba

Quelque chose à dire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *